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THÉORIE DU PROCÉDÉ

EULE de tous les colloïdes utilisés dans les procédés pigmentaires, la gomme jouit de la propriété de se dissoudre dans l’eau, même froide. Donc ici la température du bain n’aura pas une influence capitale et l’on n’aura pas à la régler avec cette précision qui est indispensable dans le traitement des papiers à la gélatine. L’élévation de la température hâtera simplement le phénomène du dépouillement.

Ce phénomène apparaît ici plus complexe que tout à l’heure. On remarque qu’au cours du dépouillement de l’épreuve,. la gomme se dissout en partie, comme la gélatine dans le papier au charbon, et elle se dissout en proportion variable suivant le travail effectué localement par la lumière. En même temps, une autre portion de la couche gommeuse subsiste, qui, elle, ne se dissout pas, mais absorbe l’eau, se gonfle et laisse échapper le grain comme il en est dans les papiers à couche mince de gélatine; seulement ici aucune action de frottement n’est nécessaire.

Ces phénomènes simultanés de dissolution et de gonflement se

produisent non seulement d’une façon d’autant plus intense, mais aussi avec d’autant plus de rapidité que l’action de la lumière a été faible.

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Essayons sinon d’expliquer ces phénomènes, du moins de les faire concevoir grâce au secours de l’hypothèse.

La lumière apporte à la gomme bichromatée une modification physique; elle tend à faire disparaître sa solubilité et à la transformer en une matière qui se gonfle en absorbant l’eau mais sans s’y dissoudre. Plus l’action de la lumière se prolonge, plus diminue cette propriété d’absorber l’eau en se gonflant; et, elle finit enfin par disparaître.

Ceci dit considérons la couche fine composée de gomme sensibilisée et de couleur en poudre qui a été etalée sur le papier support. Cette couche exposée à la lumière, ne va pas être traversée par celle-ci d’une façon uniforme en tous les points de sa surface. En effet chaque grain de couleur va opposer une résistance à la pénétration de la lumière ; mais à la superficie de la couche et aussi dans la profondeur de cette couche, entre chaque grain qu’elle enrobe, existe de la gomme claire qui, elle, sera facilement pénétrée. La lumière va donc se glisser dans l’épaisseur de la couche en contournant chaque grain, tissant pour ainsi dire entre ces grains un réseau de gomme insolubilisée, enveloppant chaque grain d’une sorte d’alvéole. Si bien qu’au bout d’un certain temps d’exposition, la couche va présenter la composition suivante : i° des grains de poudre inaltérés; 2° sous ces grains de poudre de la gomme qui, protégée par ces grains, a vu sa solubilité diminuée mais non détruite; 3° recouvrant le tout, comme un manteau d’épaisseur variable, une couche de gomme insoluble mais encore susceptible d’absorber l’eau.

Si donc nous plongeons le papier dans l’eau, ce manteau va se gonfler desserrant les mailles de sa trame; entre ces mailles, ce qui subsiste de gomme soluble va, peu à peu, s’écouler entraînant des grains et le dépouillement va se faire tout seul.

Prenons maintenant un cliché et sous ce cliché, exposons une série de trois feuilles par exemple, en donnant à l’une une exposition exagérée, à l’autre une exposition juste, à la troisième une exposition

PAR C. PUYO

Pl. XIII. Gomme.

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insuffisante. Mettons ces trois feuilles dans le bain d’eau; que va-t-il se passer?

La première ne se dépouillera pas automatiquement; on y verra seulement se former une trace d’image, vaguement apparente. Dans les grands noirs de l’épreuve, correspondant aux transparences du cliché, la gomme a perdu la faculté d’absorber l’eau ; dans les valeurs moyennes, cette faculté d’absorption n’est pas totalement abolie, mais les réseaux de la matière organique se distendent de façon insuffisante'; il n’y a plus d’ailleurs de gomme soluble susceptible d’élargir les passages et d’entraîner les grains; ceux-ci demeurent emprisonnés ainsi qu’ils le seraient par une gélatine soumise à un bain de température trop faible. Pour dépouiller, plus ou moins bien, l’épreuve, un frottement est nécessaire.

