CRITIQUES DE CHIPAULT, — RÉFUTATION
= Comprise de cette façon, l'opération deJaboulay nous semble applicable à tous les cas possibles. Néanmoins elle a encouru quelques reproches presque tous formulés par M. Chipault, dans la Revue nenrologique (loc. cit.). En comparant son procédé à celui de M. Jaboulay, ce chirurgien dit que le procédé Jaboulay diffère du sien par l’étroitesse du lambeau osseux. Il ést certain que quand M. Chipault a écrit ces lignes, ilu’avait pas sous les yeux le manuel opératoire que M. Jaboulay a décrit lui-mème. Il s’est sans doute basé pour avancer cette opinion sur la figure donnée par M.Jaboulay dans les Archives provinciales de chirurgie et qui représente des travées étroiles. Mais M. Jaboulay n’a jamais eu la prétention de donner des limites mathématiques à la travée. Il n’en a déterminé en centimètres ni la largeur, ni la longueur. « La distance, dit-il, qui sépare les deux bandes de la trépanation ainsi que le nombre et la dimension des couronnes varieront suivant l'étendue que l’on veut donner à la perte de substance. » Il nous semble qu’on ne peut s'expliquer plus clairement et que cela veut dire: Donnez à la travée la largeur qui vous conviendra, c'est-à-dire que vous jugerez nécessaire. Si la travée est étroite, c'est que la lésion commande cette étroitesse et que le chirurgien le veut bien. Voilà donc un premier reproche qui n’a rien de fondé. | Arrivons maintenant à la question de la reprise de
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la travée niée par M. Chipault. Et d’abord demandons-nous pourquoi, dans sa classification des procédés d’ « ostéoplastie crânienne » M. Chipault a rangé l’opération de M. Jaboulay parmi les procédés hétéroplastiques. Pourquoi assimiler un os vivant réintégré à la place qu’il vient de quitter à une simple pièce de prothèse en celluloïde où en os décalcifié ? M. Chipault, en effet, réunit, confond hétéroplastie et prothèse, ce qui cependant constitue deux opérations bien distinctes. D'autre part, ii donne au mot autoplastie un sens absolument détourné. Autoplastie ne signifie pas simplement « qui a des connaissances « vasculaires avec le tissu voisin. » Si nous nous reportons à la définition donnée par Verneuil dans Je dictionnaire de Dechambre,nous voyons qu’autoplastie vient de auro, ipse, soi-même et de 7Aascw, fingere, former ou littéralement « formation au dépens de soimême. Dans le langage chirurgical, il indique la réparation d’un organe dont la forme est altérée à l’aide d’un emprunt tiré du sujet lui-même et fait aux dépens des parties saines voisines ou éloignées du point lésé. Verneuil fait même cette remarque : « Le mot autoplastie doit être attribué aux cas non douteux caractérisés par un défaut de substance comme lésion et par un emprunt organique aulogène comme opération. » Ce double caractère sert à distinguer l’'autoplastie proprement dite de l’hétéroplastie qui emprunte la substance à un organe étranger et la prothèse qui remplace les parties perdues par des pièces artificielles constituées avec des matériaux inorganiques.
Ces définitions étant données, il serait absurde de
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considérer la travée de Jaboulay comme une pièce prothétique, puisqu'elle est empruntée{à un corps organique et vivant, On ne saurait, d'autre part, en faire une pièce hétéroplastique, puisqu'elle est prise sur le sujet même. L'opération de Jaboulay est donc une véritable autoplastie, c’est même mieux qu'une autoplastie, c’est une simple restitution d’une partie osseuse séparée de l’organisme d’une façon tout-à-fait temporaire. D'ailleurs, cette travée va reprendre bien vite ses connexions avec le tissu osseux sur lequel elle s’engrène, comme nous le verrons dans la suite. Examinons, en effet, comment se comporte la travée.
« M. Jaboulay suppose que sa travée reprend, dit M. Chipault, cela n’est pas, en tout cas, prouvé par ses observations. » Nous démontrerons justement le contraire par l'étude même de ces observations. Cette étude nous apprend que la travée reprend, que sa reprise est rapide et solide et par quel processus anatomique s'opère cette reprise.
La travée reprend : les trois observations complètes dans lesquelles on a pu noter l’état de cette travée en font foi. Dans l'Observation XV, M. Jaboulay constate. « qu’elle reprend et vit, bien qu’elle n'ait aucune connexion avec la partie supérieure ». M. Philippe, interne du service de M. le professeur Teissier constate dans un autre cas{(Obs. XXD), en septembre 1892, sur une malade opérée en mai, c’est-à-dire trois mois auparavant, que le pont osseux réappliqué «est parfaitement fixe et solide. » Enfin dans notre troisième observation due à M. Paillard, six mois après l’opération « le pont osseux a très bien pris, le cerveau n’a plus de tendance à