INDOCHINE
Étendue sur 13 degrés de latitude, avec son relief accidenté qui admetdes plateaux herbeuxjusqu'â 1.500 mètres d'altitude, l'Indochine est, en certaines de ses régions, un pays d'élevage remarquable.
Les principaux centres de l'élevage indigène sont le Gambdoge et certaines régions du Laos ; les plateaux du Langbian, du Darlac; d'Ankhé, les provinces du Binhthuan, du Phu-yen, de Vinh et de Than-hoa, en Annam ; les provinces de Yen-bay et Bac-kan au Tonkin.
L'animal domestique, on peut dire indispensable à ce pays de riziculture, est le huffie (Buffelus indicus). Travailleur lent, lourd, mais docile, produisant un travail musculaire considérable, l'atmosphère chaude, humide est son élément et la baignade dans la mare, son plaisir nécessaire. Il offre relativement peu de résistance à la fatigue et à la maladie. Il atteint jusqu'à 1™,37 au garrot et son poids moyen est de 500 à 600 kilogrammes. La race est assez uniforme et ne diffère guère de celle de l'Asie méridionale en général. On distingue, au Cambodge, le bufïle Krabey beng, de forte taille (1"*,40), du Krabey leu de taille plus petite, avec des cornes plus courtes et dirigées très diversement. Toutes les parties du bufïle sont utilisées : viande, cuir, cornes, os, issues. Une mention spéciale est due au lait qui vaut celui de la vache, mais n'est guère employé, bien que la bufTlesse donne 4 à 5 litres de lait, alors que la vache indigène en fournit tout au plus 1 litre.
Si l'espèce bubaline se plaît dans les basses altiiude5> humides et rizicoles, l'espèce bovine devient d'autant plus prospère que le pays est plus montagneux. Le bœuf zébUy à bosse plus atténuée que dans l'Inde, est très répandu et existe particulièrement au ïonkin.
Les métissages avec les races locales plus accusées, abandonnées au hasard, ont produit une variété extrême de formes, sans type défini.
On distingue cependant, parmi les bovidés, certaines races assez nettement différenciées par la taille, les formes, les qualités de viande et le rendement laitier. En tète se place la race du Thanh-hoa, produite dans les régions muongs. qui atteint i™,27 au garrot, donne un poids vif de 350 à 400 kilogrammes, et peut fournir, par sa vigueur, une bonne viande de boucherie aussi bien qu'un travail sur de longues marches. La race de Vinh est plus petite (1 mètre à l™,i0), ne dépassant généralement pas 250 kilogrammes de poids vif, et sa viande est moins estimée pour la boucherie. Ce sont des bètes agiles et vigoureuses, souvent indociles. La race du Haut-Tonkm
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semble assez disparate, de petit format (moyenne 1™,17), rappelant tantôt le zébu, tantôt le bœuf, pesant de 200 à 300 kilogrammes, inférieure comme viande de boucherie et employée surtout localement au travail des rizières sèches. Il existe, dans Tintérieur de l'Ânnam, d'autres races montagnardes appréciées, telles que la race du Darlac ei du Langbian, ou race moï, et des races cambodgiennes, peu étudiées encore. A signaler au Cambodge le bœufstieng, employé comme trotteur et animal de trait. Le Laos fournit aussi au Siam des bœufs pour la charrette. Le pays le plus mal partagé est la Gochinchine qui vit principalement sur le cheptel du Cambodge et du Sud-Annam. Par contre, la population bubaline y est beaucoup plus dense.
L'élevage du mouton rencontre en Indochine de grandes difRcultés climatériques et il n*y existe aucune race indigène, l'approvisionnement se faisant surtout des régions limitrophes de la Chine.