Cette méthode de surexposition suivie d’un dépouillement par frottement est préconisée par quelques-uns et pratiquée souvent à l’étranger. Nous ne saurions la recommander pour de multiples raisons exposées au début de ce livre. Même si l’on arrive, par un frottement au pinceau sans brutalité, à révéler la totalité de l’image, on aura dérangé le grain et en substituant à la délicatesse, subtile infiniment, des forces naturelles une action manuelle qui, par comparaison, apparaît nécessairement brutale, si adroite qu’elle puisse être, porté atteinte à la beauté de la matière. Nul agent ne saurait, à ce point de vue, remplacer la gomme elle-même qui, en se dilatant d’abord, puis en se resserrant, écarte les grains et les rassemble ensuite sur le papier support avec une harmonie évidemment préétablie.

Voyons maintenant la seconde épreuve, exposée normalement. A peine est-elle plongée dans le bain que l’écoulement coloré commence dans les demi-teintes claires, puis se généralise. Si, à ce moment, on place l’épreuve sur une plaque d’ébonite ou de verre et qu’on la regarde, on verra que sur toute la surface de l’épreuve la couche est gonflée sensiblement; et le phénomène apparaîtra plus net encore si on regarde les marges du papier qui n’ont pas été protégées par le cliché; là, aucun gonflement ne se manifeste.

Nous n’avons plus, si nous ne voulons pas intervenir, qu’à remettre l’épreuve à flotter sur l’eau ; elle se fera toute seule.

Prenons enfin la troisième épreuve, insuffisamment exposée. L’écoulement coloré se manifeste presque immédiatement, se généralise rapidement, et devient d’une abondance excessive; en quelques minutes l’épreuve est faite et, si nous pouvions la fixer instantanément, serait d’une fraîcheur superbe; mais nous n’avons plus affaire ici à la gélatine qui, dès que la température s’abaisse de i ou 2 degrés, resserre aussitôt ses mailles. L’eau continue son travail. Aussi ce bel aspect n’est qu’éphémère. Placée sur la plaque d’ébonite, nous voyons l’épreuve se modifier rapidement; toutes les demi -teintes claires semblent se liquéfier, se fondre les unes dans les autres. C’est qu’en ces régions le réseau de gomme insoluble a été insuffisamment formé; sous la pression de la gomme restée soluble, il se déchire et est entraîné. Les valeurs sombres résistent mieux, se montrent pour un temps avec leurs détails complets; puis ces détails se fondent eux aussi les uns dans les autres et s’uniformisent. Là le réseau est d’une force suffisante pour retenir une partie; de grains, mais non pour empêcher les filtrations et la pénétration réciproque des tons voisins; sorte de phénomène d’endosmose. Et pendant tout le cours du séchage, très long à s’opérer, l’épreuve ira s’anémiant, laissant couler une eau abondamment colorée. Finalement elle apparaîtra grisée, sans blancs purs, sans noirs accentués, et résumée en grandes taches. /

Ce phénomène de filtration, de pénétration réciproque, qui tend à effacer le dessin, à faire disparaître les détails, à remplacer par un ton uniforme les groupes de tons accolés, s’appelle le coulé. Excessif, il détruit l’image, mais, réduit, il tend à la synthétiser d’une façon qui peut être heureuse, car la synthèse qu’il donne est susceptible d’une grande justesse; il substitue, en effet, à une multitude de tons accolés un ton général qui en est la somme, exécutant ainsi automatiquement le travail que fait l’œil du peintre lorsqu’il cherche, sous les paupières mi-closes et sous le voile des cils, une impression d’ensemble.

On peut dire que l’usage, non pas général mais très fréquent, du coulé caractérise la gomme française par opposition à la gomme étrangère, et cet usage trouve sa justification dans ce fait que le coulé, produit par une exposition très légèrement inférieure à la normale, non seulement simplifie l’épreuve, mais lui assure de façon certaine une matière optima, douée des qualités de fraîcheur et de transparence.

