‹ Les procédés nouveaux de diagnostic du cancerChapitre 4 sur 13 · I. — H émo diagnostic · texte numérisé non relu

I. — H émo diagnostic

L’hémodiagnostic du cancer comprend les procédés qui s’adressent au sang ou plus précisément à l'un de ses éléments, pour en tirer des renseignements de nature à faire adopter ou rejeter l'hypothèse de l’existence d’une tumeur maligne en un point quelconque de l’économie. Il est direct ou indirect.

Bien que les recherches faites sur la coagulation, la densité , Yalcalinité, etc., du sang chez les cancéreux n’aient jusqu’à présent fourni aucun indice utilisable, on voit de temps en temps paraître un nouveau travail sur ces questions (Watson, 1), mais le parti diagnostique à en tirer reste pour le moins douteux.

1° Les éléments figurés du sang ont encore fait l’objet de quelques recherches : les résultats obtenus de ce côté n'ont fixé rien de nouveau. L’anémie avec diminution disproportionnée de la valeur globulaire, l’hyperleucocytose polynucléaire sans lormule définie sont habituelles dans les cancers même fermés, mais ne peuvent nullement donner une indication sérieuse.

La résistance globulaire est tantôt augmentée, tantôt diminuée, qu’il s’agisse de cancers épithéliaux ou de sarcomes.

2° L’étude des propriétés du sérum chez les cancéreux, la recherche d’anticorps spécifiques ont par contre provoqué dans tous les pays, en ne retenant même que les travaux des dix-huit ou vingt-quatre derniers mois, un nombre formidable de publications.

a) Précipilines. Les recherches dans cette direction datent de 1903. Le sérum des animaux préparés par inoculations de sérum ou de matériel cancéreux humain, donne-t-il une précipitation spécifique lorsqu’on le mélange avec le sérum d’un cancéreux ?Les nombreux essais tentés avaient donné (3 et 4) des résultats jusqulci contradictoires, lorsque Freund et Kaminer (2) en 1910 modifièrent la technique en usage, et préparèrent un extrait cancéreux dont a substance active, thermostabile, doit être ^débarrassée d’aborddes albuminoïdes parébullition en présence d’acide acétique, du chlorure de sodium ensuite par dialyse. Ainsi purifié, puis dilué, l’extrait est additionné du sérum suspect: la formation d’un précipité serait, d'après les auteurs, pour ainsi dire constante dans le cancer et dans le cancer seul. (Un tuberculeux a cependant réagi positivement.) Si on se sert d’un extrait légèrement opalescent, l’addition de sérum cancéreux trouble le milieu, avant la chute du précipité au fond du tube : cela correspondrait à l’agglutination deNeuberg (v. plus loin : action des sérums sur la cellule cancéreuse).

Weinberg, de l’Institut Pasteur, a repris ces expériences et a obtenu avec la méthode même deFrcund et Kaminer des résultats inconstants et contradictoires (inédit). Il serait par suite permis de penser que cette nouvelle réaction, pas plus que ses aînées, ne sera d’un grand secours dans le diagnostic du cancer. Un jugement absolu serait cependant prématuré, la méthode est encore trop jeune.

b) La méthode de la déviation du complément , par son extrême sensibilité, avait à priori plus de chances de mettre en évidence un anticorps spécifique. Elle a été essayée, depuis trois ou quatre ans de tous côtés, malheureusement aussi avec des résultats discordants.

Weinberg et Mello (5) ont expérimenté sur une centaine de cas de cancer (et depuis 1910 sur un bien plus grand nombre, avecles mêmes résultats) en se servant comme antigène d’extrait aqueux de tissu cancéreux : ils ont obtenu 20 p. 100 de résultats positifs. Les mêmes proportions se retrouvent chez de Marchis (6). Guillot et Daufresne (7) qui prirent cependant la précaution de travailleravec desantigènespréparés différemment — extraitalcoolique suivant Noguchi ; antigène frais broyé, lavé, centrifugé ; antigène desséché, broyé, macéré, centrifugé — n’obtinrent aucun résultat (Caan, 4).

A quoi attribuer l’échec de la méthode ? Les techniques employées jusqu’à ce jour comportent-elles un vice fondamental, ou bien n’y at-il pas d’anticorps dans le sérum des cancéreux? Les faits bien connus de souris devenues réfractaires à la greffe par suite d’une première transplantation de tumeur guérie spontanément ou par les rayons X, plaident en faveur du développement d'un anticorps spécifique ; il est vrai que la souris est également vaccinable contre le cancer par inoculation de tissus-souris normaux.

