‹ Les processus générauxChapitre 40 sur 45 · NÉCROSE · texte numérisé non relu

NÉCROSE

M onrific.irioN. g a n gré n e

convulsions, etc. On ne sait encore quel rapport précis existe entre la formation cle cette ptomaïne et les processus cle la putréfaction des régions mortifiées par la brûlure.

Les substances depuis longtemps connues qui se forment au cours de la putréfaction, la méthylamine, la diméthylamine, l'éthylamine, la diéthylamine, la triétliylamine, Fétbylènediamine, ainsi que les acides amidés, glycocolle, leucine et tyrosine, peuvent aussi être considérés comme des ptomaïnes.

Ci] HC

eu HC-

Cl]

Benzol.

Pvrid iiie.

La plupart des ptomaïnes ne sont autre chose que des diainincs de In série grasse ou des dérivés de la série aromaticjue ; elles sont toutes des bases, présentent une réaction alcaline et se combinent avec les acides pour former des sels cristallisés. Avec les sels de platine et d'or elles donnent naissance à des produits cristallisés. Les ptomaïnes sont pour la plupart des substances très peu stables, sujettes

à se décomposer, et c'est pour cette raison que quelques-unes d'entre elles n'ont pu encore être isolées, l^a quantité des ptomaïnes dans les matières en voie de putréfaction est très minime, ce qui explique la difficulté de leur extraction et de leur analyse. Corps très oxydables, ces substances constituent des réducteurs énergiques, c[ui réduisent à froid l'acide chromique, les sels d'or, d'argent, etc.

Quelques-unes de ces bases affectent un certain lien de parenté avec une substance extraite des produits de la distillation du bois et qu'on nomme pyridine. D'après Pictet, la constitution de la pyridine se rapprocherait de celle du benzol, comme l'indique le schéma ci-contre.

On voit que la différence réside dans le remplacement d'un groupe G H du benzol par N dans la pyridine. Dans ces deux corps le C tétravalent a trois valences satisfaites par ses coml)inaisons aver les valences issues des autres C, comme rindi((uent

les traits intérieurs des ligures, et la quatrième est c c. satisfaite jiar II monovalent. ^lais cet H peut être

/ \ / \ remplacé par d'autres atomes ou d'autres groupes

cn(CH^) d'atomes et il peut en résulter, par addition ou substitution, une ('■norme quantité de dérivés. Les valences libres dans la base pyridine sont satisfaisantes par l'addition d'un seul atome d'hydrogène dans le corps alcaloïdicpie qu on nomme la pipéridine. Un ])cut aussi constater la formation de la nu'thylpipéridiae par la sui)slilulion d'un groupe UK'thylique à un H de la pipéridine, ou l'apparition, par un procédé analogue de substitution, de la diméthylpipéi'idine, ou de l'élhylpipéi'idine, etc. Toutes ces substances de composition chimique différente constituent un groupe possesseur d'une tête commune, et leur connuunauté, cjui se traduit dans leui's caraclères chimiques, se laisse encore reconnaître dans leurs propriétc'S physiologiques.

Il est possible (pi on ari'ivc à fo;-:nei' par la synthèse chimique les j)tomaïnes de

Pipcpidino. Mélhvlpij)['rldiiie.

PUTRÉFACTION

la série de la pyridine, comme on a créé un grand nombre des membres de la série du benzol.

On peut diviser les ^jtomaïnes en deux grands groupes : a] ptomaïnes liquides (volatiles, non oxygénées); h] ptomaïnes solides, dont quelques-unes peuvent être cristallisées et contenir de l'oxygène. Les ptomaïnes liquides se distinguent par leur odeur pénétrante ; elles sont le plus souvent solul^les dans l'éther sulfurique, et quelques-unes d'entre elles dans l'alcool amylique et le chloroforme. Les ptomaïnes solides sont pour la plupart solubles dans l'eau et très peu soliibles ou insolubles dans l'alcool et le chloroforme.

On a proposé divers procédés d'extraction des ptomaïnes. Les deux principaux sont celui du chimiste Ijelge Stas, modifié et perfectionné par A. Gautier, et celui de Briegeh.

