‹ Les procédés d'art en photographieChapitre 16 sur 33 · PAR R. LE BÈGUE · texte numérisé non relu

PAR R. LE BÈGUE

Pl. XXII. Gomme.

alors proportionnelle aux opacités du cliché. Mais elle dépend aussi de la couleur du pigment, puisqu’il faut que la couche soit totalement traversée par la lumière, et pareillement, pour le même motif, de l’épaisseur de la couche. Par suite, les rouges demanderont un temps d’exposition plus fort que les noirs, les noirs plus que les bleus. La couche étant toujours plus épaisse sur un papier à gros grain que sur un papier lisse, les papiers à gros grain devront être exposés plus longtemps.

Voici quelques indications :

Couche de ton noir sur papier grain fin ou lisse :

Cliché extrêmement léger . 1 degré 1/2 à 2 degrés Artigue.

Cliché transparent d’intensité moyenne. 3 à 5 degrés Artigue.

Cliché grisé . 6à8 degrés Artigue.

Ceci dans l’hypothèse où on se sert exclusivement de bichromate de potasse.

Si l’on ajoute moitié de bichromate d’ammoniaque plus actif, diviser ces chiffres par 2 ou 3.

Si la couche est de ton bleuté, diminuer l’exposition de i/3.

Si la couche est rouge, doubler ces chiffres.

Si le papier est à gros grain, multiplier par 3/2.

Exemple : Ainsi, je suppose que pour tirer d’un certain cliché une épreuve noire sur papier à grain fin sensibilisé au bichromate de potasse, il ait fallu une durée d’impression de 3 degrés Artigue; une épreuve de ce même cliché de couleur sanguine sur papier gros grain exigera :

3 degrés X 2 X - = 9 degrés environ,

ou, si l’on utilise le bichromate d’ammoniaque, 3 degrés.

Pour les rouges, il n’est pas indispensable de se servir de photomètre ; on arrêtera l’exposition lorsque, par transparence, on apercevra l’image se dessinant vaguement. Cette méthode n’est pas applicable aux papiers de ton noir, car, si l’on prolonge l’exposition jusqu’à apparition de l’image, il y aura surexposition.

Mis à flotter sur un bain à température normale, le papier frais se dépouille un temps variable comme nous l’avons indiqué tout à l’heure. Les chiffres donnés ne s’appliquent qu'au papier frais, et quand la fabrication est ancienne, fût-ce de vingt-quatre heures seulement, ces chiffres augmentent singulièrement. Le coulage commence alors, non plus au bout de quelques minutes d’immersion, mais au bout d’une heure, parfois plus.

Avec du papier frais, on sera rapidement fixé sur la nature de l’impression forte ou faible, et l’on agira en conséquence. L’épreuve étant dépouillée à point, si l’eau qu’elle dégorge est encore colorée, c’est qu’il y a eu sous-exposition ; on s’en apercevra d’ailleurs à l’aspect gonflé de la couche.

On lit dans certains traités, écrits surtout à l’étranger, que le papier à la gomme se conserve des semaines; nous estimons, au contraire, que, passé vingt-quatre ou quarante-huit heures, une couche est modifiée profondément et présente des qualités diminuées. D’où vient cette antinomie ?

De ce que les étrangers pratiquent le procédé d’une façon tout à fait différente de la nôtre. Ils opèrent par impressions successives, font des couches fines, très peu chargées en gomme, qu’ils surexposent et qu’ils développent par frottement. En France, au contraire, on procède en une impression, on recherche les couches grasses et le développement se fait par dissolution.

Pour bien des raisons nous préférons notre méthode qui utilise la gomme alors que sa faculté d’absorber l’eau et de se gonfler est encore entière.

Car une couche vieille de vingt-quatre heures seulement s’est durcie ; le bichromate agit même dans l’obscurité ; cette action est rapide quand la gomme est acide, plus rapide encore si l’on emploie le bichromate d’ammoniaque. Mise dans l’eau, après insolation, cette couche absorbe l’eau difficilement, le coulage ne se manifeste qu’au bout d’un temps très long, le gonflement est notablement réduit, la résistance à la dissolution est extrême. L’image révélée se montre avec des oppositions

diminuées et présente un aspect dur; très belle mouillée, elle s’enterre après séchage.

Pour obtenir une image ayant de la fleur et des transparences d’aquarelle, la formule est : couche fraîche, exposition légère ; pour obtenir un aspect crayon Wolf, couche vieille de vingt-quatre heures, exposition un peu forcée.

Cas d’une Surexposition exagérée. — Si une image résiste à l’action de l’eau, même bouillante, ce qui indique une exposition exagérée, on peut employer la friction ou avoir recours au bisulfite de soude.