Le cheval dit annamite est de petite taille (i",16 en moyenne), de formes raccourcies, vif, ardent, courageux, bien proportionné. Il est employé au portage (surtout les juments qui portent 60 kilogrammes sur des étapes journalières de 30 à 40 kilomètres dans le Haut-Tonkin), comme cheval de selle, sûr et infatigable dans la montae;ne, et comme cheval d'attelage, non moins extraordinaire de courage et de vigueur. On distingue le cheval du Yunnan, le cheval du Kouang si, le cheval annamite proprement dit et le cheval du Cambodge. L'indigène donne à l'élevage du cheval trop peu de soins, et la question chevaline est très préoccupante pour la colonie.
La Gochinchine, rapidement funeste aux animaux surmenés, en fait une consommation considérable. Les chevaux des régions montagneuses du Haut-Tonkin, d'une taille relativement plus élevée, sont les plus appréciés.
Véléphanl est domestiqué au Laos et au Cambdoge. Des exportations trop nombreuses, au gré des intérêts du pays, se font sur le Siâm et la Birmanie.
La consommation du porc est générale parmi la pçpu-
lation indigène. La seule ville de Hanoï en consomme annuellement jusqu'à 40.000. La race la plus répandue esl celle du porc annamite ou du delta, de petite taille, front bombe et oreilles dressées, remarquable par l'ensellement du dos et le ventre traînant à terre. La chair molle et le lard sans consistance sont de qualité inférieure. La race peut acquérir un poids de 120 à 140 kilogrammes. La variété noire se distingue de la variété pie, entre autres, par la forme du crâne. Le porc muonQy ou du Yunnan, rappelle les caractères dû sanglier.
L'indigène ne tient ni l'àne, ni la chèvre. Par contre. le chien annamite est très couramment consommé dans le pays. Généralement fauve, le museau fin, les oreilles petites et dressées, la queue relevée enroulée, les formes ramassées, la bouche pigmentée de noir violacé, atteignant 40 centimètres de taille, il est apparenté jiu choxLchow chinois et voisin du ipitz. Il est parfois castré très jeune. La préparation culinaire est primitive : ébouillanté, le poil est raclé, puis le corps soumis à une courte flambée en manière de boucanage.
La volaille est abondante. On trouve, à côté d'une race de poules commune, la race malaise élevée, à cou nu, et une race de a combattants » déplumés. Les troupeaux de canards sont nombreux et l'oie de bonne qualité. Le poulailler subit de grosses pertes par le choléra des poules. D'autre part, la peste bovine et diverses trypanosomiases et pasteurelloses prélèvent périodiquement un lourd tribut sur le cheptel bubalin, bovin ou chevalin.
Aucune de nos colonies n'a fait autant de sacrifices que l'Indochine, pour le perfectionnement des animaux d'élevage. Ces sacrifices ont d'ailleurs été mal récompensés. Lorsque l'opinion publique, toujours pressée, quelquefois incompétente, souvent injuste, collabore aux bonnes intentions de l'administration, la continuité de Tefifort et l'unité de la méthode deviennent difficiles à assurer et les expériences demeurent stériles, faute de persévérance. Il est résulté, néanmoins, de longs elL multiples essais, des indications directrices pour l'avenir.
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Les croisements avec des races bovines européennes ou australiennes ont mis en relief l'aptitude de la race bretonne, et la susceptibilité des autres. La race hindoue a donné de bons résultats.
Les croisements avec des races chevalines diverses ont montré Tavantage des tarbais, petits bretons et polonais.
Les tentatives d'acclimatement des moutons berrichons et Southdown ont échoué. Une race malaise de Keiantan ot une autre de Java promettent mieux. L'introduction de la chèvre de Nubie est préconisée et, pour le porc, la sélection des races indigènes.
La répartition très inégale de la densité des peuplements dans les pays producteurs, localise le drainage à l'exportation dans des régions séparées, d'une part certains centres de l'Annam, d'autre part le Cambodge. Le grand acheteur des animaux vivants de l'Indochine est le port de Manille. L'exportation du bétail ayant été interdite en 1909, en Annam, le Cambodge seul en est resté le pourvoyeur, ayant expédié, en 1910, 47.436 tètes de bétail dont 31.559 bœufs et 14.531 bufTIes ; soit 30.440 de plus qu'en 1909.