Cette dernière méthode est la suivante. On conserve pendant quelques jours la viande putréfiée dans de l'eau légèrement acidulée, on fait bouillir cette infusion, on concentre le liquide filtré jusc[u'à consistance sirupeuse, on traite alors par l'alcool à 96° et l'on précipite cette solution alcoolique, soit par une solution alcoolique chaude d'acétate neutre de plomb, soit d'emblée par la solution alcoolicpie saturée de sublimé. Le précipité qui se forme dans la première solution du sirop dans l'alcool contient les ptomaïnes solides insolubles dans l'eau (neuridine et autres); en précipitant de nouveau la solution par le sublimé, on obtient des combinaisons doubles des ptomaïnes et de mercure, qui se décomposent ensuite par l'hydrogène sulfuré, etc.

Comme le fait remarquer A. Gautier, l'une et l'autre de ces deux méthodes de Brieger prêtent le flanc à la ( i'ili(|ne. Le sous-acétate de plomb précipite une petite proportion de bases qu'il est presque impossible de retrouver dans le volumineux amas plomljique qui se sépare, et le chlorure de mercure, môme en solution alcoolique, est bien loin de précipiter toutes les ptomaïnes.

Peptones, ferments, toxalbuiniitcs. — I^c (ait que quelques bactéries septiques et autres sécrètent des ferments solubles, appelés diastases, enzymes, et que ceux-ci déterminent la transformation de la pcptone et de l'amidon, est connu depuis longtemps ; la liquéfaction de la gélatine sous l'influence de rjuelc|ues bactéries le démontre. Ces enzymes peuvent, par divers procédés, être séparés des bactéries qui les ont engendrés. Comme les ferments sécrétés par les cellules des végétaux supérieurs et des animaux, ils témoignent d'une action peptonisante sur les substances albuminoïdes et collogènes. Ainsi, Hvfmuî a retiré de la viande putréfiée à l'aide d'un extrait glycérique un ferment particulier, rpii possède à la fois des propriétés trypticjucs et diastasiques.

Quant aux to.r albumines, Brieger et C. Frankel ont décrit sous ce nom des substances albuminoïdes particulières, à action toxique, qui se rapprochent, par leur composition chimicfue, de l'alburaose et de la peptone, et qui sont sécrétées par les bactéries, aussi bien clans l'organisme animal que dans les milieux nutritifs artificiels.

NÉCnoSE. MORTIFICATION. GAyCRÈ.XE

Les hypothèses émises par Bkieger et C. Fhankel sur la nature des toxalbumines sont loin d'avoir été consolidées par les recherches ultérieures. La toxalbumine isolée par Brieger et Fr\?<kel des cultures du ])acille diphtérique, produit soi-disant pur, s'est trouvé cinquante fois moins active que la toxine isolée par Roux et Yersix et que ces auteurs avaient considérée comme une diastase encore très impure. On a vu bientôt que les toxalbumines étaient constituées, non par un produit albumineux, mais simplement par la précipitation de la substance active ou toxine, qui adhérait aux précipités obtenus aux dépens de cultures riches en albumine. Brieger, lui-même, a constaté récemment, en utilisant le chlorure de zinc pour précipiter la toxine des cultures de diphtérie, que ce poison ne possédait aucun des caractères de la matière albuminoïde.

Ceci dit sur la nature de ces substances dites toxalbumines, nous signalerons que Bagiasky et Stadthagex ont extrait de la viande j)utréfiée, sous l'influence d'une bactérie isolée du contenu intestinal, un corps toxique qu'ils ont nommé toxalbumine. Des produits toxiques analogues sont retirés des cultures du bacille qu'on trouve dans certaines viandes altérées, microbe que Van Ermengem a isolé dernièrement (1897) et qu'il a nommé Bacilltis boliilinns. La toxine du botulisme, même à très faible dose, produit des paralj'sies musculaires et des troubles cardiaques profonds. Elle entraîne la dégénérescence gi'aisseuse disséminée des muscles, la chromatolyse des cellules nerveuses des cornes antérieures de la moelle, la dilatation des pupilles, etc. : un cinquième de milligramme de la culture filtrée de cette bactérie suffit pour tuer un lapin.

