‹ Les procès de Jehanne la PucelleChapitre 5 sur 13 · LXXII · texte numérisé non relu

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de Lelliis. Les esprits conservateurs, comme les ardents du parti adverse, ne pouvaient être vaincus qu'à force de tact et de prudence. Le procès de condamnation offrait aux hommes d'autorité un tel déploiement, un luxe si extraordinaire de formes légales, qu'à première vue ils devaient tenir pour la sentence qui le suivit, car en contestant sa légitimité, ils eussent cru porter atteinte aux garanties extérieures de la justice. De plus un évêque était engagé, un grand et savant corps, l'Université de Paris, avait pris ouvertement le parti de Pierre Cauchon, et tous les personnages les plus éminents, par leur science, de la province de Normandie avaient pris une part active aux débats. Evidemment la présomption était pour les juges contre la victime. Les partisans de Charles VII eux-mêmes, démoralisés par une trop longue série de défaites, et les faiblesses d'un gouvernement où prévalaient les conseils des favoris, aux dépens des inspirations des sages et des politiques, étaient incapables de s'élever d'un seul coup à la conception de la parfaite innocence, et de remonter en quelques jours le courant d'une longue ingratitude de vingt années. Il faut tenir compte de cet affaissement moral pour comprendre que toute la noblesse de France ne se soit pas soulevée pour

payer la délivrance de sa libératrice au prix de son or, et même au prix de son sang.

Quand on songe qu'aux Etats de Blois, Jouvenel des Ursins attribuait le succès de Charles VII à la grâce de Dieu et à la bravoure de ses chevaliers, et que, dans le monde ecclésiastique du parti français (*), Regnault de Chartres, qui, juge de Poitiers, pouvait mieux que tout autre apprécier le caractère de la mission de Jeanne, ne craignit pas d'attribuer à son orgueil et à sa présomption les grands malheurs qui lui étaient advenus ; on conçoit facilement la prudence et

(*) « Les conseillers de Charles VII n'étaient guère disposés à seconder l'audacieuse entreprise de la Pucelle. Georges de la Trémouille, son favori, et l'archevêque de Reims, son chancelier, n'avaient pas pour les partis décisifs un repoussement moins vif que leur maître. La parole inspirée de la Pucelle, la vigueur qu'elle entendait déployer dans la guerre, la confiance avec laquelle elle annonçait qu'après la levée du siège d'Orléans elle mènerait le roi à Reims, tout cela ne pouvait manquer d'être profondément antipathique à ces natures froides, égoïstes et méticuleuses. L'arrivée de la Pucelle était un rude coup porté à leur malfaisante influence. S'ils finirent par la subir sous l'irrésistible flot des événements, ce fut avec la pensée bien arrêtée de restreindre le plus possible la sphère de son action, et d'attendre l'heure des revers pour faire prévaloir d'autres conseils. Les amis personnels du roi Charles VII formèrent en effet le noyau du parti qui arrêta tout-à-coup Jeanne d'Arc dans l'élan de sa victoire, et qui bientôt après laissa consommer l'holocauste sans tenter aucun effort pour l'empêcher. » ^ Les Fondateurs de rUnifé rrancaisc, par M. de Carné, I, p. 440,

la modération des premiers savants qui tentèrent la réaction contre les jugements du parti bourguignon et anglais.

Paul Pontanus avançait donc avec prudence, et tandis qu'à la lumière des dépositions reçues par Guillaume Bouille, il démolissait pierre par pierre l'édifice de la condamnation (*), les passions de parti se calmaient pour entendre les froides et irrésistibles conclusions du bon sens et de la raison.

