PÊCHERIES DE POISSON
Pôcheries de Terre-Neuve. — Les vicissitudes politiques des îles Saint-Pierre et Miquelon et les contes-
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talions au sujet du «Frenchshore », rive occidentale delà grande lie deTerre-Neuve,onléténombreuse8.Nousn examinerons pas les accords et les modus vivendi successivement intervenus depuis le traité d'Utrecht, en 1713 ; mais nous rappellerons sommairement les particgiaritcs de la pratique de la pêche et de l'industrie terre-neuviennes, qui occupent annuellement quelque 40.000 pécheurs de France, Bretons et Normands surtout, dont les qualités de marins s'affirment à l'école rude et souvent dangereuse de ces lointaines expéditions.
Au sud et au sud-est de la Grande île se trouvent les « bancs », ou plateaux sous-marins, d'étendue variable — (îrandBanc, Banc Vert, Banquereau — sur lesquels, dès le printemps, la morue vient frayer. On sait que c'est ce poisson surtout que l'on vient pêcher à Terre- Neuve.
La morue [Gadus morrhua) est un poisson des mers du Nord ; vers le mois de février, en bandes nombreuses elle se rapproche des côtes afin d'y déposer son frai. Très pi"olilique, on compte qu'une morue développée peut produire de 4 à 9 millions d'œufs qui, heureusement pour les autres habitants du globe, ne survivent qu'en partie. Le poids d'une morue de bonne taille est de 4 à 5 kilogrammes; on en a péché du poids de 45 kilogrammes.
Les goélettes de pèche sont armées, soit en France. soit à Saint-Pierre qui est le centre de l'industrie pour nos nationaux. Des règlements spéciaux de la pêche et de la préparation dupoisson,enmeretsurterre, déterminent des rayons d'action, afin d'écarter des sujets de conflits et des rivalités trop âpres. Un stationnaire de la marine y veille à l'ordre et, dans la mesure du possible, aux secours en cas de nécessité.
La grande pèche s'exerce sur le « Grand Banc ». Elle est faite par les goélettes au moyen de petites embarcations appelées dorU, montées chacune par deux hommes, munies d'une provision de vivres. II arrive, en effet, que ces barques, bien que tenant bien la mer, à la suite d'une tempête, de brumes ou de courants violents, vont à la
dérive et n'ont comme moyen de salut que la rencontre fortuite d*un navire.
Les doris quittent donc tous les jours la goélette pour aller tendre des lignes de fond sur les bancs ou emplacements, marqués d'un flotteur à fanion; ils y retournent le lendemain pour les relever. Ces lignes sont armées d'un grand nombre de hameçons et fixées au fond, au moyen d'une ancre. Elles sont amorcées avec divers appâts appelés boette : harengs^ capelam, encornets ou coucous. L'encornet est une sorte de calmar, ou poulpe de petite taille, et le coucou une sorte de bulot ou buccin, petit mollusque gastéropode pêche sur le banc même. La question de la pèche de la boette et du ravitaillement de notre flottille, alors que la récolte ne pouvait guère se faire qu'en eaux étrangères, egt devenue moins irritante depuis que nos marins ont trouvé d'autres endroits et d'autres moyens pour s'en munir.
La petite pèche est pratiquée autour des îles de Saint- Pierre et Miquelon par des barques à fond plat, non pontées, appelées warys, dont la besogne est fort pénible.
Sur le French s/iore, la pêche est faite au doris et au wary et les endroits sont tirés au sort à Saint-Servan, tous les cinq ans.
La morue est préparée verte ousèche. Dès que le poisson, récolte journalière des doris, est apporté à la goélette, il y est éventré, décapité, fendu et aplati, pour être arrimé à fond de cale sous une couche de sel : c'est la morue verte ou salée. On garde le foie et les œufs. Le premier sert à donner l'huile de foie de morue, sous pression ; les œufs, appelés rogues, sont un appât excellent et très employé dans la pêche à la sardine. D'autres goélettes ont des sècheries sur le rivage où la morue, lavée à l'eau de mer, est mise à sécher au soleil pendant quelques jours, jusqu'à ce qu'elle soit rigide: c'est la morue sèche ou stockfisch des Allemands. Le cabillaud est la morue fraîche pèchée sur nos côtes, et le haddocky la morue boucanée.
La morue rouge doit sa coloration à une algue con-
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tenue dans le sel, et qui se développe sous Tinfluence de la chaleur.
