AVEC UNE JUMENT
17 juin 1609.
L'an mil six cent neuf, le vendredy deuxième jour du mois de may, fut amené pardevant nous, Pierre de Bruere, Docteur es Loix, Bailly du Duché et Seigneurie de Montmorency, un quidam vêtu de toille grise, conduit par Richard de Beaulieu, exempt et chef de la Maréchaussée, Brigade de Montmorency, assisté et accompagné de Thomas Henry Du Luart, Zacharie Perdelot, Georges Divinemont, et Jean Antoine Duvaur, lesquels nous ont déclaré que cejourd'huy sur l'heure de trois heures après midy, en faisant leur tournée du côté de Pierre Laye et de Franconville, ils avoient apperçu auprès du grand chemin qui va de Pierre Laye à Pontoise ledit quidam qu'ils amenoient, lequel etoit descendu de dessus une jument baye, et seroit entré dans des bruyères, où, monté sur un tronc d'arbre, il auroit connu charnellement laditte jument ; c'est pourquoy euxdits Exempt et Cavaliers de la susditte Brigade, Tauroient pris et amené avec laditte jument. Apres quoy nous avons ordonné que ledit
quidam seroit conduit en prison, attendu qu'il n'etoit pas tems ni heure de pouvoir l'interroger.
Cejourd'huy samedy troisième jour de may, fut amené en présence de nous Bailly de Montmorency, un quidam vêtu de toille grise, lequel nous aurions le jour d'hier envoyé en prison, lequel quidam nous aurions interrogé en la manière et façon suivante :
Interrogé quel nom il avoit, a repondu qu'il s'appelloit Etienne Pasin.
Interrogé quelle est sa profession et vacation, a repondu qu'il etoit domestique du sieur Taillardy, secrétaire du Roy, qui a une maison audit village de Franconville.
Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit cinquante et un ans.
Interrogé à qui appartenoit laditte Cavalle, a repondu qu'elle etoit au sieur Taillardy, son maître.
Interrogé s'il avoit coutume de co.nnoitre charnellement et contre nature laditte cavalle, a repondu que non.
Apres lequel interrogatoire et réponses faites par ledit Etienne Pasin, l'avons renvoyé en prison.
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Cejourd'huy samedy, dixième jour de may 1609, sont comparus en notre présence les témoins cyapres nommez, lesquels, après avoir prêté serment de dire et déclarer la pure et entière vérité, ont déclaré ce qui suit :
Le premier, qui a dit être appelle André Fauconneau, a déclaré qu'il y avoit près d'un an qu'un jour ayant surpris ledit Etienne Pasin accouplé charnellement avec une cavalle, dans l'écurie de la maison du sieur Taillardy, il luy avoit donné un coup de pied, et luy avoit dit qu'il alloit le déclarer à la justice ; surquoy ledit Etienne Pasin luy avoit repondu qu'il le prioit d'excuser, et qu'il ne sçavoit pas ce qu'il venoit de commettre, et qu'eh fm il se garderoit d'y plus jamais retomber; surquoy luy témoin n'avoit pas voulu révéler ledit crime et délit.
Le second témoin, appellée Antoinette Bordel, veuve de Pierre Morisseau, jardinier dudit lieu de Francon ville, a déclaré que sçachant la malheureuse et infâme inclination dudit Etienne Pasin, elle luy avoit une fois reproché qu'il avoit fait mourir feue sa femme, qui etoit sœur de laditte Bordel, à force de la frapper, et que saditte sœur luy avoit dit plusieurs fois que son mary ne vouloit point coucher avec elle, et habitoit charnellement avec une petite
jument noire qu'il avoit achepté exprès, que sur quoy elle, susditte Antoinette Bordel, avoit dit à sa sœur, femme dudit Pasin, qu'elle devoit le déclarer à la justice et que sa conscience même l'y obligeoit, mais que saditte sœur n'avoit jamais voulu exécuter cette action.
Apres lesquelles demandes et interrogatoires lesdits tesmoins se sont retirés.
Nous, Pierre de Bruere, Docteur es Loix, Bailly du Duché et Seigneurie de Montmorency, avons déclaré et déclarons le nommé Etienne Pasin atteint et convaincu d'avoir eu habitation et copulation charnelle et habituelle avec une jument baye mentionnée au procès ; pour réparation desquels crimes et cas énormes ordonnons qu'il sera conduit la torche au poing, de cire jaune du poids de deux livres, devant l'église de Franconville, et là dira et déclarera que mechament il a commis ledit crime et délit, dont il demande pardon à Dieu, au Roy et à la justice ; quoy fait ledit Pasin sera pendu et étranglé à une potence qui sera pour cet effet dressée audit Franconville, sur le grand chemin qui va à Pontoise, et ensuite son corps et celuy de laditte jument baye préalablement assommée par l'Exécuteur de la haute justice, brûlés et leurs cendres me-
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lées ensemble jettées et semées au vent; déclarons en outre tous et chacun les biens appartenant audit Pasin acquis et confisqués au profit de M. le Duc de Montmorency, seigneur de cette paroisse, sur lesquels sera néanmoins prélevée la somme de 102 livres à laquelle s'est trouvé monter le prix et valeur de laditte jument baye, laquelle somme de 102 livres sera remise entre les mains du sieur Taillard}^ secrétaire du Roy, propriétaire de laditte jument. Donné par nous susdit Bailly du Duché de Montmorency, cejourd'huy lundy dix neuf may
Cette sentence a été confirmée le 17 juin par le Parlement de Paris, « La Cour, cependant, infirmant laditte sentence en ce qui concerne l'amende honnorable. »