Le diagnostic du cancer par la méthode de la déviation du complément semble donc ne pas être au point, de l'avis même de tous les savants qui ont fait des essais dans ce sens. Pourtant on ne saurait condamner la méthode dès à présent. Et pour montrer combien il est difficile de prononcer un jugement sur un procédé dont les détails techniques si délicats peuvent être variés à i infini et par là modifier le résultat terminal, nous citerons encore les expériences extrêmement instructives de Vidal d’Angers (8) et d’Engel (9).

L’objectif final de Vidal est une sérothérapie spécifique anticancéreuse, mais ses recherches l’ont naturellement conduit à éprouver la valeur de ses sérums par la méthode de la déviation. Son antigène est constitué par des tumeurs épithéliales malignes humaines qu’il incorpore au chien par injections intraveineuses. Ses résultats, en quelques mots, sont les suivants : le sérum des chiens inoculés contient d’ordinaire des anticorps thermostabiles fixa-

blés sur nos antigènes; ces anticorps sont étroitement spécifiques pour l’antigène employé; un anticorps obtenu, par exemple, avec un épithélioma du sein n’est fixé que par d’antigène « épithélioma-mammaire », et non par l’antigène « épithélioma ou sarcome du rein », « adénome du sein » ou « tissu normal ». La cellule néoplasique fraîche, intacte, constitue l’antigène le plus actif. Le taux des anticorps peut être considérablement augmenté chez l’animal, si on provoque une hyperleucocytose mononucléaire par une leucotoxine convenable.

D’après Vidal, le diagnostic par la déviation du complément est affaire de technique et surtout d’antigène; malheureusement les sérums anticellulaires présentent une inégalité fâcheuse dans leur action, certains animaux ne fournissent pas d’anticorps, et des malades porteurs de tumeurs cliniquement et Histologiquement identiques répondent différe/nment à l’action des cytolysines antiépithéliomateuses.

Engel (9) arrive à des constatations analogues : le sérum des cancéreux ne fixe pas le complément lorsqu’il est mis en présence d’extrait de cancer hétérologue. Il n'y a de fixation probablement constante que si on réunit le sérum d’un cancéreux avec l’extrait de son propre cancer.

Une aussi stricte spécificité rend la méthode irréalisable ou inutile, car le prélèvement d’antigène servirait avec avantage à un simple examen histologique.

c Anaphylaxie passive. — Suivant ce procédé, un cobaye inoculé avec le sérum d’un cancéreux, puis quarante-huit heures après, avec du suc cancéreux frais, doit présenter des phénomènes d’intoxication par les anticorps anaphylactiques du sérum cancéreux.

La réaction se produit effectivement avec assez de régularité, et la température du cobaye s’abaisse (maximum de la chute au bout de une à deux heures) parfois jusqu’à 34°. Mais l’expérience de Pfeiffer et Finsterer (10) a été répétée par Ranzi (11), Weinberg et Mello (5), Kelling (13), Donati (14), Isaja.(15), Maragliano (16), Livierato (17), etc., avec des xariantes dans la technique, et il ressort de ses nombreuses expérimentations que des sérums non cancéreux; voire des sérums normaux déterminent souvent les mêmes phénomènes. L’anticorps anaphylactisant n’est pas spécifique : les accidents anaphylactiques seraient dus à l’intoxication protéique (Arthus).

d Agglutination. Index opsonigue. — Ces réactions apparaissent comme inapplicables, en l’absence d’un agent causal microorganique reconnu spécifique du cancer. On se souvient des tentatives déjà anciennes de Doyen entre les mains de qui le micrococcus néoformans morocoque) donna des réactions spécifiques avec le sérum cancéreux : agglutination, index

opsonique, fixation du complément. Récemment, Binaghi (18), utilisant des blastomyeètes pathogènes, trouva vis-à-vis d’eux l’index opsonique du sang des cancéreux constamment plus élevé que celui du sérum normal. Ces travaux n’ont pas eu d’écho.

Les procédés basés sur une réaction spécifique n'ont donc abouti jusqu’à ce jour qu’à des résultats presque généralement négatifs; et cela s’accorde avec le fait qu’on n’a jamais encore réussi à l’aide des méthodes biologiques à déceler dans les tissus cancéreux une substance albuminoïde étrangère.

