PROCÉDÉS DE GRAVURE QUI EN DÉRIVENT
La photographie fournit un cliché, c’est-à-dire un moyen mécanique de multiplier les épreuves d’une image ; elle doit donc être comprise dans ce livre. Cependant, comme nous nous sommes attaché à n’admettre dans le cadre de nos études que les procédés de gravure qui ont pour accessoire obligé l’emploi de l’impression pour la production des estampes, nous envisagerons seulement la photographie dans ses rapports avec la gravure proprement dite, c’est-à-dire en tant que moyen de formation d’une plaque gravée dont on peut obtenir des épreuves, sans qu’il soit nécessaire de recourir aux moyens chimiques, à l’action de la lumière.
La découverte de la photographie est une des plus considérables du siècle; nous ne croyons pas devoir
I r,r, LES PROCÈDES DE LA GRAVURE.
passer sous silence l’histoire de ses origines, mais nous ne nous y attarderons pas.
L’honneur despremiers essais revient à un Français, Nicéphore Niepce, et à deux Anglais, Wedgwood et Dawy. Depuis longtemps, on avait remarqué que le papier imprégné de nitrate d’argent (pierre infernale) noircissait à la lumière du jour. L’idée vint d’interposer des objets entre la lumière et une feuille de papier préparé au nitrate d’argent; il en résulta une silhouette blanche de ces objets sur le fond noircidu papier; des feuilles de lierre, par exemple, posées sur le papier, y laissaient une empreinte assez fidèle de leurs contours et de leurs nervures. Wedgewood obtint même, en t 8 3 3 , des copies de dessins sur verre, en lignes blanches sur fond noir; notons en passant que son procédé est appliqué de nouveau aujourd’hui avec des perfectionnements qui l’ont mis en grande vogue.
Puis Wedgewood chercha à reproduire l’image de la chambre noire. On sait que si l’on produit dans une chambre une obscurité complète, il suffit de percer un petit trou à l’un des volets pour que les rayons de la lumière viennent dessiner sur la paroi opposée l’image des objets extérieurs. En plaçant une feuille de papier préparé au point de cette paroi où se formait l’image, Wedgewood essaya d’en obtenir l’impression visible, mais il n’y réussit pas. Il fallait trouver un corps plus sensible encore que ne l’est le nitrate d’argent à l’action de la lumière.
Nicéphore Niepce fit cette importante découverte, et du même coup établit une propriété nouvelle de certains corps soumis à l’action des rayons solaires, propriété
LA PHOTOGRAPHIE
qui devait servir de base à toutes les recherches auxquelles l’héliosravure a donné lieu. Le bitume de Judée, sorte de substance noire que l’on trouve, notamment, sur les bords de la mer Morte et de la mer Caspienne, jouit d’une double propriété : d’une part, il est très sensible à la lumière, et, de l’autre, il cesse d’être soluble dans les huiles essentielles dès qu’il a été impressionné par elle. Voyons ce qu’il peut résulter de cette découverte.
On prend une plaque de métal et on y étend, dans l’obscurité, une couche de bitume deJudée dissous dans de l’essence de térébenthine ou de lavande. Si l’on chauffe légèrement cette plaque ainsi préparée, l’essence en s’évaporant laisse à la surface une mince couche de bitume. Transportée au foyer de la chambre noire, la plaque reçoit l’impression de la lumière que lui renvoient les objets extérieurs dont l’image se forme a ce foyer : le bitume est désormais imprégné pour ainsi dire de l’image, mais à l’état latent, car sa coloration n a nullement changé. Que l’on vienne maintenant à tremper la plaque dans de l’huile de lavande, toutes les parties du bitume qui n’ont pas été impressionnées s’y