Dès lors l'affaire était engagée dans une voie sérieuse. Avec des enquêteurs moins modérés et devant des juges choisis, des anathèmes eussent pu éclater à la lecture du procès de condamnation, mais la postérité n'eût pas obéi à cette réaction, trop vive pour être durable. Au contraire, l'opinion évolua lentement en faveur de Jeanne d'Arc, avec une telle sûreté, qu'après mille tendances et mille échappées diverses, l'histoire a fini par revenir à la vraie conception de la mission de

(*) Le jurisconsulte romain avait entre les mains le procès de condamnation, traduit en latin par Manchon et par Courcelles, et les informations faites par d'Estouteville, Bréhal et par Philippe de la Rou. Il renvoie aux folios de ce double manuscrit.

La Pucelle devant l'Eglise de son temps. Documents nouveaux, par le Père Jean-Baptiste-Joseph Ayrollcs, de la compagnie de Jésus, chap. VII, p. 242.

Jeanne d'Arc, en retrouvant et en relisant ces pièces sûres, qui furent son premier jugement.

Il ne faut pas oublier les encouragements et l'assistance que la moitié du clergé et de la noblesse qui étaient inféodés aux Bourguignons, avaient donnés au parti anglais, et les sympathies que la bourgeoisie parisienne professait à leur endroit. Les succès des armes de Charles VII avaient sans doute transformé la situation politique et fait en quelques mois, du vaincu anéanti, un vainqueur triomphant ; mais ils n'avaient pu convertir avec autant de facilité les esprits et les cœurs. Les partisans de ce Charles VII, démoralisés par de longues guerres et les troubles d'une révolution, étaient eux-mêmes incapables de comprendre les vues miséricordieuses de Dieu sur la France et la mission libératrice de la Pucelle. L'apathie de la Cour, de la noblesse et du peuple n'assura pas moins la perte de Jeanne que les haines des Anglais et des Bourguignons. Comment concevoir autrement ce silence de vingt années que viennent aggraver des déclarations du genre de celles que Jouvenel des Ursins fit aux Etats de Blois en 1433. Ne l'oubHons pas : tandis que l'homme d'Etat outrage par une coupable omission la mémoire de Jeanne d'Arc, en attribuant au seul courao;e des chevaliers de France

la conquête du ro3^aume, l'Evêque Regnault de Chartres, qui pourtant avait été son juge à Poitiers, et qui pouvait mieux que tout autre apprécier l'origine de sa mission, en fait une inspiration de l'orgueil et ne peut attribuer qu'û^ cette cause pestilencieuse les grands maux qui lui sont advenus,

Paul Pontanus voulut donc mettre en plein jour l'affaire de Jeanne d'Arc, appeler à son aide les textes du droit, dégager du mensonge, de la mauvaise foi et de l'hypocrisie, le fonds de vérité qui devait réduire au silence ses ennemis et donner à ses amis le courage d'affirmer leur cause et de reconnaître les desseins de Dieu.

Toute la thèse se réduit à cette simple proposition : Si Jeanne d'Arc n'a pas été inspirée de Dieu, elle est coupable et nous devons la juger, car elle a méconnu son rôle de femme et les convenances de son sexe ; si au contraire elle a reçu les révélations du ciel, nous n'avons pas le droit de la juger. Etait-elle guidée par l'Esprit de Dieu ou par les tentations du Démon ? Paul Pontanus répond en juriste prudent qu'il ne veut pas résoudre la question, mais qu'il en va donner les éléments de solution, et il les donne si bien en réahté que son mémoire est une affirmation vigoureuse de l'origine divine de la mission de la Pucelle.

Nous croyons inutile de rappeler dans cette introduction en quels termes cette affirmation se produisit, mais nous n'en saurions donner de meilleur sommaire que ce texte d'un contemporain qui reflétait par delà les Alpes l'opinion de son époque : Multa admiratiom digna agebat, quo autem spiritu ducta, vix sciebatur, credehaturqiie magis Spiritu Dei. Hoc patuit ex operibus suis : nihil enim inhonestum in eâ videbatur ; nihil superstitiosum ; in nullo a veritate fidei discrepabat (*) . . Il n'est pas même jusqu'à cette pointe de doute que laisse percer saint Antonin de Foraglioni à travers ce vix sciebatur, qui ne rende la nuance même de la pensée de Paul Pontanus.

