ÉTUDE
PAR G. RAWLINS
Px~ XLI. Procédé aux Encres grasses.
quinze minutes environ au lieu de cinq à six heures ; le lavage qui suit l’insolation ne porte plus que sur le côté gélatine du papier et peut se terminer à l’eau tiède en une demi-heure au lieu de trois à quatre heures ; enfin la gélatine, légèrement durcie par l’alcool, donne un relief plus solide.
Quel que soit le mode de sensibilisation adopté, l’épreuve devra être lavée après insolation jusqu’à ce que l’image soit invisible ou à peu près et que l’eau du bain ne se teinte plus en jaune.
Après ceci, l’épreuve pourra être pigmentée de suite après épongeage entre deux feuilles de buvard, ou séchée et mise de côté. Dans ce cas, il faudra, avant la pigmentation, faire gonfler à nouveau la gélatine en laissant l’épreuve tremper pendant deux heures au moins dans de l’eau froide.
M. Rawlins prépare des pigments spéciaux pour son procédé. On prend gros comme un pois de cette couleur épaisse et on l’étend bien également sur une petite plaque de verre ou de porcelaine. Il faut mouiller maintenant quatre ou cinq feuilles de gros papier buvard et les appliquer bien à plat sur une glace qui nous servira de pupitre à développement, nous étendons sur ce matelas humide notre épreuve en relief et avec un pinceau pochoir fin, dans le genre de ceux des peintres sur porcelaine, imprégné d’un minimum du pigment pris sur la palette, nous attaquons les ombres de l’image par petits coups légers et précipités, perpendiculaires à la surface. Il y a là un tour de main qui s’apprend vite. Sous les chocs répétés du pochoir chargé de pigment l’image se dessine. .A mesure que le pigment s’épuise, nous en reprenons sur la palette, mais toujours par petites quantités à la fois, et nous couvrons peu à peu toute l’étendue de l’épreuve. Ce premier encrage donnera un grain très perceptible, grossier même si le pochoir a pris trop de couleur à la fois, mais à mesure que le travail avance, le pigment s’écrase et le grain s’affine de plus en plus.
Une fois l’image faiblement révélée, l’opérateur pourra juger des modifications à y apporter. Contrairement à ce qui a lieu dans les procédés de dépouillement, il peut ajouter de la couleur ou en enlever
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— en ajouter en forçant l’encrage au pochoir, — en enlever en se servant de pinceaux de martre de différentes tailles bien secs et bien propres, qu’il passera rapidement sur les endroits à éclaircir. — Nous insistons sur la rapidité du mouvement car le passage lent et traîné du pinceau foncera davantage la couleur de l’endroit qu’on désirerait baisser de ton.
Notons que le degré d’épaisseur du pigment gras exerce une influence considérable sur la qualité de l’épreuve. La pâte fournie par M. Rawlins donne d’excellents résultats à une température moyenne de 18 à 25 degrés, mais en hiver il est souvent nécessaire de la diluer avec la liqueur appelée Thinning Medium. Il en faut une goutte pour une quantité de pigment de la grosseur d’un pois.
L’encre de taille-douce ordinaire, excellente pour les images à contrastes vigoureux, demande, pour des épreuves moyennes, à être épaissie par mélange avec de l’encre machine pour lithographie. Pure, elle donne dans tous les cas de très bons résultats pour l’encrage des ciels. La sanguine, la terre de Sienne brûlée et le brun Van Dyck tailledouce conviennent à la plupart des reliefs.
L’épreuve, une fois terminée, est épinglée dans un endroit sec. La gélatine sèche en deux ou trois heures ; l’image grasse en douze ou vingt-quatre heures, selon son épaisseur.
En dehors de l’excellent papier fourni par M. Rawlins, nous avons obtenu des images de caractère un peu different, mais de nature agréable sur le papier double transfert anglais T. I. C., marque « Fer à cheval », nos 100, 118 et 125. N W
Les insuccès possibles, en dehors de ceux qui proviennent d’une main encore hésitante, ne sauront être attribués qu’à une erreur de pose ou à l'usage d’une encre mal appropriée à la nature du relief. L’excès de pose se reconnaît à l’absence de contrastes et, dans les cas de surexposition complète, à l’encrage total de l’image; la sous-exposition, à l’impossibilité de faire prendre l’encre sur les parties claires. Quant à la question encre, il suffit de se souvenir que l’encre fluide tend à diminuer les oppositions, l’encre épaisse à les exagérer.
Nous avons eu entre les mains une épreuve au bromure du cliché de M. Rawlins qui a fourni l’exemple de son procédé, page i3e. Cette épreuve avait de sérieux défauts. L’ombre portée du chapeau et la masse d’ombre à droite étaient grises et enterrées. Par contre, l’éclairage heurté delà figure en accentuait violemment les traits. M. Rawlins, en insistant sur l’encrage des ombres, leur a restitué le gras et la profondeur qui leur manquaient. Il a fondu le modèle de la face et largement simplifié les plis compliqués de la robe. Sur d’autres motifs les interventions pourraient être poussées plus loin encore. Celui-ci suffit à démontrer le puissant intérêt d’un procédé qui réunit les avantages du dépouillement et du développement. Sa matière en est agréable, mate et grasse et tous les tons sont à la disposition de l’opérateur. Nous espérons même que la facilité que donne l’encrage localisé du procédé permettra d’intéressants essais en plusieurs couleurs. Mais déjà le nouveau traitement de l’épreuve monochrome nous ouvre des horizons pleins de promesses.