‹ Les produits coloniauxChapitre 128 sur 199 · L IVOIRE · texte numérisé non relu

L IVOIRE

trafiquants arabes, chasse sans trêve ni merci, au piège et au fusil, pour les défenses et la chair, parfois au feu allumé dans la brousse autour d'un troupeau qui y périssait en entier, en laissant les traces des « cimetières » d'éléphants.

Historique. Origine. — On trouvera, dans l'ouvrage déjà cité de M. Jacob de Cordemoy, un intéressant résumé de l'histoire du trafic de l'ivoire en Afrique, et une étude des centres producteurs actuels qui envoient leurs récoltes dans trois directions, l'Est, l'Ouest et le Nord, suivant le a bassin » commercial auquel ils appartiennent. L'éléphant est cantonné à l'époque actuelle dans une zone d'habitat ou de refuge, dont le centre est la région des Grands Lacs, la limite septentrionale au 10® degré de latitude nord, et la limite méridionale au 15" degré de latitude sud.

Le drainage de l'ivoire se faisait jadis, avant les « campagnes arabes » et la pénétration du Haut-Congo, surtout par la voie de Zanzibar. Une partie ^'exportait par les routes caravanièresde la Tripolitaine. Aujourd'hui, Zanzibar a bien conservé une partie du trafic, mais le grand courant d'exportation se dirige sur le Congo belge, grâce à ses voies de transport, accessibles à une marchandise aussi riche que l'ivoire. D'autre part, le courant caravanier sur Tripoli et Benghazi a subi une décroissance continue et la production des pays du Tchad et du Soudan prend la voie de l'Ouest (fig. 191).

L'ivoire d'Ethiopie, réputé pour sa beauté, est drainé sur le Harrar et exporté, par Djibouti, sur Aden. L'Egypte, après avoir établi, avec Gordon Pacha, le monopole de l'ivoire à Ladoetà Khartoum, subit Téclipse commerciale des provinces équatoriales sous le règne du mahadi. Le Caire et Souakim ont repris le commerce de Tivoire qui leur vient du Bahar-eUGazal sous le nom d'ivoire « dur » et du Djebel, qui produit une variété d'ivoire <» tendre » très appréciée.

Mais le commerce le plus actif se fait par l'État indé-

pendant du Congo qui a exporté, en i908. 347 tonnes de dents d'éléphants représentant une valeur de dix millions et demi de francs. Le total de Tivoire exporté par cette voie, de 1888 à 1908, est estimé à 5.157 tonnes, valant 155 millions, au prix moyen de 30 francs le kilogramme.

En ce qui concerne nos colonies, elles sont intéressées par le courant qui se dirige vers la côte occidentale des régions nigériennes, du bassin Chari-Tchad, de la Sangha et du Haut-Oubanghi. On y récolte, avec l'ivoire « frais » provenant de bêles tuées à la chasse, l'ivoire o mort » ou « vieux», provenant de dépôts anciens et de bètes mortes accidentellement, quelquefois partroupeaux entiers, ainsi qu'en tcmoignentles « cimetières ». En 1907, la Côted'Ivoire, jadis si riche qu'elle en reçut son nom, a exporté pour 77.000 francs seulement de dents d'éléphants, alors que le Congo français, la même année, en exportait 79 tonnes estimées 1.550.000 francs. En 1909, la Côte d'Ivoire a exporté 9 tonnes et demie, d'une valeur de 121 .000 francs.

En l'absence de voies de pénétration suffisantes, l'ivoire est, avec le caoutchouc, le seul produit susceptible de supporter les frais de transport du lointain intérieur. Quanta l'Indochine, la récolte y est insignifiante, alors cependant que le Siam et Ceylan en exportent une variété de coloration à reflets violàtres et rosés, très recherchée.

Commerce. — Le commerce distingue plusieurs qualités d'ivoire suivant la taille des dents, leur constitution et la coloration de l'ivoire.

Les dents lourdes ou moyennes, droitesou courbes, sont plus ou moins pleines et cylindriques. Celles dont le creux est très accusé, sont des dents à banyles, ou anneaux qui résultent de leur section transversale et qui constituent un article de parure très recherché par diverses populations nègres, hindoues, etc. Les dents cylindrées sont dites dents à billeSy car elles permettent de tourner, dans l'épaisseur de leur masse, des billes de billards et autres.

Les scrivailles, ou petites défenses, proviennent de bètes

jeunee ou de femelles. Parmi les dénis défectueuses, on distingue les dents atteintes de chandelles^ ou excroissances osseuses du creux, ou dépréciées par des fèves qui sont des nodules dans la masse de l'ivoire.

En ce qui concerne la coloration, on trouve de l'ivoire d*une blancheur éburnéenne, de Tivoire jaune, rose, violacé et à reflets verdÂtres; il peut être « dur » ou « doux ».

