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LA NACRE ET LES PERLES

La nacre et les perles sont produites par un assez grand nombre de mollusques appartenant aux classes des Lamellibranches, des Gastéropodes et des Céphalopodes. L'une et les autres sont des matières calcaires sécrétées par le mollusque : elles sont attaquées par les acides. La nacre est constituée par la couche interne, lisse, brillante et irisée qui tapisse la face interne des valves ; les perles sont formées, soit dans rintérieur des tissus du mollusque (perles vraies), soit en connexion avec la nacre, à la surface interne de la valve (perles de nacre).

Nacre. — Produite comme couche interne de la coquille, la nacre est due à la sécrétion des glandes épithéliales du manteau; elle diminue d'épaisseur vers les bords et sa consistance est inégale suivant le niveau. Les espèces nacrières les plus recherchées sont marines, mais quelques-unes sont pêchées dans les fleuves. Les régions les plus riches sont les côtes de Malaisie, d'Extrême-Orient. d'Afrique orientale, d'Occanie, de Californie, etc., chacune d'elles ayant quelques espèces spéciales.

Les espèces nacrières les plus exploitées sont PHaliotide ou « oreille de mer » {naliotis giyantea), pêchée surtout au Japon et en Corée où sa chair est fumée et séchée pour

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la consommalion ; les Unio, ou a mulolles » [Unio affinis et V. Cutninyii) des c6tes de la mer de Chine ainsi que VAvîcuta macroplera ; les Pinna ou a jambonneaux u des côtes méditerranéennes; les Trochu» ou n toupies « de rOeéan indien; les Turbo, très exploités dans les lies de rOccanie, les Tiidacne ou • bénitiers », les Soteit ou b cou-

Fig. 19u. ~ iNcnusTEuna de nacrr (Tonkln).

teniixij, lcsJ¥»u(iV»s. etc., et enfin, surtout, les Méli'iitrrines ou liuitrcK, arotides. avieules ou pinladineii perlièrcs. exploitées aussi bien pour la nacre que pour la perle.

Le commerce dislingue diverses espèces do nacre : la nacre blaitche argenlee, très pure ; In nacre bâtarde blanche, moin.s pure, avec des rellels vordAlres et violacés; l;t nacre bâtarde noire, accompagnée souvent de très belles perles (|ui peuvent allcindre la taille d'une noisette (Iles de l'IJcéanle) ; la nacre htiliotîde à coquille irisée: In biirgiiiuliin; à reflets verdrttrea. Les nacres pitiuées forment, avec les nacres Icrncs ou minces, les ijualitcs

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L'usage décoratif de la nacre était jadis beaucoup plus répandu et plus apprécié. Les incruateurs du Japon, de Chine, d'Annam, de Perse et de l'Inde, étaient dra artistes incomparables, et leursceuvres d'art souventdes chefs-d'œuvre, par l'assemblage habile des teintes, la finesse du découpage, le sculpture en relief de la nacre et la solidité du travail [lig. 193]. Aujourd'hui, cet art s'est industrialisé et les beaux produits disparaissent devant l'article de bazar et la raréfaction des c

Ferles. — Les perlée de nacre, appelées aussi chicots, prennent naissance entre le manteau ou corps du mollusque et sa coquille, à la suite d'un accident de la surface interne de celle-ci, ou de l'introduction d'un corps étranger irritant. Ces formations perliëres sont gênéraleraent pédonculées et attachées à la coquille (fig. 196). On peut obtenir de la sorte des perles de nacre par trépanation de la coquille, ainsi que H. Boutan l'a fait des coquilles d'Haliotides.

Une industrie arlialique chinoise metencore le fait en évidence. Le lac de Canton héberge un petit bivalve dans l'intérieur duquel on introduit des grains de nacre ou des objets durs, auxquels on donne la forme d'une figurine, petite idole ou Bouddha minuscule. La nacre sécrétée autour de ces objets forme une couche mince simulant la perle. Après dix mois déjà, les objets peuvent èlre repêchés, mais au bout de deux ou de trois ans, ils se sont

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transformes en véritables camées. La préparation de ces camées artificiels est une sorte de spécialité de Hou-lchéoufou, mais on la retrouve, d'après M. Démange, dans d'autres régions de la Chine où on élève, en Tengraissant dans des étangs spéciaux, le Dipsas plicatus qui peut devenir d'une taille énorme.

Les perles fines, au contraire, se forment à l'intérieur même du corps du mollusque et on admet aujourd'hui que leur formation est due à la présence d'un parasite, ver, œuf ou larve, que le mollusque emprisonne dans un véritable kyste, par une calcification locale. Ces perles n'ont pas de pédoncule : elles sont rondes ou ovales et possèdent, avec la régularité de la forme, cet éclat particulier ou « orient » qui en fait la valeur et la beauté. Leur couleur varie du blanc mat augris, au bleuâtre et au noir verdâtre foncé. Ces dernières atteignent les prix les plus élevés. Avec le temps, la couleur peut s'atténuer et on dit que la perle meurt ou qu'elle est « morte ». Au point de vue de la forme, on distingue les perles rondes^ les poires et les baroques, qui ont une forme irrégulière. Les plus grosses perles sont désignées sous le nom de « parangons » et les plus petites sont appelées « semences de perle ». La forme ronde est la plus estimée.

Les perles fausses industrielles sont faites de verre soufflé fin, rempli de poudre d'écaillé d'ablette, incorporée à de la cire ou à de la colle de poisson.

