GRAVURE EN CAMAÏEU
Cette désignation vient du mot camée. On appelle camée une pierre fine gravée en relief, qui présente plusieurs couches superposées et des teintes différentes.
La gravure en camaïeu a été inventée en Allemagne. L’œuvre de Lucas Cranach et de Baldung renferme des estampes en camaïeu antérieures de près de dix ans à celles d’Ugo da Carpi qui, en 1 5 1 6, revendiquait cette invention devant le sénat de Venise.
Dès l’origine de l’imprimerie, Pierre Schœffer avait imité, au moyen d’impressions à deux couleurs, l’enluminure des initiales des manuscrits; mais son procédé mécanique, qui consistait à emboîter dans une planche gravée dont la surface était enduite de couleur, une autre gravure découpée qu’on y insérait après l’avoir enduite d’une autre couleur, afin de pouvoir imprimer le tout d’un seul coup, différait entièrement du procédé
s+ les PROCEDES DE LA GRAVURE.
appliqué aux camaïeux, vers i5oy, par les artistes graveurs, et inventé par eux pour nuancer les teintes et imiter les dessins coloriés, ou simplement lavés au bistre.
„ Ceux-ci, en effet, gravaient les planches destinées à recevoir les couleurs pour ménager des lumières et produire des dégradations de tons.
Les effets obtenus par ces procédés furent, dès l'origine, tellement remarquables qu’on put vendre comme dessins originaux des maîtres les épreuves de certaines gravures en camaïeu.
Les camaïeux d’Allemagne et de Flandre sont presque tous à deux teintes seulement : le dessin est imprimé en noir sur fond bistre, orangé ou verdâtre; les maîtres à qui on doit les plus remarquables de ces ouvrages sont: Albert Durer, Baldung Grien, Bloemaert, Burgmair, Cranach, Goltzius, Zegher, Pilgrim, etc.
L’impression en camaïeu était quelquefois une impression mixte : en taille douce d’abord, le dessin ayant été gravé en creux sur cuivre, puis typographique pour les planches de couleur qui étaient xylographiques.
Nicolas Lesueur, en France; Bloemaert, en Hollande; Kirkall et Jackson, en Angleterre, ont employé de préférence ce mélange de gravures et d’impressions.
Très perfectionné quant aux procédés, ce système a permis de nos jours à d’ingénieux imprimeurs français et anglais d’exécuter des impressions qui imitent l’aquarelle et la peinture à l’huile : le papier ou la toile passent jusqu a dix fois sous la presse.
Sur la première planche, on grave le trait, les contours de l’image, puis on en fait un nombre d’épreuves à report suffisant pour que ce calque puisse être trans-
porté sur chacune des planches de couleur. Le graveur les entaille successivement, après avoir dessiné sur chacune d’elles la place qui doit être gravée pour donner au tirage le ton correspondant à cette planche.
Grâce au moulage et à la galvanoplastie, qui multiplient à l’infini les clichés, il est facile encore, si l’on veut se servir d’une gravure unique, de supprimer sur chacun des clichés les parties gravées qui ne doivent pas prendre l’encre de telle ou telle couleur; celles qui sont conservées impriment seules la coloration voulue.
Quel que soit le procédé employé, la superposition et la juxtaposition des tons donnent, une fois tous les tirages effectués, une imitation assez faible de l’original, mais qui atteint en général le but peu élevé qu’on se propose.
Ces procédés ressemblent par certains points à ceux de la lithochromie, que nous étudierons plus loin.
Revenons aux camaïeux proprement dits; nous dirons que les plus beaux nous sont venus d’Italie, et nous citerons quelques-uns des artistes les plus remarquables en ce genre.
Ugo da Carpi, mort vers i52o.
Andrea Andreani, 1540-1625. A gravé notamment le Triomphe de César , dessiné par André Mantegna.
Joannes Gallus, avec des dessins de Marco de Sienne.
Antonio Fantuzzi, d’après le Parmesan.
N. Boldrini, r525, d’après Titien.
Le comte Zanetti, 1680-1766, d’après le Parmesan.
L impression de plusieurs couleurs sur une même feuille de papier peut etre faite également et avec une perfection supérieure quelquefois sur des planches gra-
Héliogravure réduite de l’estampe sur bois.
vées en creux. Voir à ce sujet le chapitre que nous con-
fig. 25 — fac-similé d'une estamfe des Songes drolatiques. Dessin attribué à Rabelais.
sacrons plus loin à la gravure en couleur : nous examinerons dans ce même chapitre les livres imprimés