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Le procès sur Vhéroïdté des vertus

Beaucoup plus difficile, beaucoup plus important est le procès sur les vertus et miracles en particulier, en d'autres termes sur l'héroïcité des vertus. Car il ne suffit pas de prouver que le Vénérable a pratiqué les vertus chrétiennes ; il faut démontrer qu'il les a pratiquées dans une mesure exceptionnelle ou, pour employer l'expression consacrée, à un degré héroïque . Gomment le prouver ? Il s'agit ici d'une appréciation morale, par conséquent assez délicate . Il n'est cependant pas impossible d'y arriver : la vie morale, la vie religieuse atteignent habituellement un certain niveau dont on se rend assez bien compte dès lors qu'on ne veut pas le préciser mathématiquement ; et si l'on y compare une vie et des actes minutieusement décrits, on acquiert assez vite la conviction que cette vie et ces actes dépassent notablement le niveau ordinaire, même des bons. En ee qui concerne les procès de béatification,

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la preuve est double : d'une part, on montre comment, dans une vie d'ailleurs exempte de mal, il se rencontre des actes, des paroles, 1 des sacrifices, qui supposent un haut degré

de vertu et de perfection ; d'autre part, on s'efforce d'écarter les difficultés qui peuvent ^ naître de tel ou tel acte en particulier. En I voici un exemple récent. Dans la cause de

1 Jeanne d'Arc, une objection très grave contre

l'héroïcité des vertus résultait de la prétendue abjuration de la Pucelle au cimetière de Saint- Ouen, et cette seule question a motivé d'importants travaux. Pour mieux assurer la vérité impartiale, cet examen ne peut avoir lieu, régulièrement, moins de cinquante ans après la mort du Vénérable.

La discussion sur l'héroïcité des vertus, comme celle des miracles, comporte trois réunions de la S. C, chacune précédée et préparée par des débats écrits des deux côtés. La première, dite antépréparatoirej se tient chez le cardinal Ponent ; y prennent part tous les prélats et consulteurs de la S. C des Rites, mais non les cardinaux. La seconde, dite préparatoire, se tient au Vatican ; y assistent, outre les mêmes prélats et consulteurs, tous les cardinaux. Cependant les cardinaux ne votent pas et

réservent leur décison pour la troisième et plus solennelle réunion tenue en présence du Pape^ coram Sanctissimo. Dans cette séance, tous les consulteurSy puis les prélats, ensuite les cardinaux formulent leur vote motivé ; seul le Pape s'abstient et réserve sa décision, en recommandant d'implorer les lumières d'en haut.

Enfin, quelque temps après, il notifie sa décision, et on prépare le décret sur Théroïcité des vertus ; ce décret est l'objet d'une promulgation solennelle au Vatican, en unjour defête. Celui qui concerne Jeanne d'Arc a été promulgué le 6 janvier 1904, fête de l'Epiphanie, anniversaire de la naissance de l'héroïne. Après avoir célébré la messe, le Pape se place sur son trône ; auprès de lui se rangent le cardinal préfet des Rites, le cardinal ponent de la cause, le Promoteur de la foi et le secrétaire des Rites ; ce dernier donne lecture du décret. Après quoi les postulateurs présentent leurs remerciements au Pape, qui répond en faisant en quelques mots réloge des Vénérables.

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