Voici, à huit ans dé distance, les chiffres d'exportation de la morue verte ou sèche de Saint-Pierre et Miquelon.
En 1900 : a) Sur France : morue verte, 29.504 tonnes valant 9.061.000 francs; morue sèche, 1.002 tonnes valant 480.600 francs ;
b) Sur Antilles françaises : morue sèche, 3.2i2 tonnes valant 1 .556.000 francs ;
c) Sur Canada : morue sèche, 949 tonnes valant 456.000 francs.
En 4908 : a) Sur France: morue verte, 14.344 tonnes valant 4.691.000 francs; morue sèche, 416 tonnes valant 16.700 francs;
b) Sur Antilles françaises : morue sèche, 558 tonnes valant 279.000 francs ;
c) Sur Canada : morue sèche, 239 tonnes valant 96.000 francs;
d) Sur Espagne: morue sèche, 89 tonnes valant 36.000 francs
De plus, en. 1908, rojrues de morue : 75 tonnes et demie valant 15.000 francs et huile de foie de morue 193 tonnes valant 68.000 francs.
La production et Texportation sont en très forte décroissance.
Pêcheries de T Algérie et de la Tunisie. — L'industrie des pêches maritimes, en Algérie, est loin d'avoir l'importance que semblerait lui assurer le développement de ses côtes et la richesse de sa faune ichthyologique. La cause première en est dans l'indifférence que montrent, en général, les populations côtières pour lexploitAtion des richesses maritimes et, par la suite, leur inaptitude à l'effort marin soutenu. D'autre part, au pécheur indigène s'était jadis substitué le pécheur étranger, auquel la législation actuelle interdit la pratique dans les eaux algériennes. La pêche, en Algérie, fut donc autrefois plus florissante. L'industrje à laquelle elle donne
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lieu profita également, il y a une vingtaine d'années, de la raréfaction de la sardine sur les côtes de Bretagne que le poisson, pour une raison de nourriture sans doute, avait désertées.
Des usines sardinières vinrent s'établir en Algérie — on en comptait 20 en 4888 — mais, lorsque la sardine eut reparu sur les côtes de l'Atlantique, les usines d'Algérie durent renoncera la concurrence et fermèrent, pour la plupart, leurs portes.
Néanmoins, l'Algérie produit encore en quantités notables de la sardine et de l'anchois en salaison.
LRBBTâme(Clupeasardina), voisine du hareng, plus petite que lui, est surtout pèchée sur les côtes européennes de l'Atlantique où on la trouve en plusieurs variétés dites sardine de rogue, sardine de dérive et sardine sauvage œuvëe ou d'hiver. Les courants marins, la température des eaux, la direction des vents et l'abondance de la nourriture déterminent les voyages des énormes bancs de poissons qu'on rencontre parfois en pleine mer, sur une étendue de plusieurs centaines de milles. Les mœurs de ce poisson ne sont pas encore bien connues puisque, d'après les uns, la sardine est un poisson migrateur à itinéraire périodique régulier, tandis que, d'après les autres, il descendrait au fond delà mer, ou gagnerait la haute mer, pour frayer et reparaître ensuite à la surface, ou le long des côtes.
La pèche est pratiquée au filet vertical, en fil dechanvre fin, dans les mailles duquel le poisson se prend par les ouïes. Les sardiniers de France ont l'habitude d'amorcer avec delà rogue» ou œufs de morue salés, en ayant soin de répanditî Tappàtdu côté du filet opposé au banc de poisson, mais cet appât coûteux est peu employé en Méditerranée.
Le produit de la pèche doit être ramené dans la journée à l'usine, parce que la sardine s'allère rapidement.
Le poisson pour la salaison, comme on le prépare en Algérie, est étêté, éventré et mis en baril ou baille en couches superposées, rayonnantes, avec du sel gris, ou teinté en rose avec un peu de cinabre. Le temps de
préparation ne dépasse pas quinze jours et l'exporlatiim est dirigée principalement sur le midi de la France, ou la consommation est surtout active.
L'anchois {Engraulis encrasicholus) y appartenant égalementau groupe des Clupéidés, est plus petitque la sardine et fréquente en grandes quantités les eaux méditerranéennes. Il a, comme la sardine, des habitudes nomades, venant aux côtes en été, pour regagner le large ou les profondeurs de la mer en hiver. La pèche est nocturne et se fait à plusieurs embarcations dont Tune attire le poisson, par un feu clair allumé à bord, pendant que les autres entourent les bancs de leurs filets. L'anchois est préparé en salaison, comme la sardine, et destiné aux mêmes marchés, à Texportation d'Algérie.
