RÉSINES
L'industrie de la résine. — La sandaraque. — Les copals durs. Les résines damars . — Les Diplérocarpées.
Les principaux résinifères sont les arbres de la famille des Conifères, souvent désignés sous le nom général de « résineux », où la résine se forme dans le bois et surtout dans le bois jeune.
Une de nos colonies intertropicales, l'Indochine, est riche en peuplements de Conifères représentées, entre autres, par plusieurs espèces de pins (Pinus) (chaîne annamitique à partir de 800 mètres d'altitude et parties du Cambodge au nord du Grand Lac). C'est là une richesse indiscutable qui mérite d'être exploitée, et il nous semble utile de dire quelques mots du mode d'exploitation possible de ces essences, qui peuvent fournir de la résine et toute la série de ses sous-produits.
• On sait quelle importance ont prises les plantations de Pinmaritime [Pinus Pma«/er Solander, P.maritima Lamarck), dans le Sud-Ouest de la France, apportant la richesse dans un pays au sol réputé, non seulement infertile, mais dangereux par les miasmes de ses parties marécageuses et par ses dunes mouvantes qui menaçaient sans cesse d'envahir les cultures de l'intérieur. Cette plantation de la forêt landaise est l'œuvre de Brémontier, et elle remonte au début du xix® siècle.
C'est là que nous trouvons le modèle de l'exploitation de la résine par le procédé dit du gemmagc, il rappelle, dans une certaine mesure, le mode d'extraction du latex de caoutchouc au Brésil.
A la base du tronc est pratiquée une entaille, ou quarre, d'où se met à couler la résine appelée gemme. L'entaille est poussée jusqu'au jeune bois et au delà. La résine
s'écoule dans un petit godet en terre disposé sous la quarre à Taide d'un clou.
La résine, solidifiée sur la blessure, nécessite de continuer la quarre, de la rafraîchir, en rétendant progressivement en hauteur. Avivée ainsi à peu près tous les huit jours, de mars à octobre, la quarre arrive à mesurer 50 centimètres, pour atteindre 2%50 de longueur en cinq ans.
On abandonne alors Tentaille et on en recommence une autre sur une autre face du tronc, répétant l'opération jusqu'à ce qu'on en ait fait le tour, ce qui exige trente ans.
Pendant trente ans encore, l'exploitation peut être continuée en ravivant successivement les anciennes quarres dans l'ordre où elles ont été faites primitivement.
La résine ainsi obtenue est pâteuse; elle est mise en barriques et porte le nom de térébenthine brute. Purifiée et distillée, elle donne V essence de térébenthine, la colophane ^ le 6rai, etc.
En Indochine, le brai gras, produit sur place, aurait une valeur réelle pour la fabrication des briquettes de charbon, alors que les charbonnages sont obligés de le faire venir de Norvège ou d'Allemagne jusqu'au Tonkin.
Une résine particulière, la Sandaraque, est produite par une Conifère du nord de l'Afrique, le Thuya articulé [Callilris quadrivalvis Ventenat) dont il a été déjà question dans un autre chapitre (Bois). Cette résine exsude du tronc ; elle est employée en Europe pour la fabrication des vernis. La sandaraque de qualité supérieure se présente sous forme de larmes d'un jaune très pâle, presque incolores, transparentes, légèrement poudrées de blanchâtre. La Sandaraque commune se présente en larmes plus petites, d'un jaune foncé, moins transparentes en raison des impuretés qu elles contiennent. L'Algérie, mais surtout le Maroc, sont les principaux pays exportateurs. L'Australie en produit qui est tirée principalement du Callitris verrucosa Robert Brown, d'après Maiden.
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Très nombreuses sont les espèces d*arbres qui produisent des résines par écoulement naturel ou incisions. Les familles des Légumineuses et des Diptérocarpées, surtout, rivalisent sous les tropiques avec les Conifères dans cette production. Les résines les plus recherchées par rindustrie des vernis sont les résines anciennes, semi-fossiles ou fossiles, que l'on trouve dans le sol au pied des arbres producteurs, ou après leur disparition.
Les Copals proprement dits ou Copals durs, très employés, sont produits dans quelques-unes de nos colonies.
