CHAPITRE I
Historique. — Le ver à soie el sod cocon. — Races. — Industrie de la soie. — Maladies du ver à soie. — Soies sauvages. — Proriuction et commerce. — Culture du mûrier.
Historique. — L'histoire de la soie remonte aux origines de la civilisation en Extrême-Orient. Les Chinois paraissent avoir connu le précieux textile 2.000 ans avant notre ère, et longtemps ils gardèrent jalousement Fart d'élever les vers à soie. La peine de mort était promise à quiconque aurait divulgué à l'étranger les procédés de dévidage, ou exporté des graines de ver à soie ou des plants de mûrier. La légende prétend que les Japonais apprirent la sériciculture au u® siècle avant Jésus-Christ, par la fille d'un empereur de Chine; mais il parait plus vraisemblable, d'après des textes anciens, que cette introduction n'eut lieu qu'au ii« ou m® siècle de notre ère, alors qu'également la sériciculture se fit connaître en Corée et en Annam.
Les Grecs ne paraissent avoir connu la soie que parles campagnes d'Alexandre le Grand ; ils la firent connaître à leur tour à Fltalie, où la cour fastueuse des empereurs romains aimait à se parer des étoffes les plus riches des pays d'Orient. Au ni* siècle seulement de notre ère,
ritalie commençait à fabriquer des tissus de soie grège importée.
Les premiers vers à soie auraient été apportés à Constantinople, sous Je règne de Justinien, par des moines grecs qui les auraient transportés dans le creux de leur houlette. Les Arabes introduisirent la sériciculture en Égyplc, etles croisades en Italie. Le commerce de la soie était florissant à Gènes et à Venise aux xv^et xvi*' siècles.
En France, Louis XI et ses successeurs protégèrent tout particulièrement cette nouvelle industrie. Sous le règne de François I^"", Lyon fonda ses premières fabriques qui prirent un développement et une réputation de plus en plus considérables grâce, successivement, à rintelligente protection de Henri ÏV et, plus tard, de Colbert, ministre de Louis XIV. Dès le xvu« siècle, la France se trouvait à la tète de tous les pays d'Europe pour la fabrication de la soie. La révocation de l'édit de Nantes et, par la suite, la dispersion de nombreux artisans habiles et entreprenants, eut pour effet de répandre cette fabrication dans les principaux centres de l'industrie étrangère. Mais la production de la soie n'a pu s'implanter d'une façon durable que dans les pays et les régions où les conditions climatériques ont permis, à la fois la culture abondante et appropriée du mûrier, et l'élevage de bonnes races de vers à soie.
Le yer à soie et son cocon. — Le ver à soie ordinaire, domestiqué, est la chenille d'un insecte de la famille des Lépidoptères du genre Bombyx {Sericar ta) ;le Bombyx Mort (fig. 180). Il n'est pas le seul à fournir de la soie et assez nombreuses sont les espèces de la même famille, dites séricigènes.
On connaitles étapes successives ou métamorphoses que parcourt un individu de cette famille, à travers les phases de son existence. Né de la ponte d'un papillon femelle, le ver à soie est issu d'un œuf, pareil à un minuscule grain de sable blanc jaunâtre, attaché par la matière collante qui l'entoure, à l'objet contre lequel il a été pondu.
Les sériciculteurs appellent ces œufs des graines; ils onl d'ailleurs, comme les industriels et les commerçants de la soie, les • soyeux », une terminologie spéciale, assez
Fig. 180. —
(mâle, femelle, chrysalide).
li comporterait un petit diclio
bizarre et pitloresqui naire professionnel.
Au boul de vingt-cinq à I rente jours, suivant la tempcra- I ure, ces œufs éclosenl e) il en sort de petites chenilles : les vers à soie. La chenille, au bout d'un mois environ, se confectionne un cocon à l'intérieur duquel elle se loge (fîg. 181) pour se transformeren nympke ou chri/salide qui, à son tour, au boul d'un temps variable, évolue en ^p/bn. Ce papillon perce le cocon et sort de sa prison pour s'accoupler incontinent et recommencer, depuis la );raine, le même cycle de formes par métamorphoses.
