P IG. I4. - ENTRÉE D'E HENRI II A PARIS
Estampe de G. Tory (1549), réduction itéliogr.iphique.
teintes au blanc d’œuf et à la gouache. Les premiers
3<i LES PROCEDES DE LA GRAVURE.
livres d’Heures furent imprimés sur vélin, pour faciliter la tâche du peintre, et aussi peut-être pour donner satisfaction aux amateurs de manuscrits en rendant la ressemblance plus complète.
Quant au style de ces gravures primitives, il est à la fois naïf et héroïque dans sa roideur byzantine, avec line pointe de ce réalisme qui apparaît déjà dans les miniatures du xme siècle. Le caractère français y ajoute sa note gouailleuse.
Dans les encadrements de presque tous les livres d’Heures figure, de préférence à tout autre sujet, la Danse des morts ou Macabre. Ce thème lugubre, que le farouche catholicisme du moyen âge léguait aux temps modernes, fournit aux artistes de la fin du xve siècle des variations joyeuses ; sans que l’art y perde rien, bien au contraire, l’oratorio tourne à l’opérette en passant par les mains d’Albert Durer, de Holbein, de Burgmair, de Hans Baldung Grien. Chez nous , la terrible comare devient presque une aimable commère. L’esprit français a hâte de se débarrasser du pénible cauchemar qui avait pesé sur lui pendant plusieurs siècles.
Les noms de nos premiers graveurs sont aussi profondément ignorés que ceux des miniaturistes qui les ont précédés; tout ce que l’on peut dire d’eux, c’est qu’ils acquirent rapidement une grande habileté de métier.
Quant aux éditeurs de livres à figures, ils forment à Paris, à Lyon et dans plusieurs villes de France, toute une légion oü l’on retrouve sans peine de dignes émules des grands libraires d’Allemagne et d’Italie. Il nous suffit de rappeler, sans ordre chronologique, ces noms chers aux bibliophiles: Pigouchet, Simon Vostre, Gilles
GRAVURE SUR BOIS. Î7
Hardouin, Michel le Noir, Antoine Vérard, Guillaume Le Rouge, Guyot Marchand, Simon de Colines, Janot, Geofroy Tory, JeanDupré, Trechsel, Macé Bonhomme, les de Tournes, etc., etc.
L’imprimerie en caractères mobiles fut introduite à Paris en 1469, par Ulrich Gering. Les plus anciens livres français imprimés en France sont la Légende dorée , imprimée à Lyon en 1476 , et les Chroniques de saint Denys, qui parurent à Paris neuf mois plus tard. De tous les ouvrages en langue française, le plus ancien est le Recueil des histoires de Troyes, imprimé à Cologne vers 1467* Ces livres sont sans gravures : l’Art au morier , qui contient onze planches sur bois, est certainement plus ancien de quelques années. Quant au premier livre à figures sorti des presses françaises, avec date certaine, c’est 1 e Miroir de la Rédemption (1478, Lyon, Mathieu Husz).
Nous avons dit que l’on manquait de renseignements précis pour établir la part de chacun des artistes qui ont
PIC. 1$. - FRANÇOIS Ier.
Gravure sur bois du xvie siècle.
FIC. 16. - PREMIÈRE PARTIE DU TRIOMPHE DE l'aMOUR
FIG. 17. — DEUXIÈME PARTIE DU TRIOMPHE DE L AMOUR ^Bois du Songe de PoliphUe . Édition française.)
concouru à l’illustration des premiers livres à figures. Dessinateurs et graveurs semblent avoir abdiqué entre les mains de l’imprimeur, qui parfois, du reste, résumait en lui cette trinité artistique; tel fut Geofroy Tory, pour ne citer que l’exemple le plus illustre.
Geofroy Tory, 1485-1554, fut à la fois dessinateur, graveur, peintre, écrivain et imprimeur-libraire. C’était une de ces vastes intelligences comme la Renaissance en a enfanté, qui embrassent avec supériorité toutes les connaissances humaines. Son premier livre d’Heures, entouré d’encadrements remarquables, parut en i525.
Mercure Jollat (première moitié du xvie siècle) est considéré par M. Didot comme le graveur des compositions et encadrements de la plupart des livres d’Heures de Vérard, de Pigouchet, de Simon Vostre, etc.
