ÉTUDE CRITIQUE DE L'OPÉRATION DE WAGNER
Nous rechercherons les inconvénients et les dangers de ce procédé dans les modifications mêmes qui lui ont été apportées soit par l’auteur lui-même, soit par d’autres chirurgiens fort distingués tant en France qu’en Allemagne.
Le premier reproche qu’on puisse lui faire c’est d’être fort compliqué malgré sa simplicitéapparente Wagner le reconnait lui-même et cherche à lerendreplus rapide comme exécution. D'accord en cela avec Poirier et Lauenstein, il supprime les deux branches rectiligues de l'A destinées à permettre la section du pédicuie. Et cette section du pédicule n’est-elle pas déjà {par ellemême une manœuvre bien difficile? Wagner lui-même malgré sa grande expérience n’en reconnait-il pas lui aussi les dangers. Et la meilleure preuve c'est qu’il change souvent d’instruments avant d'en trouver un commode et présentant quelque sécurité. Il se sert de scies crêtées et de ciseaux en baïonneite, dans ses premières opérations ; mais il y renonce bientôt car, ditil, « l'emploi de la scie est pénible, ne convient guère qu'aux petits pédicules et expose à des lésions cérébrales ». Les ciseaux en baïonnette, plient beaucoup trop facilement. La section du pédicule embarrasse également Salzer qui le coupe avec une petite scie à chaîne. Et en effet la manœuvre du ciseau et du maillet nécessite toute une étude et en même temps un chirurgien fort exercé. Comme le dit fort bien Chipault
(Revue neurologique, 30 mai 1891). l'opération de Wagner « exige une longue expérience cadavérique et est, même avec un chirurgien habitué, très traumatisante pour l’opéré. Les échappées sont en effet aussi faciles que dangereuses tant du côté du cerveau que du côté des téguments surtout quand on est arrivé à la section du fameux pédicule. Le moindre écart du côté du derme peut alors donner lieu à une plaie contuse difficile à guérir et diminuant singulièrement les chances de vitalité du lambeau. D’un autre côté emploi exclusif de la gouge et du maillet pour tailler tout d’une pièce un volet osseux aussi considérable détermine, par suite du martelage du crâne, un ébranlement très redouté et sur la gravité duquel on est loin d’être fixé. Voilà du reste l’opinion de M. Ollier. « Nous ne: faisons jamais une trépanation proprement dite avec le ciseau et le maïillet, c’est-à-dire que nous n’enlevons jamais une portion du crâne par ces instruments quand la boîte osseuse est intacte. Ouvrir un crâne à coup de maillet dans ces conditions nous paraît une opération à rejeter complètement. Quelque habile que soit le chirurgien dans le maniement du 'ciseau, les coups de maillet produisent un ébranlement qui ne peut être que préjudiciable à un cerveau qui n’a déjà reçu que trop de commotion. Quand on frappe perpendiculairement à la calotte crânienne, on est obligé d'employer une force beaucoup plus considérable que lorsqu'on veut enfoncer le ciseau dans les parois cràniennes parallèlement à leur direction. Les ondes vibratoires se répandent dans toute la masse contenue et ébranlent tout le cerveau.» Wagnerlui-même, dans