L'année 1910 accuse d'ailleurs une augmentation de plus de 2 millions de francs sur l'année précédente, soit : bœufs et vaches, 1.914.120 francs; porcs, 295.440 francs : buffles, 1.437.030 francs. On voit par ces chiffres que l'Indochine peut espérer du développement de son élevage des ressources sérieuses, en escomptant d'ailleurs la possibilité, future et désirable, du transport de ses viandes réfrigérées vers la métropole.
Dépouilles d'animaux. — Nous ne considérerons ici que la production lainière et les peaux.
lia production mondiale de la laine; en augmentation, est évaluée en 1909, d'après V Économiste français, à 1.174.000 tonnes, chiffre dans lequel l'exportation de l'Australie (361.000 tonnes) et de la Plata et de l'Uruguay (223.000 tonnes) prend la très grosse part. La France a produit 313.309 tonnes de laine, indigène ou importée.
L'apport colonial est» jusqu^à ce jour, réduit à moins de iO.OOO tonnes, fournies par l'Algérie et la Tunisie. A pari ces deux pays, la seule colonie où la production lainière semble pouvoir espérer un développement sérieux, est l'Afrique occidentale française, et plus particulièrement le Soudan. Le mouton du Macina est producteur de laine fine et il habite, dans la vallée moyenne du Niger, une vaste région d'inondation périodique entre le 14^ et le 17** degré de latitude nord. L'administration a établi une bergerie modèle à Niafunké et se propose d'en créer plusieurs autres. L'utilité d'introduire également des moutons algériens parait démontrée. Presque toutes les autres races de cette partie de l'Afrique sont à poil, ou jarre.
Il résulte d'un dénombrement effectué en 1909 par le capitaine Lacroix dans la région de Tombouctou, que le cheptel de moutons à laine du cercle de Tombouctou était à cette époque de 25.661 têles.
Les dépouilles d'animaux comprennent les peaux brutes ou corroyées des animaux domestiques ou sauvages, les os, sabots, cornes et issues.
Les peaux brutes sont divisées commercialement en grandes et petites peaux, et préparées comme cuirs salés vei'ts. c'est-à-dire imprégnés de sel ; comme cuirs saiés secs, salés et séchés au soleil; ou comme cuirs secs^ séchés au soleil. Parfois les cuirs bruts sont légèrement fumés. Le pliage en carré est défectueux parce qu'il produit souvent des cassures, et il faut lui préférer le pliagedes bords seulement et l'enroulement. Il est important également de sécher les peaux à l'ombre; l'exposition au soleil fendille et recroqueville la peau et les matières grasses qui, séchant à la surface, forment un tannage gras qui s'oppose à l'assouplissement et au délainage.
Les peaux de spécimens zoologiques peuvent être conservées au sel et à l'alun, ou dans une touque à pétrole remplie d'une solution formolée ; mais généralement la préparation au savon arsenical ou « de Bécoeur » est préférable.
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Voici quelques chiffres montrant Timportance relative de ces produits dans le commerce de nos colonies tropicales, productives de bétail. L'Afrique occidentale française a exporté, en 1909, 477 tonnes de peaux brutes valant 869.000 francs. Madagascar a exporté des dépouilles d'animaux pour 620.000 francs en 1896, et pour 7.526.000 francs en 1906. La Nouvelle-Calédonie a exporté, en 1909, sur l'Australie, des peaux brutes pour 160.000 francs, des suifs pour 18.000 francs et des os et sabots pour 10.000 francs. Enfin, l'Indochine a exporté, en 1910, 2.035 tonnes de peaux brutes, grandes et petites, valant 2 millions et demi de francs, dont 873 tonnes sur France et 1.162 tonnes sur l'étranger. L'exportation des peaux corroyées y est en moyenne de 443 tonnes, dont presque la totalité sur l'étranger.