Conduire une certaine quantité d'insectesà traversées étapes, s'appelle faire une cditcalioti, et les éducations sont faites dans des locaux spécialement ai neries en France, du noi à soie dans le Midi.
Sous nos climats tempérés, une éducation, depuis l'cclosion de l'œuf jusqu'à la formation du cocon, dure de vingt-huit à trente-deux jours. Le ver, né petit, rie garde pas sa taille initiale : durant son existence d'un mois, il mue, c'est-à-dire change de peau en augmentant de taille
Fig. 181. — Cocon.
liages, appelés magiu ' magnan », donné au vc
à chaque fois. Cos muos aont au nombre de quatre, el on appelle âge, le temps qui sépare l'une de l'aulre. Pendant ce lempa, te ver doit être nourri de la Teuilledu mûrier {Morus alba, M.
nigra) fournie en quantité proportionnée an nombre et à la taille grandissatile des nourrissons (fig. ISaj. Disposés sur des paniers plats, les vers doivent iivûir autour d'eux un tig. 182. — VïH A SOIE suB FEUILLE cspacc déterminé et DE Eùniin. suffisant ; a chaque
mue, le. vers, plu.
grands, sont délUés, c'est-à-dire disposés de façon à avoir autour d'eux le triple de l'espace qu'ils occupaient auparavant. Six jours environ après sa dernière mue, le ver, à maturité, se prépare à la montée. C'est vlire qu'il est prêt à filer son cocon sur l'appui qu'il trouverait à l'état indépendant, el qu'à l'état de domestication, il faut lui présenter. Cet appui est la bruyère, buisson ou balai de brins lâches sur lequel le ver grimpe, pour commencer incontinent
le tissage de son Fig. 183. — Vïb a soie coni-ectiomast cocon. La confec- son cocon.
tion du cocon lui
demande trois jours, el la récolte du cocon peut se faire une semaine après la montée (fig. 183).
Le cocon est tissé de fil de soie ou bave, sécrété par deux gin ndesséricigênes fournissant chacune un 6rïnqui s'accole à son voisin par une substance gomraeuse
appelée grès. Le cocon est attaché lui-même à la bruyère par des fils lâchement entrecroisés appelés blaze; il est composé finalement d'une trentaine de couches de fil ou vesies superposées, formant une coque^ à Tintérieur de laquelle la chrysalide libre « sonne » lorsqu'on secoue le cocon.
Voici le cocon prêt à être utilisé pour l'industrie du dévidage. Si on le laissait abandonné à lui-même, la chrysalide, au bout d'un temps variable déterminé par la race du ver à soie et les conditions de température, percerait son cocon à l'état de papillon, les papillons mâles et femelles s'accoupleraient dès leur sortie, et les œufs, pondus sans relard, recommenceraient une nouvelle génération.
Mais il y a, sous ce rapport, des différences de races locales importantes.
Races. — En France et dans les pays septentrionaux, le ver à soie ne donne qu'une génération par an : la race est dite monovoUine. Dans les pays tropicaux et chauds, au contraire, les races sont polyvoUines donnant plusieurs pontes et générations, d'autant plus nombreuses que le climat est plus chaud. Et cette influence du climat est si manifeste, que des races monovoUines y deviennent po/yvoltines. L'éclosion desœufs, ou pontes, peut d'ailleurs être retardée très longtemps par leur mise en réfrigération dans des appareils appropriés.
Les races monovoltinesdonnentdescocons normalement arrondis aux deux bouts, légèrement étranglés en leur milieu, résistants au (k)igt. Les polyvoltines des pays chauds produisent un cocon ovale, plus épointé aux deux extrémités et sans étranglement. Il est plus doré à la pression et la coque est moins ferme : ce sont des cocons satinés.
Les cocons de races annuelles sont plus lourds et plus riches en soie et il n'en faut qu'environ la moitié pour faire un kilogramme (1.250 à 2.200). Leur couleur varie aussi du blanc nacré ou verdâtrc au jaune d'œuf, alors
que celle de races polyvoltines, comme raanamite, est jaune d'or.