A Madagascar, le Copal (nommé aussi « résine animé ») est fourni par un grand arbre de la famille des Légumineuses, le Trackylobium verrucosum Hayne {Hymenœa veriucosa Gœrtner) et ce copalier se retrouve sur la côle orientale d'Afrique. Son tronc est droit et cylindrique; ses feuilles sont constituées par deux folioles inégales, coriaces; les fleurs, de couleur blanche, donnent naissance à des gousses ovoïdes-oblongues, indéhiscentes, à péricarpe dur et épais, de couleur brune et comme vernissé, relevé de poches résineuses saillantes formant comme des sortes de verrues. Ce fruit contient 3 graines.
Le copal fossile est la résine anciennement exsudée et qui forme des dépôts plus ou moins abondants dans le sol. Pour le découvrir, les indigènes creusent des trous de 50 centimètres à 1 mètre de profondeur au pied des arbres dont ils endommagent souvent les racines. Ils récoltent aussi la résine fraîche {copal vert) qui suinte de toutes les parties de Tarbre vivant, sur lequel ils pratiquent des incisions pour favoriser l'écoulement.
Le copalier est surtout abondant sur la côte orientale de rile. 11 se plaît particulièrement dans les terrains bas, sablonneux du littoral.
Les Malgaches emploient le copal pour vernir les meubles, mais ils le récoltent surtout en vue de l'exportation.
Le copal fossile doit être débarrassé de la terre qui le souille, avant d'être livré à l'industrie. Pour cela, on le
fait tremper pendant vingt-quatre heures dans de l'eau contenant i p. 100 de soude caustique. On le lave à l'eau bouillante, puis à l'eau froide et on le fait sécher.
Les sortes les plus recherchées sont celles qui sont dures et transparentes, de couleur jaune pâle et jaune foncé.
En 1907, Madagascar a exporté 14.825 kilogrammes de copal d'une valeur de 22.125 francs.
Sur la cote occidentale d'Afrique, nos colonies de la Guinée, de la Côte d'Ivoire et du Congo récoltent du copal ; mais c'est la Guinée qui en exporte le plus.
Le copalier de la Guinée appartient, lui aussi, à la famille des Légumineuses : c'est le Copaifera Guibourliatia Bentham, arbre qui rappelle le copalier de Madagascar par son port.
II était autrefois très abondant sur le littoral, mais il disparaît de plus en plus par les incendies de brousse, ou sous la hache des indigènes qui l'abattent pour établir des cultures vivrières. Les principaux centres de récolte de la résine sont la Dubreka et la Mellacorée. L'arbre existe aussi à la Côte d'Ivoire.
Pendant la saison sèche, les indigènes pratiquent sur les troncs des incisions d'où suinte la résine, qui peut être recueillie quelques jours après.
Le copal fossile se trouve dans le sol, sur les emplacements où l'arbre vivait autrefois.
La Guinée exportait jadis pour 2 à 3 millions de francs de copal chaque année; mais la destruction des arbres et l'épuisement des gisements fossiles ont déterminé une diminution considérable du chiffre des expéditions. Il était encore de 320.000 francs en 1894, et ne dépasse guère 200.000 francs aujourd'hui.
La Côte d'Ivoire en exporte environ une tonne.
Le Congo français, comme le Congo belge, produit aussi du copal dont il existe deux sortes : le copal blanc et le copal rouge, sans que l'on connaisse botaniquement les arbres producteurs.
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Oq croit cependant que le eopal rouge du Congo provient du Copaifera Mopane Kirk.
C'est encore un arbre voisin des précédents, VEymensea Courbaril Linné, qui produit le copal d'Amérique. Les feuilles rappellent celles du copalier de Madagascar et de la Guinée. Le fruit est une grosse gousse indéhiscente, de 10 à 15 centimètres de longueur, à péricarpe dur, rugueux, contenant des poches résineuses. Cet arbre habite la Guyane, le Venezuela, le Brésil, le Mexique, les Antilles, etc. Le produit, connu sous le nom de Résine animé du Brésil, est un copal demi-dur.
Cette résine découle du tronc, des branches et même du fruit de l'arbre, blessés accidentellement ou à la suite d'entailles, mais la meilleure sorte est celle que Ton trouve enterrée dans le sol depuis un temps plus ou moins long ; elle est constituée alors par des nodules arrondis ou ovoïdes plus ou moins volumineux, de couleur grisâtre terne. En enlevant la couche superficielle ou en cassant ces nodules, la résine apparaît vitreuse et parfaitement limpide. Cette résine donne des vernis moins colorés, mais moins résistants que ceux obtenus avec les copals durs.