Ainsi pensaient, à cette époque, tous les hommes amis de la vérité. Leur esprit droit devinait par un instinct d'impartialité la perfidie du procès de condamnation, et leur science ne tardait pas à dégager cette perfidie de ses apparences trompeuses de justice; mais ils n'osaient se prononcer sur l'origine des révélations de Jeanne.

Nous ne saurions trop insister sur le caractère des œuvres que nous rangeons sous le titre général

(*) ôpus bistorianiiii, pars III, tit. 22. c. g. sect. 7. Saint Antonin de Foraglioni, de l'ordre des Frères Prêcheurs, mort archevêque de Florence.

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de Préliminaires du procès de RéhahilitaHon. Il s'y trouve une nuance qui peut seule nous expliquer l'attitude de personnages que l'histoire nous présente comme très respectables d'ailleurs^ et qui nous semblent faillir, à notre avis, dans cette question délicate. Nous vivons si loin des passions politiques qui agitaient cette époque, et nous voyons la noble figure de Jeanne d'Arc émerger, si noble et si pure, au milieu des grandes perturbations de ce siècle, que nous avons peine à comprendre les hésitations des contemporains. Rappelons-nous que des hommes graves, comme Thomas Basin, évêque de Lisieux (le faux Amelgard), après avoir longuement critiqué la perfidie de l'interrogatoire et la saisissante simplicité des réponses de Jeanne, après avoir tout exphqué ou tout justifié, s'arrêtent devant les révélations, et n'osent en dire l'origine (*).

(*) Le Pape Pie II (Silvius Piccolomini), se montre aussi très favorable à la Pucelle dans ses Mémoires qui embrassent l'histoire générale du xv' siècle, et se terminent à l'an 1463. C'est dans le sixième livre, qui traite des affaires de France, qu'est rapportée l'histoire de Jeanne d'Arc, « Comme récit et comme appréciation, dit Quicherat, ce morceau peut passer pour ce qui a été écrit de meilleur à l'étranger au xv' siècle. L'opinion est celle d'un homme habitué aux affaires, qui admet la diversité des sentiments sur un fait extraordinaire, mais qui montre combien ceux qui voudraient le réduire aux proportions d'une intrigue, sont réfutés par la gran-

Pour nous, au contraire, sa mission est évidente, la lumière s'est faite lentement à travers les âges comme le feu couve sous la cendre, et nous acclamons la libératrice de la France. Les origines surnaturelles de cette mission ressortent de son exposé même, que nous demanderons au style vif, précis et pénétrant de M. de Carné, dans son ouvrage : Les Fondateurs de V Unité Française. « La mission de la Pucelle fut aussi évidente que féconde. Ou il faut répudier toutes les règles consacrées en matière de certitude historique, ou il faut accepter les faits qui l'établissent. Ces faits nous montrent Jeanne subissant la volonté d'En-Haut, avec une douleur aussi profonde que sa résignation est entière, mais ne la subissant qu'après avoir supplié le ciel de détourner d'elle le calice, et engagé contre sa destinée la lutte de Jacob contre l'ange. Jeanne est un instrument; elle n'a rien en propre que sa pureté et sa faiblesse : rien n'est moins spontané que sa pensée, moins libre que son action (*). »

deur des résultats. » Toutefois l'auteur des Mémoires demeure dans un certain doute et s'abstient d'exprimer un avis formel.

Marius Sepet, p. 489, Jeanne d'Arc.