La coquille margaritifère la plus importante est celle de la Méléagrine perlière [Meleagrina margaritifera) qui est pèchée par les plongeurs à des fonds allant jusqu'à 20 et 25 mètres, dans les mers chaudes. Elle vit sur des fonds rocheux, attachée par son hyssm quand elle est jeune, libre à l'âge adulte.

Le naissain, pas plus que le mollusque adulte, ne peut vivre sur fonds sablonneux. La Méléagrine peut être exploitée dès l'âge de trois ans ; elle se prête à une véritable ostréiculture.

Prodaction. — Les pêcheries de nacre et de perles les

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plus importantes sont pratiquées sur les cèles de Ceylan, du golfe Persique, dans l'archipel de Mergui, en Malaisic et aux Philippines, aux lies Socotora et Pemba, dans la mer Rouge, en Australie, au Venezuela et dans le golfe de Californie.

Dans nos colonies, les pêcheries les plus prospères se trouvent en Océanie, et notamment aux archipels Touamotou etGambier. Lapèche y estfaite en pirogue, dans les lagons ou « lacs » intérieurs des atolls madréporiques, qui présentent des conditions particulièrement favorables au développement de la Méléagrine lorsque le fond n'est pas sablonneux, le courant d'eau étant modéré et les formations coralliennes constituant des colonnes qui permettent au mollusque de s'abriter.

La pèche au scaphandre se fait à des profondeurs moindres que celles de la pèche à la plonge, qui est la plus commune et permet au plongeur, extraordinairement habile et résistant, de descendre jusqu'au delà de 20 mètres de profondeur à la seule force de ses muscles et de sa capacité respiratoire. Pour explorer le terrain, on se sert de la vulgaire lunette de calfat, qui est, comme on sait, une simple botte longue en bois, fermée par un verre à vitre à l'extrémité qu'on plonge dans Teau,

L'exercice désordonné, et souvent à contre-temps, de la pèche a fini par amener l'épuisement des lagons. Les travaux de M. Seurat ont permis de prendre les mesures nécessaires pour enrayer cet appauvrissement. Elles comportent à la fois des règlements d'exploitation ei des procédés d'ostréiculture en vue du repeuplement. Un arrêté de 1904 est venu limiter le temps de la pèche, en l'interdisant du 1" octobre au !«'' février pendant la saison du frai ; il fait désigner chaque année les lagons ouverts à la pèche et déterminer le nombre de plongeurs à nu ou de scaphandriers. En ce qui concerne le repeuplement, les mesures préconisées par M. Seurat difTèrent suivant qu'on veut favoriser la multiplication des coquilles à nacre, ou des coquilles perlières.

Ce repeuplement comporte l'ensemencement des lagons

en individus des deux sexes, la Méléagrine étant à sexes séparés. Gomme procédé de culture, il conviendrait d'aménager dans les lagons des sortes de bouées venant à la surface, à l'instar des pâtés madréporiques, analogues aux radeaux fixes employés dans les lagunes de Venise pour la culture de la moule.

La Méléagrine a un ennemi redoutable, une éponge siliceuse du genre Cliona, qui loge dans la substance calcaire de la coquille. Les coquilles ainsi piquées perdent leur valeur marchande comme huîtres nacrières, mais elles en acquièrent davantage au point de vue de la production perlière. Les lagons où l'on récolte le plus de perles, sont précisément ceux qui spnt envahis par les éponges parasites. En voici, d'après M. Seurat, l'explication biologique. La perle est un kyste enfermant la larve d'un ver parasite et cette larve ne peut poursuivre son évolution qu'à l'intérieur d'un hôte différent, qui est la raie Aigle {Aetobatis narinari). Or, les coquilles de Méléagrine, piquées par les Clionay sont plus fragiles et plus facilement brisées par la raie qui se nourrit de la chair du mollusque. Les larves, ingérées en même temps, se développent dans le tube intestinal de la raie et forment des œufs qui, expulsés, reproduisent d'autres larves allant infecter d'autres Méléagrines, et ainsi de suite. Des faits de parasitisme similaire ont été observés par M. Diguet sur l'huître perlière des c6tes de Californie.

La pèche de la nacre figure annuellement en tête des statistiques de Touamotou et Gambier, pour une valeur à l'exportation, en certaines années, de plus d'un million et demi de francs (plus de 400 tonnes). Gette production pourrait être augmentée par l'extension de l'ostréiculture rationnelle.

Les lagons d'Océanie possèdent également une Méléagrine de très petite taille — diamètre 5 centimètres — appelée pipi par les indigènes. G'est, d'après M. Seurat, le Meleagrina panasesaB^ à nacre jaune. Elle donne des perles jaunes d'or, parfois des perles noires de très belle forme, mais dont l'orient s'altère vite.

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L'industrie française demande à la production environ 2.500 tonnes de nacre, pour ses articles de marqueterie, de tabletterie, ses fabriqués de boutons, etc. Or, elle en achète 1.600 tonnes à l'Angleterre, y compris la production des îles de TOcéanie française, qui prend d'abord le chemin du marché de Londres, pour revenir en France grevée de toutes les charges d'intermédiaires.

Bien moins importantes sont les pêcheries de la Nouvelle-Calédonie, concédées à une société française qui opère avec des scaphandres, et celles du golfe de Tadjourah où la pèche se fait par la plonge à nu, ou simplement à la main, lorsqu'il s'agit des Trochus ou « toupies de mer ». Madagascar, l'Indochine, la Guyane et le golfe de Gabès ont des huîtres perlières, mais la pèche n'en est pas organisée.

En i910, le Tonkin a exporté en France i80 tonnes de coquilles nacrières, dont une partie représentée par des coquilles lluviales qui sont, d'après M. Démange, ÏUnio af finis et VUnio Cumingii.

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