Dans le processus de la [)utréfaction prennent naissance une série de produits dont quelques-uns sont toxiques et les autres dépourvus de nocivité ; il faut donc considérer que le ternie de toxine septi(]tie ou putride ne désigne pan une seule substance mais (ju'i! se /•apjjorte coUectivenient à toi:s les produits de la décomposition putride doués d'un pouK'oir to.ii<pie (ptelconcpte sur l'organisme. Les j)ropriétés et l'énergie de la toxine septique peuvent être très dilférentes, suivant les conditions dans lesquelles la décomposition putride s'est poursuivie et suivant la nature des produits qui ont pris naissance. La durée seule de la décomposition joue un rôle important dans la protluctioji de su])stances toxiques actives ; mais d'autres conditions interviennent encore puissamment, et parmi elles il faut citer la lumière, la prése/tce ou V absence d\).ri/g('/u'., la tem])ératui'e., etc., etc.

La question de savoir à quel point les j)ropi iétés de la toxine septique varient, suivant que la putréfaction se fait avec ou sans accès d'air, a été abordée par KossoROTori', qu i a pr()uv(' (jue h» pulr(''ra(ii()n à l'abri de l'air

PUTRÉFACTION

donne naissance à des ptomaïnes douées d'un pouvoir d'excitation manifeste sur le système nerveux central, tandis que la puiréfaction au contact de l'air amène la formation des substances pijrètogènes. D'après les observations de Kianitzine, les ptomaïnes formées en présence de Tair sont moins stables et moins toxiques que celles qui prennent naissance à Tabri de l'air; en revanche, au contact de l'oxygène, la quantité produite est plus grande. La température la plus favorable au développement des ptomaïnes semble être celle de 16 à 18" C; aux températures plus élevées ou plus basses, la formation des ptomaïnes est entravée.

De toutes les ptomaïnes de la putréfaction la inijdalcine, la neurine et la midoto.vine possèdent le plus fort pouvoir toxique.

Les phénomènes de la putréfaction prennent naissance sous l'influence d'actes chimiques dont la nature n'est pas connue dans tous ses détails, ^^hydratation ^ V oxydation et la synthèse sont les plus importants d'entre eux. Le fait que les éléments constitutifs de la toxine septique ne s'obtiennent pas seulement par voie de décomposition des matières organiques, mais sont fabri([ués de toute pièce, synthétiqaement, par l'activité vitale des microbes, a été établi par les expériences oii la putréfaction s'est développée dans les solutions sa/ines contenant du tartrate d'ammoniaque, du phosphate de potasse, du sulfate de magnésie et du chlorure de calcium (solution de Nageli), ou encore du sucre candi, du tartrate d'ammoniaque et du phosphate de potasse (solution de Pasteur). Ces liquides pulréliés renferment une toxine composée de plusieurs substances chimiques, analogues à celles qui prennent naissance dans la putréfaction des albumines et qui provoquent dans l'organisme vivant les phénomènes caractéristiques d'intoxication.

Les symptômes de la gangrène putride ont des caractères tellement particuliers, qu'on ne peutles méconnaître. Cependant, suivant l'étendue, la forme et la cause de la gangrène, il y a dans l'évolution clinique des phénomènes la plus grande diversité : certaines gangrènes sont facilement curables, d'autres emportent le malade en quelques jours.

Quand une région va se gangrener, elle pâlit et prend une teinte livide, due à la stase du sang dans les capillaires ; des taches rougeàtres ou grisâtres apparaissent çà et Là, et, tandis que la coloration générale se fonce de plus en plus, les veines s'accusent à la surface par des traînées rouge sombre. La doideur existe le plus souvent et se traduit par des sensations de brûlure, de fourmillements ou d'élancements, qui arrachent des cris au malade; alors que cette sensibilité profonde s'éveille, le patient est incapable de percevoir les piqûres ou les incisions superficielles. Les douleurs ne cessent que lorsque la mortification est

NÉCROSE. MORTIFICATION. GANGRÈNE

complète et que les éléments nerveux sont détruits. La motilité disparaît dans les muscles mortifiés, et les mouvements qu'on peut constater dans les orteils ou les doigts, en cas de gangrène des pieds ou des mains, ne sont que des mouvements transmis par les masses musculaires, restées saines, des avant-bras et des mollets. Dans les régions gangrenées, que Toblitération vasculaire soit primitive (embolie, thrombose) ou secondaire, remontant, de proche en proche, des capillaires vers les gros vaisseaux, la cessation des pulsations artérielles est constante. Aussi la chaleur propre de la région tend de plus en plus à s'abaisser. On a cependant observé des faits oii la température locale s'élevait au moins pendant un certain temps; l'une des causes de ce phénomène peut être rapprochée des observations de Schottelius, de K.vrlinski, etc., qui ont constaté que la température de cadavres ayant succombé à des maladies infectieuses, enfouis, s'élevait au-dessus de celle du sol environnant.