Nous ne suivrons que les premières destinées industrielles des cocons. Ceux qui ne sont pas réservés pour la ponte, vont à la filature de soie, c'est-à-dire à la confection de la soie grège. Il faut, pour bien filer la soie, des cocons entiers, non percés par le papillon. Pour empêcher cette sortie, les cocons seront filés frais ou étoufféSy dans des appareils spéciaux, étouffoirs, ou o siroccos » à air chaud. Ensuite, dans les filatures à l'européenne, ils sont triés el remis aux bassines qui sont des marmites en métal dans lesquelles un bain d'eau est chauffé à une température de 10^ à 75^ au moyen de la vapeur d'eau.
Un nombre détermiiné de cocons, variable avec leur grosseur et leur richesse en soie, est jeté dans la bassine, puis ces cocons sont battus à la main à Taide d*un petit balai, ou mécaniquement (batteuses), afin d'amorcer les bouts de fil de soie. Le nombre de ces cocons filés simultanément peut varier de 8 à 30, suivant la grosseur du fil, dont la réunion donnera le fil composé de soie grège. On obtient ainsi le titre de la soie.
Le fil d'un cocon dévidé peut atteindre une longueur de plus d'un kilomètre. Le cocon dévidé est remplacé de suite par un autre, de façon à en avoir toujours le même nombre dans la bassine, pour assurer la régularité du titre.
Ainsi les fils des cocons jetés dans la bassine sont réunis, accolés, tordus ensemble, pour faire un fil unique qui va s'enrouler sur un guindre, ou roue d'envidage. Lorsque l'écheveau de soie a atteint la dimension voulue, il est enlevé, tordu en mèche bouclée et mis dans le commerce, sous le nom de flotte.
Toutes ces opérations sont très délicates, minutieuses, et demandent des soins de détail continus et habiles. La soie indigène étant préparée avec des moyens et un outillage souvent grossiers (bassine à feu ouvert et chauffage irrégulier, filage à'grand nombre de cocons —
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jusqu'à 30 ou SO — emploi de mauvais cocons, etc.), l'induatric européenne reprend les Hottes ou anneaux de Boie indig^ène pour le redévidage ou enroulement sur de nouveaux guindres, ce qui permet d'égaliser le fil, d'en enlever les grossièretés, nœuds el imperfections et de lui donner une valeurcommerciale plus grande (fig. 184).
FIg. 181. — Bassine et di!v[dedse indigènes (Tonkin).
Sans suivre davantage les opérations d'industrialisation de la soie à travers les tissages et les usines d'apprêt, nous retiendrons ce fait, qu'à côté de l'industrie de la soie normale, il y a une industrie accessoire, très importante, qui utilise les soies impnrraites et les déchets de cocons : ïimluelrie de ta sckappe. Kllc recueille la blaze, les cocons doubles appelés douppions, les cocons percés {après la sortie du papillon) ou imparfiiUs, les contaminés ou incomplets, ainsi que les restes de
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cocons après le dévidage à la bassine, c'est-à-dire les frisons et les bourres.
Les chrysalides elles-mêmes ne sont point inutilisées dans les magnaneries ; elles fournissent un riche engrais azoté et comme, en Indochine par exemple, les indigènes, d'après leur méthode, filent le cocon frais, c'està-dire non étouffé, il est fréquent de les voir consommer en friture les chrysalides fraîches, après le dévidage des cocons.
Maladies du ver à soie. — Le ver à soie a des ennemis redoutables qui sont, avant tout, des micro-organismes, cause de maladies infectieuses, contagieuses et héréditaires. La plus néfaste est la pébrine; ensuite la fldcherie, la muscardine, la grasseriCy sans compter d'autres ennemis comme la mouchey les souris, les fourmis et les insectivores en général.
