PROCES CRIMINEL DE JEAN GERBOURT
ACCUSÉ d'avoir habité avec une asnesse
I 9 octobre 1560
L'an mil cinq cent soixante, le vendredy vingt deuxième jour d'Aoust, fut amené en présence de nous juge et Bailly de Lagny, un quidam vêtu de grosse toile grise, conduit par les nommez Joseph Castagne, Paul Duguerra, Abraham Bansy, Jérôme Vitard et Toussaint Piquot, exempt et cavaliers de la brigade de cette ville, lesquels nous ont déclaré que, sur les plaintes des habitans de cette ville, ils nous amenoient ledit quidam, accusé d'avoir habité avec une asnesse, surquoy nous aurions dressé procès verbal de ce fait et ensuite interrogé ledit quidam.
Interrogé quel nom il avoit, a repondu être appelle Jean Gerbourt.
Interrogé de quel païs il etoit, a repondu qu'il etoit de Dammartin.
Interrogé de quelle profession il etoit, a repondu qu'il etoit chartier, au service d'Adrien Martel, fermier de la ferme de la Geolle.
Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit quarente huit ans.
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Apres lesquelles demandes nous avons fait conduire Jean Gerbourt es prisons de cette ville, et lesdits exempt et cavaliers se sont retirez.
Et le mercredy vingt septième jour d'aoust audit an, pour satisfaire à l'ordonnance rendue le jour d'hier, par nous, Bailly de Lagny, sont comparus en notre présence trois quidams.
Le premier, vêtu de rouge, interrogé par nous quel nom il avoit, a repondu qu'il s'appelloit Etienne Dutrot, Boulanger de cette ville.
Interrogé s'il sçavoit que ledit Jean Gerbourt avoit commis crime de sodomie avec une asnesse, a repondu que ouy et que le bruit en etoit public.
Interrogé s'il sçavoit quelque particularité touchant ce fait, a repondu que non.
Le second, vêtu de drap bleu et veste rouge, interrogé par nous quel nom il avoit, a répondu être appelle Robert Du Buisson.
Interrogé par nous quelle etoit sa profession et s'il connoissoit ledit Jean Gerbourt, a repondu qu'il etoit brasseur et qu'il connoissoit ledit Jean Gerbourt.
Interrogé s'il sçavoit que ledit Jean Gerbourt avoit la détestable inclination de commettre sodomie avec les betes brutes, a repondu que ouy, et
qu'il sçavoit bien que ledit Gerbourt avoit une Asnesse dont il usoit comme d'une femme.
Interrogé par nous s'il sçavoit quelques particularités touchant le fait, a repondu que ledit Gerbourt luy avoit avoué qu'il avoit cette détestable passion, et que luy ayant remontré l'enormité de ce crime, ledit Gerbourt avoit repondu qu'il n'en etoit pas le maitre.
Le troisième, aussi vêtu de bleu avec des culottes de peau, interrogé par nous quel nom il avoit, a repondu être appelle Simon Bonhomme.
Interrogé par nous quelle etoit sa profession et s'il connoissoit le nommé Jean Gerbourt, a repondu qu'il etoit tanneur, qu'il connoissoit ledit Jean Gerbourt, qui avoit été à son service pendant quatre ans et demy, qu'il avoit toujours soupçonné ledit Gerbourt de crime de sodomie avec les brutes, mais qu'il ne l'en avoit jamais pu convaincre.
Lesquels témoins, après avoir certiffié leurs dépositions et déclarations véritables, et fait le serment qu'ils n'avoient rien dit que de vray, se sont retirez.
Et le mercredy troisième jour du mois de septembre audit an, est comparu pardevant nous Joseph Martel, fils d'Adrien Martel, fermier de la ferme de la Geolle, lequel comparant pour son père a
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déclaré que sondit père étant de présent incommodé ne pouvoit satisfaire à l'ordonnance à luy signifiée le samedy trente aoust dernier, pourquoy luy Joseph Martel venoit devant nous savoir ce que nous souhaitions de luy, sur lesquelles choses nous, Bailly susdit, aurions fait dresser le présent procès verbal et ensuite interrogé ledit Joseph Martel s'il connoissoit ledit Jean Gerbourt, lequel Joseph Martel a répondu que ouy et qu'il y avoit très peu de tems qu'il était entré au service d'Adrien Martel son père, 3^ étant entré le dix neuvième jour de juillet dernier.
Interrogé s'il avoit ouy dire que ledit Jean Gerbourt étoit adonné au crime de sodomie avec des betes brutes, et entr'autre avec une asnesse, a repondu qu'il en avoit entendu parler depuis que ledit Gerbourt avoit été arrêté, et que ledit Gerbourt avoit toujours grand soin de laditte asnesse emmenée avec luy par la brigade du nommé Joseph Castagne, mais que jamais il ne s'était apperçu qu'il eut commis avec elle aucun acte criminel.
Apres lequel interrogatoire nous avons donné audit Joseph Martel congé de se retirer, lequel Joseph Martel nous auroit déclaré que préalablement il requeroit qu'en cas qu'on jugeât ledit Jean Gerbourt à mort, et conséquemment ladite asnesse à être brûlée, ladite asnesse fut estimée par experts et le prix remis entre les mains dudit Adrien Mar-
tel, son père, à qui elle appartenoit ; quoy fait s'est retiré.
A tous ceux qui les présentes verront et orront ; Pierre de Hautefeuille, juge Bailly de Lagny, salut. Vu le procès verbal et informations faites par devant nous ; vu aussi les confessions et aveux faits à la question par Jean Gerbourt, avons déclaré et déclarons ledit Jean Gerbourt atteint et convaincu d'avoir habité charnellement avec une asnesse; pour réparation desquels crimes et cas étranges, ordonnons que ledit Jean Gerbourt sera attaché à un poteau qui sera planté pour cet effet dans la grande place et marché de Lagny, et là, après avoir été pendu et étranglé, son corps sera jette dans un feu qui sera allumé auprès dudit poteau pour y être consommé ; l'asnesse avec laquelle il a commis ledit délit assommée et son corps jette dans le même feu, pour le tout être réduit en cendres, lesquelles seront jettées dans la rivière de Marne. Déclarons tous et chacun les biens dudit Jean Gerbourt acquis et confisqués au Roy, sur lesquels seront néanmoins prélevés la somme de cent livres d'amande envers le Roy, et celle de vingt six livres à laquelle a été estimée laditte asnesse, laquelle somme de vingt six livres sera remise entre les mains d'Adrien Martel, fermier de la
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ferme de la Geolle. Donné en notre siège, par nous, Bailly susdit, cejourd'huy samedy vingtième jour de septembre mil cinq cent soixante.
Le Parlement de Paris a confirmé ladite sentence le 19 octobre 1560, après avoir toutefois réduit à 50 livres l'amende envers le Roy.