ÉVOLUTION
Une cellule morte, une région nécrosée, se comportent, à l'égard du tissu vivant environnant, comme des corps étrangers. Substances albuminoïdes, elles constituent une excellente matière nutritive pour les cellules vivantes qui les entourent. En vertu du principe de la lutte des différentes parties entre elles, lutte qui est Fessence même de l'activité de tout organisme pluricellulaire , la réaction du (issu viçant conti-e les cellules mortes n'est qu'un processus d'utilisation des substances nutritives que ces dernières renferment. Ce qui se passe à la limite des parties mortes et vivantes n'est que la mise en œuvre de ce phénomène. L'alimentation surabondante des régions vivantes, voisines de la lésion, a pour résultat leur accroissement excessif et, en fin de compte, le remplacement de la substance morte par des éléments vivants néoformés. A la limite du mort et du vif se forme peu à peu une zone de réaction inflammatoire, connue sous le nom de zone de séparation ou de démarcation . Si le foyer de mortification est petit, constitué j)ar quelques cellules et non infecté, la ligne de démarcation fait défaut; au contraire, s'il a de grandes dimensions, elle devient très large. La présence de bactéries dans le foyer de gangrène détermine l'augmentation des dimensions de la région limitante*, ce qui s'observe surtout avec les bactéries pijogènes et septiques. Dans la zone de séparation se déroulent des actes qui traduisent la réaction du tissu vi<,'unt contre la substance morte. C'est d'aljord un processus inflammatoire, c'est-à-dire une hyperémie locale, une exsudation et une émigration plus ou moins considérable de cellules, la multiplication des éléments du parenchyme, surtout de l'eudothélium des capillaires et d'une manière générale de tous les éléments du tissu conjonctif ; enfin, dans quelques cas, on constate la formation, aux dépens de ces derniers, de cellules géantes autour des cellules mortes. Ces énormes formations embryonnaires possèdent un pouvoir p/iagoci/taire et détruisent peu à peu le protoplasma des cellules mortes. La prolifération des éléments conjonctifs jeunes forme avec les leucocytes venus par diapédèse la substance qu'on nomme //.s-.s-// de granulation ; celui-ci est une formation passagère, instable, état tra/tsitoirc entre la nécrose et le tissu conjonctif fxc ou la cicatrice.
La destruction des régions mortifiées parles cellules géantes mérite, au point de vue biologique général, une attention particulière. Elle s'exerce grâce à la sécrétion, dans le protoplasma de ces cellules, d'un ferment protéolytique spécial, analogue à la trypsine. On observe une série de stades successifs de la liquéfaction et de la disparition des masses cellulaires privées de vie, dans le sein du proto])lasma des cellules géantes. Les observations les plus démonstratives à ce sujet sont fournies par l'étude des lésions expérimentales de mortification provo-
NÉCROSE. MORTiriCA TIO.\.
GANGRÈNE
qiiées, au sein du parenchyme hépatique, par l'injection d'alcool dans la veine porte (Podwyssotsky).
L'examen de la ligne de dcmarcatioii entre le i/ssti hépatique nécrosé et le tissu intact (foie de chien auquel on a injeelé par la veine porte 3 centimètres cubes d'alcool à 4o p. loo), pratiqué le quatrième ou le cinquième jour, laisse reconnaître la présence d'une énorme quantité de cellules géantes de diverses dimensions, qui entourent de j^etits amas de cellules hépatiques frappées de nécrose de coagulation.
L'aspect et le volume de ces amas ne sont pas uniformes. Certains d'entre eux, englobés par les cellules géantes, sont formés par des éléments hépatiques nécrosés, ayant une couleur mate comme vitrifiée, à contours nettement marcjués, éléments tout à fait sendjlables à ceux qui forment le foyer tout entier; d'autres, au contraire, sont un peu moins compacts, raréfiés, à contours inégaux, déchiquetés, quelquefois peu reconnaissables ; enfin, on observe des cellules géantes, dans lesquelles, à la place d'amas, on ne trouve cju'une cavité remplie de nombreuses granulations ayant la même coloration cjue celle des amas. Au fur et à mesure que le tissu inortifié se désagrège et disparaît, la cavité qu'il a occupée dans la cellule géante diminue progressivement , en même temps cpie le protoplasme de cette dernière augmente de volume. Dans les cellules géantes cjui ne possèdent pas un grand nombre de noyaux, les cellules hépatic{ues mortifiées ont encore l'aspect d'amas pleins, nettement contournés; au contraire, dans les grandes formes géantes, les cellules hépatiques mortifiées ont souvent perdu leurs contours; elles sont déchiquetées et transformées en un détritus granuleux, lequel peu à peu fond et disparaît.