L’action de friction peut être donnée soit par la sciure de bois, soit par le pinceau si la sciure de bois ne suffit pas. Il est à craindre que les résultats de ces interventions ne soient médiocres. L’insolation, en effet, peut être suffisante pour empêcher le dépouillement par simple dissolution et cependant insuffisante pour que l’épreuve supporte sans accident l’action du pinceau.

Mieux vaut auparavant essayer du bisulfite de soude. Mais ce produit désorganisant énergiquement la couche et son action ne se révélant pas immédiatement, il faut procéder avec une grande prudence et faire succéder à un arrosage d’eau bisulfitée plusieurs arrosages d’eau tiède et d’eau chaude. Toute précipitation amènerait un insuccès. Donc, mettre dans 200 centimètres cubes d’eau 2 ou 3 centimètres cubes de bisulfite liquide du commerce, plonger une éponge dans cette eau bisulfitée et faire courir des nappes sur la surface de l’épreuve. Remettre l’épreuve à l’eau pure dans une cuvette. Si le coulage ne se manifeste pas au bout de quelques instants, recommencer l’arrosage d’eau bisulfitée en doublant la quantité de bisulfite.

Dès que la couleur reprendra son exode, opérer à l’eau pure jusqu’à ce que cet exode cesse. Reprendre alors l’action du bisulfite et continuer en alternant les arrosages.

Le bisulfite peut être utilisé pour le développement local. Si l’on désire baisser considérablement une certaine région de l’image, il suffira d’y faire couler en nappe du bisulfite étendu d’eau. Aux endroits tou-

chés, la couche bavera fortement et les détails se fondront en une teinte uniforme. Ceci peut être employé avantageusement dans le traitement des alentours. Si l’on n’a pas de bisulfite on peut employer pour le même usage des solutions de carbonate de soude au titre de 2 à 5 0/0.

Séchage. — Une épreuve à la gomme sèche très lentement, d’autant plus lentement que l’exposition a été faible, car alors la gomme aura absorbé beaucoup d’eau.

On peut avoir intérêt soit à accélérer, soit à retarder l’opération du séchage. O11 aura intérêt à l’accélérer si le coulage se manifeste trop abondant et risque d’effacer l’image. Dans ce cas, le papier sera mis sur un buvard bien sec, souvent renouvelé, et dans une pièce chauffée. Mais l’action directe d’une flamme, lampe ou foyer, serait funeste. Le seul procédé d’action consiste à pratiquer un courant d’air soit au moyen d’un éventail, soit au moyen d’un ventilateur.

On peut, au contraire, avoir intérêt à retarder le séchage dans le cas d’une épreuve surexposée et dure, ou encore si l’on veut intervenir et modifier l’image au cours du séchage. Ce résultat s’obtiendra en plaçant sur une plaque de verre ou d’ébonite, légèrement inclinée, une ou plusieurs épaisseurs de papier buvard mouillé ; l’épreuve posée sur ce matelas humide mettra des heures à sécher. On pourra ainsi soit obtenir un léger coulage qui rendra moins rêche et plus grasse la matière pigmentaire et donnera plus d’enveloppe à l’image, soit maintenir au degré de mollesse nécessaire la couche qu’on veut travailler.

Sauf pendant les instants où l’on a à travailler la couche, la feuille qui sèche devra être placée dans un endroit obscur pour que la lumière n’ait pas d’action sur elle et, le séchage terminé, l’épreuve sera aussitôt remise dans l’eau.

Cette remise immédiate à l’eau a pour but principal d’empêcher la couche de se durcir. L’eau est désormais incapable de modifier l’image; et ainsi l’épreuve pourra être abandonnée dans la cuvette en attendant que l’opérateur ait le loisir de la regarder attentivement, d’analyser ses défauts, de décider des dernières corrections qui restent à faire et qui

“ L’HABILLEUSE ” PAR R. DEMACHY

Pi.. XXIII. Gomme.

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ont pu être volontairement négligées au cours du premier travail de dépouillement. La couche, encore tendre, et d'ailleurs ramollie par le bain plus ou moins chaud, offre peu de résistance; l’attaque du pinceau suffira pour baisser tel ton local; le tortillon de papier buvard, le tampon d’ouate pourront trouver à s’employer, et aussi l’éponge, plus radicale en ses effets. Certains petits accents très clairs seront donnés par le moyen d’un petit morceau de bois, taillé en biseau, qui dégagera le papier et en fera chanter le blanc à l’égal d’une touche de gouache. Tout ce travail peut se faire sans hâte, l’opérateur n’étant plus, comme dans les précédentes périodes, soumis à la nécessité de guetter le moment précis où il faut agir et agir vite.

Toutes les retouches effectuées et l’image à point, on passe la feuille dans un bain faiblement bisulfité pour achever l’élimination du bichromate, et l’on termine par un lavage à l’eau pure.

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