L'Angleterre en consomme de fortes quantités pour la fabrication des « anchovy sauces ».
Lallache {Sardinella aurita) accompagne souvent en bandes les bancs de sardines et d'anchois. C'est un poisson de taille plus forte que la sardine et de chair moins fine, mais néanmoins de bonne prise.
Les éludes biologiques entreprises dans les dernières années, et qui comprennent l'établissement d'une carte ichthyologique des « terrains » de pèche d'Algérie, aideront sans doute à la renaissance d'industries que la fortune meilleure de l'agriculture etde Texploitation des mines laisse à l'abandon.
La Tunisie possède des pêcheries plus prospères : elles fournissent à l'exportation annuelle des produits pour une valeur de plus de 5 millions de francs. La liberté de la pratique n'y est d'ailleurs pas réservée aux seuls nationaux français.
On pèche en Tunisie la sardine, l'anchois, le poulpe et surtout le thon. Le centre le plus important de la pèche sardinière estTabarka.
Le thon (Thyiinus ^/ii/h/ims), de la famille des Scombéridés, répandu dans d'autres mers, est surtout abondant dans la Méditerranée. 11 a le museau pointu, la robe noir vcrdâtre, le ventre blanc et la nageoire caudale en
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croissant. Celui de Toccan, beaucoup plus petit de taille, a une chair plus fine que celui de la Méditerranée qui peut atteindre plus de 4 mètres de longueur et un poids de plus de 250 kilogrammes. On le trouve par bandes nombreuses le long des côtes, à la suite et à la poursuite de la sardine et du maquereau dont il est très friand. Ses mœurs migratoires ne sont pas encore tout à fait connues : on admet qu'une partie des bandes de la Méditerranée y entrent par le détroit de Gibraltar, en font le tour jusqu'à la mer Noire et s'en retournent dans l'océan. Une autre partie ne quitterait pas la mer intérieure et visiterait les côtes, un mois avant les autres.
La pèche du thon, fort ancienne, est faite à la madrague et à la tfionaire, d'avril à juillet, lorsque le poisson longe les côtes. De Quatrefages l'a décrite, en 1854, d'une façon détaillée dans ses Souvenirs d'un naturaliste,
La madrague Q9>\. un grand filet, de 50 mètres quelquefois de hauteur, tendu verticalement au moyen de lièges flotteurs et de gueuses de fond. Sur les côtes de Provence, de Sicile et de Sardaigne surtout, les madragues sont disposées de façon à former plusieurs compartiments dans lesquels le poisson s'engage, pour être poussé successivement jusque dans une dernière enceinte entièrement fermée par un filet de fond horizontal.
Cette enceinte, appelée « chambre de mort » ou corpou, devient le lieu de véritables massacres, les mattances, lorsque le filet de fond relevé amène sous le harpon, le croc et la pique des tueurs, des centaines de victimes énormes, dont le sang va rougir au loin l'eau de la mer. Le produit de ces tueries se chiffre par plusieurs tonnes de poisson.
La thonaire, ou thonara, est l'ensemble de ces installations qui peuvent être fixes, ou bien — comme en Tunisie — mobiles, la capture du poisson se faisant avec des madragues de course à l'aide desquelles il est enserré d'abord, puis conduit vers le rivage où un filet de prise de grandes dimensions et en forme de cône l'amène sous le croc des tueurs.
Sur les côtes de l'Océan, le thon est péché « à la ligne 9, au moyen de grandes gaules munies de fortes cordes amorcées d'un paquet de crins blancs et de paille de mais, à rintérieur duquel se dissimule le hameçon. Le gros temps est le plus propice à cette pèche.
La chair du thon est préparée en majeure partie en conserve, marinée à. l'huile fine d'olive. Elle peut aussi être fumée ou salée.
Les œufs salés donnent une sorte de boutargitey analogue à celle des œufs de mulet. Les déchets fournissent à rébullition une huile, et les restes sont employés comme engrais ou combustible, dans les usines mêmes.
Une espèce voisine du thon est le germon ou « thon blanc », appelé encore bonite; il se distingue du premier par un corps plus effilé, une robe de couleur brillante bleu sombre sur le dos, une chair plus fine, mais plus difficile à conserver.
