GÉNÉRALITÉS
N sait que les papiers sensibles photographiques se classent d’ordinaire en trois catégories :
i° Les papiers à noircissement direct. — Incolores à l’origine et dans lesquels l’image est formée d’un dépôt de métal réduit, dépôt provoqué par la seule action de la lumière.
2° Les papiers à développement. — Également incolores, dans les-
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quels l’image est de même constituée par un dépôt métallique, produit cette fois par une double action : action de la lumière et action d’un agent chimique dit révélateur. Le papier au platine appartient à cette classe.
3° Les papiers à dépouilletneîit. — Ceux-ci se distinguent nettement des premiers en ce que l’image y est constituée non par un métal réduit, mais par une poudre de matière colorée, insoluble et inerte : noir de fumée, sanguine, terres... Le papier, ayant été préalablement couvert d’un mélange de cette poudre avec un colloïde sensibilisé et exposé sous châssis, est dépouillé de son pigment non par un agent chimique,
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mais par des agents qui entraînent et libèrent les grains dans les régions où la lumière les a incomplètement fixés.
A cette classe se rattachent : le papier à la gomme, le papier
ozotype, les papiers Artigue et Fresson, et tous les papiers du commerce
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dits à la gomme.
Une quatrième catégorie commence à prendre naissance : elle comprenait jusqu’ici les procédés par saupoudrage, d’un emploi très délicat, qui par suite ne se sont pas répandus. Le procédé par encrage, inventé récemment par M. Rawlins et dont nous parlons dans ce livre, semble beaucoup plus pratique ; il se prête admirablement à l’intervention personnelle. Dès maintenant on peut prédire un bel avenir à de tels procédés qui viendront augmenter les ressources de la photographie pictoriale.
Nous commencerons notre étude par les papiers à dépouillement.
Observons tout d’abord que le nom : Papier à la gomme ne doit s’appliquer qu’au papier dans lequel la gomme arabique est employée seule, sans mélange avec aucun autre colloïde. Il convient d’insister sur ce point et de séparer nettement le procédé à la gomme des autres procédés similaires.
C’est chose d’autant plus nécessaire qu’à la suite de la vogue légitime de ce procédé, un assez grand nombre de papiers nouveaux ont été mis dans le commerce et dénommés « Papiers à la gomme ». Les amateurs ont accueilli ces nouveautés avec grand plaisir, heureux qu’ils étaient de s’éviter la peine de fabriquer eux-mêmes leurs papiers et flattés de se voir maîtres, sans grand’peine, d’un procédé réputé difficile. Et c’est ainsi que nous pouvons voir dans nos Salons des épreuves qui prétendent être « à la gomme », tandis qu’elles sont simplement à la gélatine ; ce que leur aspect démontre d’ailleurs surabondamment.
Si nous venons ici préciser la question et réclamer pour la seule gomme arabique le droit de se dire « gomme », ce n’est point pour le vain plaisir de souffler sur des illusions bienfaisantes, mais pour dissiper une confusion qu’il nous serait impossible de laisser subsister au moment d’écrire les pages qui vont suivre.
“ ÉTUDE” PAR C. PUYO
PI. X. Gomme.
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Rien, en effet, de ce que nous allons dire sur le traitement du « Procédé à la gomme » ne saurait s’appliquer, sans modifications profondes, au traitement des procédés dérivés et similaires. Et si ces derniers peuvent avoir et ont, en effet, de réelles qualités, ces qualités ne leur sont point strictement communes avec le Procédé à la gomme. Le mode de traitement, d’une part, l'aspect de l’image obtenue, de l’autre, créent donc entre ces procédés une délimitation nette et franche. Et la chose était à prévoir, même avant toute expérience, si l’on observe que la gomme appelée arabique possède des propriétés particulières qui la mettent à part dans la série des gommites et des colloïdes, comme nous allons le voir tout à l’heure.
Théorie générale des Procédés à dépouillement. — La théorie de tous ces procédés dits « Procédés à dépouillement », réduite à l’essentiel, est la même. Elle est basée sur l’action des bichromates alcalins en présence des substances colloïdes : gélatine, albumine, gommes... Sous l’influence de la lumière, le bichromate alcalin est dédoublé et cède une partie de son oxygène à la matière organique ; celle-ci subit alors des modifications qui changent ses propriétés physiques et que l’on peut résumer comme il suit (i) :
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I. — La gélatine, l’albumine, la gomme, mélangées aux bichromates, tendent, sous l’influence de la lumière, à devenir insolubles, et
l’insolubilisation a lieu plus ou moins profondément dans l’épaisseur de la couche, proportionnellement à l’intensité de la lumière.
IL — Une couche de gélatine bichromatée étant plongée, après insolation, dans un liquide, les régions qui n’ont pas été insolubilisées par la lumière absorbent seules ce liquide.
III. — Une surface de gélatine bichromatée, rendue légèrement humide après insolation, prend l’encre d’imprimerie sur les parties influencées par l’action de la lumière et ne la prend pas sur celles qui n’ont pas subi son action.
(i) M. Davanne. La Photographie théorique et pratique.
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IV. — Les bichromates alcalins, en présence de la lumière, modifient et détruisent les propriétés adhésives et hygroscopiques de certaines compositions hygrométriques, telles que le sucre, le miel, la dextrine, etc.
