SAINT SÉBASTIEN
Réduction d’une estampe de Jacopo de Barbarj.
pas de limites. On a voulu lui interdire la traduction des œuvres de style; c’est là, croyons-nous, une prétention injustifiable. Le style n’est pas sous la dépendance de tel ou tel système de facture ; il naît sous les doigts de l’artiste qui a le talent de l’évoquer, quel que soit l’outil dont il se sert. Nous trouvons irrationnel d’affirmer l’incapacité du procédé qui précisément oppose le moins d’obstacles matériels à la pensée et à la main de l’artiste.
Procédés.
Le cuivre sur lequel on opère a quelques millimètres d’épaisseur : le planeur le livre tout prêt à recevoir le vernis, en planches de dimensions variées, terminées en biseau sur les quatre côtés.
Pour vernir, on saisit la planche avec un étau muni d’une poignée en bois et on l’expose du côté de l’envers au-dessus de la flamme d’un réchaud. Dès qu’elle est suffisamment échauffée pour fondre le vernis, on promène sur la face polie du cuivre une boule de vernis ordinaire enveloppée dans une poche de soie et, au moyen d’un tampon également recouvert de soie, on étale le vernis jusqu’à ce qu’il forme une couche bien égale. Puis, la planche étant refroidie, on enfume la couche de vernis en la présentant au-dessus d’un flambeau ou d’une mèche de cire allumée, jusqu’à ce qu’on ait obtenu sur toute la surface un noir brillant. Cette teinte deviendra terne par le refroidissement, mais elle sera suffisante pour permettre de distinguer nettement le dessin que la pointe va y tracer, et qui apparaîtra
N° 1 Gravure à l'eau-forte
N” 2 Gravure à la pointe seche
M° 3 Gravure à vernis mou ou en manière à crayon
A.Quairtm lmp. Edit
GRAVURE A L'EAU- F O RTE.
rouge sur fond noir, c’est-à-dire de la couleur du cuivre mis à nu par elle.
Avant de commencer à dessiner, il est nécessaire d’adoucir la lumière au moyen d’un transparent de papier végétal soutenu par un châssis de bois; on atténuera ainsi le rayonnement du cuivre, qui gênerait considérablement la vue pendant le travail.
La pointe est une sorte d’aiguille métallique, de dimensions variées , fixée dans un manche de bois : on la tient comme un porteplume et le plus perpendiculairement qu’il est possible , pour que le trait soit pur et égal et qu’il FIG’ ^ “ SA,NT L0NGIN'
, , 1 . , D’après une estampe d’Andrea Mantegna.
mette le cuivre a nu f 1
dans tout son parcours. Il est important que la pointe soit bien aiguisée sans être trop pointue, car si elle rayait le cuivre, la
morsure agirait trop vivement dans les parties entamées et détrairait l’unité du travail ; il est vrai que cette légère entaille de cuivre permet de modeler le trait lui-même, et certains artistes savent. en tirer le meilleur parti.
On fait sur le vernis un calque du dessin à graver, comme on le ferait sur papier ou sur toile, c’est-à-dire avec une feuille de sanguine qui donne le tracé en rouge.
La pointe dessine sur lèverais avec autant de facilité que le crayon sur le papier; il faut savoir que, en général, les traits paraissent plus gros qu’ils ne seront après la morsure. Un papier transparent posé sur la planche permettra d’apprécier plus exactement le travail, en empêchant le rayonnement du cuivre dénudé. On déblaye le terrain au moyen d’un blaireau passé de temps en temps sur la planche et qui enlève les parcelles de vernis arrachées par la pointe.
Pour faire des corrections , il suffit de recouvrir les parties à revoir d’une couche de petit vernis; c’est un vernis liquide que l’on y dépose au pinceau : on laisse sécher et on reprend à nouveau, les travaux antérieurs étant annulés, comme il est aisé de le comprendre.
Le dessin fait, corrigé, examiné à la loupe et nettoyé des parcelles de vernis qui pourraient masquer certains travaux, on procède à la morsure, c’est-à-dire à l’opération proprement dite de la gravure à l’eau-forte.
Autrefois on se servait comme mordantd’un mélange d’acide azotique et d’acide chlorhydrique; aujourd’hui on emploie l’acide azotique , appelé également acide nitrique, à 40°, c’est-à-dire étendu d’eau aux trois cinquièmes. Le graveur réduit lui-même son acide à un degré plus faible en y ajoutant de l’eau, suivant l’inten-
GRAVURE A L'EAU-FORTE
sité de morsure qu’il veut obtenir. Il est bon de débuter par de l’acide à 200; si l’acide a déjà servi, sa gourmandise pour le cuivre est naturellement diminuée; il mord moins. Du reste, il est difficile de rien spécifier de précis au sujet de l’action des mordants ; elle est subordonnée à une foule de causes extérieures dont l’expérience seule apprend à tenir compte :
en thèse générale , la morsure est plus vive et plus rapide quand la température est plus élevée.
Il est d’autres mordants que l’acide nitrique; nous en parlerons plus loin, dans le chapitre consacré à la Gravure au Lavis.
Avant d’être plongée dans le bain d’eau-forte, la planche doit être protégée par une couche de vernis