‹ Les Prodigalités d'un fermier généralChapitre 2 sur 8 · DE MADAME D'ÉPINAY · texte numérisé non relu

DE MADAME D'ÉPINAY

« Par-devant les conseillers du Roi, notaires au Châtelet de Paris, soussignés, fut présente dame Louise-Florence-Pétronille Tardieu d1Esclavelles, veuve de messire Denis-Joseph La Live, écuyer, seigneur d'Epinay et ancien fermier général de Sa Majesté, demeurant à Chaillot, faubourg de la conférence, dans une maison, sise audit Chaillot, rue des Batailles et numérotée 5, ladite dame d'Epinay trouvée par les notaires soussignés dans

une pièce du premier étage dépendante de ladite maison, ayant vue sur la rue des Batailles et sur la cour et étant à l'extrémité de l'aile de ladite maison qui est à droite en entrant, étant ladite dame d'Epinay en bonne santé de corps, aussi saine d'esprit, de corps et entendement, ainsi qu'il est apparu aux notaires soussignés par ses discours. Laquelle, dans la vue de la mort, a fait et dicté auxdits notaires soussignés, son testament ainsi qu'il suit :

Je veux être enterrée sur la paroisse où je mourrai (1) et qu'il ne soit pas employé pour mes frais funéraires au delà de 3oo livres. Je prie mes enfants de se dispenser de draper leurs appartements après mon décès.

Je donne et lègue la somme de i5o livres, une fois payée, aux pauvres de la paroisse en laquelle je décéderai, qui seront remises, trois mois au plus tard après mon décès, au curé de ladite paroisse (2)

(1) Mmê d'Epinay, comme on l'a vu plus haut, mourut à Paris rue de la Chaussée-d'Antin, et fut enterrée dans le cimetière de la Madeleine de la Ville-l'Evêque, sa paroisse.

(2) A l'époque du décès de Mmc d'Kpinay, le curé de la

pour en faire la distribution, suivant sa prudence, aux pauvres les plus nécessiteux.

Je veux, que si la terre d"Epinay(i) appartient à mes enfants lors de mon décès, il soit prélevé sur mes biens la somme de i ,000 livres qui sera placée en rentes sur le Roi ou sur des emprunts publics autorisés, dont les arrérages seront touchés par ledit curé et ses successeurs pour être employés ainsi qu'il le jugeront à propos à aider ceux qui contribueront à Pinstruction et au soulagement des pauvres et des malades de ladite paroisse d'Epinay.

Je donne et lègue aux pauvres de la paroisse de Deuil (2), dans le cas seulement où cette terre appartiendrait à mes enfants lors de mon décès, la somme de 3oo livres une fois payée, qui sera re-

Madeleine de la Ville-l'Évêque se nommait M. Michel Leber; il était en fonctions depuis l'année 1778.

(1) Département de la Seine, arrondissement de Saint- Denis. M. de la Live de Bellegarde, beau-père de Mmed'Epinay, avait acquis en 1741 la terre et seigneurie d'Epinay des héritiers du marquis de Beauvau.

(2) Département de Seine-et-Oise, arrondissement de Pontoise, canton de Montmorency. Le château de la Chevrette était une dépendance de Deuil.

mise au curé de ladite paroisse pour en taire la distribution aux pauvres les plus nécessiteux, suivant sa prudence.

Si Tune ou l'autre desdites terres d'Epinay ou de Deuil se trouvaient en des mains étrangères au jour de mon décès, je prie mon exécuteur testamentaire de faire recherche de deux familles honnêtes, mais dans la détresse, pour remettre à Tune d'elles seulement la somme de 3oo livres, dans le cas ou il n'y aurait plus qu'une desdites deux terres qui ne serait plus dans ma famille, et à chacune d'elles une pareille somme de 3oo livres si lesdites deux terres n'étaient plus alors possédées par l'un de mes enfants.

Je donne et lègue à chacun des domestiques hommes et femmes qui se trouveront à mon service à mon décès, sans exception de ceux à qui je pourrais faire des legs particuliers, autant de fois 3o livres de rente et pension viagère qu'ils auront été d'années à mon service, en sorte que celui qui aura resté un an aura 3o livres, celui qui sera resté deux a:i< (>o livres et ainsi de suite. laissant néanmoins la liberté à mes héritiers de rembourser sur le pied de 10 p. 100 les rentes

viagères de ceux qui n'ont pas été à mon service plus de trois années.

Je veux que Tannée commencée lors de mon décès soit regardée comme révolue pour la fixation desdites rentes viagères.

Je veux que toutes les rentes et pensions viagères par moi dessus léguées soient exactement payées à mes légataires de trois mois en trois mois, ou d'année en année, à leur choix, à compter du jour de mon décès, que lesdites rentes soient exemptes de toutes retenues d'impositions établies ou à établir dans quelque dénomination que ce soit, et que les arrréages desdites rentes ne puissent être saisis ni arrêtés par aucun créancier desdits légataires, ni par eux transportés d'avance, les destinant à leur nourriture et entretien, pourquoi je veux qu'en cas de retard dans le paiement desdits arrérages, soit de trois mois en trois mois, soit d'année en année, au choix desdits légataires, ils puissent demander à mes légataires susdits, ci-après nommés, ou à leurs représentants, les intérêts des arrérages dont le paiement aura été arriéré, sans être tenus d'en former la demande en justice.

Je donne et lègue au nommé Roland Girbal 1 . qui a été mon domestique pendant cinq ans, une somme de 5 louis une fois payée, en reconnaissance de rattachement qu'il m'a toujours marqué depuis.

