‹ Les Prodigalités d'un fermier généralChapitre 5 sur 8 · I 22 "SN · texte numérisé non relu

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fille majeure, et par une reconnaissance particulière des obligations qu'elle lui a, de la sagesse des conseils qu'elle a donnés à Angélique - Louise de La Live d'Épinay sa fille, actuellement épouse de M. le vicomte de Belzunce, a par ces présentes fait donation à ladite demoiselle Drinvillé, demeurant à Paris, rue de la Lune, paroisse de Bonnes-Nouvelles, à ce présente et acceptante, trois cents livres de rente viagère sur la tète et pendant la vie de ladite demoiselle Drinvillé, que ladite dame d'Epinay promet et s'oblige de lui payer en sa demeure à Paris, ou au porteur, par chaque année, de six mois en six mois, dont les premiers, du consentement de ladite dame d'Epinay, commenceront à courir du premier mai dernier et échoiront au premier novembre prochain, les seconds six mois après et ainsi continuer de six mois en six mois tant que ladite rente aura cours pendant la vie de ladite demoiselle Drinvillé, à l'avoir et prendre spécialement, uniquement et limitativement sur six mille livres de principal à prendre et faisant partie des quatre-vingt-dix mille livres de principal appartenant a ladite dame de La Live d'Epinay. de son chet, comme seule héritière de Florence-Angélique Prouveur, sa mère, veuve de messire Louis-Gabriel Tardieu d'Esclavelles, chevalier, brigadier des armées du roi, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis et gouverneur de la citadelle de Yalenciennes. faisant ladite somme le montant d'un récépissé du sieur Collin de Saint-Marc, donné comme receveur gène-

rai des fermes(i)sur le fonds que monditsieurdeLaLive d'Epinay devait faire comme associé pour moitié de la place de fermier général de M. Tronchin, suivant que le tout est justifié par acte passé entre lesdits sieur et

(i) Le texte porte par erreur Roland de Saint-Marc. Collin était bien l'un des noms de ce personnage avec lequel Diderot eut une si plaisante entrevue, racontée gaiement dans les Lettres à Mademoiselle Volland (tome Ier, p. 349}. « Vous savez que M. Tronchin avait été appelé en poste à Lyon pour la maladie de son associé et que mes 16,000 livres (provenant de la vente de sa bibliothèque) étaient restées dans les mains de M. Collin de Saint-Marc... J'en étais là, lorsque je reçois de M. Tronchin une lettre pour M. de Saint-Marc. Je la garde sept à huit jours, parce que les choses d'intérêt ne sont pas celles qui me remuent, cependant sur les six heures du soir, un jour que j'allai causer avec la chère sœur, je me trouve à la porte de l'Hôtel des Fermes; je me ressouviens de ma lettre et j'entre. M. de Saint-Marc n'était pas à son bureau, mais il allait y entrer : c'est ce que ses commis me dirent, car ils sont fort polis. En effet, il arrive comme ils me parlaient.

Je vais au-devant de M. Collin de Saint-Marc, qui ne m'entend pas. M. Collin de Saint-Marc, le chapeau sur la tête, marche : je le suis presque en courant. Il arrive dans la seconde pièce de son bureau ; il s'assied dans un fauteuil et je reste droit. Je lui présente ma lettre ; il la prend, l'ouvre et la lit, se met à regarder un moment au plafond, et me rendant la lettre en la jetant sur un coin de sa table, me dit : « Je n'ai pas mémoire de cela » ; puis il prend une plume, se met à écrire et me laisse debout là, sans me parler davantage. Tandis qu'il écrivait sans me regarder, je lui déclinais mon nom et je lui faisais mon histoire. Sur la fin de cette histoire, mon homme s'arrête et se tracassant avec un de ses doigts la main droite, il me dit : c Ah ! oui, je me rappelle cela. J'ai touché vos lettres de change. Je n'ai point de billets à vous donner. Ils veulent tous de ces billets ; c'est une rage. je ne sais pourquoi. Je ne sais pas quand j'en auraT; je n'irai point dépouiller pour vous ceux qui en ont. Revenez ; mais ne revenez pas demain ; dans huit jours, dans un mois, dans deux. » Et puis mon homme se remet à écrire et moi je m'en vais. •

dame d'Epinay comparants devant maître Dutartre, notaire à Paris, le 3 décembre 1762, par lequel ledit sieur de La Live d'Epinay a admis ladite dame son épouse pour raison desdits quatre-vingt-dix mille livres dans ladite moitié de place de fermier général, lesquelles six mille livres, à prendre dans lesdites quatrevingt-dix mille livres, demeurent seules afiectées a la garantie et continuation desdites trois cents livres de rente viagère ci-dessus données, etc. Fait et passé à Paris, en l'étude, l'an 1764, le 5 octobre après midi, et ont signé la minute des présentes demeurée à Mc Le Pot, d'Auteuil, l'un des notaires soussignés, etc (1).

iv — 1768, 17 décembre

MADAME DIDEROT EST GROSSIEREMENT INSULTÉE PAR UNE MARCHANDE DU MARCHÉ DE l'aBBAYE QUI LUI DONNE EN- OUTRE UN COUP DE PIED DANS LE DERRIERE.