La péàrincy maladie microbienne, exerça ses ravages en France surtout de 1860 à 1870, menaçant l'industrie séricicole d'une disparition complète. Le microbe, appelé corpuscule, se montre au microscope sous la forme d'un minuscule globe très brillant ; il envahit tout le corps du ver à soie et se transmet à l'œuf pondu qui le perpétue dans les successives générations, et rend vaines les éducations. La mortalité peut être complète. On sait que l'étude des maladies du ver à soie, leur origine, leurs causes et leurs remèdes est un des titres de gloire de Pasteur qui leur a consacré des travaux d'une portée économique telle que le bénéfice de ses découvertes se chiffre par des milliards de francs. Grâce à ces travaux, il est possible et facile aujourd'hui d'éliminer, dans les établissements de grainage, les pondeuses contaminées, corpusculeuses. Après la ponte, les papillons femelles écrasés sontexaminés au microscopeet, s'ils sont reconnus infectés, leur ponte est détruite. On arrive de la sorte à obtenir des générations indemnes. Flàcherie, muscardine et grasserie sont moins redoutables et peuvent être combattues par la bonne qualité de la feuille de mûrier, qui
ne doil pas être fermenlée. et par la désinfection des mag^naneriea.
La • mouche « pique les jeunes vers pour y déposer un œuf dont la larve dévore son hdle. Une autre espèce s'attaque au ver adulte que la piqûre tue instantanément. On s'en défend, dans les colonies, au moyen de mousliquaires.
Soies BaaTggei. — Le ver à soie domestique, noua l'avons dit, n'cal pas le seul à produire de la soie commerciale. Les soies de cette orig'ine sont dites soies pures et soies sauvages, celles qui proviennent du cocon d'autres espèces de Lépidoptëres, vivant à l'étal sauvage dans divers pays du monde.
Les soies sauvages sont communément appelées tussah ou tussur, du nom indigène d'un ver répandu dans l'Inde anglaise et qui appartient à la tribu des Attaciens : VAntherea Uylitla (fig. 185). On le retrouve en d'autres Fig. 185. — Cocon pays dKxtrème-Orient. Il se nourrit ob Tusbam (^n/fteindistinctcment des feuilles de plu- '''"'' "W'""). sieurs espèces végétales, alors que dcnor.)
d'autres espèces du même genre, tels que l'Anlherea Pernyi de Chine et i'Anlherea yama-maï du Japon vivent sur diverses espèces de chêne, et le Theophila mandarina de Chine, sur le mûrier sauvage. L'Allacus Bauhitiix du Soudan, bien que polyphage, se tient de préférence sur les Baukinia. A citer encore l'Attacus arrindia du ricin, et VAltacuscyttlhia, de l'allante.
t^n Afrique occidentale, les indigènes fabriquent, avec les cocons de plusieurs espèces tVAnaphe, la soie dite 1 sanyan », et n samia >, égale,' sinon supérieure, au n tussur • de llnde.
Ces séricigcnes sauvages intéressent la production de nos colonies. Parmi eux, une mention spéciale est due à une espèce très répandue à Madagascar, où elle est connue sous le nom de landibé : c'est le Borocera mctdagascaricnsiSf un Bombycide, qui vit de préférence sur Tambrevade ou pois d'Angola. La soie tussah fabriquée par les indigènes avec son cocon est particulièrement résistante et sert à la confection de « lambas », de linceuls et d'étoffes inusables, connues comme c soie bétsiléo ».
A Madagascar également appartient cette araignée séricigène appelée Halabé, ou « grande araignée » : le Nephila madagascariensis, dont la femelle tisse, à l'usage de sa progéniture, une coque en soie d'un beau jaune d'or, tenace, mais pâlissant à la lumière. Cette soie a été exploitée comme bourre, et même comme fil dévidé sur la glande de l'araignée vivante. Des « araigneries u méthodiquement installées ont donné des déboires, à cause de la difficulté de fournir aux pensionnaires une nourriture suffisante en insectes. Lorsque la pitance est insuffisante, les araignées se dévorent entre elles.
On trouve en Indochine (ainsi que dans le sud de la Chine) unSaturnide,le Saturnia pyretrorum, appelé par les indigènes con-cuoc^ vivant sur divers arbres etqui donne, comme le landibé, une coque soyeuse exploitée pour la fabrication de tissus très résistants dont on fait, à Quang- Ichéou et dans le Kouang-toung, des linceuls. On en retire également, par dévidage direct de la glande séricigène, un fil semblable au crin de Florence après avoir plongé, pendant quelques instants, le ver dans du vinaigre.