hefi cellules géantes i[vn se forment dans la zone de démarcation naissent généralement de l'endothélium des capillaires et des éléments conjonctifs du stroma. Elles n'apparaissent que si le corps étrangerpossédé une certaine fermeté; on les voit dans les tissus et organes, autour de particules étrangères ayant pris naissance dans l'organisme lui-même, ou introduites du dehors (bactéries, soie, fds, poils, etc.). L'absorption par ces cellules de la matière capable d'être solubilisée est un des exemples de la digestioia des parcelles solides par les éléments du mésoderme, digestion découverte par Metchnikoff et nommée par lui c( phagocytose » (çâYV'j[j.i., je dévore). Le terme « phagocytose » ne désigne que le processus de digestion intracellulaire, sans spécifier la nature vivante ou morte du corps englobé par la cellule. Pour une terminologie plus exacte, l'un de nous (Podwyssotsky) a proposé les termes suivants : « hio[)liagisinc », quand il s'agit d'englobement d'un corps encore vivant, et « nccrophagisme », pour les substances mortes. Selon la nature de ces corps, on peut parler à'ostèopliage^ de /ni/opJiage, àlicpalophage, de netiropliage^ etc.
Les cellules géantes, avons-nous dit, n'ont pas une origine banale. Il faut des irritations d'une nature et d'une intensité détertuinées pour que les cellules mésodermi(}ues se transforment en cellides géantes.
É VOt.VTION
Certaines substances chimiques (iode, iodoforme, toxines des microbes de la suppuration, du charbon, etc.) s'opposent à leur formation, dès qu'elles imprègnent un foyer de mortification. En revanche, leur apparition est singulièrement facilitée par la présence d'éléments d'une densité et d'une solidité particulières (cellules ayant sulji la nécrose de coagulation ou la dégénérescence amyloïde, fragments d'os nujrtifiés, filjres élastiques, corps étrangers, microbes de la lèpre et de la tuberculose, etc.). Leur formation semble directement proportionnelle à la résistance que présentent les éléments morts contre la destruction par les cellules du mésoderme. Les cellules géantes, qui sont des phagocytes énergiques, témoignent donc avec la plus grande netteté du pouvoir plastique dont est doué le protoplasma vivant et de sa faculté d'adaptation, pour atteindre un but utile à l'organisme tout entier ou à une de ses parties. Le but est la dissolution d'une substance solide étrangère à l'cu'ganisme; la cellule géante concentre dans l'unité d'un corps cellulaire toute la somme de ferment que les nombreuses cellules qui la composent sont capa])les de sécréter. Les noyaux, représentants de l'individualité cellulaire, se divisent, tandis que le protoplasma reste sans division, de sorte que les noyaux sont réunis dans une masse protoplasmique commune. Quand la résorption du corps étranger est achevée, la présence des cellules géantes est superflue ; elles disparaissent peu à peu, en subissant quelques-unes la dégénérescence graisseuse et la désagrégation, tandis que les autres se fascicident et se transforment en fibres conjonctives.
La zone de démarcation sépare le mort du vif. Si la région nécrosée est capable de se dissoudre dans les sucs de l'organisme, elle est dévorée tout entière, résorljée et remplacée par du tissu conjonctif. Sa place est occupée par une cicalrice. Quand la partie mortifiée est trop volumineuse, qu'elle s'étend, par exemple, sur un membre entier, un doigt, etc., seules les portions voisines de la ligne de séparation subissent la résorption: à la place de la zone de séparation apparaît une cicatrice dans laquelle les vaisseaux s'effacent peu à peu, et la presque totalité de la région nécrosée se détache de l'organisme sans hémorragie et tombe (mutilation).
En l'absence des bactéries jjijogènes dans le foyer de mortification, cette séparation se fait sans suppuration. Dans le cas contraire, une infaiitmation pulvide apparaît dans la ligne de démarcation et le pus s'accumule en quantité plus ou moins grande entre la partie vivante et celle qui est nécrosée. Lorsque cette dernière est située profondément, le pus se fraie peu à peu un passage vers l'extérieur et amène la formation de trajets fistitleu.i: purulents {//sta/a^ tube, conduit), c'est-à-dire de conduits tu])U-