Ayant donné une retraite au nommé Chatillon. ci-devant mon portier, pour récompense de 43 ans de bons et fidèles services, je lui donne et lègue. s'il me survit, une rente et pension viagère de 700 livres, exempte de toutes retenues d'impositions présentes ou futures et non saisissable ni cessible, comme les autres rentes viagères que j'ai ci -dessus léguées et avec les mêmes avantages; et si cette

(1) M. Maurice Tourneux, le savant éditeur de la Correspondance littéraire, veut bien m*ap prendre que ce personnage était un copiste habile qu'employaient volontiers Grimm et Diderot. M. Tourneux possède quelques billets écrits par Diderot à Girbal, qui demeurait en 1781 chez un secrétaire du Roi, rue des Yieux-Augustins. L'un de ces billets porte l'adresse suivante : M. Girbal, rue des Vieux- Augustins, la dernière porte cochère à gauche en entrant par la rue des Vieux-AugUStins et non par la rue Montmartre. « Girbal, ajoute M. Tourneux. était plus instruit que ses pareils, et Meister [ami, secrétaire et collaborateur de Grimm), a inséré dans la Correspondance littéraire une lettre de lui sur la réception faite à Nccker par les Parisiens, au mois de septembre 1789, lettre à laquelle il prétend n'avoir pas change UT) seul mot. u

rente et pension viagère ne suffisait pas pour le mettre au-dessus du besoin, attendu son état d'infirmité, j'enjoins expressément à mes enfants ou petits-enfants d'y suppléer. Je ne veux pas surtout qu'il finisse ses jours dans une maison de charité ; notre maison doit être pour lui la maison paternelle. Je prie mes enfants de garder Chatillon jusqu'à son dernier soupir.

Au moyen du legs que je viens de faire à Chatillon et attendu qu'il n'est plus même à mon service, il ne pourra demander autant de fois 3o livres de rente viagère qu'il a été. d'années à mon service.

Je donne et lègue toute ma garde-robe, linge, dentelles, habits, chaussures, et autres effets la composant, aux femmes de chambre qui seront encore à mon service au jour de mon décès, pour la partager entre elles également. Je comprends sous cette dénomination de femme de chambre celle qui est particulièrement chargée du linge de la maison comme femme de charge. Je n'entends point comprendre dans le legs de ma garde-robe Fargenterie ni les bijoux qui en dépendent. Je n'entends point comprendre au nombre de mes

domestiques les femmes de M'"c Emilie i . la gouvernante de ma petite tille d'Epinay {2), ni la femme de charge de M. le baron de Grimm (31,

(1 Marie-Renée-Thérèse-hmilie de Belsunce, fille d'Angélique-Charlotte-Louise de La Live, épouse du vicomte de Belsunce, et petite-tille de Mm0 d'Epinay, était alors chanoinesse du chapitre de Notre-Dame de Coyse en Largentière, diocèse de Lyon, département de l'Ardèche. Il fallait, pour être admis dans ce chapitre, faire preuve de huit degrés de noblesse paternelle et de trois degrés de noblesse maternelle. Les chanoinesses de Notre-Dame de Coyse portaient le titrede comtesse. Leur marque distinctive était une croix d'or émaillée, surmontée d'une couronne de comte, avec cette inscription d'un côté : Î^otre-Dame de Coyse fondée en 127 >, et de l'autre : Comtesses de Largentière. Cette croix é;ait attachée à un ruban vert que les dames portaient en écharpe et fixé sur l'épaule par des ganses à glands d'or. Postérieurement au décès de M1"0 d'Epinay, M,lc Emilie de Belsunce épousa le comte de Bueil.

(2) Louise d'Epinay, fille de Louis-Joseph de La Live d'Epinay et de Marie-Anne-Elisabeth de Boccard.

(3) Frédéric-Melchior Grimm, baron du Saint-Empire romain, chevalier, grand-croix de la seconde classe de l'ordre impérial de Saint-Wladimir, conseiller d'Ktat de S. M. l'impératrice de toutes les Russies, ministre de la cour de Saxe-Gotha à Paris, né à Ratisbonnele 26 décembre 1723, mort en 1807. Il est aussi connu par son remarquable ouvrage la Correspondance littéraire, auquel collaborèrent plus d'une fois Diderot et M™ d'Epinay, que par la haine qu'il voua au malheureux Jean-Jacques Rousseau, dont il fut le persécuteur et le calomniateur. Dans ses Confessions,

quoi qu'elles reçoivent de moi des rétributions annuelles pour les services qu'elles me rendent ; ainsi je n'entends pas qu'elles puissent rien prétendre dans le legs de rentes viagères que j'ai cidevant fait à mes domestiques qui seraient à mon service lors de mon décès.

Je donne et lègue à Mll° Perrin , femme de chambre de Mm0 la comtesse Emilie de Belzunce, chanoinesse d'Argentières, 200 livres de pension exempte de toutes retenues présentes et futures, pour en jouir tant qu'elle restera au service de madite petite-fille et que celle-ci continuera d'en être contente, n'entendant point que cette marque d'affection de ma part puisse la faire négliger de plaire à sa maîtresse ni obliger ma petite-fille à la garder contre sa volonté. Je n'entends point non plus que cette pension diminue les gages sous la condition desquels elle est entrée auprès de sa maîtresse, ni lui en tienne lieu en tout ou partie.

Rousseau s'est vengé de lui en le peignant tel qu'il était, c'est-à-dire comme un personnage au cœur sec, bouffi de vanité, pédant et singulièrement antipathique. Grimm logeait rue de la Chaussée-d'Antin, dans l'hôtel de Mn,e d'Epinay, et y occupait un appartement du prix de 1.700 livres soldé par la cour qu'il représentait à Paris.

