MULTIPLICITÉ DES INDICATIONS
Mais l’un des plus grands avantages de cette opération, c’est qu'elle peut être pratiquée indifféremment dans tous les cas où une large ouverture semble nécessaire, car mieux que toute autre elle donne du jour et de l’espace. L’extraction des corps étrangers ne peut souvent se faire en chirurgie de guerre qu’à l’aide d’une trépanation large. C’est dans ce but que D. Larrey conseille d'embrasser le point où siège un de ces corps avec une large couronne. S'agit-il d’une tumeur cérébrale,
le procédé de Jaboulay lui donne libre passage quand son extirpation est indiquée. Est-on en présence d’une lésion de méningo-encéphalite diffuse, il donne assez de jour pour procéder à l'examen d'une vaste portion des hémisphères. De même l’opération est bien indiquée dans les épanchements extra dure-mèriens.
D'un autre côté, malgré les progrès toujours croissants de la doctrine des localisations cérébrales, c’est souvent une question bien épineuse de déterminer le point précis où l’on appliquera le trépan. Au lieu de poser côte à côte plusieurs couronnes detrépan, laissant une vaste solution de continuité fort dangereuse pour l'opéré, ne vaut-il pas mieux créer, de prime abord et de propos délibéré, une brèche osseuse vaste mais temporaire et permettant toutes lesexplorations désirables. Enfin dans nombre de cas les recherches restent vaines, mais la boite crânienne n’en a pas moins subi de vastes délabrements sources de dangers dans la suite. Les auteurs citent souvent des faits où des traumatismes même légers déterminent la rupture des cicatrices de trépanation et des lésions graves des circonvolutions pouvant déterminer la mort du sujet. Ces dangers sont prévenus ou tout au moins réduits au minimum par la travyée osseuse intermédiaire qui tout en assurant la solidité de la cicatrice obvie par sa présence à tout accident de hernie.
Dans ces cas de trépanation large en effet et surtout quand on a pratiqué l’incision de la dure-mère, le cerveau a toujours une certaine tendance à faire saillie hors de ses enveloppes. Nous avons dit dans la première partie de ce travail la fréquence et la gravité de
ces hernies. Pour nous résumer nous nous contentons de dire avec M. Jaboulay « L'issue de la substance cérébrale, peut être rapide et brusque, alors la hernie s'étrangle, les tissus cérébraux se désorganisent. C’est la mort dans les deux ou trois premiers jours ». C'est pour empêcher la production de ces hernies qu’on avait : imaginé la trépanation en pomme d’arrosoir ou en feuille de trèfle. La travée de Jabouiay maintient par sa présence les circonvolutions cérébrales et fait en grand ce que les petites intersections osseuses de la trépanation en pomme d’arrosoir oules angles rentrants de la feuille de trèfle avaient pour but de faire en petit. Une observation de M. Jaboulay (Archives provinciales obs. XV) nous montre bien que la travée s’oppose eff-. cacement au développement de la hernie cérébrale. Il s’agit de l’extirpation d’un fibrome de la pie-mère et de l'écorce cérébrale. Après avoir enlevé un pont osseux circonscrit par huit couronnes de trépan sur deux lignes parallèles en comprenant quatre chacune, M. Jaboulay s'aperçoit qu’à la partie inférieure le crâne est poreux et constate des masses chair d’huître, il pose en ce point deux couronnes de trépan et ne replace pas les rondelles. Il s'établit de cette façon, à l’une des extrémités du pont osseux, une solution de conti-. nuité. Quinze jours après nouvelle opération ; on constate alors la présence d’une hernie sur le point que la travée n’avait pas recouvertà la partie inférieure, Six mois après cette hernie existait toujours. »
Que fut-il arrivé si l’on s’était contenté de pratiquer une simple ouverture sans replacer la travée ? Il est très probable qu’une hernie considérable serait venue
occuper cette vaste perte de substance que nécessitait. l’ablation de la tumeur et eut occasionné à brève échéance la mort du sujet par suite de la désorganisation.