Les thonaires les plus importantes de Tunisie sont celles de Sidi-Daoud sur la presqu'île du Cap-Bon, des îles Kouriat, du Ras Djebel et de Monastir. La pêche est fort active et abondante dans le lac de Bizerte, favorisée par la disposition du goulet qui permet d*établir des filets mobiles de barrage.
Pêcheries de rindochine. — L'Indochine est un pays d'ichthyophages, et il n'en est guère d'autre où se fasse une aussi grande consommation de poisson sous toutes les formes. Au delà de la consommation locale, il reste des disponibilités pour l'exportation.
La faune ichthyologique y est très variée et nombreuses sont les espèces marines, fluviales et, pourrait-on dire, terrestres. Car les rizières et les étangs hébergent toute une catégorie de poissons qui passent une partie de leur existence à l'état de vie en quelque sorte latente, dans les vases profondes, alors que la sur* face- du sol est craquelée par la sécheresse. Il en est de même d'innombrables crabes et crevettes qui constituent
un appoint appréciable de cette pèche « intérieure • {Ci^. 192).
La faune ichthyologique, incomplètement connue encore, comprend des espèces qui correspondent à nos poissons de mer ordÎMures : «nchoifl, sardiae, muiei, maquereau, hareng, etc. Le Mékong possède des espèces de très forlc taille comme \epa-beuk et le pa-leuniy très recherchés pour leur chair et leurs œufs dont on fait une sorte de boutargue. L'Annamite y consomme également la chair du crocodile.
Toutes les rivières, étangs, rachs, stungs, arroyos (fig. 193) ainsi que les fosses à poisson, sont très poissonneux et donnent le produit de leurs pèches à la consommation locale. Les pêches industrielles se font sur certains points de la côte et dans les Grands Lacs du Cambodge.
Leur importance, sur la côte, est déterminée par la configuration des baies, des criques et des bancs, la violence des vents de mousson ou des typhons, la densité de la population, le voisinage de centres consommateurs, etc. Dans le golfe de Siam, ce sont la province de Hatîen et l'ile de Phu-Quoc ; plus à TEst, Icsprovincesde Bac-Lieù, Baria et le Hinh-Thuanh ; vers le Nord, la province de Ïhanh-Hoa. Le golfe du Tonkin est visité annuellement par de nombreuses jonques de pèche de Pakhoï et de Ilainan qui font concurrence aux pécheurs annamites. Ils pèchent souvent à la facondes morutiers, avec des sortes de (ioris primitifs. Leur port d'attache temporaire est à la Cac-Ba où on leur applique un règlement spécial, sans sévérité.
Dans ces divers centres de pêcheries maritimes, on prépare le poisson salé ou séché (fig. 194), ainsi qu'un produit condimentaire appelé nuoc-mam, d'un usage universellement répandu en Indochine etdans les régions limitrophes. Le nuoc-mam est une sauce très fluide, décoloration allant du blond foncé au brun noirâtre, d'odeur plus ou moins désagréable, d'un goût pimenté qui répugne d'abord au palais de l'Européen, mais qui finit très souvent par se faire accepter et même rechercher, lorsque le produit est
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d'un « cru V (Je marque. Il vaut alors mieux que la o WorccsLcrshire sauce ■ dont il rappelle le goU ti, iniîte l'emploi. Il n'y a d'ailleurs pas de repas annamite sans imwc-
Ce condiment est préparé dans de g^randes cuves en bois ou des jarres, dans lesquelles sont placées al ternati-
Fig. 191. ~ Sëcherie de poissons (Cochlnchine),
vcment des couches de poisson et de sel, le tout recouvert de claies chargées de pierres pesantes. Au bout de quelques mois, cotte saumure laisse surnager un liquide huileux qui est progressivement décanté, la pi-emicrc couche donnant un produit inférieur.
Le liquide est mis dans des jarres qui sont exposées au soleil ou chaufTées au feu, avec une certaine quantité de riz gluant, grillé et pilé. Toute l'opération dure six mois et le produit final, ou auoc-mam. est conservé en vase clos à l'abri de l'air.
I.e nuoc-mam de Pliu-Quoc passe pour un des meilleurs et jouit d'une renommée spéciale. La préparation com-
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porte d'ailleurs des varianles. M. de Barthélémy a installe en baie de Gam-Ranh, dans le Sud Annam, des pêcheries industrielles où l'on prépare également ce produit par une méthode perfectionnée.
Un autre condiment, d'un usage non moins général, est le mam-tom, ou simplement mam, qui est une saumure grossière de bas prix, faite d'un mélange inappétissant de poisson et de crevette.