Ladite pension cessera d'avoir lieu lorsque ladite demoiselle Perrin quittera sa maîtresse, à moins que ce ne soit par infirmité attestée et reconnue qui la mette hors d'état de servir, car dans ce dernier cas, ladite pension lui sera conservée sa vie durant, de même que si madite petite-fille Emilie de Belzunce venait à mourir ayant ladite demoiselle Perrin à son service. Je laisse à ladite demoiselle Perrin la liberté d'opter une somme de 2,400 livres une fois payée pour lui tenir lieu de ladite pension viagère, dans le cas seulement ou sadite maîtresse viendrait à décéder l'ayant à son service.

Je donne et lègue à la demoiselle Dorléans, femme Jalabert, mon ancienne femme de chambre, quoi qu'elle ne soit plus à mon service, 200 livres de rente et pension viagère avec les mêmes avantages que les rentes ci -dessus laissées à mes domestiques. Je regarde ce legs comme un acte de justice, d'autant plus que ladite femme Jalabert était entrée à mon service sous cette condition.

Je donne et lègue à M1,e Sophie Hupé. fille de la gouvernante du même nom de M1110 Emilie de Belzunce, une somme de 600 livres pour être employée à son établissement.

Je veux que la somme que je viens de léguer à ladite Sophie Hupé soit remise à sa mère, si elle est vivante à mon décès et si ladite Hupé est encore mineure ou n'est pas établie, sinon je veux que ladite somme soit remise à Sophie Hupé lors de son établissement ou à sa majorité.

Je donne et lègue à Mme la baronne d'Holbach (1), mon amie, mon tableau de Rembrandt représentant une tête de vieillard. Je tiens ce tableau du souvenir de feu M. le marquis de Croixmare (2), qui était notre ami commun. Je prie M,ne la baronne d'Holbach de l'accepter comme une faible marque de mes sentiments pour elle et de la reconnaissance de ceux qu'elle a pour moi.

( 1 ) Charlotte-Suzanne d'Aine, fille de Marius-Jean-Baptiste- Nicolas d'Aine, conseiller du roi au Grand Conseil, associé externe de l'Académie des sciences et belles-lettres de Prusse, seconde femme de Paul Thiry, baron d'Holbach, secrétaire du Roi, morte en 1814. Son portrait au crayon par Carmontelle a figuré à l'Exposition universelle de 1878, au Trocadéro.

(2) Marc-Antoine-Nicolas, marquis de Croixmare, décédé le 3 août 1772 à Paris, rue Villedo. C'était un homme d'un goût délicat et un grand amateur de tableaux. Il est souvent question de lui dans les Mémoires de Madame d'Êpinay, et notamment dans le tome II (édition Boiteau). Voir aussi sur lui la Religieuse de Diderot.

Je donne et lègue à M"IC Sedaine (i) une table ronde et une table ployante de bois d'acajou. Je la prie de se rappeler quelquefois combien elle m'était chère.

(i) Suzanne-Charlotte Sériny, mariée le 4 avril 1767 a Michel-Jean Sedaine, auteur dramatique, membre de l'Académie française et secrétaire perpétuel de l'Académie d'architecture, né en 17 19, mort en 1797. Mm<? Sedaine était fille de M. Seriny, avocat aux conseils du Roi, reçu en 1738 et décédé en 1761. On lit dans les Mémoires de Bachaumont (III, 219), à propos de son union avec l'auteur du Philosophe sans le savoir, les lignes suivantes : <r 18 mai 1707. On parle du mariage de M Sedaine avec des circonstances très romanesques. Il a épousé la rille d'un avocat au conseil, mort et la mère n'ayant jamais voulu consentir à cet hymen, l'amante a fait des sommations respectueuses. Mais le plus héroïque, c'est la façon dont elle a résisté aux offres séduisantes d'une ancienne inclination du poète-maçon. Cette femme se nommoit Mino Lecomte, espèce de bel-esprit femelle avec qui vivoit M. Sedaine. Celui-ci lui ayant déclaré son projet, M"" Lecomte pleure, sanglote, jure qu'elle en mourra. L'amoureux ne tient compte de ces menaces. Elle se retourne du côté de la demoiselle, va la trouver et lui demande en grâce de différer d'un an. Elle lui offre 5o,ooo livres si elle se rend à sa proposition. La jeune personne refuse et le mariage fait. M"10 Lecomte en est morte de chagrin peu de temps après. » M™* Lecomte, de son nom Claude-Marie Bonneau, veuve de Claude-François-Nicolas Lecomte, ancien lieutenant criminel au Chàtelet de Pans, décéda en effet peu après le mariage de Sedaine, le ? mai i7'~>7. ds maison, rue de la Roquette, à Paris. Moins d'un mois avant

Je donne et lègue à M. le baron de Grimm, ministre de la cour de Saxe-Gotha, tous mes manuscrits comme une marque de ma confiance et de l'estime distinguée que j'ai toujours eue pour lui. Je le prie, s'il les juge dignes de l'impression, de vouloir bien les rédiger lui-même (1). Je le prie d'accepter mes deux groupes d'ivoire et mon petit tableau à gouache représentant un déjeuner. Je le prie encore d'accepter la tasse et la soucoupe de porc/elaine que je tiens des bontés de S. A. S. Ms* le prince Henri de Prusse (2).

Je donne et lègue à MUe de Valori (3), l'amie

le mariage du poète, elle lui avait fait don, par acte notarié, de la maison où elle mourut et où il habita après elle. C'est sur les dépendances de cette maison qu'a été ouverte, en partie, la rue qui porte aujourd'hui le nom de Sedaine. (Archives nationales, Y, 1 5623.)

(1) Grimm n'a publié aucun des manuscrits à lui légués par Mme d'Épinay, qui a fait paraître de son vivant : Mes Moments heureux, Genève, 1 758 ; Lettres et Portraits, 1 739; Lettres à mon fils, 1709, et les Conversations d" Emilie, ouvrage dont il sera parlé plus loin. Les Mémoires de Madame d'Épinay ne parurent qu'en 1 81 7, dix ans après la mort de Grimm.