3° Procédés de diagnostic hématologiques indirects. — a) Index hémolytique. — • La présence d’hélét'o/ysines dans le sérum des cancéreux est connue depuis longtemps; on constate d’ailleurs leur existence non seulement au cours d’autres maladies, mais même dans des sérums normaux. Les essais d’hémolyse ont porté principalement sur les hématies de poule et de mouton. La seule conclusion possible est que le sérum cancéreux renferme plus d’hétérolysines de toutes sortes que le sérum des tuberculeux ou des indidivus sains.

Les isolysines, par contre, offraient aux travailleurs un champ plus intéressant. On sait par de nombreuses publications (20), (21), (22), (23), qui ont vu le jour depuis 1907, que le sérum des cancéreux hémolyse les globules rouges humains normaux dans une forte proportion de pourcentage.

La présence d’isohémolysines serait le plus fréquemment observée pendant les poussées qui précipitent parfois l’évolution des cancers, ou lorsque des métastases se développent. Elles disparaissent après l’extirpation et réapparaissent avec la récidive. Alessandri (12), qui a fait de la question une étude approfondie, ajoute qu’elles manquent dans les épithéliomas cutanés, dans les sarcomes et dans les cas avancés. Mais les isolysines ne sont pas non plus un produit spécifique des cancéreux, elles ne sont chez eux que plus abondantes : bien d’autres maladies en développent également dans le sang, notamment la tuberculose, et il en est de même chez 23 p. 100 des individus sains (Moss, 24). Un index iso-hémolytique notablement élevé chez un malade soupçonné de cancer pourra en définitive servir comme indication, si la tuberculose a été absolument écartée.

Assez curieuse est la réaction hémolytique imaginée par Elsberg (23) in vivo : il injecte sous la peau des cancéreux une dilution de globules rouges normaux; au point d’injection se forme une tuméfaction brunâtre qui s’affaisse bientôt, laissant à sa place une plaque de coloration jaunâtre ou verdâtre que Elsberg attribue à une hémolyse locale des globules

injectés. La réaction serait trouvée positive dans 90 p. 100 des cas de cancer avéré, 100 p. 100 des cas de cancer avancé, et 4,6 p. 100 des non-cancéreux (Krida, 19,.

p) Pouvoir antitryptique. — La détermination de l’index antitryptique dans le sérum des cancéreux est à l’ordre du jour et mérite, bien qu’elle ne soit pas toute récente (Brieger et Trebing, 26), que nous nous y arrêtions un instant: normalement, le sérum sanguin possède à un faible degré le pouvoir de neutraliser l’action digestive des ferments protéolytiques sur l’albumine ; cette propriété antitryptique, légèrement augmentée pendant la digestion, l'est notablement au cours de certaines maladies, parmi lesquelles le cancer serait au premier rang. L’antiferment est détruit par un chauffage prolongé à 56" (Roux) et il agit spécifiquement contre la trypsine du pancréas et celle des ferments protéolytiques des polynucléaires ; il serait un véritable anticorps d’immunisation.

On a supposé qu’une augmentation de la sécrétion pancréatique, jouant le rôle d’antigène, était la cause de l’élévation anormale du pouvoir antitryptique (Ambard, 27) dans certains cas de cancer de l’estomac ; la destruction des leucocytes dans le sang, avec mise en liberté de leurs ferments protéolytiques, semble être cependant une cause plus commune de production d’antiferment (Jochmann, 28) ; mais il en est une troisième qui entre en jeu peutêtre particulièrement dans le cancer, c’est la destruction des tissus envahis par le néoplasme et sa propre destruction ; tous les tissus vivants contiennent, en effet, des ferments protéolytiques (Braunstein, 29), et si ces derniers se trouvent versés dans la circulation l’organisme leur oppose l’antitrypsine.

Contrairement à ces hypothèses, certains auteurs pensent que l’antitrypsine n’est pas un anticorps vrai ; à côté de plusieurs autres arguments, ils dénient à un anticorps d’immunisation des oscillations aussi fréquentes et aussi fortes que celles que présente souvent le pouvoir antitryptique du sérum. D’autres savants, se basant sur les faits que le sérum perd son pouvoir antifermentatif par extraction éthérée, que l’addition de lipoïdes lui rend ce pouvoir, que les composés lipo-albumineux, par leur seule action, paralysent l’action digestive de la trypsine, mettent en doute l’existence même d’un antiferment. Une destruction cellullaire, leucocytaire ou tissulaire, abondante, jette dans le sang un excès de lipoïdes : c’est à eux qu’appartient le pouvoir antitryptique, non à un ferment inutilement hypothétique.