(*) Dans ce même passage, M. de Carné circonscrit avec soin les limites de cette mission, dont il salue l'évidence : « Aussi avec quel

La consultation de Théodore de Lelliis fut un nouveau triomphe pour la vérité. Composée sur le texte du procès de condamnation, elle en suit pas à pas les perfides insinuations résumées en douze articles, qui, comme nous l'avons dit plus haut, laissaient peu de place à un jugement sain de la question. C'est un avis motivé sous une forme plus élégante que celui de Paul Pontanus,

scrupule elle prend soin de circonscrire elle-même, et cette mission, et les pouvoirs qui en découlent ! Pour sauver le roi et délivrer la France, elle se tient pour plus puissante que tous les monarques de la terre et vaut à elle seule dix armées ; elle le déclare à chaque instant avec une hauteur qui serait monstrueuse, si elle venait de l'homme, et qui n'est sublime que parce qu'elle vient de Dieu. Hors de là, elle n'est plus qu'une pauvre fille, passant ses jours à regretter l'obscurité de son enfance. Celle qui gagne les batailles, ne peut se soulager, si ce n'est en pleurant comme la dernière des femmes ; elle en sait, sur les affaires étrangères à son oeuvre, beaucoup moins long que les autres, et lorsqu'on a recours à ses avis, c'est avec la plus entière conviction qu'elle invite à aller consulter de plus savants. Elle n'a reçu aucun don, aucune grâce spéciale : lui demande-ton à genoux sa bénédiction, elle la refuse et s'afflige de l'ignorance de ce peuple qui la prend pour un évéque. Lui présentet-on des malades à guérir, des enfants à toucher, elle s'épouvante à la pensée de devenir une occasion involontaire de superstition et presque de scandale.... Celle qui écrit aux rois de l'Europe des lettres qu'on dirait émanées de la chancellerie de Charlemagne ou de Napoléon, est pleine d'effroi à la seule pensée d'un fait qui aurait pu devenir pour elle l'occasion lointaine d'un péché véniel. »

Carné, p. 472.

et plus d'une fois les historiens de Jeanne d'Arc s'en sont servis pour dégager juridiquement la vérité des pièces du procès de condamnation.

Théodore de Lelliis n'était pas, du reste, un inconnu dans le monde des affaires ecclésiastiques (*). Né à Thérano, petit village des Abruzzes, il mérita, jeune encore, le poste d'auditeur, et bientôt celui de juge au tribunal de la Rote. C'est à ce poste que le cardinal d'Estouteville l'arracha pour l'emmener avec lui dans sa légation de France.

« La carrière de Théodore de Lelliis fut courte, mais parfaitement remphe. Il mourut à trentehuit ans, en 1465, avant d'avoir pris possession de la dignité de cardinal, par laquelle Paul II voulait récompenser ses éclatants services. Si comme tout le fait supposer, il a écrit son

(*) Théodore était né à Thérano dans l'Abruzze, d'une famille à laquelle saint (limille de Lelliis devait, dans la suite, donner un éclat plus grand encore que celui qu'elle tirait du savant cardinal qui nous occupe. Théodore d'abord auditeur, bientôt après juge au tribunal de la Rote, s'y acquit promptement une grande réputation. Pie II ne le fit pas seulement évêque de Feltre, il remplo5'a aux missions les plus délicates, sûr qu'il était de le trouver à la hauteur des plus grandes difficultés. Paul II le transféra au siège de Trévise, lui promit la pourpre, vint le visiter dans sa dernière maladie, et le pleura.

La Pucelle devant l'Eglise de son temps, par le P. Jean-Baptiste- Joseph AyroUes, S. J.

mémoire en 1452, il ne devait avoir que 26 ou 27 ans (*). »

Il avait dès lors un grand renom de savant canoniste, qui donna du prix au mémoire que lui commanda son protecteur. Quicherat a jugé ce travail assez important pour mériter de prendre place en entier parmi les sources authentiques de VHistoire de Jeanne d'Arc, et il ne s'est pas trompé. Cette consultation décida en quelque sorte l'affaire avant même qu'elle fût commencée. Les parties intéressées au maintien intégral du premier procès étaient tellement convaincues à l'avance d'une défaite, qu'elles n'osèrent pas se présenter au tribunal et laissèrent les demandeurs, c'est-à-dire, la famille de Jeanne, maîtres du terrain. Si elles parurent plus tard, ce ne fut pas pour défendre Pierre Cauchon et ses successeurs, mais pour sauvegarder l'honneur et la responsabihté du corps auquel ils appartenaient ou des charges qu'ils rempUssaient.

