CHAPITRE X
L'ioduslrie des parfums. — La dtsUllalion. — I^e fleurage. — Les osaences.
L'industrie des parfums intéresse sérieusement nos colonies ; elle y a déjà donné des résultats appréciables. A la Réunion, la culture du Géranium rosat, du Vétiver, de la Citronnelle, de l'Ylang-ylang, du Patchouli est entreprise sur une étendue de plus en plus grande et alimente un certain nombre de petites usines.
On sait que de vastes étendues de terrain sont consacrées dans l'Europe méridionale et en Asie à la culture de la Rose, du Jasmin, de la Violette, de la Tubéreuse, de V Acacia Farnesianay du Réséda, de la Jonquille, de la Verveine citronnelle (Lippia citriodora)^ pour l'extraction des essences.
En Algérie et en Tunisie, la culture et la distillation de la Rose sont aujourd'hui abandonnées, mais il y existe encore des cultures de Bigaradier, d* Acacia Farnesiana, de Géranium rosat. Ces dernières, les plus importantes, se rencontrent dans le Sahel d'Alger, la plaine de la Mitidja et la province de Gonstantine, où elles donnent lieu à une récolte annuelle estimée à 1.200.000 francs.
La petite ville de Grasse, en Provence, qui se livre toul spécialement à l'industrie des parfums, compte une cinquantaine de maisons de commerce impoiiantes, qui exportent annuellement plus de 15 millions de francs de leurs produits.
Les parfums sont des huiles essentielles odorantes, plus ou moins volatiles, sécrétées tantôt par des glandes
internes ou externes, tantôt par des canaux sécréteurs. Dans certains cas, elles sont produites à la surface des plantes, et se volatilisent dans l'air.
Il existe deux moyens d'extraire les parfums des plantes : la distillation, et le fleurage.
La distillation s'opère en hachant et en broyant, soit les plantes entières, soit les parties de ces plantes qui renferment en plus grande proportion les essences; on les soumet à la macération dans Teau, puis on distille dans des alambics simples ou à distillation continue. Les produits de la distillation sont recueillis dans des récipients et il ne reste plus qu'à séparer Teau et les essences.
Le fleurage est employé surtout pour les plantes dont les essences sont altérables par la chaleur. Il est basé sur la propriété qu'ont les corps gras d'absorber rapidement, et de retenir très longtemps, les parfums.
A Grasse, le fleurage est pratiqué des deux manières suivantes :
Les roses, la violette, la cassie (fleurs d'Acacia Fariiesiana), le réséda sont mis à macérer dans de la graisse chauffée à 60 degrés, pendant quelques heures. Après ce temps, on fait passer la masse sous une presse hydraulique pour exprimer la graisse que l'on met en contact, chaque jour, avec de nouvelles fleurs. Au bout d'un mois, on a obtenu une pommade fortement imprégnée de parfum, qu'il suffît de faire infuser dans de l'alcool rectifié pour obtenir les odeurs recherchées.
Pour le jasmin et la tubéreuse, on se sert de cadres de bois dans lesquels sont enchâssées des plaques de verre, enduites d'une couche de graisse sur laquelle on dispose les fleurs fraîchement récoltées. On renouvelle les fleurs tous les jours et, au bout d'un mois, la graisse est saturée. On obtient des pommades d'une suavité et d'une conservation parfaites en se servant de graisses inodores et ne rancissant pas, telles que la vaseline.
D'après M. Chapelle, la production industrielle des parfums aurait été, en 1900, de 400.000 kilogrammes de
pommades, iOO.OOO kilogrammes d'huile parfumée, 2.000 kilogrammes d'essence de néroli, 50 kilogrammes d'essence de rose, 4.000 kilogrammes d'essence de menthe, 4 millions de litres d'eau de rose et de fleur d'oranger, plus des essences de lavande, thym, etc.
Mais l'industrie s'attache depuis quelques années à produire des parfums synthétiques : vanilline artificielle, ionone, terpinéol, rhodinol, héliotropine, etc., que les laboratoires de chimie livrent dans des conditions de bon marché telles, qu'ils constituent une menace grave pour la culture des plantes à parfums.
Nous avons déjà vu, au chapitre Arbres fruitiers, que l'oranger et ses congénères produisent des essences très recherchées en parfumerie. Tantôt, ces essences sont tirées du zeste des fruits, partie superficielle de Técorce : essences de citron et de bergamote; tantôt, on l'extrait des fleurs : essence de néroli^ produite par les fleurs fraîches du Bigaradier ; eau de fleur d'oranger ; tantôt enfin on les tire des feuilles : essence de petit grain, dont la qualité varie selon qu'elle provient de l'oranger proprement dit. du mandarinier, du citronnier, du bergamotier.
Les essences de citron et de bergamote et d'autres Aurantiacées sont surtout traitées dans le sud de l'Italie qui en a produit en 1910, 629.897 kilogrammes, d'une valeur de 11 millions 970.810 francs. L'essence de néroli est produite en France et en Algérie. Les essences de néroli et de bergamote sont l'un des éléments constituants de Veau de Cologne,
Parmi les très nombreuses plantes à parfums qui croissent dans nos colonies, nous citerons seulement les principales en envisageant successivement les parfums tirés : {^ des fruits et des graines; 2^ des fleurs; 3** des feuilles ; 4<» du bois ; 5«* de l'écorce ; 6*^ de la racine : 7^ des résines.