LE TABAC
Historique. — Botanique. — Compositiou des tabacs. — Conditions de cullore. "- Récolte et préparation. — Ennemis du tabac. — Commerce et production.
« Comme certains fumeurs recherchent les tabacs les plus forts, les plus désagréables possible aux personnes qui ne fument pas y ie leur recommanderai le Nicotiana angustifolia du Chili, que les indigènes appellent tabaco del diablo. » .Ainsi [)e CandoUe termine son étude sur l'origine des plantes à Nicot, ce qui tendrait à prouver que le grand savant était réfractaire aux tentations du tabac.
Historique. — Au xyu*^ siècle, Jacques I®% roi d'Angleterre, qualifiait Thabitude de prendre du tabac de « dégoûtante à la vue, repoussante pour Todorat, dangereuse pour la santé, malfaisante pour le cerveau, dont les exhalaisons semblent sortir des antres infernaux ». Précurseur de la société contre l'abus du tabac, son antipathie était moins redoutable cependant que celle de ce grand-duc de Russie, son contemporain, qui faisait déclarer hérétique tout fumeur et tout priseur, punissant les récidivistes de l'ablation du nez et les incorrigibles, de la décapitation. Le pape Urbain VIll également, en 1628. avait interdit l'usage du tabac dans les églises, sous peine d'excommunication.
Le tabac est une plante originaire de l'Amérique. A la dérouverle du Nouveau Monde, les habitants y fumaient, prisaient et chiquaient le tabac. Cortez en envoya de la
graine à Charles-Quint, en < 520, etl'embassadeurde France au Portugal, Jean Nicot, en apporta à Catherine de Médicis, en 1560. La drogue, employée comme poudre à priser, ayant guéri la reine d'une migraine opiniâtre, prit le nom de « poudré de la reine » . La plante fut baptisée botaniquement Nicotiana Tahacum, « tabac » étant le nom américain.
Très combattue et vilipendée, elle finit par prendre une telle vogue, que Richelieu fort sagement y mit un impôt; Colbert en fit un monopole. Ce monopole rapporte de nos jours aux caisses de TÉtat un bénéfice net de plus de 350 millions par an.
Botanique. — Le tabac, Nicotiana Taôacum Linné, du nom de son espèce la plus répandue, appartient à la famille des Solanées. C'est, on le sait, une plante herbacée annuelle qui atteint jusqu'à 2 mètres de haut, la tige garnie de feuilles pétiolées ou un peu amplexicaules, couronnée "d'un panache de fleurs rouges, roses ou blanchâtres.
Le fruit est une capsule contenant une infinité de graines très petites.
D'après la couleur des fleurs, on a établi une classification des tabacs industriels en deux groupes d'espèces :
i'^ Les tabacs à fleurs rouges ou rougeâtres, dont le type est l'espèce Nicotiana Tabacum ;
1^ Les tabacs à fleurs jaune verddtrej représentés par l'espèce Nicotiana rustica Linné.
Le premier groupe comprend les bonnes espèces ou variétés, très nombreuses, d'Amérique, d'Europe et d'Asie, tels que les Marylandy Havane, Kentuckt/y tabacs de Chine et tabacs turcs, Virginie, Brésil, Java et Sumatra, etc. ainsi que nos tabacs de France qui appartiennent à l'espèce N. Tabacum.
Les feuilles, plus ou moins grandes, larges, ovales, pointues, fines, à nervures obliques ou droites, velues, n'ont pas do pétiole accusé ou, du moins, la nervure principale est accompagnée jusqu'à sa naissance du parenchyme du limbe (pétiole auriculé) (fig. 164).
490 PRODUITS DU nÈONK VÉfiÉTAL
La deuxième catégorie est représentée par le tabac ntstique à grandes feuilles, dit • tabac des paysans », cultivé en Allemagne, en Hongrie et dans l'Inde : il donne un produit inférieur qui n'est guère employé qu'en mélange. Ses feuilles sont caraclériaées par un pétiole nettement accusé. [1 développe, en brûlant, une odeur qui plaît à certains fumeurs.
Beaucoup d'espèces de NicoUana sont de belles plantes décoratives.
