I. Ann., IV
LES TABLEAUX ib']
ne voyions pas encore pleinement la raison. Nous comprenons notamment pourquoi Tacite, quand il a un spectacle sous les yeux, est plus attentif à la forme qu'à la couleur. La couleur parle peu au moraliste, parce qu'elle le renseigne peu sur les Ames'. Au contraire le geste est souvent révélateur. Dans l'attitude, dans le mouvement du corps se traduit et se trahit la pensée qui se tait ou l'intention qui se cache. Et nous comprenons aussi pourquoi un psychologue comme lui devait se plaire à ce sujet des Histoires, période dramatique entre toutes, féconde en catastrophes (opimwn casibas'-). C'est dans les grandes crises que le fond de notre nature se découvre. Toutes les passions alors sortent au jour, et les plus mauvaises en particulier, qui sont les plus nombreuses. Indiscipline des armées, lâcheté de la populace, bassesse des magistrats, cruauté des individus et des foules, débauche générale, tout ce que recouvrait un vernis de civilisation, tout ce que contenaient au moins les lois, les règlements, les conventions, les habitudes acquises, apparaît maintenant et se déchaîne, à l'époque choisie par l'historien. Plus de frein; la bêle «st lâchée. L'Ame humaine s'étale à nu dans ses laideuis. Tacite tient de beaux cas pathologiques, une riche matière à dissection : il en éprouve une Apre jouissance.
Et nous comprenons enfm pourquoi ses tableaux tendent vers la simplification et la généralité. Tous les détails n'ont pas une signification morale ou une valeur psychologique. Certains (ce sont souvent les plus gros-
1. S'il arrive pourtant qu'elle soit une indication, Tacite ne la néglige pas. Ainsi Domitien, j^ràcc à la rougeur naturelle de son visage, se protéircait comme d'un masque contre la rougeur de la honte. Détail intéressant à noter ; il l'a été (Hist., IV, [\o, et déjà Agric, ^5). Mais les cas de ce genre sont rares.