LES TABLEAUX I
extraordinaire. C'était un encombrement et une confusion incroyables : ni discipline, ni hiérarchie ; toutes les catégories sociales mélangées, le peuple aux sénateurs, les civils aux militaires, les valets d'armée aux oiriciers et aux courtisans ; un personnel de bas étage, houffons, comédiens, cochers, honorés de l'amitié particulière de Vitellius et le déshonorait en leur compagnie. Ajoutez l'insolence des vivandiers, l'espièglerie de la populace répandue dans le camp et s'amusant à couper les baudriers pour désarmer les soldats ; puis la goinfrerie du maître dans toutes les villes traversées, la licence des soldais qu'il engraissait comme il eût fait ses gladiateurs, la dévastation des campagnes par ordre de l'intendance, le pillage de Rome par les tribuns et les préfets eux-mêmes devenus chefs de bandes ; enfin l'arrivée au Forum des troupes de Germanie, barbares horribles à voir, lourdauds incapables de marcher sur les pavés d'une ville ou au milieu d'une foule, bousoulés, bousculant et, pour tout argument, frappant à tort et à travers. Quel sujet pour un peintre 1 Ni l'analyse des sentiments ni les réflexions de l'auteur ne sont absentes du morceau. Mais comme il est naturel qu'elles aient cédé le pas à la description !
Cela même prouve l'extrême liberté de Tacite et la variété qu'il donné à ses tableaux. Les trois éléments existent toujours ; mais ils jouent avec souplesse. Une fois même, dans l'affaire du Capitole, chacun d'eux se développe, grandit, jusqu'à prendre les proportions d'un chapitre tout entier'. Sabinus avec ses partisans s'est réfugié derrière les murailles de la colline Gapitoline. De là il a envoyé le primipilaire Cornélius Martialis auprès de Vitellius, pour se plaindre de la conduite de l'empereur et de la comédie qu'a été sa tentative d'abdi-