EN ALGÉRIE
La culture maraîchère est très florissante en Algérie. Elle est déplus en plus pratiquée pour alimenter le commerce d'exportation des légumes de primeur, recherchés pendant l'hiver dans les pays du Nord.
Tous les légumes de France y sont cultivés avec succès ; mais les ArtichautSy les Tomates, les Pommes de terre, les Haricots verts et les Pois font surtout l'objet d'une exportation considérable.
En 1907, la production maraîchère de notre colonie a été évaluée à 5 millions et demi de francs pour l'exportation et à environ 3 millions et demi de francs pour la consommation locale, soit, en tout, 8 millions et demi.
C'est surtout dans le voisinage de la mer, à proximité des ports desservis par des services réguliers de bateaux, que celte culture est pratiquée. La région d'Alger, puis celle de Philippeville et le littoral oranais sont les principaux centres de production.
D — Les Fruits.
Production des fruits tropicaux. — Les arbres fruitiers des pays tempérés donnent rarement de bons produits lorsqu'on les cultive dans la zone intertropicale. Seuls, le pêctier et la vigne peuvent être introduits avec succès dans les parties élevées des montagnes.
Beaucoup de coloniaux se consolent de l'absence de ces produits par la préférence même que leur goût donne à certains fruits des tropiques. Sans partager absolument leur avis, sachons être éclectiques efe attachons-nous à distinguer les meilleurs d'entre ces fruits et à en cultiver les variétés qui ont atteint le plus haut degré de perfection.
Certains sont d'ailleurs excellents et il en est qui tendent à prendre une place de plus en plus grande sur les marchés de la métropole même, lorsque leur constitution leur permet de supporter de longs voyages et lorsqu'ils parviennent dans la saison de pénurie de fruits indigènes.
L'extraordinaire développement pris dans ces dernières années par le commerce des oranges, des dattes, des ananas, des cocos, et surtout des bananes, montre que cette question a une réelle importance, au moins pour celles de nos colonies qui sont les moins éloignées de la métropole.
La consommation des fruits tropicaux augmentera certainement en France lorsqu'ils arriveront plus nombreux sur les marchés, ce qui permettra d'abaisser le prix de vente. Mais pour que ces fruits soient appréciés à leur juste valeur, il faut qu'ils soient consommés à
bonne maturité. Il est nécessaire, en conséquence, qu'ils aient acquis toutes leurs qualités au moment de la récolte et qu'ils arrivent ^ur les marchés en parfait état de conservation.
Les cultures fruitières pourraient occuper une place importante en Basse-Guinée et au Dahomey, par exemple. La traversée de la Guinée en France s'efTeclue en une douzaine de jours et pourrait être réduite, avec des paquebots à marche rapide.
L'expédition des fruits n'exige pas, d'ailleurs, de grands ajnénagements à bord des navires. Les ananas et les bananes, notamment, supporteraient le voyage en étant simplement placés dans une cale spéciale pouvant s'aérer facilement. Pour les mangues et les avocats, une chambre froide où la température pourrait être maintenue à 5 ou 6<* G. au-dessus de zéro, assurerait à ces fruits une bonne arrivée en Europe. Mais ces installations sont indispensables; elles existent d'ailleurs sur les paquebots de Compagnies de navigation étrangères, tels que ceux qui transportent les bananes des Canaries en Angleterre.
Histori(|ue. — L'Oranger. — Le Bigaradier. — Le Mandarioior. — l^ Citronnier. — Le Ccdralicr. — l^e làmier. — Le BergamolUer. — Le I*amplemou»sicr. — Usages et emplois. — Essences et extraits. — Production.
Les Oranges, Citrons et fruits voisins appartiennent au genre Cilrus, de la famille des Rutacées. Ils sont connus sous le nom général d'Agrunies dans la région méditerranéenne, où ils sont produits en grande abondance.
Historique. — Ce sont de petits arbres originaires de l'Asie orientale et australe, Chine et Cochinchine, d'où ils se sont répandus dans les autres parties du monde. L'Europe a reçu le Bigaradier à l'époque des croisades (Nice en faisait commerce au xiv*^ siècle) ; le Mandarinier n'a été introduit qu'en 1800 et, en Algérie, seulement vers 1850.
BDITS (25
Los Grec» et les Komain» n'oni pas connu roranfor et on présume que cet arbre n"a élé cultivé qu'assez tard dans l'Inde occidentale et à Ceyian,
Cependant, le sanscrit avait un nom pour l'orange : Sagaritnga. dont tes Arabes ont fait Naritnj, les Italiens Narnnti, Aransi et qui est devenu pour nous Orange.