Le tabac doit ses propriétés slupcnautes à un alcaloïde, la Rtco(iit«, contenue inégalement dans les diverses espèces et variétés, en proportions variant de 1 A 10 p. 100, Certaines espèces, comme le Nicotiana glauea, ou le A', vedrariemis Poisson, qui est un hybride étudié par M, Ph. de Vilmorin, sont dépourvues de nicotine. La fermentation a pour effet de libérer une partie de cet alcaloïde et d'en diminuer la proportion. La nicotine est un alcaloïde
très vénéneux, liquide à la température ordinaire et d'une densité de 1.033. Incolore, elle se colore à l'air; se volatilise sans se décomposer ; bout à 250<*. Elle est accompagnée d'un principe actif appelé nicotianine ou « camphre du tabac », incolore, cristallisable, amer, soluble dans l'éther et l'alcool et qui parait communiquer au tabac son arôme spécifique.
Le tabac contient encore des gommes et des matières résineuses.
Composition des tabacs. — Parmi les nombreux chiffres d'analyses rassemblés par la Manufacture des Tabacs de France et qui sont dus en majqure partie aux analyses méthodiques de Schlœsing, nous croyons utile de relever les suivants :
Les tabacs de France varient, comme teneur en nicotine du tabac sec, de 1 p. 400 (Meuse), à 7 p. 100 (Lot). Parmi les tabacs étrangers, le Dubeck accuse 4,3 p. 100 ; le Kir, 4,5 ; le Kentucky léger, 4,6 ; le Sumatra, 4,9 ; le Kentucky corsé, 5,3; le Sôuffi, 16 p. 100. Les feuilles de tabac Java donnent : nuance foncée, 2,2 p. 100 de nicotine ; nuance moyenne, 2 p. 100; nuance claire, 1,8 p. 100.
Les feuilles sont, en moyenne, d'autant plus riches en nicotine qu'elles sont plus épaisses, ainsi que l'indique la gradation suivante :
Épaisseur, Nicotine p. 100
mm.
au dessus de 0.110 5.3
Le taux de nicotine varie sur un même pied, de feuille haute à feuille basse et, dans un même feuille, de la pointe à la base et du bord au milieu :
Taux de nicotine (« Pas-de-Calais » et vc Dragon vert ») :
PRODUITS COLO:<UUX. «2
Feuilles supérieur*», 5.3 p. 100 Tiers sup' (en long') 3.7 p. 100
— moyennes 4.6 — — moyen 3.6 —
— basses 3.3 — — Inférieur 3.0 —
/ bords, 4.0 En largeur | partie intermédiaire, 3.5 ( partie centrale 2.7
L'influence de la demité, ou compacité de la plantation est accusée par les chiffres suivants, obtenus avec des variétés Pas-de-Calais, Alsace, Havane, en laissant dix feuilles à chaque pied : la compacité de la plantation croissant de 10.000 à 30.000 pieds à l'hectare, le taux pour 100 de nicotine a décru dans le rapport de i à 0,67 ; le poids moyen d'une feuille a décru dans le rapport de 1 à 0,54 et le poids de la récolte à l'hectare a augmenté dans le rapport de 1 à 1,69.
L'influence du nombre de feuilles laissées à chaque plante se manifeste dans les expériences faites avec des variétés Pas-de-Calais et Alsace. Le nombre des pieds à rhectare est de 30.000 et le nombre de feuilles laissées à chaque pied varie de 6 à 14. Le taux pour 100 de nicotine a décru dans le rapport de 1 à 0,65 ; le poids moyen d'une feuille a décru de 1 à 0,59 et le poids de la récolte à l'hectare a augmenté dans le rapport de 1 à 1,39.
Des expériences analogues ont été faites sur les variations du taux en teneur de potasse déterminant la combustibilité :
Carbonate de potasse dans les cendres, pour 100 de labac sec.
Oà 0.5
O.Sàl.O
au-dessus de 2.0
Temps moyen durant lequel un cigare garde le feu.
minules 2.24 3.11 3.18 4.12 4.18
Répartition du carbonate de potasse pour 100 de tabac sec :
Tiers sup' de la feuille 3.6
— moyen — 4.5
— inférieur — 5.6
Bords de la feuille 3.5