MARCHE DE LA MALADIE
Extension du processus morbide. — Toutes les parties de l'organisme sont rattachées les unes aux autres par des liens anatomiques. Ici les cellules et les tissus sont simplement en contact les uns avec les autres; là, l'union est assurée par des tubes vasculaires ou des fibres nerveuses. On conçoit qu'une altération morbide puisse difficilement rester localisée au point qui primitivement a subi l'injure, et qu'elle ait de la tendance à se transmettre aux tissus et organes du voisinage immédiat ou éloigné, à l'aide de conduites vasculaires et nerveuses. Il en résulte trois modes d'extension.
1° Lorsque celle-ci se fait par continuité ou contiguïté, c'est directement d'une cellule à la voisine, d'une fibre ou d'une fente du tissu à une autre, que s'exerce la transmission de l'agent pathogène ou celle de l'altération chimique des tissus. La substance intercellulaire, les anastomoses qui unissent les cellules sont les facteurs de cette propagation. Dans le mode d'invasion par conlis^uïté^ le tissu conjonctif qui relie entre eux les tissus et les organes voisins, même les plus individualisés, assume la principale tâche et la remplit par le jeu des ligaments, des aponévroses, des gaines tendineuses, des revêtements séreux, etc. Qui n'a vu la propagation d'un panaris se faire vers la paume de la main et l'avant-bras ? Par continuité^ l'extension de la maladie s'observe avec le plus de commodité dans les altérations du revêtement épithélial des voies respiratoires ou digestives. Le coryza, qui débute sur la pituitaire, gagne ordinairement le pharynx, la trachée, les grosses et parfois même les petites bronches. Le catarrhe gastrique atteint le duodénum et quelquefois le cholédoque. Line lésion inflammatoire du méat urinaire peut s'étendre à tout le canal de l'urèthre et envahir la vessie. Dans ce mode d'extension, la sécrétion muqueuse renferme des agents pathogènes (microbes ou substances chimiques) qui se propagent progressivement, de place en place, à la faveur des courants liquides humectant les surfaces muqueuses, ou qui s'implantent graduellement dans l'interstice des tissus, comme on le voit dans la prolifération des bactéries ou dans l'infiltration d'une tumeur.
Les lois physiques dirigent, pour une part, l'évolution des lésions en pathologie; ainsi, la propagation du coryza aux bronches et au poumon obéit aux règles qui commandent les phénomènes de la pesanteur. Les lois jjiologiques agissent avec encore plus de puissance. La transmission d'une maladie infectieuse qui s'exerce par voie ascendante dans l'urèthre est due, en dehors d'un cathétérisme septique, à la pullulation des bactéries pathogènes venues du dehors.
a° L'extension du processus morbide peut se faire pa/- l'intermédiaire du système çasculaire^ du sang et de la hjmphe. Ce mode de propagation est
UISTOIIîE NATURELLE DE LA MALADIE
le plus fréquent et aussi le plus grave par ses conséquences (tumeurs, processus inflammatoires), parce qu'il utilise la voie principale de la généralisation des maladies. Le sang et la lymphe remplissent un système de tubes communicants; ils baignent, nourrissent et purifient tous les tissus et toutes les cellules de Féconomie. Lorsqu'ils ont puisé en un point le principe morbide, ils le charrient dans l'organisme, le plus souvent sous la forme d'un corps étranger oblitérant ou d'une embolie. Apportés en un point quelconque par le sang ou la lymphe, les agents pathogènes vivants se multiplient et provoquent la formation de foyers secondaires analogues au foyer primitif. On donne le nom de métastase ((j.s-câaxactç , transposition) à ce transport de microbes, de cellules néoplasiques, etc., par la voie vasculaire. Les lois hémodynamiques de la circulation président à la direction du corps étranger, exception faite de quelques particularités qui relèvent de modifications anatomiques telles que la persistance du trou de Botal ou de la fosse ovale (embolies paradoxales).
3" La maladie peut encore être propagée par la voie du système nerveux. Ce mode d'extension est multiple. On sait, par exemple, que le virus de la rage, que le poison du tétanos trouvent dans les fibres nerveuses des voies de cheminement particulièrement propices. Le système nerveux intervient d'habitude dans la propagation des états morbides par d'autres procédés. Une excitation anormale des fibres et des terminaisons nerveuses d'un organe atteint peut provoquer dans diverses parties du corps l'apparition d'une série d'altérations sensitives, motrices, vasomotrices, sécrétoires et trophiques, dont le rôle est grand et encore à peine connu. Les troubles trophiques qui, dans le cours des maladies infectieuses et toxiques, sont consécutifs à une intoxication du système nerveux, n'ont été étudiés que dans un petit nombre d'affections, la goutte, la blennorrhagie, et cependant leur importance n'est plus négligeable.
Tandis que certaines lésions localisées du système nerveux central amènent dans des organes et tissus correspondants des troubles (paralysies, etc.), l'altération du système nerveux péripliéri([ue peut retcnlir sur l'axe encé})halo-médullaire. Les névroses d'origine périphéricpu', les j)sychoses traumati(]ues, les vomissements incoercibles des femnu's enceintes dus probableiuent <à l'irritation des plexus et des fibres nerveuses par l'utérus distendu, en offrent des preuves manifestes. Par la section (hi sciatique, Bhown-Skqi ard rendait dos cobayes épilopti(|ues; l'excitation violente de nerfs sciisitifs amène le phénomène du sliocU caractérisé par la paralysie réflexe passagère des centres vasomoteurs. Une preuve non moins classique de celte influence est tirée de l'expi'-