Les oranger» et citronniers sont des arbres trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en donner ici luie longue descriplion : nous nous borneruns à indiquer sommairement les caractères qui permettent do distinguer les unes des aulres les principales espèces.
L ' Oranger proprameut dit {Citrus Aurantium Linné) (fig- 45). Feuilles ayant le pétiole ailé; fleurs blanches; fruit ayant une /orme gêné'
paiement sphcrique, parfois p ^^ obinoir (fleurs ovoïde; graines à embryon ' ' ut fruit),
non teinté de verl. Il en existe de nombreuses variétés de saveur parfuiadélicieuse.
Le Bigaradier {Citrus liigaradia Risso et Poileau), Orange anièrc. Très voisin de l'oranger. L'arbre a une t<)llle uii peu moindre; le pétiole est plus largement ailé ; la (leur est plus grande; le fruit', rugueux el teinté de rouge, a une écorce très aromatique et amère et une pulpe à sue abondant, acide el très amer. Le Chinois est une variété de bigaradier à petites feuilles et à petits fruits, à pulpe acide.
Le Handarinier [Citrus nobilis Loureiro, C. deliciona Tenore) est de plus petite taille que l'oranger (2 A 5 mètres), à jeunes rameaux épineux, A feuilles de petites dimensions, ayant le pétiole non ailé. Les Heurs sont blanches, petites ; le fruit est petit, de la grosseur d'une pomme d'api, globuleux, déprimé aux deux pôles.
La ^ul|>e cunlicjit un suc abondant, sucré, délicieux ; les graines ont un embryon vert.
Le Citronnier (CUrus Limonum Bisso, C. medica Linné. var. aeida). — C'est le citronnier des Français, le Lemon des Anglais, le Cedro des ItaUcns. Arbrisseau moins élevé que l'oranger, â feuilles d'un vert glauque, les jeunes purpurines, à péliole non ailé; les fleurs sont blaucties, leinlées de pourpre extérieurement; le Iruil est ovoïde ou obloiig, mamelonné au somme), jauue soufre, à écorce mince, rugueuse ou lisse, aromatique et amène; la pulpe possède un suc abondant, très acide, parfumé, L'embrj'on n'est pas coloré. Il existe en Indochine une curieuse variété de citronnier désignée sou» le nom de Main de Bouddha, dont le fruit est formé par les carpelles indépendants sur une grande partie de leur longueur, digitéa, dont l'ensemble simule une main.
Le Cédratier {Citrus medica Hisso), voisin du citronnior, en diffère par ses rameaux plus robustes: ses
PiK. 46. ~~ CËDhtTiER. Pig. 47. — Cithov lihirr.
feuilles plus grandes ; moins glauques, par son fruil plus volumineux (fig. 4U), 1res gros, oblong, d'abord rouge pourpre, puis JaunAlrc mêlé de vert L'écorce est très épaisse, charnue, aromatique; la pulpe, peu abon-
Le Limier (Citrus Lumia Poileau et Hisso) possède des
feuilles petites, à pétiole largement ailé. Il est voisin de l'oranger, et, comme lui, possède des fleurs de couleur blanche, mais plus petites. Le fruit est gros, globuleux ou ovoïde, jaune pâle, à écorce spongieuse (fig. 47). Il en existe deux variétés : les Limes acides, souvent confondues avec les citrpns, mais à fruit non mamelonné au sommet, cultivées dans les régions tropicales pour l'extraction du lÀme juice ; les Limes doiiceSy à fruit mamelonné au sommet, à pulpe douce.
Le Bergamottier. — La BergamoUe {Citrus Bergamia Risso et Poiteau) diffère des Limes par ses fleurs plus petites; son fruit de volume moindre, piriforme ou plus ou moins arrondi ou anguleux, non mamelonné; son écorce jaune pâle; sa pulpe légèrement acide, parfumée.
Le Pamplemoussier. — Le Pamplemousse (Citrus Decumana Murray), PompoléoUy Shadock. — L'arbre, de 5 à 10 mètres de hauteur, possède des rameaux robustes. On le distingue facilement des autres arbres du même genre, par ses jeunes pousses, velues au lieu d'être glabres; les feuilles très amples (10 centimètres x 5 centimètres) ont un pétiole largement ailé ; les fleurs, grandes (3 à 5 centimètres), d'un blanc pur, ont les pétales épais; le fruit, globuleux, déprimé est très volumineux, atteignant la grosseur de la tête d'un enfant ; il possède une écorce très épaisse et une pulpe peu abondante, à suc acide, plus ou moins amer.