Jean Cousin, i5oi-i589. M. Renouvier attribue à ce grand artiste la gravure d’un grand nombre de planches sur bois. En tout cas, il n’existe pas à son sujet le même doute que pour Geofroy Tory; la chalcographie du Louvre possède une planche représentant Y Ensevelissement du Christ , signée du nom de Jean Cousin; il est permis de supposer qu’il a fait plusieurs fois le métier de graveur. On sait, d’autre part, par un avis préliminaire imprimé en tête du Livre de perspective de Jehan Cousin, que les dessins sur bois de cet ouvrage ont été faits par l’illustre artiste.
Jean Goujon, mort en 1542, passe pour avoir gravé sur bois, mais la preuve n’est pas faite.
Pierre Woeiriot, 1532-1599. Ce graveur célèbre s’est rarement exercé sur le bois, mais ses travaux dans ce genre sont d’une finesse achevée.
G RAVURE SUR BOIS. 4,
Philibert Delorme, i5 18-1570, le grand architecte, a certainement dessiné sur bois les planches de son livre sur l’ Architecture , mais il ne paraît pas qu’il les ait luimême gravées.
Bernard Salomon, dit le Petit Bernard, 1520-1570, un des plus féconds et des plus brillants illustrateurs que la France ait produits.
Jean Moni et Hugues Sambin, rivaux souvent heureux du précédent, et comme lui ayant collaboré aux célèbres éditions lyonnaises du xvie siècle.
Jean Tortorel et Jacques Périssin (première moitié du xvie siècle). Un ouvrage fort intéressant sous le rapport de l’histoire, des costumes et des mœurs de leur époque a été dessiné et gravé en partie par eux en 1570.
Olivier Codoré, graveur en pierres fines de Henri IV, est l’auteur des planches de la Joyeuse et triomphante entrée de Charles IX, publiée en 1572.
On a prétendu à tort que la reine Marie de Médicis avait gravé un portrait de jeune fille. Ce portrait, d’un beau caractère, est le sien, mais il n’a pas été fait par elle.
Jean Leclerc (fin du xvie siècle). On lui attribue nombre d’excellentes gravures.
Jean Papillon, le plus connu d'une famille de graveurs, a fait un Traité historique et pratique de la gravure sur bois (Paris, Simon, 1766, 3 tomes en 2 vol. in-8°) ; mais ses efforts n’ont pu empêcher la décadence d’un art qu’il a mieux célébré par ses écrits que par ses œuvres mêmes de gravure.
École anglaise.
Renaissance de la gravure sur bois.
Au xvme siècle, les livres à figures sont illustrés au moyen de la taille douce. Seule, l’Angleterre qui jusqu’alors était restée constamment en infériorité par rapport aux autres nations, reconnut toute l’utilité de la gravure sur bois et crut de son devoir d’en encourager la pratique. En 1771, la Société des Arts de Londres proposa un prix pour la meilleure gravure exécutée sur bois : ce fut Thomas Bewick qui l’obtint. C’est lui qui a gravé le premier sur bois debout , en substituant pour toutes ses gravures le buis au poirier. Nous nous expliquerons plus loin sur ces innovations.
A la fin du siècle dernier, la Prusse peut encore revendiquer un graveur de grand talent, Gubitz.
Vers i8o5, la France sentit la nécessité d’appeler l’attention des artistes et du public sur les moyens de relever un art qui avait jeté un si vif éclat dans les productions de la librairie. La Société d’encouragement pour l’industrie nationale proposa, en i8o5, un prix de 2,000 francs à celui qui produirait la meilleure gravure sur bois. Un seul artiste se présenta au concours, et cinq ans plus tard on en était encore réduit à récompenser de ce prix un graveur en relief, sur pierre, M. Duplat.
A cette meme époque , l’Angleterre produisait un grand nombre de livres illustrés de charmantes vignettes gravées sur bois par MM. Nesbit, Branston, Wright
GRAVURE SUR BOIS
et Thompson. Ce dernier, encouragé par la maison Firmin-Didot, vint à Paris et y fonda une école de gravure qui compte au nombre de ses meilleurs élèves MM. Brévière, Best et Porrat.