Considérons maintenant à un autre point de vue les trois images que nous venons d’obtenir: comparons leurs valeurs à celles d’une épreuve sur albuminé tirée du même cliché. Nous constaterons que la première, en général, sera heurtée, présentera des contrastes exagérés, manquera des demi-teintes de la gamme moyenne, aura des blancs étendus et des noirs intenses ; que la seconde aura des valeurs comparables dans leur ensemble à celle de l’épreuve sur albuminé, et que la gamme en sera complète; que, dans la troisième, la gamme sera rétrécie, allant du gris foncé au gris clair et non plus du noir au blanc et que nombre de nuances seront absentes.

La surexposition a augmenté les contrastes et agrandi la gamme des tons; la sous-exposition a produit un effet inverse.

Ceci est vrai de tous les papiers à dépouillement.

La raison en est dans ce fait d’expérience : que la diminution de solubilité, due à l’action de la lumière sur la gomme bichromatée, n’est pas proportionnelle à la durée de cette action, mais qu’elle croît plus vite que le temps d’exposition.

Coupez une feuille de papier à la gomme en plusieurs fragments et exposez ces fragments à la lumière pendant des durées croissant en progression géométrique, c’est-à dire : le premier fragment 5 minutes, le second 10 minutes, le troisième 20 minutes... chaque durée étant double de la durée précédente. Mettez ensuite ces papiers dans l’eau. L’expérience vous prouvera que les durées nécessaires au dépouillement ne sont pas : 1, 2, 4, 8... mais par exemple 1, 3, 8, 20...

Donc, quand un papier à la gomme est placé sous un cliché, la lumière agit rapidement sur les régions non couvertes, lentement sur

les régions couvertes. Nous devrons de toute évidence prolonger l’exposition jusqu’à ce que la lumière ait exercé une action sensible sur les parties protégées par les opacités du cliché, sans cela nous n’aurions pas de demi-teintes dans les clairs de l'épreuve. A ce moment la durée d’exposition représente la durée minima que nous puissions admettre. Si nous prolongeons cette durée, nous savons d’après l’expérience citée plus haut que le travail de la lumière s’accélérera dans les parties non protégées, si bien que peu à peu certaines parties de l’épreuve deviendront insolubles, rebelles à tout dépouillement, les autres demeurant plus ou moins solubles.

Or, comme l’action de l’eau s'exercera pendant un temps égal sur toutes les parties de l'épreuve , puisque celle-ci est plongée dans le bain, avant que l’eau ait pu triompher de la résistance des noirs, toutes les demi-teintes claires auront eu le temps de se dissoudre, et, par suite, l’épreuve produite sera heurtée.

Les variations dans la durée d’exposition modifiant ainsi les valeurs et l’aspect de l’image, on dira donc que l’exposition est juste quand elle aura produit l’effet cherché et corrigé, dans le sens que l’on désire, les valeurs fournies par le négatif. Une ressource nouvelle et un mode d’intervention intelligent sont mis à la disposition de l’opérateur.

De là l’importance de régler avec exactitude et précision le travail de la lumière. Pour obtenir lors du dépouillement un coulé, justement mesuré, qui donnera à l’image une onction sans mollesse, et simplifiera le modelé sans anémier le dessin; ou, à l’inverse, pour tirer d’un cliché mou une image ferme, sans enterrer les noirs par insolubilisation de la couche; on devra diminuer ou augmenter la pose dans des limites assez faibles. Un degré, un demi-degré même, ajouté ou retranché dans la durée de l’exposition, cela suffit pour modifier de façon sensible l’aspect de l’épreuve. Entre une épreuve simplement correcte et une épreuve savoureuse il n’y a qu’une nuance ; mais cette nuance est d’un grand prix.

Jusqu’ici, dans la théorie hypothétique que nous venons d’esquisser, nous n’avons considéré comme agent créateur du modelé que le

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