Ce travail fit briller en France un talent que l'Itahe célébrait déjà à l'envi. UgheUi, au tomeV de son Italia Sacra, reproduit une lettre que le cardinal de Pavie, le neveu adoptif de Pie II, un

(*) La vraie Jeanne d'Arc. — La Pucclle devant l'Eglise de son temps. — Documents nouveaux, par J.-B.-J. AyroUes de la Compagnie dç Jésus.

des plus dignes personnages du temps, écrivait au cardinal Bessarion. Il -fait de Théodore de Lelliis un éloge précieux à recueillir. Après avoir exprimé combien il regrettait de ne pas l'avoir vu prendre place dans le Sacré-Collège, il continue en ces termes : « Vous avez vu en quelle estime il était auprès du Pontife. Tous les secrets lui étaient confiés. Les nations et les rois n'ont pas reçu du Saint Siège une pièce honorable qui ne soit tombée de sa plume. Ce qu'il y avait à dire, il le trouvait facilement et le rendait dignement. . . Auditeurs et lecteurs étaient éblouis par l'abondance de sa diction. Les plus beaux passages des Livres saints, le droit pontifical, les écrits des anciens et des modernes venaient se placer sous sa plume, comme par forme de conversation.

« Il possédait à un degré éminent, l'intégrité, l'art de bien dire et le tact des affaires ; il y joignait un grand esprit de piété, de zèle, de charité et d'urbanité. Au milieu des sollicitudes de tant d'affaires, son abord était facile. Une si grande bonté perçait dans ses réponses qu'il semblait faire siens les désirs de ses interlocuteurs. Il vient de mourir avant d'avoir atteint sa quarantième année.

« Membre, durant plusieurs années, du tribunal de la Rote, ses avis y étaient regardés comme

ceux de la vertu et de la prudence. Il se rendit en France à la suite du cardinal d'Ostie (d'Estouteville), lors de la légation de cette Iiminence en ce royaume. Ambassadeur de Pie II auprès des Vénitiens, il fut en la même qualité envoyé auprès de Louis d'Anjou et il justifia le Pontife de s'être déclaré pour Ferdinand. Il justifia encore l'excommunication lancée contre le duc d'Autriche Sigismond ; pressa le roi des Romains de concourir à la guerre contre les Turcs, le duc de Bourgogne de s'acquitter de son vœu (pour la croisade) et partout fut regardé comme un prélat de la plus haute sagesse.

« Paul II le visita dans sa maladie, lui prodigua des paroles de consolation, le pleura amèrement, et le combla de ses bénédictions. Pie II l'appelait sa harpe vivante, qu'il s'agît de persuader les princes ou de les admonester ou de les réfuter (*). »

Le travail de Théodore de Lelliis en faveur de Jeanne d'Arc subit pourtant le sort de tous les monuments authentiques et contemporains : il finit par tomber dans l'ouWi. Il appartenait au

(*) Cité dans Ciaconius, Vitct Pontijîcum, col. 1238 ; cf. Ughelli, Italia Sacra, t. V, col. 375 et 565. Voir le P. Ayrolles, La Puceîle devant l'Eglise de son temps, le chapitre sur Théodore de Lelliis, p. 261 et 262. — Quicherat avait déjà donné un extrait, mais très incomplet, de cette importante citation.