Enfin, la fondation du Magasin pittores que par M. Edouard Charton, en i S 3 3 , et celle de Vlllustration qui suivit de près, heureuses tentatives imitées de l’Angleterre , donnèrent un vif essor à la gravure sur bois, que la librairie proprement dite ne se décidait pas encore à adopter.
Nous n’avons pas besoin de dire ce qu’est aujourd’hui l’art dont nous nous occupons:
la France, et avec elle presque toutes les nations civilisées , emploient des légions de
graveurs sur bois qui peuvent à peine suffire aux besoins des publications périodiques et des livres illustrés. Il est telle de ces publications qui s'imprime à plus de cinq cent mille exemplaires.
D’UNE ESTAMPE DU XVIe SIÈCLE.
Gravure sur bois.
Cette prodigieuse extension de la gravure sur bois n’aurait pas pu se produire sans les progrès correspondants accomplis dans la fabrication du papier, et surtout dans les procédés du tirage typographique des vignettes. L’invention, ou plutôt l’application perfectionnée de la mise en train des bois, l’amélioration considérable apportée dans le système des presses typographiques, qui opèrent maintenant avec autant de délicatesse que de célérité, ont permis de multiplier à bas prix de bonnes épreuves de gravures qui se recommandent d’elles-mêmes par la richesse et la variété du coloris.
Nous n’examinerons pas ici si l’art de la gravure a progressé autant que le métier du graveur : il en est de cet art comme des autres; l’encombrement ne doit pas nous empêcher de distinguer les hommes de talent au milieu de la cohue des artisans'graveurs. Pour peu qu’on veuille séparer le bon grain de l’ivraie, on est forcé de reconnaître que nous vivons à une époque d’abondance et que la qualité n’est pas inférieure à celle d’autrefois.
Nous jugeons inutile d’énumérer ici les noms recommandables des graveurs contemporains; cette nomenclature n’apprendrait rien à personne, et quelque longue que fût notre liste, nous risquerions d’oublier certains artistes, au mépris de droits bien acquis par la force du talent.
Nous empruntons au livre de M. A. Firmin-Didot, déjà cité, l’exposition sommaire des procédés de la gravure sur bois, en la complétant d’une analyse des applications nouvelles.
FIG. iG. - BUSTE O E VIEUX GUERRIER.
Gravure du xvie siècle, dans le goût de Léonard de Vinci. Héliogravure d’après le bois de Sotain.
*<î les PROCEDES DE LA GRAVURE.
« Sous le rapport de l’histoire de l’art, les gravures sur bois offrent d’autant plus d’intérêt que jusqu’à la fin du xvnie siècle elles nous reproduisent, dans la plupart des cas, le dessin propre du maître, qu’il traçait , sur le bois en y figurant chacun des traits que le tailleur d’images, artiste souvent d’un vrai talent, devait se borner à suivre exactement. C’est cette différence de rôles qui explique pourquoi le nom des graveurs sur bois est généralement si peu connu, tandis que celui de l’auteur des compositions est resté attaché et comme inhérent à l’œuvre, bien qu’il y figure rarement.
« Cette reproduction, but unique du graveur, était donc un véritable fac-similé du dessin du maître; elle eût été Je dessin même si le graveur avait su s’y conformer fidèlement, et si les procédés encore imparfaits de l’impression avaient permis de bien reproduire au tirage l’empreinte de la gravure.
« C’est ainsi que j’ai vu au musée de Bâle un grand nombre de blocs en bois de poirier, dessinés à la plume par le célèbre Brandt pour une édition projetée de Térence, dont une partie, déjà gravée sur bois de fil de poirier, montrait la part respective du dessinateur et du graveur.
« C’était, en effet, sur bois de poirier, dont la fibre est moins serrée que n’est celle du buis, et sur bois de fil, c’est-à-dire dans le sens longitudinal, que la gravure était exécutée, tandis que maintenant c’est sur le buis coupé dans l’autre sens, c’est-à-dire sur bois debout qu elle s’opère. Ces deux procédés offrent dans leur application de notables différences.
« Sur le poirier de fil la gravure s’opérait au moyen de
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pointes tranchantes ayant les unes la forme de lancettes, d’autres celle d’un canif dont le graveur se servait pour cerner les deux côtés du trait, en lui conservant l’épaisseur indiquée par le tracé meme sur le bois; puis il fai-