(2) Frère du roi de Prusse Frédéric II. Il mourut en 1802.

(3) Jeanne-Louise-Caroline de Valori, morte le 2 5 mars 1788 à Paris, rue Saint-Honoré. Elle était la nièce de ce

et la compagne de mon enfance, ma tabatière de sanguine montée en or et de forme ovale. Je me recommande à son souvenir.

Je donne et lègue à ma nièce, M"" de La Prévalaye, ma tabatière d'ivoire, doublée d'écaillé et montée en or, comme une légère marque de ma tendresse pour elle.

Je donne et lègue à mon élève, mon neveu et mon filleul Geoffrion de Merville, un diamant de vingt louis. On lui remettra le prix, ou il le choisira à son goût.

Je donne et lègue à M'"e de Vandeuil. fille de M. Diderot (1), une bague de cornaline antique.

chevalier de Yalori dont il est bien souvent question dans les Mémoires de Madame d'Épinay et qui fut l'ami de M11» d'Eue, personne équivoque dont il est également parle nombre de fois dans le même ouvrage. Cette demoiselle s'appelait de son vrai nom Marie-Louise-Philippine Leducq d'Ette, était née à Valenciennes(.\ord)et mourut le 24 mars 1785 rue Neuve-du-Luxembourg, n° 24.

(1) Marie-Angélique, fille de Denis Diderot et d'Anne- Antoinctte Champion, mariée à Abel-François-Nicolas Caroilhon de Vandeuil, écuyer, trésorier de France, morte à Paris le 8 mars 1824, à l'âge de 71 ans. On lui doit une Notice sur Diderot, son père, réimprimée en 1841 dans le second volume des Lcttrcsa Mademoiselle Volland, publiées chez les frères Garnier. Ces lettres, si intéressantes pour

représentant une tête de Pallas. Je la prie de reregarder ce simple don comme un souvenir d'amitié.

Je donne et lègue à M. de Villiers (i) le portrait en miniature de M. Tronchin (2), et mon estampe

l'histoire intime de Diderot, renferment des détails précieux sur la jeunesse de sa fille et sur sa femme, dont le caractère, aigri par la jalousie, était devenu un peu épineux. (Voir, à l'Appendice, les documents cotés II et IV.) Quant à M"« Volland, l'amie du philosophe, on sait peu de chose sur sa personne. Je donnerai ici les quelques renseignements que j'ai pu trouver sur elle. Elle se nommait Louise-Henriette et non Sophie; elle demeurait rue Montmartre, vis-à-vis la rue de la Jussienne, et c'est là qu'elle décéda, le 22 février 1784, cinq mois avant Diderot, auquel elle légua, par son testament, daté du 20 juin 1772, sept volumes des Essais de Montaigne, reliés en maroquin rouge, et une bague qu'elle appelait sa Pauline. (Archives nationales, Y, 77,

(1) Lisez : de Villière. Isaac-Laurent Lecourt de Villière, secrétaire de la légation de Saxe-Gotha. C'est à lui que Grimm laissa, en quittant Paris, le manuscrit des Mémoires de Madame d'Épinay, vendu par ses héritiers, en 1817, à M. Brunet.

(2) Je ne pense pas qu'il s'agisse du célèbre médecin Tronchin, dont M,no d'Épinay eût très probablement fait précéder le nom de son titre de docteur, ainsi qu'elle l'a écrit quelques lignes plus bas. Le personnage désigné ici est peut-être François-Louis Tronchin, secrétaire des commandements du duc d'Orléans, décédé le 29 mai 1784 à Chaillot.

anglaise à la manière de crayon rouge représentant une tète de femme. Je le prie de recevoir ici le témoignage de la reconnaissance que m'ont toujours inspirée ses procédés à mon égard.

Je donne et lègue à M"" de La Live, ma bellesœur (i), la bonne et tendre amie de mon cœur.

(i) Marie-Louise-Joséphine de Netti ne, mariée le i" août 1762 à Ange-Laurent de La Live de Jully, introducteur des ambassadeurs, honoraire amateur de l'Académie de peinture et sculpture, né en 1725, mort vers 1775. M. La Live de Jully quand il épousa Mllc de Netti ne était veuf de Louise-Elisabeth Chambon, avec laquelle il avait été marié, le 3o juin 1749, dans la chapelle du château de la Chevrette, et qu'il perdit le 22 novembre î-jbi. Il lui fit construire dans l'église Saint-Roch un monument funèbre sculpté par Falconet, d'après ses dessins, et dont il ne reste plus aujourd'hui qu'un médaillon représentant la défunte. Au bas de ce monument on lisait cette epitaphe latine composée par lui : « ACternae mémorise Ludovicx-Elisabeth Chambon, qua% dotibus eximiis conspicua, omnibus tlebilis et deplancta, diem supremum obiit X Kalendas decembris 17?-, eetatis 23, hune tumulum in amaritudine animas suae, uxoris desideratissimae, Angelus-Laurentinus La Live de Jully dieavit. » On trouvera dans les Mémoires de Madame d'Épinay et dans un excellent article du savant bibliothécaire de la ville de Paris, M. Joies Cousin Revue universelle des arts, T. IX) l'intéressant reçu de6 événements qui eurent lieu après la mort de la première M"" de Jully, du chagrin ressenti d'abord par son mari et des motifs de

quinze volumes de ma bibliothèque à son choix. Je la prie de conserver à mes enfants et petits-enfants les mêmes sentiments qu'elle avait pour moi ; je lui recommande spécialement Emilie. J'exhorte mes enfants à ne jamais se décider dans les occasions importantes sans avis et conseil de Mmc de La Live en tout.