Usages et emplois. — La plus grande partie des Agrumes se consomment en nature ; d'autres, au contraire, exigent une certaine préparation, comme, par exemple, les Pamplemousses et leurs variétés, que les Américains désignent sous le nom de Pomelo'ei dont ils font, ainsi que les Anglais, une très grande consommation. Ils les mangent au premier déjeuner après les avoir coupés en fragments et glacés avec une grande quantité de sucre. Ils attribuent à leur amertume des propriétés toniques et apéritives.
i28 PRODUITS DU RÈGNE VÉGÉTAL
Essences et extraits. — La Bigarafie est employée en confiserie ; on en fait les confitures d'Oranges amures, objet dune industrie importante en Angleterre.
Les jus d'Oranges et de CitronSy extraits au moyen de presses spéciales, peuvent être consommes directement avec addition de sucre; ils constituent, étendus d'eau, des boissons hygiéniques très précieuses.
Le jus de Citron préparé industriellement, sous forme de conserve, sert de base à d'excellentes boissons. L'acide citrique est contenu dans le jus de citron dans la proportion de 5 à 7 p. <00.
Vécorce de VOrange douce et de VOrange amère^ celle de la Mandarine servent à préparer des liqueurs, notamle Curaçao.
Les Cédrats, les Chinois confits, la peau de Citron et d'Orange, préparés au sucre, sont des objets de consommation importante.
Le zeste, ou écorce du fruit, de la plupart des Agrumes contient des essences logées dans les glandes de la partie superficielle. L'extraction de ces essences est une véritable industrie qui atteint en Italie, pour le citron et le bergamotte seuls, 800.000 kilogrammes d'une valeur de 12 millions de francs.
On extrait aussi des essences des feuilles et des Heurs de plusieurs Citrus. Telles sont :
\/ essence de Néroli, obtenue par la distillation, avec de l'eau, des fleurs du Bigaradier. Cette essence sert en parfumerie ; elle est la base de l'eau de Cologne;
Veau de fleur d'Oranger;
Vessence de petit grain, que l'on obtient par la distillation des feuilles de plusieurs Citrus : bigaradier, mandarinier, bergamottier, citronnier, etc., donnant dans chaque cas un produit de qualité et d^ valeur différente.
Sous les tropiques, l'oranger et ses congénères sont des arbres de 3 à 4 mètres de hauteur, cultivables dans les régions à température moyenne supérieure à i4° C. et où il n'y a pas de périodes de froids continus au-dessous de -f 3'à + 4*>C.
PLANTES ALIMENTAIRES '. FRUITS i29
Production. — En France, les oranges de vente ne sont produites que dans les Alpes-Maritimes et la Corse; la récolte est d'environ 40.000 quintaux d'oranges et 16.000 quintaux de citron.
L'Italie méridionale et la Sicile sont les pays les plus grands producteurs d'Agrumes. Ils possèdent 45.000 hectares d'orangeries et donnent une récolté dépassant 17millions de quintaux de fruits, d'une valeur de 75 millions de francs.
L'Espagne produit 3 millions de quintaux de ces fruits.
L'Algérie en récolte 250.000 quintaux et en exporte 53.000.
La Tunisie en produit beaucoup moins.
La culture des Agrumes est en voie d'extension rapide dans toute la région méditerranéenne. Les Américains rétendent également d'une manière considérable aux États-Unis. ^
D'après M. le D"" Trabut, botaniste du Gouvernement à Alger, auquel nous empruntons ces chiffres, la France consomme chaque année 588.000 quintaux d'Agrumes représentant plus de 20 millions de francs. Sur ce chiffre elle achète : 500.000 quintaux à l'Espagne, 20.000 quintaux à l'Italie, 51.000 à des régions diverses.
L'Algérie ne lui en fournit encore que 53.000 quintaux. Cependant notre colonie pourrait étendre beaucoup la culture des arbres producteurs. C'est surtout dans les gorges de la base des montagnes, en situation abritée, que les orangeries sont établies, mais les plaines du littoral leur conviendraient également, partout où l'irrigation est possible.
On récolle d'excellentes oranges à Caïbé (Cochinchine) et à Vinh (Nord Annam). La Réunion possède une délicieuse petite mandarine appelée Vanganaye^ et Tahiti récolte également de très bonnes oranges.
PRODUITS COLOnuUX.
Fig. 48. ~~ ANtNAS DE CAIENNE a FBCILLIS uu&i.
Tait ananas- Il a été introduit dans les autres parties du mondo vers la fin du wi' aièele, nolammeiit par les Portugais dans rinde où sa culture a pris une extension considérable. Il est venu en Europe à la fin du KViii' siècle, pour y devenir l'objet de cuKures dispendieuses qui faisaient de ce fruit un objet de grand luxe; mais, grâce aux moyens de transports devenus rapides et économiques, l'ananas est entré aujourd'hui dans la consommation courante.