La région qui subit la putréfaction est toujours tuméfiée et répand une odeur putride pénétrante; la peau se soulève par places et forme des phlyctènes dont la déchirure laisse écouler un liquide fétide, trouble, rouge brunâtre, connu sous le nom d'ichor (g î/wp — liquide sanguinolent, suc d'une plaie). Le tissu musculaire est désagrégé en une multitude de fragments troubles, jaunâtres.

Sous le microscope, on observe au début de la putréfaction une tuméfaction trouble des éléments cellulaires et ensuite les différentes phases de leur désagrégation; seuls les os et les fibres élastiques résistent à la décomposition. Acôté des éléments désagrégés de lamatière albuminoïde encore reconnaissables, on trouve toujours, en quantité plus ou moins grande, suivant les tissus, des gouttes de graisse qui transforment quelquefois le liquide ichoreux en une véritable émulsion ; on y distingue aussi des cristaux de margarine, de cholestérine, de leucine, de phosphate tril)asique, de carbonate de chaux, de chlorure de sodium, et enfin une midtitude de bactéries affectant principalement la forme de ])âtonnets ; beaucoup d'entre elles se meuvent avec rapidité. Tous les microbes dont on constate la présence dans les tissus putréfiés ne possèdent pas une action putride spécifique ; tel est le cas pour la plupart des germes apportés accidentellement par l'air, pour cjuelques infusoires, comme par exemple le cercomonas, le monas lens, etc., que l'on trouve, au début de la putréfaction, dans le foyer gangreneux, et qui disparaissent lors de l'évolution ultérieure du processus.

La bibHogi'aphic de la question de la septicémie est très étendue, puisque l'étude expérimentale on remonte à plus de cent ans. Le célèbrcphysiologiste Alhert IIali.ku

PUTRÉFACTION

avait déjà signalé, dans ses Elenieiita plnjsiologiœ corporis Inimani (i^56), que l'injection intraveineuse d'eau putréfiée possédait une action nocive et pouvait entraîner la mort. Au point de vue historique, on distingue trois périodes dans cette étude :

La première^ depuis Haller, commence à la fin du siècle dernier et finit au milieu de ce siècle. Elle est caractérisée par la mise au jour d'hypothèses, d'indications indirectes touchant la palhogénie des accidents qui sont attriljués à la pénétration dans l'organisme des substances chimiques, produits de la putréfaclion. Parmi les travaux publiés à cette époque, il faut citer ceux d'AoAM Seybeiît (i 798), de SpallanzANi, de Gaspard (1809 et 1822), deMACENoiE (182'^), de I^euret (1823), de Sedillot (1849), ViRCHOw (1848), de Sticii (i8j2).

La seconde période débute par la découverte classique de Panum, en i85G, et va jusqu'après 1870, c'est-à-dire jusqu'à la publication de Bergma^x. La science établit directement que la cause des accidents produits par la pénétration dans l'économie de matières putréfiées est liée à la présence d'une substance chimique. IjCS premiers faits démonstratifs ont été fournis par Paxum et publiés d'abord en danois (i85G), puis en allemand (18^4)- Bans une série d'expériences, Panum a établi solidement les bases de la théorie de l'intoxication septique et tiré de ses recherches les conclusions suivantes : a) la puissance d'un liquide septique augmente au cours de la putréfaction jusqu'à un certain maximun, puis elle diminue ; h] l'action toxique d'un liquide septique se conserve, même après une filtration répétée qui élimine les germes vivants ; c] le résultat de l'injection d'un liquide septique survient immédiatement, sans être précédé d'une période d'incubation; d] le pouvoir toxique se conserve même après l'ébullition répétée. Comme l'ont démontré les expériences de GoLOunEFF (1870), l'action septique du liquide ne disparait qu'après le maintien prolongé du liquide septique à la température de 140° C.

Parmi les autres travaux intéressants de celte période, il faut noter les recherches de Hemmer, de Bence Jones, de Davaine, de Goze et Feltz, de V. Maxassein, de Ravitsch, etc. En faveur de I hypolhèse qui attribue les phénomènes à l'intoxication et non à l'infection par les substances putrides, plaidaient avec éloquence les expériences de Davaine ; elles ont établi qu'on ne pouvait transmettre à un animal sain la maladie d'un animal provoquée par l'injection d'une substance putride.