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Un très grand nombre de procédés photographiques dérivent de * . •
ces changements apportés par la lumière aux propriétés physiques des colloïdes : tels les procédés de gravure, en creux et en relief, la collographie, l’hydrotypie, le procédé par saupoudrage, etc.
Des faits énoncés dans les paragraphes I et II sont sortis les papiers à dépouillement.
Du fait énoncé dans le paragraphe III est sorti le procédé Rawlins.
On peut classer les papiers à dépouillement en deux catégories : i° les papiers à couche épaisse qui exigent un transfert; 2° les papiers à couche mince, sans transfert.
La première catégorie est constituée par le Papier au charbon dont nous ne parlerons pas ici, bien que la matière qu’il fournisse ne soit pas sans qualités; mais il se prête de façon trop incomplète au contrôle personnel de l’opérateur.
Nous ferons seulement observer que le dépouillement de ce papier diffère essentiellement de celui des papiers à couche mince, et que s’il est aisé d’observer et d’expliquer les phénomènes très simples qui se passent lors du dépouillement du premier, le dépouillement des seconds est le résultat de phénomènes difficiles à observer et mal connus.
Dans le papier au charbon ordinaire, composé d’un mélange épais de gélatine et de poudres colorées, l’épaisseur de la couche résiste à la pénétration de la lumière; celle-ci, après avoir traversé le cliché, pénètre donc la couche à des profondeurs variables, proportionnelles aux transparences locales du cliché. Ce sont ces épaisseurs variables ainsi insolubilisées qui créent les demi-teintes ; comme il en est, par exemple, dans l’héliogravure en creux. Pour faire disparaître de la couche tout ce qui n’a pas été insolubilisé, on emploie donc de l’eau à une température supérieure à la température de fusion de la gélatine, 40 à 5o de-
grés. La gélatine non touchée par la lumière coule, emportant le pigment. L’opération est une sorte de décapage; elle est terminée lorsque de la feuille retiréê du bain l’eau s’écoule pure, sans matière colorante.
Dans les papiers dont la couche est assez mince pour être totalement traversée par la lumière et, par suite, affectée par la lumière d’une façon à peu prèsNcomparable dans toute son épaisseur, les choses se passent d’une façon différente lors du dépouillement. Et les phénomènes qui se produisent là ne sont pas non plus absolument les mêmes, suivant que le colloïde est soluble dans l’eau froide (papier à la gomme) ou non soluble (papier à la gélatine).
Considérons d’abord un papier à base de gélatine, Artigue ou Fresv JMtc son. Après insolation sous châssis, l’épreuve est mise dans une eau tiède, mais d’une température inférieure à celle qui provoquerait la
fusion de la gélatine. Ici l’emploi d’une température de 40 à 5o degrés 1 v • . .
comme tout à l’heure enlèverait toutes les teintes moyennes du cliché,
laissant le papier à nu ; seuls subsisteraient les rares endroits à peu
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près insolubilisés. L’eau tiède a ici pour rôle, non de faire fondre la gélatine, mais de lui permettre d’absorber l’eau et de se gonfler. Ce gonflement est plus ou moins fort, suivant que l’action de la lumière a été plus ou moins prononcée. Nous utilisons ici la propriété II, énoncée
tout à l’heure. Le résultat de ce gonflement est de desserrer plus ou moins les mailles de la matière organique dont le réseau retient prisonniers les grains du pigment. Pour délivrer ceux-ci une action mécanique est maintenant nécessaire ; elle sera produite par le frottement doux d’une sciure de bois très fine et diluée dans l’eau. Dès que ce frottement commence, l’image se modèle aussitôt; ce frottement se prolonge-t-il, tous les tons diminuent progressivement d’intensité, leurs valeurs respectives restant à peu près immuables , et plus ce frottement s’accentuera, en se prolongeant, plus baissera l’intensité générale de l’image.
On peut donc imaginer qu’ici l’action de la lumière n’a pas pour but de créer des parties insolubles dans la masse pigmentaire, comme il en est dans le procédé au charbon. Dans les papiers à couche mince,
il ne doit y avoir d’insolubilisation absolue dans aucune région de l’image, et le travail de la lumière semble ici plus nuancé et plus subtil. Il aurait pour but de rendre plus ou moins facile et complète, dans les diverses zones de la pellicule pigmentaire, la faculté du gonflement ; par suite, d’opposer au départ des grains de couleur des résistances locales variables.
Sur un tel papier, la gélatine n’ayant pas été fondue subsiste après dépouillement ; elle n’a pas été partiellement enlevée comme celle du papier au charbon et continue à couvrir uniformément la feuille. Elle a simplement desserré, un instant, ses réseaux, puis les a refermés sur les grains non libérés. Elle est encore susceptible de les desserrer à nouveau, si on la remet dans l’eau tiède, et de laisser échapper d’autres grains, si un frottement renouvelé l’y oblige. L’épreuve peut donc être reprise après dépouillement incomplet et séchage.
Nous reviendrons sur cette question plus loin, dans les chapitres consacrés aux papiers à la gélatine. Pour le moment, passons au papier à la gomme, sans insister davantage; nous en avons dit assez pour que nous puissions voir en quoi le papier à la gomme diffère des autres.
PAR R. DBMACHY
PI. XI. Gomme.