MARCHE DE LA MALADIE
rience de Goltz : la percussion légère et répétée de la région abdominale de la grenouille provoque Tarrèt du cœur. Ces exemples, que Ton pourrait nudliplier, montrent le rôle considérable que joue le système nerveux dans l'extension des étals morbides. L'explication théorique qu'on peut émettre de ces manifestations fait intervenir la mise en jeu d'actes réflexes et électrotoniques. On sait qu'une excitation électrique ou autre peut aboutir à provoquer l'arrêt complet du courant nerveux; il est donc permis de supposer que l'irritation anormale que subit, dans un organe malade, une partie quelconque du réseau nerveux modifie l'activité fonctionnelle du réseau tout entier et que cette perturbation s'inscrit sur les appareils musculaires, glandulaires, vasculaires, etc.
La clinique avait signalé depuis longtemps que des paralysies d'origine centrale pouvaient faire suite à l'irritation des nerfs périphériques. C'est dans ce sens que Brown-Séquard avait appelé paralysies réflexes les phénomènes d'impotence des membres inférieurs qui s'observent chez les vieux urinaires. Les recherches de NissL, Gombault, Mari- NESco, Ballet, etc., ont montré que l'excitation prolongée par le courant électrique, la ligature ou la section d'un nerf, ])rovoquent dans le ganglion nerveux le plus rapproché et même dans les parties correspondantes de la moelle une série d'altérations des cellules nerveuses : raréfaction et vacuolisation du protoplasma, gonflement du corps cellulaire, tuméfaction, dégénérescence granuleuse, etc. Les constatations récentes de Sadovsky (Soc. de biolog. 1896), de Marinesco (Presse méd. 1897) ont mis en lumière, à la suite d'altérations de la partie périphérique d'un tronc nerveux, la production de lésions dans les cellules nerveuses des zones correspondantes des cornes antérieures de la moelle. Cette propagation du processus morbide le long des conducteurs nerveux trouve son explication logique dans la théorie du neurone (Pupix, thèse, 1896. — jMouravieff, Arch. ?-iisses de pathol., 1897).
Disposant d'auxiliaires aussi puissants que le sang, la lymphe et le système nerveux, la maladie conserve rarement, on le conçoit, un carac- 'tère purement local. Elle étend d'ordinaire son influence sur des régions multiples, se généralise, c'est-à-dire généralise l'action de son élément causal, représenté soit par des agents vivants, soit par des poisons venus de l'extérieur ou fabriqués sur place. Cette généralisation ne met pas obstacle à des localisations préférées dans certains organes. On réserve cependant plus volontiers le nom de « maladies générales » aux processus morbides dans lesquels les métamorphoses nutritives sont troublées dans toute l'économie sous l'influence d'une cause extérieure ou d'une auto-intoxication. La fièvre, l'ictère, la goutte,
HISTOIRE NATURELLE DE LA MALADIE
Fobésité, le lachilisine, le diabète, qui peuvent se traduire par des phénomènes purement locaux ou prendre naissance sous Tinfluence de raffection primitive d'un seul organe, sont cependant des maladies générales, parce que dans chaque cellule, pour ainsi dire, a été apportée une perturbation dans la marche normale des phénomènes d'assimilation el de désassin)ilation.
Les maladies infectieuses qui délîutent par une lésion locale finissent, en multipliant leurs foyers, par se ranger dans le cadre des maladies générales, telles la granulie, la pyémie, la septicémie, la carcinose, etc. Les doctrines humorales de Galien faisaient consister la santé dans un juste mélange des quatre humeurs cardinales : le sang, le phlegme, la bile et Fatrabile ; Faltération quantitative ou qualitative du mélange créant la maladie. Malgré les modifications que riiumorisme ancien a subies pendant la série des siècles, Fidée de troubles dans le mélange des humeurs n'a jamais entièrement quitté Fesprit des médecins. On a appelé maladies dyscrasiques (•?) z,paair, mélange) les maladies générales ou constitutionnelles dans lesquelles Faltération de la composition du sang est admise ou démontrée, ou encore les états morbides déterminés qui s'accompagnent de troubles fonctionnels de tous les organes. Les progrès de la pathologie cellulaire sont venus modifier ces hypothèses vagues et donner une marque anatomique précise aux nomenclatures de la nosographie.
Dans l'étude des maladies de la nutrition et dans celle des maladies infectieuses, un fait frappe tout d'abord Fesprit de l'observateur, c'est la fréquence de certaines laci/lisulio/is du processus morbide; Fanatomo-pathologiste ou le clinicien retrouvent pres({ue toujours dans les mêmes régions l'empreinte caractéristique de la maladie. Eu certaines zones déterminées d'avance s'accumulent, en quantité suffisante pour provoquer Faltération pathologique, les microbes ou les parcelles métastatiques des tumeurs malignes que charrie la circulation. Ce sont les cartilages articulaires et ])lus fréquemment les surfaces de l'articulation mélatarso-phalangienne du gros orteil ou encore le bord du cartilage de l'oreille qui reçoivent les dépôts uratiques de la goutte, etc., etc. Pourquoi cette élection, ces localisations particulières? La clinicpic et l'expérimentation laissent reconnaître que le rôle du hasard en i)ar(Mlh' circonstance est à peu près insignifiant. Dans la majorité des cas, les régions atteintes présentent un atlaiblissement, une diminution de la résistance vitale à l'agent pathogène, un « locus minoris resistentiir ». Si les éléments de cette diminution de résistance sont variables siii\aiit les cas, la cause principale, d(''terniinante des foyers, réside dans les
M A H C 11 E DE LA MA L A D lE
particularités anatoniiques de telles ou lelles régions et aussi dans les effets de ti'auniatismes plus ou moins apparents.