La pêche dans les Grands Lacs du Cambodge tient une place importante dans l'économie de ce pays. Elle produit annuellement près de 20.000 tonnes de poisson sdié et séché, d'une valeur de plus de 2 millions de francs, sans compter le poisson consommé frais.
On connaît le singulier régime hydrographique du Grand Lac alimenté, à l'époque des crues du Mékong, par un courant réversible du fleuve, par le Tonlé-Sap. Les eaux débordent alors jusqu'à 20 kilomètres de leur limite d'étiage en saison sèche et couvrent les forêts riveraines au-dessus desquelles se meuvent les embarcations.
La pèche y bat son plein de mars à juin. D'après M. P. Guesde, elle est pratiquée beaucoup plus par les Chinois et les Annamites, que par les Cambodgiens. Les chefs de pêcheries traitent pour la vente avec des intermédiaires chinois de Pnom-penh et de Saïgon. Les engins de pêche, rudimentaires, sont des filets-sennes de grandes dimensions. Le produit de la pèche est préparé sur place : poisson, huile, vessies, pra/i(5A*.
Le prahôk est une saumure voisine du niam, très réputée, nauséabonde, que le roi Norodom se plaisait à appeler le « roquefort cambodgien ». Les vessies natatoires sont séchôes et exportées pour la fabrication de la gélatine d'ichthyocolle, très demandée par l'Angleterre.
L'exploitation de cette richesse est insuffisante. Les pécheurs rejettent à l'eau une grande partie des déchets qui représentent une valeur réelle pour la production de l'huile de poisson et d'un engrais dont on retire ailleurs, et notamment au Japon, un bénéfice considérable. Le guano de poisson, en effet, contient de 10 à 15 p. iOO
d'azote et de 45 à 16 p. iOO d'acide phosphorique.
Il est reconnu aussi que des pratiques de pèche plus rationnelles pourraient doubler le rendement des pêcheries. La pêche dans le Grand Lac est libre à 800 mètres du bord. Dans les rivières, elle est mise en adjudication par lots et donne d'excellents résultats budgétaires.
Les chiffres des statistiques douanières accusent, pour les exportations d'Indochine, en 1910, les quantités suivantes :
Poissons secs, salés et fumés, 26.000 tonnes; pâtes de poissons et saumures, 617 tonnes. En valeur, les exportations étaient, sur étranger : poissons de mer frais, 1.378.000 francs; poissons secs, salés ou Fumés, 10.385.000 francs; crevettes sèches, 1.415.00U francs: pAtes de poissons et saumures, 277.000 francs ; colle de poisson, 198.000 francs. Sur France, on chiffre les graisses de poissons à 1.714.000 francs et à 64.000 francs, les vessies et la colle de poisson.
Pôoheries des côtes de Mauritanie et du Sénégal. —
La richesse poissonneuse des côtes de Mauritanie était connue depuis longtemps des pécheurs canariens qui, d'après ce que nous en dit le D' Verneau en 1891, rapportaient à cette époque 2.000 tonnes de poisson salé des bancs de pèche situés entre le cap Noun et le cap Blanc. D'autre part, les Ouolofs et les Lébous de la côte du Sénégal, depuis Saint-Louis jusqu'à la Guinée portugaise, pratiquent la pêche depuis longtemps sur une grande échelle. Mais ce n'est que dans les dernières années que, grâce aux investigations de spécialistes comme M. Gruvel, la richesse des bancs a pu être inventoriée avec quelque certitude et estimée comme très considérable.
Les espèces les plus abondantes sur les bancs mauritaniens sont le mulet, la sardine, l'anchois, le thon, les poissons « volants », la sole, etc., ainsi que la langouste. Vers le Sud, les formes changent. On y trouve également des raies et des squales dont l'huile de foie peut rivaliser avec celle du fuie de morue.
>j90 produits du RÈQNB ANIUAL
A la suite de ces études, un gro^ effort s'est porté sur la baie du Lévrier (Port-Etienne) où s'étendent de vastes fonds chalutal)les. L'établissement a recules installations de sécurité nécessaires, un service médical, un phare, un poste de télégraphie sans fiL etc. Deux sociétés de pèche employant des chalutiers à vapeur s\y sont constituées pour le traitement du poisson salé, de la saumure et des produits accessoires. Les pêcheries ont commencé à expédier la langouste vivante en France, et tout permet de croire que des installations frigorifiques appropriées pourront étendre ce commerce au poisson frais de qualité fine.