Différentes méthodes ont été employées pour évaluer le pouvoir empêchant du sérum. Marcus (30) mélange à des quantités fixes du sérum à examiner des quantités croissantes d’une émulsion titrée de trypsine ; une goutte de

chaque mélange est déposée sur des plaques de sérum coagulé de Loeffler; après vingt-quatre heures d’étuve, on note le titre du premier mélange qui n’a pas produit un godet de digestion à la surface du sérum coagulé ; dans ce mélange, l’antitrypsine du sérum suspect a neutralisé exactement la quantité de trypsine ajoutée ; si la proportion était de I goutte de sérum pour VII gouttes de l’émulsion titrée, on dit que l’index antitryptique = l/7e ou simplement 7.

Fuld se sert d’une solution de caséine dans laquelle il ajoute le sérum, et la trypsine titrée en quantité variable ; dans les tubes où l’antitrypsine du sérum a neutralisé la trypsine, la caséine non digérée est précipitable par l’acide acétique ; la proportion du mélange dans le premier tube non précipitable donne l’index.

J.-C. Roux et Savignac (31), d’après Mandelbaum préparent des plaques d’agar-agar additionné de lait qui sont d’un blanc crémeux, homogènes, sèches et lisses à la surface. En ajoutant à une dose invariable de trypsine des doses croissantes de sérum, ils reconnaissent à quel moment l’activité de la trypsine a été arrêtée. L’action digestive se manifeste par un disque clair, transparent dans la plaque opaque et le résultat est visible au bout d'une demi-heure d’étuve à 50°.

Achalme (34) paralyse l’action présurante et tryptique d’une solution diastasique par l’action antiprésurante et antitryptique du sérum suspect dans du lait stérilisé à 120°. Etuve à 50° pendant dix-huit à vingt-quatre heures.

Voyons maintenant quelle est la valeur de la réaction dans le diagnostic du cancer. Liée à la destruction cellulaire et à la leucocytose, elle ne saurait, bien entendu, être pathognomonique; elle se rencontre en effet, quoique avec une fréquence moindre, dans certaines autres maladies aiguës ou chroniques, en particulier la pneumonie (Poggenpohl, 32), la fièvre typhoïde (Meyer, 33), la septicémie, le rhumatisme, et d’autre part, la maladie de Basedow, la tuberculose, la syphilis, les néphrites, et enfin chez la femme enceinte.

11 ressort des statistiques nouvelles que le cancer donne un index exagéré dans 62 p. 100 des cas (Weinberg, 35), 85 p. 100 des cas (Pinkuss), 90 p. 100 (Poggenpohl), 91 p. 100 (Roux). En regard, on trouve l’index augmenté dans 50 à 90 p. 100 des cas des maladies aiguës nommées plus haut (100 p. 100 dans la septicémie) et dans 40 à 83 p. 100 des maladies chroniques susdites (100 p. 100 dans Basedow).

La signification d’une pareille réaction est évidemment assez générale, mais l’accord est loin d’être fait dans quel sens l’interpréter: pour Brieger, elle caractérise la cachexie (ferments tissulaires), pour Poggenpohl elle reflète la défense de l’organisme (ferment des poly-

nucléaires). Elle indique peut-être simplement la destruction cellulaire et la présence en excès de lipoïdes dans le sérum.

Quoi qu’il en soit, les difficultés de diagnostic sont en somme limitées, lorsque l’index antitryptique est anormalement élevé, caron ne saurait guère confondre le cancer avec les quelques affections chroniques qui possèdent la même réaction. Weinberg attribue à la réaction antitryptique une réelle importance : élevé ou abaissé, l’index antitryptique entre comme un élément sérieux dans le faisceau des éléments qu’apportent la clinique et le laboratoire pour l’établissement d’un diagnostic différentiel. Pareillement Roux déclare : l’épreuve a une valeur indiscutable quand elle est positive pour un malade chez lequel d’autres symptômes peuvent faire soupçonner un néoplasme ou pour un sujet qui n’est pas porteur d’une seule des affections à pouvoir antitryptique élevé. Mais le côté négatif de la réaction est plus intéressant encore : si on trouve un pouvoir antitryptique faible, à un quart ou au-dessous, on peut éliminer presque à coup sûr le cancer. Il semble que les variations de l’index antitryptique puissent servir, en outre, à dépister une récidive chez un opéré, ou bien aider à contrôler les effets d’une cure par les agents physiques.