Les résines damars ou copals tendres doivent leur nom aux espèces de Dammara, superbes Conifères de l'Extrême-Orient mélanésien, qui fournissent les sortes les plus connues.
Comme les copals, les damars sont récoltés verts ou à l'état fossile dans le sol.
Le principal pays producteur est la Nouvelle-Zélande qui, en 1907, en a exporté 10.000 tonnes, d'une valeur de plus de 14 millions de francs. C'est le Dammara australis Lambert, qui fournit cette résine, tirée en grande partie de gisements situés sur l'emplacement de forêts disparues. Les Maoris désignent cet arbre sous le nom de Kauri ou Kaori. C'est le Coxvrie pine des Anglais, d'où les noms de Copal de Kauri, ou de Coicriey sous les-
quels sa résine est connue dans le commerce angiais.
Cette résine nous intéresse particulièrement parce que nous possédons, en Nouvelle-Calédonie, trois espèces de Dammara qui peuvent la produire. La plus commune dans notre colonie, celle qui donne aussi la résine ta plus abondante, est le Dammara larweolata Lindley, ou Kaori de ta Nouvelle-Calédonie.
C'est un grand arbre qui peut dépasser 30 mètres de hauteur. Son tronc possède une écorce grise qui s'exfolie en grands lambeaux. Les branches sont dressées et portent des ramules verticillées par quatre, comprimées, aplaties. Les feuilles, opposées, sessiles, sont lancéolées, luisantes à la face supérieure.
Le kaori existe dans le sud de TUe, où il abondait autrefois et où il est on voie de disparition. 11 formait jadis de grands peuplements au voisinage de la Haie du Sud et certains noms de localités : Anse des KaoriSy Rivière des Kaoris, rappellent combien ces Conifères étaient communes dans ces régions où existent d'importants gisements de résine fossile.
La recherche du produit fossile a été l'une des principales causes de la destruction des forêts, exploitées d'une manière barbare, même avec l'aide de la poudre, pour supprimer tout ce qui pouvait gêner dans les recherches. Des incisions profondes, pratiquées sur les racines pour fabriquer de toutes pièces une résine ayant les apparences de la résine fossile, achevaient la destruction .
On a enûn mis un frein à ces actes de vandalisme et l'exploitation des kaoris se fait aujourd'hui par adjudication et sous la surveillance de l'administration. On se préoccupe d'ailleurs de reconstituer les peuplements de Dammara^ et des pépinières ont été créées à cet effet.
L'administration a adopté un procédé de gemmage qui est sans dommage pour les arbres; il consiste à pratiquer des incisions intéressant toute l'écorce jusqu'à l'aubier, sur les arbres ayant au moins 40 centimètres de circonférence. Les arbres ainsi traités fournissent
annuellement 10 kilogrammes de damar valant de 1 franc à l''',50 le kilogramme. La résine fossile, beaucoup plus estimée, atteint jusqu'à 6 francs le kilogramme.
Les résines fossiles de qualité supérieure ont une couleur ambrée; elles sont limpides et peuvent être tournées et sculptées comme Tambre jaune.
En 1907, la Nouvelle-Calédonie a exporté 18.350 kilogrammes de damar.
Les damars de la Malaisie et des Philippines, connus sous le nom de Damars de Batavia et de Manille, sont produits, en très faible partie, par une espèce de Dammara qui habite ces régions, le D. alba Rumphius, qui donne peu de résine. Ce sont des arbres de la famille des Diplérocarpées appartenant aux genres Hopea et Anisoptera qui semblent en fournir la presque totalité.
Cette famille des Diptérocarpées a de nombreux représentants dans notre colonie de Tlndochine, en Cochinchine, au Cambodge et dans le Sud de TAnnam. Diverses espèces d'Hopea, notamment les H. odorala Roxburgh et Recopei Pierre; les Anmptera cochinchinensis Pierre et robusta Pierre, donnnent des produits similaires aux damars verts ou fossiles; mais ils ne sont utilisés jusqu'à présent que dans l'industrie locale. L'administration pousse les indigènes à la récolte de ces produits dont M. Crevost a signalé l'intérêt et qui peuvent devenir articles d'exportation.