Description. — L'ananas est une plante vîvace à tige
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courte, souterraine, produisant une touffe de feuilles disposées en rosette, longues et étroites, souvent épineuses sur les bords. Du centre de ce bouquet s'élève une tige florifère couronnée d'un épi de fleurs de couleur bleuâtre (flg. 48).
Lorsque la floraison est passée, toutes les parties de l'inflorescence se développent, deviennent charnues, se soudent entre elles et constituent un fruit succulent dans lequel toutes les graines sont généralement avortées.
Ce fruit est terminé par une petite couronne de feuilles qui se développent dans la prolongation de l'axe. 11 est sptiérique ou plus ou moins allongé, variant de la grosseur du poing à celle de la tète d'un homme, atteignant parfois le poids de 4 kilogrammes. 11 contient un suc plus ou moins acide ou sucré, délicatement parfumé.
Il en existe un bon nombre de variétés caractérisées par leurs feuilles lisses et inermes ou bien piquantes, à bords épineux. Il en existe aussi de hâtives et de tardives. On peut citer parmi les plus améliorées : A. de PeniambouCf Cayenne à feuilles lisses, Baronne de Rothschild, Comte de Paris, Abacaxi, Red Spanish.
Culture. — La multiplication de l'ananas se fait à l'aide des oeilletons qui se développent à l'aisselle des feuilles ou à la base du fruit; ou bien encore à l'aide de la couronne, c'est-à-dire du bourgeon feuille qui se développe au sommet du fruit et que l'on détache au moment de la récolte. C'est la couronne qui donne les plus beaux produits, mais comme elle accompagne toujours le fruit sur le marché, il est rare qu'on puisse l'utiliser en culture.
La plante demande un sol avant tout découvert, en plein soleil. Les coteaux nus ou dénudés aux environs de Singapour ont de superbes plantations d'ananas. On peut planter en sol médiocre, mais les résultats sont meilleurs lorsqu'il est fertile, additionné d'engrais. Les
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cultures des environs de Saigon sont en bon terrain, mais établies à Tombre des forêts, comme culture secondaire.
La plantation des œilletons se fait au moment de la saison des pluies et des fortes chaleurs, en les disposant en lignes espacées de 2 mètres et à une distance de 50 centimètres les unes des autres sur les lignes, ce qui permet d'avoir 10.000 plantes à l'hectare. Des irrigations sont nécessaires en saison sèche.
La plante fleurit huit à dix mois après la plantation ; le fruit est mûr, bon à récolter, quatre mois après la floraison. Lorsque le fruit est coupé, le pied repart d'une nouvelle pousse (comme le bananier) qui fleurit à son tour. On peut conserver ainsi la plantation pendant trois ou quatre ans, mais il est préférable de replanter après la première récolte.
Les fruits destinés à l'exportation doivent être cueillis avant complète maturité. Leur teneur en acide est assez forte pour obliger les ouvriers qui les manipulent, et qui les mettent en tranches ou barres de conserve, à porter des gants en caoutchouc.
Ce fruit délicieux et, de l'avis général, l'un des meilleurs du monde entier, est consommé frais; mais préparé en boîtes de conserve (fruit entier ou barres), il constitue encore un dessert très apprécié dont la vente a pris un développement considérable.
On en obtient un vin par fermentation, qui donne luimême à la distillation, une eau-de-vie d'un goût et d'un arôme très agréables.
Productioii. — Les ananas consommés en Europe proviennent presque tous des Açores et des Canaries où la plante est cultivée sous abris. La culture en serre, en France, est presque abandonnée et ne se pratique plus guère que chez un petit nombre de riches amateurs. Nous consommons surtout des conserves fabriquées à Singapour qui en expédie chaque année pour plusieurs millions de francs en Europe (642.033 caisses représen-
PLANTES ALIMBNTAIBBS : FRUITS i33
tant 20 millions de fruits d'une valeur dépassant 7 millions de francs, en i909). On en prépare aussi aux Antilles françaises, et la Cochinchine commence à reprendre cette industrie après un premier échec dû à la concurrence de Singapour. La Floride récolte annuellement plus de 15 millions de fruits.
On trouve l'ananas dans toutes nos colonies : il croît mênie à l'état subspontané en Guinée. Le maipouri de Cayenne est renommé.
Avec les aménagements appropriés de nos paquebots, Tananas frais peut résister à plus de quinze jours de voyage.