y) Meiostagmine-réaction. — On sait, en physique, que la surface de séparation d’un liquide au contact d’un gaz est soumise à une certaine force appelée tension superficielle. Traube a démontré qu’à un volume donné de liquide correspond un nombre de gouttes variable suivant l’état de sa tension superficielle ; quand la tension s’abaisse, les gouttes sont plus petites et leur nombre plus grand. Un certain nombre de substances dialysables qui entrent en jeu lorsque des anticorps se forment pour la résistance qu’oppose 1 organisme aux invasions pathologiques, paraissent avoir aussi la propriété d’abaisser la tension superficielle des liquides dans lesquels elles se trouvent dissoutes : leur présence ou leur absence se signalerait donc par un nombre de gouttes différent pour un même volume de liquidera pression et la température restant constantes.

Ascoli et Izar (36) qui furent les premiers à entrevoir la portée générale et l’application de ces faits, recherchèrent l’état de tension superficielle des sérums au cours des réactions d'immunité dans la fièvre typhoïde, la tuberculose, la syphilis, l’échinococcose, l’ankylostomiase, le cancer, et firent ainsi de la meiostagmine-réaction (g£io;, plus petit, GX7.y[xoq, goutte) une méthode nouvelle de séro-diagnostic indirect.

L’instrument à utiliser est le stalagmomètre de Traube; sa description et l’explication de son emploi nous entraîneraient trop loin (v. Joltrain, 37). Qu’il nous suffise d’indiquer la

marche générale de l’expérience ; d'une part on met en présence a) le sérum suspect et son antigène supposé (extr. alc.-éth. repris dans NaCl), d’autre part on éprouve b ) le sérum suspect seul, et pour contrôle encore un mélange c) antigène supposé avec sérum normal ou d) sérum suspect avec antigène différent. Dans ces conditions et après une heure d’étuve, le mélange a) fournit, si une réaction meiostagmique s’y est produite, pour un même volume, quelques gouttes de plus que b) ou les mélanges témoins c ) et d).

La meiostagmine-réaction du cancer offre de sérieuses difficultés d’exécution, particulièrement pour ce qui est de la préparation de l'antigène (Stabilini, 38) et de sa conservation. Ascoli et Izar ont annoncé dernièrement avoir trouvé un procédé pour préparer sans difficulté un antigène plus stable.

Ascoli arrive à 93 p. 100 de résultats positifs dans les tumeurs malignes, Stabilini (38) à 93,7 p. 100, Micheli et Cattoretti (39) à 90 p. 100, d’Este (40) à 95,4 p. 100 et 100 p. 100 de résultats négatifs dans d’autres maladies variées, Yerson (74) n’obtient que 5o p. 100 de succès.

La cause intime de la réaction d’Ascoli est encore inconnue, Micheli et Cattoretti supposent que les meiostagmines sont des produits réactionnels de nature fermentative qui naissent sous l’influence de la résorption de lipoïdes (ou d’une destruction cellulaire importante (Stammler, 41). La réaction s’obtiendrait en effet plus sûrement chez les cancéreux avec un antigène « tissu pancréatique » qu’avec un antigène « extrait de cancer».

Quoique le pourcentage élevé des résultats concordants soit déjà très frappant, la valeur pratique de la meiostagmine-réaction ne pourra être bien appréciée que lorsqu’une longue série de contrôles statistiques aura été réalisée. A l’heure actuelle on pense que si la réaction d’Ascoli peut, parfois, se montrer faussement positive, un résultat négatif permet d'exclure avec les plus grandes probabilités le diagnostic de tumeur maligne.

§) Action des sérums sur la cellule cancéreuse . — La résistance des cellules cancéreuses plongées dans différents liquides a été étudiée à maintes reprises avec des résultats variables.

Récemment Freund et Kaminer (42) et Neuberg (43) expérimentèrent l’action des sérums sur des suspensions de cellules cancéreuses lavées; leurs essais sont du plus haut intérêt.

D’après Neuberg : suspension de cellules cancéreuses -f- sérum de bœul ou humain normal = dissolution des cellules, après quarante-huit heures d’étuve; — suspension de cellules cancéreuses -f- sérum cancéreux = cellules restent intactes, agglutinées au fond du tube; — suspension de cellules cancéreuses, sans addition = cellules intactes non agglu-

tinées. Neuberg s’en tient aux constatations, sans vouloir en déduire un mécanisme incertain (cytolyse? autolvse?).