Je donne et lègue à ma chère belle-sœur, Mm0 la comtesse d'Houdetot (1) le buste de M. le docteur

consolation qu'il trouva dans la lecture de la correspondance intime de sa femme. Quant à la seconde épouse de M. de Jully, c'était une personne des plus recommandables, et, en en faisant l'éloge dans son testament, Mmc d'Epinay n'était qu'un écho de la voix publique. M11» de Nettine eut trois sœurs qui furent unies, l'une à M. de Laborde, seigneur de Méréville et marquis de Laborde, banquier de la cour ; l'autre à M. Micault d'Harvelay, garde du trésor royal, et la troisième à M. de Walkiers.

1) Élisabeth-Françoise-Sophie de La Live de Bellegarde, née le 18 décembre 1730, mariée le 10 février 1748 à Claude-Constance-César d'Houdetot, marquis de Mailloc, lieutenant général des armées du roi, né le 5 août 1724, mort en 1806. M"-« d'Houdetot mourut le 28 janvier i8i3. Elle a été immortalisée par Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions, et fut l'amie dévouée du marquis de Saint- Lambert, officier de cavalerie et auteur du poème des Saisons. Mme d'Houdetot était une femme de beaucoup d'esprit et de goût. On lui doit plusieurs charmantes pièces de vers; nous citerons surtout la suivante, composée

Tronchin (i) en terre cuite sculptée par M. Houdon et je la prie de l'accepter comme une légère marque de l'amitié que nous avons toujours eue Tune pour l'autre depuis notre enfance.

Le même motif m'engage à prier M. de la Briche (2), mon beau-frère, d'agréer le camée re-

en 1709, lors du départ de Saint-Lambert pour l'armée :

L'amant que j'adore,

Prêt à me quitter,

D'un moment encore

Voudroit profiter.

Félicité vaine

Qu'on ne peut saisir,

Trop près de la peine

Pour être un plaisir !

Diderot, dans ses Lettres à Mademoiselle Volland [I, i3o), dit qu'elle lui récita un Hymne aux tétons, ouvrage « qui pétillait de feu, de chaleur, d'images et de volupté ». On ne sait ce qu'est devenu ce morceau poétique dont le titreest au moins bien singulier. Dans les notes que M. Paul Boiteau a placées à la fin du tome II de son édition des Mémoires de Madame d'Epinay, on trouve différentes poésies agréables de Mm" d'Houdetot. Son portrait, peint par Fragonard, a figure à l'Exposition universelle de 1878, au Trocadéro.

(1) Théodore Tronchin, premier médecin du duc d'Orléans, né en 1709, mort le Ier décembre 1781, à Paris, rue de Richelieu.

(2) Alexis-Janvier de La Live de la Briche, ne le i3 lévrier 17'y?, introducteur des ambassadeurs, ancien maître des requêtes de l'Hôtel et secrétaire des commandements

présentant un sacrifice à Esculape que je tiens de l'amitié de milord, vicomte de Stormont (i).

Je donne et lègue à ma chère belle fille d'Epinay, née de Boccard (2), mes deux beaux services damassés de 18 couverts chacun, plus mes provisions de mousseline rayée et unie, ainsi que mes perses en pièces et en robes non faites, comme non compris dans le linge de ma garde-robe. Je donne et lègue à mes petites-filles Louise d'Epinay et Rosalie d'Epinay, ma petite marmite d'argent, mes deux petites casserolles d'argent et mon réchaud à l'esprit-de-vin aussi de même métal (3).

Je donne et lègue à Mme Emilie, comtesse

de la Reine, marié à Mlle Prévost, nièce d'un trésorier général de l'ordinaire des guerres.

(1) David Murray, vicomte de Stormont, pair d'Angleterre et ambassadeur en France en 1772, marié à Louisa Gathcart.

(2) Marie-Anne-Élisabeth de Boccard, fille de Pierre- Nicolas-Louis de Boccard, chevalier de Saint-Louis, ancien lieutenant au régiment des gardes-suisses au service de France, membre du grand conseil de la Ville et République de Fribourg et colonel du régiment des dragons du canton. Elle épousa en 1775 Louis-Joseph de La Lived'Epinay dont il a été longuement parlé dans la première partie de ce travail.

(3) L'argenterie de M,ne d'Épinay, mise en vente après sa

de Belzunce, ma petite-fille, ma montre cTor unie à répétition, garnie en diamants, et la chaîne ou cordon pareil, plus tous les livres de piété de ma bibliothèque et mon meuble complet de toile de coutil (?). pour meubler son appartement à son chapitre, mes deux services de toile de coton à raies bleues, celui à raies rouges, quatre douzaines de serviettes et quatre nappes de mon linge de Suisse, quatre paires de draps à choisir dans mes draps de maître, quatre paires de draps dWfice, quatre paires de draps de laquais et douze tabliers de femme de chambre, le tout pour commencer à monter son ménage dans sa maison de chapitre, mes provisions de linon, de batiste, de basin bercat et de toile neuve.

mort, produisit une somme de 6,009 livres, 2 sols, 9 deniers, ainsi que nous l'apprend le document suivant :

1 Je soussigné, en qualité d'exécuteur testamentaire de Mm" de La Live d'Épi nay, reconnais que M. de Yillière m'a remis la somme de 5,86o livres, 2 sols, 9 deniers faisant avec 1 |<) livres que redoit M. Gerardin pour M,n* de Belsunce, la somme de 6,OOg livres, 2 sols, 9 deniers formant le montant de la vaisselle d'argent de M"» d'Épi nay qui avait été remise par son inventaire à M. le baron de Cuimm qui est et demeure chargé de ladite vaisselle d'argent. A Paris, le i5 avril 17S4, signé : Baron. » [Archives nationales, t. .119, 4-5.)