L'an 1768, le samedi ^décembre, une heure et demie après midi, en notre l'hôtel et par-devant nous Antoine Joachim Thiot, commissaire au Châtelet, est comparu

1) Archives nationales, Y, 408.

Antoine Pêtre, caporal de la garde de Paris, de poste au petit marché de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés : lequel nous a dit qu'il a été' requis heure présente de se transporter dans le marché de la foire Saint-Germain par une dame à lui inconnue pour y arrêter une femme du marché dont elle lui a dit avoir à se plaindre pour raison d'insultes; qu'il l'a arrêtée et conduite devant nous pour être par nous ordonné ce qu'il appartiendra. Est aussi compar ue demoiselle Anne-Antoinette Champion, épouse de M. Denis Diderot, bourgeois de Paris, et éditeur de l' Encyclopédie , demeurant à Paris rue Taranne, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint- Sulpice : laquelle nous a dit que passant heure présente dans le marché de la foire de l'Abbaye, elle a aperçu plusieurs femmes dudit marché lesquelles frappaient un enfant, qui paraît vendre des mouchoirs, à grands coups de pied et de poing et de façon à intéresser tous les enfants à le plaindre. Que sa marchandise était sur le pavé et dans la boue, ce qui a tellement frappé la plaignante qu'elle n'a pu, à cette vue, s'empêcher de faire quelques représentations à cette femme qui lui a répondu qu'il fallait corriger les enfants qui avaient l'audace de frapper des personnes plus vieilles qu'eux. Que la plaignante lui a dit, sur cette réponse, qu'il était bien vrai qu'on devait corriger les enfants quand ils manquaient, mais qu'il fallait apporter de la modération dans la correction et ne pas les tuer. Que sur cette représentation, quoique très juste et très pru-

dente, ladite femme l'a attaquée, l'a prise par le bras et lui a dit : « De quoi vous mêlez-vous ? Passez votre chemin. Qu'est-ce que c'est que cette Parisienne-là ? » Que sur ce propos la plaignante, qui ne voulait pas se prendre de paroles avec cette femme, lui a répondu en se tournant pour s'en aller, qu'elle était fort heureuse que les Parisiens lui fissent gagner sa vie. Que sur cette réponse ladite femme est venue sur la plaignante, lui a porté un coup sur le bras et lui a donné un coup de pied dans le derrière, en lui disant : « Allons! allons! Gueuse, passe ton chemin, il n'y a rien ici à gagner pour toi ! » l'a traitée dans les termes les plus outrageansde foutue garce, de foutue gueuse, qui, avec son foutu falbalas et son pied de rouge sur le nez, venait mettre son nez dans des affaires qui ne la regardaient pas. Que la plaignante a requis la garde et la fait conduire en notre hôtel où elle est venue pour nous rendre la présente plainte.

Signé : a. champion; thiot.

Avons ensuite fait comparoitre ladite femme à nous amenée laquelle nous a dit se nommer Catherine Pont, veuve de Jean Pagnon, domestique, elle revendant des herbages, demeurant faubourg Saint- Marceau, rue Mouffetard, chez la veuve Saumont, logeuse, au-dessus de la ruedel'Epée-de-bois. Laquelle nous a dit que, si elle a frappé un enfant dans le marché de la foire, c'est que cet enfant avait eu l'insolence de frapper une femme âgée. Que ladite plaignante est venue se mêler de la correction qu'elle donnait à ce jeune homme et a

traité la comparante de guenipe. Qu'il est vrai qu'elle lui a donné un coup de pied, mais c'est après avoir reçu un soufflet d'elle. Qu'elle n'a nullement tort et que si quelqu'un a à se plaindre c'est elle comparante.

Sur quoi nous avons donné acte de tout ce que dessus et nous avons laissé ladite veuve Pagnon, en la possession dudit Pêtre, qui le reconnait et s'en est chargé pour la conduire de notre ordonnance en la cour du grand Châtelet de cette ville à l'effet de la remettre es mains du premier officier qu'il y trouvera pour par ce dernier la constituer et écrouer es prisons du Grand Châtelet. Et dans ce moment ladite dame Diderot, sur les prières et sur les instances de ladite veuve Pagnon, s'est désistée de la plainte par elle cidessus rendue, consentant que ladite Pagnon soit relaxée et que ladite plainte demeure nulle comme non faite ni avenue.

Signé : a. champion; pêtre; thiot.

En conséquence nous avons fait mettre ladite veuve Pagnon en liberté. Dont et de quoi nous avons dressé le présent procès verbal.

Signé : thiot (1).

(1) Archives nationales, Y, 13,777.

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