Freund et Mme Kaminer préparent une suspension de cellules cancéreuses (pas fraîches) et font la numération des éléments avec le Zeiss-Thomas. Ils ajoutent : 1) sérum normal (24 h. d'étuve) = les cellules ont disparu ou sont moins nombreuses; le liquide est clair. 2) sérum cancéreux (24 h. d’étuve) = les cellules sont conservées; le liquide est louche.

Des expériences de contrôle ad hoc éliminent une action autolytique ou hétérolytique dans la production de ce phénomène. La substance dissolvante des sérums non cancéreux fait partie des lécithines de ce sérum. Mais dans le sérum des cancéreux se trouve par contre une substance qui protège les cellules cancéreuses. Preuve : 1 partie de sérum normal -f 1 partie d’eau salée physiologique = cette dilution n’enlève pas au sérum son activité dissolvante sur les cellules; — mais 3 parties de sérum normal -f- 2 parties de sérum cancéreux = perte de l’activité dissolvante. La substance protectrice serait une euglobuline.

Parallèlement à la réaction cytolytique, Freund et Kaminer obtiennent une réaction précipitante, dont il a été question plus haut. Les auteurs tiennent leur double réaction comme biochimiquement spécifique pour le cancer.

Ross et Macalister (44) auraient mis en évidence, dans le sérum des cancéreux, une substance (voisine des alcaloïdes) exceptionnellement stimulante pour les leucocytes d’individus sains.

Il semble que tous ces faits, d’un intérêt si puissant, n’aient pas été confirmés dans leur ensemble par d’autres savants. Mais aucune appréciation ne saurait être émise dès à présent; la réaction cancérolytique de Freud et Kaminer demande confirmation sur une plus grande échelle ; elle n’est pas encore mûre pour servir de base à une nouvelle méthode de diagnostic des tumeurs malignes.

e) Pouvoir catalytique. — Robin et Fiessinger (43) ont été amenés à étudier le volume d’O dégagé par un mélange déterminé de sang et d’H2 O2. Chez les tuberculeux, comme chez les cancéreux, la quantité d’O dégagée est très diminuée, par rapport à celle que donne du sang normal. Quelle est la nature de ce pouvoir qu’exerce le sang sur l’eau oxygénée ? Où résidet-il? C’est peut-être un ferment, et le pouvoir paraît appartenir aux composants ferrugineux du globule rouge.

S’il y a là un élément de diagnostic pour le cancer, il n’est certainement pas décisif, puisque la tuberculose présente à peu près le même pouvoir catalytique. Les auteurs déclarent du reste eux-mêmes que la technique est si délicate et les résultats si difficiles à interpréter,

que la méthode ne pourrait en tous cas pas être vulgarisée.

IL — Diagnostic par ï examen des urines.

1° Tous les éléments noimaux de l’urine ont été dosés chez les cancéreux, les rapports établis des substances éliminées entre elles, avec des résidus partiels ou avec le résidu total. Rien n’est à retenir car toutes les anomalies d’élimination se sont retrouvées dans d’autres maladies. Nous ne citerons que les assertions récentes, non encore contredites, de Salkowski (46) quia trouvé le rapport entre l’azote des substances non solubles dans l’alcool (alkoholfallbarer Kolloïdstickstoff) et l’azote total deux à trois fois plus élevé chez les cancéreux que chez les individus sains, — et d’Elsie Royle (47) qui constate une élimination d’acide urique plus forte en même temps qu’une élimination des phosphates plus faible chez les cancéreux que chez les autres malades soumis au même régime.

2° Parmi les éléments anormaux quelques-uns ont joui d’une faveur passagère : acétone, indican, urobiline, alcaptone, albumose; mais vérification faite, aucun de ces corps, trouvé dans l’urine n’est en relation directe et constante avec l’évolution d’une tumeur maligne. Ils apparaissent comme conséquence de la localisation particulière d’un cancer (foie, tube digestif), ou bien ils dépendent de la dénutrition générale. Signalons pourtant un travail de Salomon et Saxl (48) publié il y a trois mois : l’acide oxyprotéique serait constamment augmenté dans l’urine des cancéreux, même au début de la maladie... et chez les femmes enceintes.

3° Toxicité urinaire. — En dehors des cas de cancers de l’appareil urinaire (ouverts dans l’appareil urinaire) où les toxines cancéreuses sont versées directement dans les canaux ou réservoirs de l’urine, l’augmentation de la toxicité est un phénomène tout à fait contingent. La plupart des cancers fermés et n’intéressant pas l’appareil digestif s’accompagnent d’une toxicité urinaire constamment normale.

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