Les agents pathogènes, eonlenus dans le milieu extérieur ou circulant déjà dans Téconomie, exercent de préférence leur action sur des j)oints soumis à des chocs, à des excoriations, par exemj)lc sur répiderme ou les muqueuses, en des zones de tissus où le diamètre des capillaires est particulièrement étroit, en des régions soumises à un changement brusque de tempéi'ature (refroidissement) ou Ijien enfin en des places exposées à une sorte de traumatisme, résultat presque oljligé de la fonction (pylore, orifices du cœur).
La pénurie vasculaire d'un tissu et l'alimentation insuffisante qui en découle, peut-être même la réduction de l'activité fonctionnelle, constituent souvent la prédisposition anatomique à la localisation de l'agent pathogène. Les sommets des poumons, dont l'activité fonctionnelle est relativement faible, offrent une proie facile aux bacilles de la tuljerculose, tandis que les malades dont les sommets pulmonaires respirent vigoureusement parce que les bases sont atteintes de congestion h3 [)ostalique (cardiaques) ne présentent à peu près jamais de tubercules au sommet de la poitrine, malgré leur cachexie plus ou moins avancée. La présence d'une lésion antérieure même minime est non moins efficace dans la fixation de certains processus infectieux. On a pu dire, sans trop forcer la vérité, (pie l'endocardite ulcéreuse ne créait ses foyers que sur les valvules qui avaient déjà été frappées antérieurement d'un processus inflammatoire quelconque.
Les recherches expérimentales qui viennent démontrer le rôle d'une lésion antérieure ou d'un traumatisme dans la fixation d'un pi'ocessus infectieux sont extrêmement nondjreuses, aussi bien pour l'endocarde, dont on lèse les valvules par un traumatisme, que pour toutes les autres régions de l'économie. Aux expériences sur le cœur se rattachent les noms de Orth, Wissokowitch, \Veichselba.um, Buchneu, Kouhkouîn'oif, Gilbert et Lion, etc. L'expérience de Roux et Ch.vmberlaad sur le charbon symptomatique est classique : l'inoculation d'un virus de faible virulence dans la cuisse d'un cobaye ne produit aucune maladie ; quand l'inoculation est précédée d'un traumatisme qui froisse les muscles, une tumeur se développe et l'animal succombe à l'infection.
Le rôle que joue le système nerveux clans la défense locale des éléments contre une cause morbide est aussi très important. Les faits de démonstration expérimentale a])ondent aujourd'hui. En i883, Cornil et Babes, qui avaient inoculé du lupus dans le [)éritoine ti'un cobaye, sectionnèrent le sciatique d'un côté; il en résulta, dans le mend)re opéré, une arthrite tuberculeuse. Depuis cette épocpie, le rôle du système ner-
Ghantemkssu et Podwyssotsky. Processus géni'raux. 2
HISTOIRE y AT un ELLE DE LA MALADIE
veux dans la défense de l'organisme a é\.é étudié par beauroiip (raiiteurs et en particulier par Meunieu (thèse 1896).
Au nomljre des causes de prédisposition inorl)ide, il l'aut citer le développement incomplet des tissus et des systèmes anatomiques, et en particulier Taplasie artérielle, la faiblesse congénitale et héréditaire et celle du système vasomoteur. La faiblesse héréditaire ou acquise de certaines parties de l'organisme, la meiopragie (Potain), laisse se développer dans certaines familles les affections des voies respiratoires frappant plusieurs générations et prélever sur d'autres le tribut héréditaire des dyspepsies rebelles.
Il est enfin des tissus dont la constitution anatomique offre à certains microbes un milieu de culture particulièrement propice. Pour légitimer cette proposition, il nous suffira de rappeler le nom et le siège ordinaire du gonoco(]ue, du pneumocoque et du bacille de la diphtérie.
Durée. — La durée des maladies est des plus variables. Elle s'étend de quelques heures à quelques jours, à des mois, à des années.
On appelle aiguës les maladies dont la durée ne dépasse j)as deux ou trois semaines, subaigucs celles qui durent trois, quatre, cinq et six semaines; on réserve le nom de maladies chroniques à celles qui ont une durée beaucoup plus longue. La plupart des maladies infectieuses, quelques maladies a frigore (b)nl la cause n'est pas encore bien établie, les dystrophies des éléments provoquées j)ar des trauniatismes, par des brûlures, gelures, poisons, etc., appartiennent au groupe des maladies aiguës. Le caractère principal des affections de ce genre est d'évoluer plus ou moins bruyamment, avec un accomj)agnement de sensations et de perturl)atious thei'iniques, sous l'allure d'une iiiarche cy(dique plus ou moins tlisciplinée. La précision des manifestations, l'évolution de la plupart des maladies aiguës offrent un caractère si frappant, que les anciens avaient tenté de fixer les termes réglementaires de leur durée et les jours détei-minés de terminaison jours critiques). Ces règles n'étaient fondées ni sur la connaissance des causes morbides, ni sur celles des modifications anatomiques, ni encore sur l'étude des réactions individuelles de chaque patient. ]-]iles représentaient des descrij)tions scliématicpies (ju'il fallait utiliser ])our établir le diagnostic et instilucn- le traitement. On conçoit dans quel dédale ell(>s aboutissaient. Encore ])our certaines maladies infeclieuses, dont l'évolution a évidenunent servi de base objeclive à leur crc'alion, ces règles ont-elles gardé (pichpie valeur, par exemple pour les ('lais palhologicpies |)r()\ (xpK's pai' le cvcle ^ ilal des microbes (pii \ i\ ent en parasites dans récononiie cl |)ar la marche des altc-ralions anatoini(pu:'s (pi'ils font