Hist., I
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siers et les plus réalistes) n'offrent qu'un intérêt de curiosité. Ils peuvent être éliminés sans inconvénient ou mentionnés seulement pour l'essentiel. Lorsque Vitelllus, à l'arrivée des ennemis, se réfugie chez son portier, il attache le chien devant la loge et se barricade avec un lit et un matelas. Ces renseignements de Suétone nous amusent'. Tacite se contente de nous dire que la cachette où se dissimule l'empereur est un ignoble réduit Çpiidenda l(itebra'). Il juge que c'en est assez pour exprimer le degré d'abaissement auquel était tombé le maître du monde : des faits matériels il a dégagé le trait moral. Mais sur ce point l'on ne saurait trop insister et il nous faut comparer la scène tout entière des Histoires avec le récit du biographe. Car ce sont deux systèmes qui s'opposent. Suétone ne dislingue pas entre lés détails qu'il énumère ; il les enregistre tels que ses recherches les lui ont fournis; il les donne parce qu'il les croit exacts, et quelle que soit leur importance, grande ou petite, avec le seul souci d'être complet. Il est plus complet que Tacite, à coup sûr; et voici ce qu'il nous apprend^. A la nouvelle que les vainqueurs approchaient, Yitellius se blottit dans une chaise à porteurs et, n'ayant pour compagnons que son cuisinier et son boulanger, gagna furtivement l'Aventin; puis, sur le bruit vague de la conclusion de la paix, il revint au palais où il trouva tout désert. Abandonné de ceux mêmes qui l'accompagnaient, il remplit une ceinture de pièces d'or, se la mit autour des reins et alla, comme je l'ai dit plus haut, se cacher chez son concierge. Il est découvert, tiré de la loge. On lui lie les mains derrière le dos, on lui passe une corde au cou et on le pousse à moitié nu sur le Forum. Alors c'est la série des outrages : les
I. Suét., Vitell, 16. — 2. Tac, Hist., III, 81,. - 3. Suct. Vitell., 16 et 17.
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cheveux ramenés en arrière, comme s'il était un criminel; la promenade avec une pointe d'épée placée sous le menton ; la boue et les excréments qu'on lui lance au visage; les insultes sur sa taille démesurée, son ventre proéminent, sa face d'ivrogne. Enfin il est déchiré à petits coups et traîné par un croc dans le Tibre. — Tels sont les faits; Suétone n'en a omis aucun; mais ils sont tous sur le même plan. Son récit est un procèsverbal minutieux, d'une vérité criante, qui produit une vive impression sur le lecteur par la seule accumulation de toutes les circonstances grotesques ou horribles, mais une impression d'ordre physique. Quels ont été, au cours de cette pitoyable tragi-comédie, les sentiments de Vitellius, et ceux des spectateurs de la scène? Nous ne savons rien des premiers, nous savons peu de chose des seconds. Cette peinture des âmes au milieu des événements, c'est au contraire ce qui passionne Tacite, et bien plus que le détail des événements eux-mêmes : il veut que du drame sorte une impression morale*.
11 appuiera donc sur deux traits que Suétone, étant donnée sa conception de l'histoire, n'a même pas songé à tirer du récit : d'une part sur l'épouvante du prince délaissé, que son malheur hébète, de l'autre sur la honte qu'inspi'-e à tous cette fin lamentable. Suétone dit simplemeni, avec la sécheresse d'un rapporteur : « Quand il rentra au Palatin, Vitellius trouva tout désert; ceux mêmes qui l'accompagnaient s'étaient débandés; il se munit d'une ceinture pleine d'or et s'enfuit à son tour. » Ecoutons Tacite : « La mobilité de son esprit et la peur, qui ne craint jamais rien tant que la situation présente, le ramenèrent au palais. Le palais était vide, abandonné. Tous, même les derniers des esclaves, s'étaient dispersés ou se dérobaient à sa ren-