Je veux que le reste de mon linge de table et de ménage soit partagé en divers lots d'égale valeur et tiré au sort entre mon fils et ma fille (i), si mieux ils n'aiment le faire vendre et en partager le prix.

Je donne et lègue aux enfants de mon fils (2) à chacun une somme de 20 louis une fois payée, pour être employée à leur satisfaction et cependant solidement, pour qu'ils se souviennent de moi. Je donne de plus à Louise d'Epinay, fille aînée de mon fils, mon collier de rubis et de perles fines avec la petite croix et la rosette en rubis et diamants.

Je donne et lègue au vicomte Henri de Belzunce (3), et à son frère le chevalier (4), mes petitsfils, à chacun un diamant de 25 louis. Je laisse de

(1) Angélique-Charlotte -Louise de La Live, née vers 1749, mariée le 10 mars 1764 à Dominique de Belsunce, vicomte de Belsunce et de Méhérain, colonel d'infanterie et chevalier de Saint-Louis.

(2) M. d'Epinay fils avait trois enfants, deux filles, indiquées plus haut, et un garçon. C'est ce dernier qui adressa en 1819 au journal le Moniteur la longue lettre reproduite par nous dans les pages qui précèdent et par laquelle il défendait la mémoire de son père accusé d'un crime abominable.

(3) Joseph-Jean-Henri de Belsunce.

(4) Jean, chevalier de Belsunce.

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plus au chevalier, comme étant mon filleul, mon nécessaire avec couteau et les autre bijoux d'or qu'il renferme.

Je donne et lègue à mon fils mon souvenir de laque vert et or avec le portrait de M. le chevalier de Magayon (sic) (i).

Je donne à Mm0 la vicomtesse de Belzunce, ma fille, mes provisions de mousseline brodée.

J'ai fait constituer sur la tète de la comtesse Emilie de Belzunce, ma petite-fille, etsur celle du Roi deux rentes viagère, de 5oo livres à prendre dansl'empruntcréé par édit de janvier dernier. Les contrats qui n'en sont pas encore expédiés seront passés incessamment devant maître Boulard, notaire (2) à Paris. Je donne à ladite Emilie, comtesse

(1) M. Maurice Tourneux pense qu'il s'agit ici du chevalier de Magallon, Portugais à qui l'abbé Galiani a écrit plusieurs lettres et dont le nom se prononçait Magayon.

(2) Antoine-Marie-Henri Boulard, né en 1754, mort en 1825, fut notaire à Paris, rue Saint-André-des-Arts, près la rue Pavée, depuis 1781 jusqu'en 1808. Il est connu par sa passion pour les livres. On assure qu'il achetait des maisons rien que pour y phuer les volumes récoltés par lui, chaque matin, chez les libraires ou les bouquinistes des quais. Après sa mort, sa bibliothèque fut mise en vente et le catalogue seul formait 4 gros in-octavo. C'était au reste

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de Belzunce, ces deux rentes viagères de 5oo livres, pour en jouir par elle, à compter du jour de mon décès, ainsi que tous les arrérages qui s'en trouveront alors dus, à la charge par elle de remettre et payer annuellement aux enfants de mon fils actuellement existants, pour la partager par tiers, la moitié des arrérages échus lors de mon décès et qui écherront à l'avenir lors desdites deux rentes (i) et dans le cas où lesdits enfants ou aucun d'eux

un homme instruit et il a laissé de bonnes traductions d'ouvrages anglais. Ajoutons, chose flatteuse pour la corporation des notaires de Paris, qu'il remporta en 1770 le prix d'honneur au concours général de l'Université.

(1) Les volontés de Mme d'Épinay furent scrupuleusement suivies par MUe de Belsunce, devenue Mme de Bueil, ainsi que le constate le document suivant : « Nous soussignés Louis-Joseph La Live d'Epinay et dame Louise-Elisabeth de Boccard, mon épouse que j'autorise à l'effet des présentes, tuteurs naturels de nos enfants, moi d'Epinay. assisté de M. de Fégéli, mon conseil à Fribourg, reconnoissons avoir reçu de M. le comte et de Mrae la comtesse de Bueil, nos neveu et nièce, la somme de 5oo livres pour l'année 1787 de la rente dont, aux termes du testament de Mm0 La Live d'Epinay, notre mère et belle-mère, ils doivent faire la remise à nos enfants, et ladite somme versée es mains de M. Joly, mon conseil à Paris. Fait à Fribourg en Suisse, ce 27 juin 1787. Signé : La Live d'Épinay; La Live d'Epinay, née de Boccard. » (Archives nationales, t. 3 19, 4-5.)

viendraient à mourir avant elle, de remettre et payer la portion qui leur aurait appartenu au chevalier de Belzunce, son frère, qui réunira à son profit la totalité de ladite moitié en cas de décès des trois enfants de mondit fils.

Si au contraire M"10 Emilie de Belzunce décède avant ses neveux, Tune desdites deux rentes appartiendra aux enfants de mon fils avec les arrérages qui en seront dus au moment du décès de Mme Emilie. A l'égard de l'autre rente et des arrérages qui seront échus à compter de la même époque, ils appartiendront aux frères de Mme Emilie, mais le chevalier de Belzunce aura toujours la part que celui ou ceux des trois enfants de mondit fils qui pourraient être décédés avant Mmo Emilie auraient eue dans la moitié desdites deux ventes, ainsi qu'il a été ci-devant stipulé.

Quant au surplus des biens que j'aurai lors de mon décès, je le donne et lègue à mon fils et à M"ie la vicomtesse de Belzunce, sa sœur, pour le partager entre eux également par moitié, les faisant et instituant à cet effet mes légataires universels.