Les coques soyeuses de ces espèces sauvages ne sont pas fermées comme le cocon de ver à soie : l'une des extrémités est pourvue d'une ouverture pour la sortie du papillon, quelquefois obturée par du « grès ». Elles sont donc difficiles à dévider, et, de plus, elles -sont imprégnées d'un grés plus dur, ou enveloppées de feuilles, attachées ou suspendues à leur support par un pédicelle ou une bandelette. Leur valeur comme bourre est néan-
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moins sérieuse et l'industrie recherche actuellement ces soies très activement. Il y aurait donc lieu d'étudier l'élevage des vers qui les produisent.
Production et commerce. — La production mondiale de la soie grège dépasse annuellement 20.000 tonnes. En 1906, la production de l'Europe occidentale était estimée à 5.750 tonnes, celle du Levant et de l'Asie centrale à 2.485 tonnes, et celle de l'Extrême-Orient à 11.925 tonnes. Sur le premier chiffre, la production de Tltalie est de beaucoup la plus forte, avec 4.745 tonnes de soie grège; la France n'y figure que pour 605 tonnes, obtenues de 7.321 tonnes de cocons frais, produits par 123.903 sériciculteurs des départements de l'Ardèche, de la Drôme, du Vaucluse et du Var.
En 1910, la récolte des cocons en France a été déficitaire de 50 p. 100, ou d'environ 4 millions de kilogrammes de cocons frais, représentant de 1.100 à 1.200 tonnes de cocons secs.
Or, l'industrie française de la soie, si prospère, en dépit de crises passagères qui affectent d'ailleurs proportionnellement les autres pays concurrents, a besoin annuellement de 8 à 9.000 tonnes de soies grèges qu'elle est obligée de demander, pour les 9/10, à la production étrangère. Elle achète annuellement pour plus de 100 millions de soies grèges en Extrême-Orient, à Canton, Shanghai et au .lapon. En 1910, elle a importé 7.907 tonnes de soies grèges et 912 de cocons secs. Elle a exporté 2:521.400 kilogrammes de soies grèges et 1.280.400 de soies ouvrées (Bulletin des soies ei soieries de Lyon). De plus, la production étrangère lui fournit encore de fortes quantités de bourres de soie et de déchets pour l'industrie de la schappe.
Devant ces chiffres apparaît nettement l'intérêt àc la métropole de développer la sériciculture dans ses colonies. Parmi celles-ci, Madagascar, et l'Indochine surtout, sont les plus aptes à augmenter leur production. L'Algérie et la Tuiiisie, après des essais peu encourageants,
reprennent à présent une activité séricicole sérieuse. A Madagascar, où le ver à soie fut introduit par Jean Laborde» vers le milieu du siècle dernier, la sériciculture promet de bons résultats dans Tlmérina et le Bétsiléo. On y obtient 3 éducations par an et le mûrier prospère dans la zone d'altitude moyenne. Jusqu'à présent» la production est absorbée par l'industrie indigène. Une station d'études techniques et de travaux pratiques de sériciculture fut créée, en 1901, au Jardin d'essais de Nanisana, près de Tananarive. M. Prud'homme et M. Fauchère y ont obtenu des résultats très encourageants.
L'Indochine figure seule, jusqu'à présent, comme colonie de production et d'exportation de soies grèges. Pays séricicole depuis des siècles, ce n'est que dans les dernières années que la production y a pris un développement remarquablement démonstratif, grâce aux mesures pratiques inaugurées par l'administration. Le Service général de l'Agriculture a organisé des stations de grainage au Tonkin, en Cochinchine et en Annam dans lesquelles on distribue tous les ans plus de 3 millions de pontes sélectionnées, mises gratuitement à la disposition des indigènes. Des magnaneries modèles, des mùraies d'expériences, un outillage perfectionné (bassines, claies, métiers, etc.), et des primes à Texportation contribuent à assurer l'essor d'une industrie qui, tout en augmentant la consommation locale, a pu donner au commerce d'exportation des quantités notables de produits. En 1910, d'après le Bulletin économique de Vlndochvie^ le Tonkin a exporté :
SUR ENTREPÔTS Vers France. Hong-Kong. Singapour.
Soies grèges 5.757 kg. 24.035 kg. 79 kg.
Déchets 21.222 — » »
Bourre en masse . . . 2.169 — » »