11 existe actuellement en Europe trois grands marchés pour rivoire : les ports d'Anvers, de Londres et de Liverpool, qui ont vendu en 1908 (Écofwmisle fr<iHçais^ décembre 1909) 470.200 kilogrammes d'ivoire, dont 227.700 à Anvers, 214.000 à Londres et 28.500 à Liverpool.

Ces chiffres ont été souvent supérieurs dans les années précédentes, lis ne correspondent d'ailleurs pas à ceux des arrivages qui sont plus élevés et se convertissent, pour le surplus, en stocks. Pour Anvers, par exemple, ces stocks étaient de 270.000 kilogrammes fin 1908.

Le développement du marché d'Anvers, concomitant de celui du trafic de l'ivoire dans rÈtai indépendant du Congo, est remarquable : en 1888, Anvers n'avait qu\ine vente de 6.000 kilogrammes d'ivoire, alors que Londres traitait pour 373 tonnes, et Liverpool pour 105 tonnes. La France a importé, en 1907, 150.358 kilogrammes d'ivoire valant 5.112.172 francs. Dans ce chiffre, nos colonies ne figurent que pour 19.368 kilogrammes valant 658.512 francs, à savoir : Congo français, 2.856 kilogrammes; Sénégal, 12.296 kilogrammes; autres colonies, 4.216 kilogrammes. La production de nos colonies étant insuffisante, le commerce s'adresse au marché étranger pour acquérir la plus forte partie du produit.

Il apparaît, dès maintenant, que la récolte de Tivoire fléchit d'année en année, par suite de la raréfaction de l'éléphant et du gaspillage de cette richesse. Il y a une quinzaine d'années, Stanley estimait approximativement à 200.000, et M. Bourdarie à 300.000, le nombre des éléphants vivants d'Afrique sur lesquels un tribut de 15 à

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20.000 bètes au minimum est prélevé par an. La reproduction, lente, ne pouvant combler ce vide, il en résulterait nécessairement une disparition certaine de l'éléphant sur les territoires de chasse accessibles, si des mesures de protection efficaces n'étaient assurées. Une conférence s'est réunie, dans ce but, à Londres en 1900, et elle a préconisé la création de réserves et des restrictions diverses. Mais il est des mesures restrictives et répressives dont l'efficacité devient aléatoire lorsque les rivalités commerciales sont très âpres, et le contrôle difficile sur des populations primitives et lointaines. En France, des campagnes ardentes et suivies sont menées en faveur de la protection de l'éléphant auxquelles surtout Paul Bourdarie a attaché son nom.

Usages. — Dans l'antiquité, l'ivoire était employé à des ouvrages, sinon plus artistiques, du moins beaucoup plus considérables que les objets manufacturés depuis : on en faisait des trônes, des chars et jusqu'à de grandes statues. Au Japon et en Chine, la sculpture éburnine a créé des œuvres d'art admirables, d'une expression et d'une habileté grandes dans le fini d'un minutieux détail. En France, les artistes dieppois ont brillé pendant des siècles dans le travail du morfil, et les musées d'Allemagne ont également des collections de beaux olifants. Le travail de l'ivoire existe encore comme une spécialité de plusieurs villages de l'Oise.

L'ivoire se laisse travailler aisément au tour et au burin, polir et teindre, à l'ébullition, avec des matières tinctoriales diverses. Sa combustion à l'abri de l'air donne le « noir d'ivoire » des peintres.

L'industrie emploie divers succédanés de l'ivoire, parmi lesquels des graines végétales pourvues d'un albumen éburnéen, et notamment la graine corozo, du Phytelephas macrocarpa Ruiz et Pavon, palmier de l'Amérique du Sud qui fournit l' « ivoire végétal ».

On fabrique de l'ivoire ^ artificiel avec des déchets concassés d'ivoire, d'os ou de cornes, dissous dans de

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l'acide sulfurique faible et mélangés avec du copal dissous dans l'alcool. Une solution de caoutchouc dans du chloroforme, mélangée avec du phosphate de chaux ou du carbonate de zinc, dopne un produit analogue, et le celluloïd est souvent appelé à imiter l'ivoire.

Les défenses de morse, les dents de cachalot, d'hippopotame fournissent également un ivoire commercial et peuvent donner une substance très blanche, après traitement par l'essence de térébenthine. Enfin, on a pu mettre à profit les monstrueuses défenses du mammouth {Elephas primigenius) conservées souvent, avec le corps de cet animal préhistorique, dans les glaces des vallées de rObi, du Ienisseï et de la Lena. Ces défenses, fortement recourbées, mesurent jusqu'à 7 mètres de développement et Hedenstroem en cite qui pèsent près de 40O kilogrammes la paire.

Et déjà, à l'époque où le mammouth hantait le territoire de la France, il y eut des artistes précurseurs des Belleteste dieppois, puisque l'un d'eux a laissé, dans la grotte de la Madeleine, une plaque d'ivoire sur laquelle est gravée l'image du mammouth qui la lui avait fournie.

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