CHAPITRE IV
LE RÊVE DU SABBAT
Origine et causes du sabbat. — Moyens de transport. — Le lieu. — Les Gravissus. — ^Les affiliés. — Un progi’amme.
— La reine du sabbat. — Récits des habitués. — Travestissements et fantaisies de Satan. — Le baiser d’obédience.
— Les commandements du diable. — Le poème du sabbat.
— Le sabbat a-t-il existé? — Les croyants du xviie siècle.
— Suppositions du bibliophile Jacob et de Michelet. — Preuves expérimentales de la non-existence du sabbat.
Un régime occulte ne suffit pas à l’ambition de Satan. Aucune église, association ni gouvernement, ne peut se maintenir sans assemblée. Pour réunir ses fidèles, donner ses ordres, recevoir les hommages publics, attirer la foule par des réjouissances et des débauches nouvelles, le diable a créé le sabbat.
Si vous voulez y assister, rien de plus facile ;
sans vous enduire de graisse et par quel moyen de transport il vous plaira^ nous y arriverons en un clin d’œil.
A tout âge, on peut faire sans peine ce voyage aérien.
Pierre Yuillemoz et Claude Charloy ont été conduits au sabbat à i’âge de dix ans, sur les terres de l’abbaye de Saint-Claude (1).
Deux enfants, les frères Klein et Daniel Berthol, âgés, l’un de cinq, l’autre de dix ans, jugés à Wertli ^in, en 1629, sont allés au sabbat sur des balais, le « manche en bas », avec les sorcières qui les accompagnaient.''
Dans le Wurtemberg, une jeune fille de dix-sept ans, Marguerite de Neukirclien, fait connaître au juge et au pasteur que le diable Ta enlevée dans les airs, lui a fait traverser l’Elbe, près de Hambourg, puis la mer, pour la transporter en Espagne, où il l’a forcée de manger des pommes (2).
(1) Benoit, Histoire de l'abbaye de Saint-Claude, t. II, p. o51.
(2) Diefenbacu, loc. cil., p. 33.
LE REVE DU SABBAT
Arnoutelle Defrasne, la Royne des sorcières, de Valenciennes, était enlevée à bras par son roi, transportée 'au-dessus des remparts de la ville, et déposée doucement au lieu de réunion.
Beaucoup de sorciers et de sorcières, comme le curé Gaufridi, qui a tant effrayé les conseillers d’Aix, passent simplement par la cheminée.
Un -billet d’entrée m’est pas nécessaire, comme le croyaient le marquis de Feuquières^ colonel d’un régiment d’infanterie, et son général, l’illustre maréchal de Luxembourg. Passionnés tous deux pour les choses occultes, et voulant assister au sabbat, ils avaient reçu du soldat Bosse, dit Bel-Amour, un billet d’admission, marqué de quatre croix, ainsi conçu : « G. P. G. M. la personne... F. P. G. A. l’assemblée secrète (1). »
Nous pouvons donc nous mettre en route.
(1' François Ravaisson, Archives de la Bastille, t. V, p. 219, 262; t. VI, p. 124. (Bosse fut condamné à mort et exécuté le 10 mars 1679.)
Pour le lieu de l’assemblée, nous n’avons que l’embarras du choix, car le sabbat se tient un peu partout, au milieu des bois, dans les landes, sur la prairie, dans les cimetières, les cavernes, les maisons, et même les endroits les moins propices. De Lancre cite deux églises où se célébraient des fêtes démoniaques. Des sorciers delà terre de Saint-Claude se sont réunis dans la cour du prieuré de la Mouille. D’autres, plus hardis, échappés de prison pendant l’épidémie du Labourd, ont organisé un petit sabbat dans l’hôtel même habité par les juges. A Anthoison, village de la Haute-Saône, le conciliabule avait lieu sur les toits. Les affiliés s’y rendaient à travers les airs, se reposant sur les arbres. On les appelait Gramssus (1).
Dans une envolée, ils ont rencontré d’autres sorciers du comté de Bourgogne, sur un char attelé de deux chevaux, conduit par un fantôme.
Nous pouvons choisir une réunion familiale ,
(]) A. Tuetey, loc. cit., p. 17.
LE REVE DU SABBAT
OÙ les gens se connaissent, ou de nombreuses assemblées qui se tiennent à jours fixes, à certaines époques de l’année.
Lancre, si compétent en la matière, signale une agglomération de douze mille âmes dans un petit canton basque, où se trouvaient des gens de toutes classes; et malheureusement beaucoup de prêtres (1).
L’assistance, en général, il faut vous en prévenir, est peu choisie. "Beaucoup de vieilles sorcières, amenant quelques jeunes femmes et des enfants, des gens à figure sinistre et d’aspect misérable, tous les métiers représentés, peu de bourgeois et de seigneurs, quelques hommes de science égarés, d’ignohles débauchés, des malades secoués par la fièvre et le délire.
En France, une grande liberté d’allure, peu de surveillance et beaucoup de désordre. En Allemagne, plus d’apprêts et de solennité, des pouvoirs hiérarchiques et un commandement
(1) De Lancre, loc. cit., p. 36 et suivantes.
organisés, depuis le grade de général jusqu’à celui de porte-drapeau, différentes charges déterminées : des secrétaires, des juges, des prêtres, des cuisiniers salariés (1), etc.
Si vous désirez un programme, en voici un des plus modestes :