Ayant toujours eu intention de partager entre

mes enfants la plus parfaite égalité et ayant en conséquence doté chacun de mes deux enfants de 3o,ooo livres en fonds, la justice et l'équité m'obligent de déclarer que les 3o,ooo livres données à la vicomtesse de Belzunce, ma fille, lors de son mariage, furent composées de 10,000 livres de deniers comptants et de deux maisons sises à Valenciennes (1), louées en totalité 1,000 et quelques livres, lesquelles m'avaient précédemment données en dot par feu ma mère (2) pour pareille valeur de 20,000 livres, mais attendu qu'il est à ma connaissance que j'avais été trompée lors du mariage de ma fille sur la valeur desdites deux maisons et que malgré tous les soins et toutes les recherches possibles la vente desdites maisons faite par ma fille, autorisée de son mari, de mon agrément et par mon conseil, ne lui a produit que 8,000 livres et que cette somme de 8,000 livres,

(1) Département du Nord. M. Tardieu d'Esclavelles, père de Mme d'Epinay, avait été gouverneur de cette ville.

(2) Florence-Angélique Prouveur, morte en 1761, femme de Louis-Gabriel Tardieu d'Esclavelles, chevalier, brigadier des armées du roi, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis et gouverneur de la citadelle de Valenciennes, décédé le 7 décembre 1736.

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suivant les informations que j'ai prises, était le seul prix que pouvaient valoir lesdites maisons dépéries par le laps du temps, je reconnais donc que l'estimation portée dans le contrat du mariage de ma tille a été beaucoup trop forcée, et mon intention n'ayant jamais été qu'elle fût lésée, en conséquence je veux et entends que si ma fille est tenue de rapporter à ma succession la dot que je lui ai donnée, elle ne puisse être tenue de rapporter à ma succession de sa dot que les 10,000 livres d'argent comptant par elle reçues et 8,000 livres seulement au lieu de 20 pour les maisons par elle également reçues pour compléter les 3o,ooo livres de sa dot, ce qui, sur ces objets, réduira son rapport à 18,000 livres au lieu de 3o,ooo livres.

Je veux que la part et portion qui reviendra à mon fils dans le legs universel que je viens de faire soit bien et dûment substituée comme je la substitue à ses enfants nés et à naître en légitime mariage et, à défaut d'enfants, à Mme la vicomtesse de Belzuncc, si elle est alors vivante, sinon à ses enfants. A l'effet de quoi je veux que la portion qui appartiendra à mon fils dans le mobilier de ma succession soit converti en immobilier pour

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l'usufruit au profit de mon fils et pour les fonds en appartenir aux appelés à ladite substitution.

Je me réserve de nommer mon exécuteur testamentaire par une disposition particulière.

Je révoque tous testaments et codicilles que j'aurais pu faire avant le présent, auquel seul je m'arrête comme contenant mes dernières volontés.

Ce fut ainsi fait et dicté aux notaires soussignés par ladite dame d'Epinay comparante et ensuite à elle par l'un desdits notaires, l'autre présent, relu, qu'elle a dit bien entendre et y persister.

Fait et passé à Chaillot en la pièce ci-devant désignée où lesdits notaires soussignés se sont transportés et rendus à cet effet, l'an 1782, le 11 septembre, sur les onze heures du matin et a ladite dame d'Epinay signé la minute des présentes, vue au bureau des insinuations par Durey, cejourd'hui, et demeurée à maître Boulard, l'un des notaires soussignés, quia délivré ces présentes ce jourd'hui 19 avril 1783. Signé: Brichard(i) et Boulard, avec paraphe et scellé.

(1) François-Romain Brichard, reçu notaire au Châtelet de Paris en 1775, en remplacement de M0 Laideguive. Il

Ceci est mon codicille :

Ayant voulu me donner le temps de la réflexion pour nommer mes exécuteurs testamentaires, je me suis réservé de les nommer par mon codicille; je prie donc M. le baron de Grimm, ministre de monseigneur le duc de Saxe-Gotha, et M. Baron le jeune (1), ancien notaire et receveur général des finances, conjointement de vouloir bien se charger de l'exécution de mes dernières volontés, renfermées dans mon testament que j'ai dicté ici à Chaillot à maître Boulard le fils et son confrère, tous deux conseillers du Roi, notaires au Chàtelet de Paris, le 1 1 septembre de la présente année, auxquelles dispositions, dans lesquelles je persiste en tant que besoin est. J'ajoute seulement ici

demeurait rue Saint-André-des-Arts, vis-a-vis la rue des Grands-Augustins. Il fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire le i5 pluviôse an II, pour avoir mis en circulation, sous le nom d'emprunt, un certain nombre d'actions de 100 livres sterling chacune, au profit des ducs d'York et de Clarence, fils du roi d'Angleterre.

(1) Louis-Jacques Baron le jeune, notaire à Paris de 176* à 1778, puis receveur général des finances de la Franche- Comté et secrétaire du Roi en la chancellerie établie près le Parlement de Besançon. Il demeurait rue des Saints- Pères.

quelques nouvelles marques de reconnaissance et d'amitiés que des services récents et des preuves d'attachement de la part des personnes que je vais nommer ci-après me déterminent à leur donner :

Je prie M. Baron le jeune de vouloir bien, en acceptant l'exécution testamentaire, accepter aussi comme une bien légère marque d'amitié et de reconnaissance le morceau de marbre sculpté par M. Houdon, représentant un oiseau mort attaché par la patte.

Après avoir donné dans mon testament à M. de Villiers une pure marque de souvenir et d'amitié, je dois lui en donner une plus efficace de ma reconnaissance ; elle doit être néanmoins proportionnée à la modicité de la succession que je laisse ; je le prie donc d'accepter un diamant de cent louis.

