F1G. 60. - AMOUR, D'APRÈS UNE ESTAMPE DE MANTEGNA
Dessin de Gilbert, gravé par te procédé Comte.
tue, une quantité proportionnelle de métal est empruntée par le bain au pôle positif, c’est-à-dire à la planche dessinée qui représente ce pôle ; l’emprunt ne pouvant se faire qu’aux endroits découverts, il en résulte que ceux-ci se creusent et qu’au bout d’un certain temps le dessin a un relief suffisant pour l’impression.
On se sert, en pareil cas, d’une encre analogue à celle des lithographes, c’est-à-dire composée d’un corps gras, de cire, de matières résineuses et colorantes : le tout formant un véritable vernis protecteur. Pour donner plus de solidité à ce vernis, on le dissout dans une eau albumineuse, et quand le dessin est terminé on soumet la planche à une température de 80 à ioo degrés. La coagulation de l’albumine rend cette encre insoluble : le dessin résistera donc victorieusement à tous les lavages, et, par son adhérence plus intime, protégera efficacement le métal subjacent.
M. le professeur Becquerel a rendu compte à l’Académie des sciences d’un procédé analogue dû à M. Devincenzi. Nous emprunterons à son excellent rapport quelques détails pratiques qui forment autant de renseignements utiles à connaître, non seulement pour le mode de gravure particulièrement visé , mais pour la lithographie, dont nous parlons plus loin.
« La zincographie, dit le rapporteur, ou l’art de dessiner sur zinc pour tirer ensuite des épreuves, date déjà d un certain nombre d’années. En Angleterre et en Allemagne, on a substitué en partie, depuis longtemps, le zinc à la pierre dans la lithographie; en France, cette substitution n a pas été adoptée. M. Devincenzi, désirant obtenir avec le zinc des planches gravées en relief pou-
Héliogravure d’un dessin de M. Kreutzberger, d’après une estampe allemande du xvuo siècle.
vant servir à la typographie, s’est arrêté, après bien des essais, au procédé que nous allons décrire. Mais auparavant, nous dirons que M. L.-P. Dumont s’était occupé, postérieurement à M. Devincenzi, d’un procédé entièrement différent de celui qui nous occupe dans ce moment. Le procédé de M. Dumont (comme on l’a vu à la page 126) consiste à dessiner sur une planche de zinc avec un crayon insoluble de son invention, ou avec le crayon ou l’encre lithographiques, puis à liquéfier la matière grasse du dessin en chauffant légèrement, à répandre ensuite sur la planche une poudre composée de résine, de poix de Bourgogne et de bitume, à enlever avec le souffle la portion de poudre qui n’a pas adhéré, enfin à faire chauffer de nouveau pour fixer celle qui recouvre le dessin. La planche ainsi préparée est plongée dans un bain de sulfate de zinc et mise en communication avec le pôle négatif d’une pile, tandis que le liquide est en relation avec le pôle positif. On obtient ainsi un relief qui sert à former un moule en gutta-percha, avec lequel il obtient une planche en relief par la galvanoplastie.
« Le procédé de M. Devincenzi est différent du précédent. On prend une planche de zinc ordinaire, dont la surface a été grenée préalablement avec du sable tamisé, et l’on dessine dessus avec du crayon ou de l’encre lithographique; on la passe ensuite dans une décoction légère de noix de galle, puis à l’eau de gomme, afin de prédisposer les portions de zinc qui ne sont pas recouvertes du dessin à ne pas prendre le vernis dont il sera parlé ci-après. On lave avec de l’eau, puis on enlève le crayon ou l’encre avec de l’essence de térébenthine, comme on le fait dans la préparation de la pierre litho-
FIG. <52. - ENTRÉE D’UN PEINTRE DE D’ANCIEN REGIME DANS l’aTEUER DE DAVID.
Gravure sur bois d’après une estampe satirique.
graphique. Ces opérations faites, on humecte la planche, et on y applique avec un rouleau un vernis composé d’asphalte, d’huile de lin lithargiée et de térébenthine, auquel on ajoute ensuite de l’essence de lavande. Le vernis s’attache uniquement aux portions recouvertes de crayon ou d’encre 1. On laisse sécher pendant douze à quinze heures; on passe sur la planche une brosse trempée dans une très faible dissolution d’acide sulfurique, pour décaper la surface non recouverte de vernis, et on la plonge ensuite dans une dissolution de sulfate de cuivre marquant i5°, en même temps qu’une planche en cuivre de même dimension est placée parallèlement à 5 millimètres de distance, et mise en communication avec l’autre au moyen d’une baguette de cuivre. La partie du zinc non recouverte de vernis est attaquée chimiquement par la dissolution du sulfate de cuivre, et électro-chimiquementpar l’action du couple voltaïque, tandis que la dissolution n’a aucune action sur le vernis. On retire de minute en minute la planche de zinc pour enlever le cuivre déposé, et au bout de quatre à huit minutes, le relief est suffisant pour le tirage typographique d’un grand nombre d’épreuves.
« Votre commission, ayant voulu se rendre compte par elle- même de toutes les opérations qui viennent d’être décrites, a prié notre excellent artiste, M. Chatillon, de vouloir bien dessiner sur une planche de zinc grenée un sujet quelconque bien terminé, afin de nous assurer que les traits les plus délicats ainsi que les demi-
i. C cst-à-dirc la lâche grasse provenant du dessin, car la matière colorante de l’encre a été enlevée par l’essencede térébenthine.
GRAVURE EN RELIEF
teintesétaient reproduits par ce procédé de gravure. Il s'est rendu à notre désir et a dessiné le portrait du Pérugin d’après Raphaël, en y faisant des traits extrêmement fins, devant servir de lignes de repère. Nous avons fait subir à la planche par M. Devincenzi , et en notre présence, toutes les préparations décrites, et le tirage a ensuite été fait par M. Plon, que nous lui avions indiqué.
Toutes les épreuves obtenues ont été la reproduction parfaite du dessin, comme M. Chatillon l’a reconnu lui-même, ainsi que vos commissaires ; les lignes de repère à peine visibles ont été retrouvées.
« Une épreuve restait à faire; nous l’avons tentée. Le zinc étant attaqué directement par la dissolution de sulfate de cuivre, il pouvait se faire F10 que l’action électro-chimique ne fût pas indispensable; en conséquence, nous avons invité l’auteur à se borner à plonger pendant six minutes, c’est-à-dire pendant le même temps que l’autre, une planche de zinc dessinée et préparée de la même manière, dans une dissolution de sulfate de cuivre marquant r5 degrés, et à faire le tirage. Les épreuves obtenues n’ont pas été satisfaisantes; les contours du dessin