‹ Les produits coloniauxChapitre 27 sur 199 · LE MANGUIER · texte numérisé non relu

LE MANGUIER

fifl Mangue et le M&ngo. — Cullure.

Le Manguier {Mangifera indica Linné) appartient à la famille des Anacardiacées. Le fruit de cet arbre bienfaiteur, la mangue, est ce qu'on peut appeler un « fruit de conversation » : il n'en existe pas sur les mérites desquels on ait tant disputé. Comme le rapporte plaisamment M. Jumelle, ail y a ceux qui l'aiment parce qu'il sent la térébenthine, et ceux qui arrivent à en aimer la térébenthine parce qu'elle leur rappelle la mangue. »

Le manguier est un fort bel arbre originaire de l'Asie méridionale, introduit dans tous les pays intertropicaux dont il constitue l'arbre fruitier par excellence. L'Amérique le reçut au xyiii® siècle. Kn 1782, une frégate française transportait des pieds destinés à Saint-Domingue; elle fut capturée et les manguiers débarqués à la Jamaïque où ils forment à présent des forêts épaisses. 11 fut introduit plus tard à Cayenne et s'y est si bien acclimaté, que c'est la Guyane qui possède aujourd'hui les' meilleures variétés. L'arbre atteint 12 à 15 mètres do hauteur. On le reconnaît aisément à ses branches touffues, à son aspect massif, souvent globuleux, sa frondaison abondante de feuilles lancéolées étroites, longue-

1 R^GNR >

mfnl atl«nuées en pointe, glalires, d'abord roses, puis

Flg. t9. — MASiiOiER {Mangiftra indiea] en fLEvns.

nmgns dans le jeune Sgo, d'un verl foncé brillant à l'i'lal adnlte, donnant niio ombre é|>iiissp; à ses flonrs pelilcs d'un blanc rusé, disposées i-n paniciiles terminale!

PLANTES ALlUBKTAIRfis : FtlDIÎS 13S

ciresséen, auxquelles succèdent des Truits si abondanls. qu'ils font ployer les branches sous leur poida [fig. 49).

La Mangne et le Han^- — Le fruit, la mangue, cai une drupe de Torme el de couleur variables, ^énêralemenl allongée, réniforme, un peu déprimée, quelquefui»

arrondie, verte, lachetéc de brun, jaune oïl rougeâtre A la malurilé, mesurant de 10 A SO centimètres de longueur, pesant parfois plus de 500 grammes, mais ne dépassant pas habiluellcment le volume d'une poire de taille moyenne. Sa

couvre une chair

jaune ou roujreAlre,

juteuse, au milieu

de laquelleontrouve

un gros noyau plat, de la fur

lent des fibres pli

du fruit, d'où piirlonjrue.'i qui pénéircnt dans ihajr qui l'entoure (fig. SO). Dans le fruit sauvage, !e mango, le noyau, 1res gros, possC-de de longues fibres ; la chair est réduite et a une saveur de térébenthine très accentuée ; mais il existe de nombreuses variétés à chair moins filandreuse, abondante, juteuse, parfois sans goût de térébenthine, à saveur fine, parfumée. Ces variétés, RU nombre de plus d'une centaine, sont souvent localesi mais il arrive que la même mangue porte des noms différents dans divers pays; aussi y aurait-il grande utilité

à en entreprendre l'étude pour introduire plus de clarté dans leur nomenclature.

Certaines de ces variétés, comme les mangues A/pAofise ou M. de Jaffna, de Bombay ou M. de Peter, sont des fruits sans filaments, à noyau peu développé et à saveur délicieuse. Il en est de même des M. Preycinety d'Or, Divine (des Antilles), qui, pour les amateurs, sont au premier rang des meilleurs fruits connus La M. Alphonse est la plus estimée.

Culture. — La multiplication se fait au moyen du noyau qui donne alors des fruits quelconques, comme c'est le cas pour les arbres fruitiers des pays tempérés : poirier, pommier, pêcher, etc. De même que pour ces arbres, la reproduction des variétés s'obtient par la greffe sur sujets issus de semis. Au greffage par approche, autrefois le seul employé, on préfère maintenant Técussonnage en placage sur jeunes arbres de dix-hyit mois à deux ans. On peut commencer à récolter quelques fruits deux ans après cette opération.

Les arbres de semis, abandonnés à eux-mêmes (francs de pied), ne commencent à fructifier que vers l'Age de cinq ans. Certaines variétés très bonnes peuvent garder leurs qualités même, à l'état d'arbres francs de pied (on peut même par le moyen du semis obtenir parfois des variétés nouvelles), mais la plupart donnent le mango, fruit sauvage qui a ses amateurs à cause de son goût prononcé de térébenthine. Le mango est généralement petit de taille et de forme ovoïde ou arrondi.

Le manguier demande un sol profond et drainé et des pluies suffisamment abondantes, avec une chute annuelle d'environ un mètre. Une altitude dépassant i. 000 mètres lui est défavorable. C'est au-dessous de 400 mètres, en région chaude et en sol fertile, qu'il donne les meilleurs résultats.

Dans le verger, les arbres doivent être espacés de 40 mètres en tous sens. Aux Antilles, le manguier fleurit et fructifie pendant presque toute l'année ; la production

est surtout abondante de mars en août. A la Réunion et sur la côte orientale de Madagascar, les fruits mûrissent surtout de novembre à janvier. En Gochinchine, les premières mangues {Cai Xoaï) apparaissent en janvier-février et sont parfois achetées par les riches Chinois jusqu'à une piastre pièce, comme primeur; mais la pleine saison des mangues en Indochine est avril-mai. Très friand de ce fruit, TAnnamite n*en attend pas la maturité, ce qui est la cause de cas fréquents de dysenterie. Les maladies cholériformes et la mortalité sont plus nombreuses pendant la saison des mangues.

La mangue est un excellent fruit de dessert à consommer frais; on l'emploie aussi glacé, en marmelade, en gelée. Avant maturité, elle peut être utilisée en compote.

Le rapide blettissement de la mahgue à la maturité la rend très rare et chère sur le marché des fruits coloniaux en Europe; cependant, on en reçoit d'acceptables des Antilles lorsqu'elles sont convenablement emballées, avec un déchet qui ne dépasse pas iO p. 100; mais la vente de ce fruit, comme de tous ceux que nous apprécions aux colonies, doit compter avec l'éducation du goût du public acheteur.

Page 1