J'avais excepté M'ie Drouard du nombre de mes domestiques quant à la rente viagère que je leur laisse, parce qu'étant, en même temps qu'elle me sert, attachée particulièrement à ma belle-fille comme gouvernante de sa fille Louise, je présumais que je pouvais la perdre d'un jour à l'autre pour suivre sa maîtresse et son élève, mais comme elle vient de me démontrer qu'elle ne peut pas

quitter Paris, mon intention est donc, si elle est encore ma femme de charge au jour de mon décès, qu'elle participe comme les autres aux récompenses que je laisse à tous mes domestiques, sans restrictions, aux mêmes conditions des rentes et pensions viagères.

Fait à Chaillot, le 27 septembre 1782. Signé : D'Esclavelles d'Epinay.

D'après les conversations que j'ai eues avec Mme la vicomtesse de Belzunce, ma fille, je vois que les lots que je lui avais destinés dans mon testament ne lui feraient pas le plaisir que j'avais cru, aussi je les rétracte tous les deux; je passe et je donne celui de toutes mes mousselines brodées à Mme la comtesse Emilie de Belzunce, ma petite-fille, et celui du linge de ménage d'égale valeur que celui destiné à mon fils, celui-là, dis-je, je le donne et lègue au chevalier de Belzunce, mon petit-fils, pour commencer à monter son ménage.

Je donne et lègue à la femme Versailles, ma femme de basse-cour, la somme de 800 livres une fois payée, si elle est encore à mon service lors de mon décès.

Je donne et lègue à ma petite-rille Emilie de Belzunce la médaille d'or qui m'a été donnée pour le prix d'utilité par l'Académie française que mon ouvrage fait pour son éducation vient de

remporter (i).

(i) Les Conversations d'Emilie, ouvrage imprimé en deux volumes in-12 dès 1774, sous le titre de Conversations entre une mère et sa fille, ne furent connues sous leur titre définitif qu'à partir de 1781. Ce traité d'éducation eut un grand succès, fut traduit en plusieurs langues et valut à Mm° d'Épinay des compliments de l'impératrice de Russie Catherine II, qui envoya en outre à M"0 Emilie de Belsunce, petite-fille de l'auteur, son chiffre impérial dans un médaillon garni de diamants. L'Académie française, dans sa séance du i3 janvier 1783, décerna aux Conversations d'Emilie le prix d'utilité fondé par M. de Montyon et chargea le marquis de Saint-Lambert, l'un de ses membres, d'annoncer à Mme d'Épinay, sa décision.

Elle en remercia l'Académie par la lettre suivante adressée le 18 janvier 1783 au secrétaire perpétuel Dalembert :

« L'Académie française vient de donner, Monsieur, une grande preuve de son indulgence en accordant aux Conversations d'Emilie le prix d'utilité. Sans doute elle a eu plus d'égard à l'intention qu'à l'exécution de l'ouvrage, et peutêtre le zèle d'une mère lui a-t-il tenu lieu de talent. Le suffrage de l'Académie serait un grand motif d'encouragement pour travailler à le mériter, si une santé continuellement vacillante n'opposait trop souvent à ce projet des obstacles invincibles. Ce serait alors que je croirais m'être rapprochée des vues du respectable citoyen fondateur du

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Fait à Paris, ce jeudi 3o janvier 1783. Signé: D'Esclavelles d1Epinay.

Il est ainsi es codicilles en suite Tun de Pautre deladitedame Louise-Florence- Pétronille Tardieu d'Esclavelles, veuve de mondit sieur Denis-Joseph

prix et avoir en quelque façon répondu à l'honneur que l'Académie m'a fait. Veuillez, Monsieur, être auprès d'elle l'interprète de ma reconnaissance; le bonheur que j'ai de la lui présenter par vous, Monsieur, et le choix de l'organe par qui elle m'a fait part de sa décision, sont deux circonstances qui ajoutent infiniment à ma satisfaction. Vous connaissez l'attachement aussi sincère qu'invariable avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre, etc. d'escla-

VELLES D'ÉPINAY. >

A cette lettre, Dalembert répondit le lendemain en ces termes :

« L'Académie me charge, Madame, d'avoir l'honneur de vous répondre que vous ne lui devez aucun remerciement du jugement qu'elle a porté en donnant à votre ouvrage le prix d'utilité; elle n'a fait que rendre justice aux excellents principes que cet ouvrage renferme et à la manière aussi nette que simple dont ils sont présentes. La Compagnie désire beaucoup, Madame, que vous lui fournissiez, par de nouveaux succès, l'occasion de rendre encore la même justice à vos talents et à votre zèle pour les rendre utiles. Permettez-moi d'ajouter que je partage ce sentiment avec tous mes confrères. Je suis avec respect, Madame, votre, etc. dalembert, secrétaire perpétuel de l'Académie française. »

Parmi les ouvrages présentés au concours en même temps que celui de M">« d'Épinay et évincés par l'Académie, on remarquait : VAmi des enfants, de Berquin,

La Live, écuyer, seigneur cTEpinay, déposés à maître Boulard, l'un des notaires soussignés par acte du 18 avril 1783, dont la minute est en suite de celle dudit testament étant en possession dudit maître Boulard, qui a délivré ces présentes le 19 avril 1783. Signé : Boulard et Brichard, avec paraphe.

Insinué à Paris, le 17 septembre 1783. Reçu 534 livres compris les 10 sols pour livre. Signé : Durey (1).

Adèle et Théodore de Madame de Genlis, les Instructions pour les bergers, par Daubenton, et un traité sur les Pommes de terre, de Parmentier. (Grimm, Correspondance littéraire, XI, 3 16.) (1) Archives nationales, Y, 77.

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