La troisième période, qui débute après 1870, avec les travaux de Bergmann, de ZuELZER et SoNNENSCHEix, ct qui durc jusqu'à nos jours, se distingue par les efforts tentés pour isoler du liquide septique les sulistances chimiques qu'on supposait s'y trouver et pour déterminer leur nature. Les découvertes de la se])sine, des ptomaïnes, des toxalbumines, etc., sont de date récente.

Les principales publications parues dans cette direction scientifique sont : en Italie, celles de Selmi, Guareschi et Mosso; en France, celles de Gautier, Brouar- DEL et BouTMY, Etard, Pouchet, Bouchard, Roux et Yersix, Charrin, Chantemesse, Roger, Vincent; en Belgique, "N'an Ermengem; en Allemagne, Husemann, KoBERT, Bocklisch, Salkowsky, Erhenberg et surtout Brieger; en Russie, Dragen- DORFF, Nencki, Anrep, Poel, Obolonski, L. Popoff, Kossorotoff, Kianitzine. Quelques résultats importants ressortent de cette série de recherches. C'est, d'une part, la démonstration de la formation d'une substance septique dans les solutions salines putréfiées et qui, originellement, ne contenaient pas de matière albumino'ide (L. Popoff, Bergmann, Veh, Anders, Kossorotoff), et, d'autre part, l'étude rigoureuse et l'isolement des microbes (proteus vulgaris, mirabilis, b. botulinus, b. noso-

yÉCROSE. MORTIFICATIoy. GAyGRÈXE

comialis. etc., etc.) qui déteriuiiieut la putréfaction et font apparaître dans le liquide putréfié la toxine septique Hauser, Van Eumengem, Vincent, etc.).

Les bactéries septiques sont pour la plupart des microbes nécrophites ne vivant qu aux dépens de substances mortes : quelques-unes d'entre elles sont facultativement pai'asitaires, mais leur pouvoir pathogène est d'ordinaire limité. Elles sont rapidement détruites par la résistance d'un organisme sain : elles prospèrent au contraire et deviennent envahissantes lorsque, jjour une cause quelconque intoxication par une substance chimique, variations excessives de la température, défaut de sang artériel, etc. , la résistance organique a fléchi. Les expériences de Vincent, avec son bacillus nosocomialis. montrent combien de conditions entrent en jeu dans l'évolution d une gangrène septique.

Évolution.

La gangrène présente une évolution varialjle suivant la cause qui lui a donné naissance et aussi suivant l'existence ou l'absence de conditions purement locales. Quand la gangrène fait suite à une oblitération thrombosique ou embolique des artères, à la mortification par des caustiques très avides d'eau, à l'empoisonnement par le seigle ergoté, etc., c'està-dire à des circonstances qui conservent la perméabilité des veines pendant un certain temps, elle se limite rapidement, le tissu se dessèche et revêt l'aspect d'une momification égyptienne gangrène sénile).

Les choses se passent tout autrement dans les gangrènes humides putrides : les tissus se ramollissent, deviennent diffluents, laissent échapper des liquides d'une horrible fétidité; la mortification se poursuit de proche en proche. Dans certaines formes de gangrène, par exemple celle qui est due au vibrion septique de Pasteur, la rapidité de la putréfaction est telle. (|u'iine grande quantité de gaz fétides soulèvent la peau, sous laquelle le doigt perçoit la crépitation caractéristique de 1 emphysème et le stéthoscope le bruit d un Ijouillonnement dans les tissus. Quand la gangrène s arrête, une fois les escarres détachées et la sanie ichoreuse éliminée, il reste un ulcère noirâtre anfractueux. dans lequel on trouve des muscles, des lambeaux de tissus fibreux, des ramifications vasculaires et nerveuses et même des os nécrosés. L'élimination des escarres peut entraîner des hémorragies, lorsque la thrombose des vaisseaux du tissu péri-gangreneux n'est pas complète, et des perforations d'un organe, par exemple de l'intestin dans la fièvre typhoïde, dans la dysenterie, etc.

Lorsque la mortification a arrêté ses progrès et que la lésion s'est limitée, on voit survenir, dans les tissus restés sains, autour des parties gangrenées, des modifications importantes.

Page 1