xviii^ siècle, et à un savant dont le nom est désormais inséparable de l'histoire de Jeanne d'Arc, M. de Laverdy, de le rappeler au public, avec beaucoup d'autres, pour qui le temps avait été trop injuste. Depuis, il n'a pas été oublié, et si nous le rééditons aujourd'hui, c'est à raison de la langue originale sous laquelle il se présente dans notre manuscrit de Bologne. Depuis longtemps, le texte primitif, c'est-à-dire le texte latin, est entré dans la circulation avec les importants volumes de Quicherat qui ont vulgarisé les monuments authentiques de l'histoire de Jeanne d'Arc. M. de Laverdy, au cours de ses recherches sur es sources de l'histoire de Jeanne d'Arc, avait chargé l'ambassade de France, près de la Cour Romaine, de lui faire copier, pour la Bibhothèque du Roi, dont il était conservateur, les pièces qu'elle pourrait recueillir dans les manuscrits du Vatican. Il s'y trouvait entre autres deux copies de la consultation de Théodore de LelHis, dont l'une au moins lui parut particuUèrement intéressante. Elle reproduisait un texte couvert de ratures qui parut à M. de Laverdy, le brouillon même de l'auteur.

Il parcourut également dans le manuscrit de Soubise et de Paulmy, la traduction française qui en fut faite au xvi* siècle pour le cardinal

d'Armagnac ; mais il ne s'en préoccupa pas davantage et se contenta d'en relever le titre que nous voyons semblable au nôtre : « Ensuit l'extrait de Vénérable personne Messire Théodore des Auditeurs de la Roe en cour Romaine. » Cette simple indication est la formule usuelle de l'auteur et sert de titre à ses diverses parties, sans qu'aucune division ou séparation vienne indiquer, dans le manuscrit, le passage d'une opinion à une autre. Aussi continuant à sa suite, trouverons-nous sans intervalle^ à la fin de la consultation de Théodore de Lelliis, ces simples mots qui nous annoncent un nouveau travail : « Ensuit l'opinion de Maîstre Pierre L'Hermyte, sous-doyen de l'EgHse de Saint-Martin de Tours. » M. de Laverdy la rattachait aux préliminaires du procès et nous explique ainsi sa présence dans notre manuscrit de Bologne. Maîstre Pierre L'Hermyte fut donc un des savants consultés par le cardinal d'Estouteville : il était loin sans doute d'être rompu aux affaires comme Théodore de Lelliis ouPaulPontanus ; il n'avait pas comme eux une longue pratique des causes multiples et de tout genre qui aboutissaient au tribunal de la Rote ; mais il avait un grand prestige dans son égHse de Tours, dont il était l'une des gloires contemporaines, et mérita à ce titre d'attirer l'attention

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du Légat, qui, venu d'abord auprès du Roi de France, devait, par premier mouvement, partager ses sympathies pour les Eglises restées fidèles à sa couronne. Il fallait que le cardinal d'Estouteville fût singulièrement sûr de son autorité pour prendre la direction d'une pareille enquête. Son rôle de pacificateur entre le Roi de France et le roi d'Angleterre, pouvait paraître incompatible avec son zèle de Français pour la libératrice de la patrie ; mais son enquête n'avait pas un caractère officiel et ne pouvait le prendre qu'aux dépens de la mission du Légat. Aussi, lorsque l'heure de la réhabihtation aura sonné, ce ne seront ni le Roi de France, ni le Cardinal d'Estouteville qui se feront demandeurs en la cause ; mais la famille même de la victime, la mère et les frères de Jeanne.

Quicherat jugeait sévèrement les pages attribuées à Pierre L'Hermyte et, pour sauver son honneur, l'excusait par la disparition du manuscrit de Soubise qui devait en renfermer le texte complet. Hélas ? notre manuscrit de Bologne, frère jumeau de celui de Soubise, ne nous donne qu'un texte semblable à l'édition abrégée et fautive du manuscrit de l'Arsenal. Nous ne pouvons, en toute indulgence, que redire la parole même qu'il a inspirée : « Mémoire en réponse à

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