LE BANANIER
• OriKiii«. — Descriplion. — Variétés : AVtisa Sapientum. — JUusa paradisiaca. — Musa sinensis., — Musa Feki. — Musa Ensete. — Musa textilis. — Culture. — Emplois. — Commerce.
La Banane, fruit du Bananier, est l'une des productions végétales les plus précieuses des régions tropicales où elle sert à la nourriture d'innombrables populations. On en connaît des centaines de variétés. Les botanistes ont essayé de les grouper en plusieurs espèces que Ton peut considérer comme descendant d'une seule, très anciennement cultivée, et qui serait originaire de l'Archipel indien : le Musa Sapientum Linné, de la famille des Musacées. Nous ne parlons ici, bien entendu,
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que ilcH bananicra habituellement cullivéfl pour leurs fruils, car on connaît une vingtaine d'espèces de Musa assez nettement caractérisées.
Fig. 5i, — Bananier bt son régime.
Le nom du genre vient du mot arabe Mouz ou Mautii ; le nom .tpécifiquc fait allusion A la légende d'après laquelle les Snges anciens avaient coutume de s'asseoir à l'unibre de la plante et de deviser en en mangeant les
fruits.
Origine. — La très grande ancienneté de la culture
du bananier en Asie lui a permis de bonne heure de s'introduire en Afrique, et plus tard en Amérique : les Espagnols le portèrent à Saint-Domingue, en 4516; les Portugais au Brésil.
Description. — Le bananier cultivé est bien connu dans ses caractères généraux ; aussi nous dispenseronsnous d'en donner une longue description.
D'une souche vivace» ou rhizome, naissent de très grandes feuilles constituées par une longue gaine terminée par un limbe étalé, d'une ampleur considérable. Os gaines, en s'emboîtant les unes dans les autres, simulent un tronc épais, herbacé, couronné par un panache de feuilles du milieu duquel naît une longue inflorescence recourbée vers le sol {régime). Cette inflorescence est un épi ; elle porte de nombreuses bractées membraneuses vivement colorées en violet ou en rouge brun, à Taisselle de chacune desquelles se développe une rangée de fleurs sessiles. A ces fleurs succèdent des fruits, presque toujours dépourvus de graines dans les variétés cultivées.
Un régime à maturité peut porter de 10 à i2 maiiis (rangées de fruits), chaque main étant formée de 3 à 20 bananes. Certains régimes arrivent à peser une trentaine de kilogrammes (fig. 51).
La fructification détermine la mort du tronc qui lui a donné naissance; mais il naît de la souche commune d'autres bourgeons (rejets) qui assurent la survivance.
Variétés. — Les innombrables variétés de bananiers peuvent être rattachées à 3 grands groupes, d'ailleurs facilement reconnaissables par leurs caractères extérieurs.
Au premier groupe. Musa Sapientumy Figuier- Banane ou Banane-Figue^ appartiennent des plantes à tronc de 2 à 4 mètres de hauteur, moucheté de brun, à feuilles ayant un pétiole relativement court etu«i limbe de 4 à 2 mètres de long, arrondi au sommet, bordé d'un filet verdAtre.
Les fleurs stériles de rextrémité du régime et les bractées qui les accompagnent sont caduques. Les fruits, relativement petits, sont presque droits (à peine arqués), non ou à peine anguleux, à peau fine, à chair tendre, sucrée, comestible à l'état cru, dans certains cas parfumée et très agréable. Ce sont des fruits de dessert.
Au deuxième groupe, Musa paradisiaca Linné, Bananier commun, se rattachent des bananiers à tronc vert, sans mouchetures, à feuilles plus longuement pétiolées et dont le pétiole est canaliculé par suite du relèvement de ses bords. Les fleurs stériles sèches de l'extrémité du régime et les bractées qui les accompagnent sont en grande partie persistantes. Les fruits plus grands (Ib à 30 centimètres de long) sont arqués, anguleux, à peau épaisse, à chair plus ferme, peu sucrée.
Ces fruits se mangent cuits, comme légume féculent, récoltés avant maturité.
Au troisième groupe, Musa sinensis (M. cfiinensis Sweet, M. Cavendishii Lambert), Bananier de Chine, appartiennent quelques variétés seulement, caractérisées par leur tige courte, mais très grosse, leurs feuilles brièvement pétiolées, glauques à la face inférieure. Les fleurs stériles de l'extrémité du régime et les bractées qui les accompagnent persistent en grand nombre. Les fruits, au nombre de 200 parfois sur le régime, sont oblongs, un peu arqués, à peau un peu épaisse, à chair sucrée, parfumée. La variété Johnston est l'objet de cultures très importantes aux Canaries. Elle peut être cultivée sur le littoral algérien, mais seulement dans les situations bien exposées et abritées.
La banane de Chine voyageant le plus facilement, est la plus estimée pour le transport sur les marchés d'Europe.
Le Musa Felii Bertero, Fehi de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie, est une espèce distincte. A Tahiti, il forme de véritables forêts dans la montagne, jusqu'à 1.200 mètres d'altitude. C'est une grande plante qui peut atteindre 5 à 6 mètres de hauteur, remarquable par sa tige et ses feuilles q\ii contiennent un suc violet.
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Le fruit se consomme surtout après cuisson; sa chair, rouge à l'état frais, prend alors une coloration jaune. Le régime porte une quarantaine de fruits d'environ 15 centimètres de longueur, anguleux.
Le Musa Ensete Gmelin, ou Bananier d'Abyssinie, est une espèce superbe, fréquemment cultivée dans les serres d'Europe, de même en pFein air dans les jardins, pendant Tété, où elle joue un rôle ornemental de premier ordre. (Test la plante alimentaire par excellence pour les Gallas, qui font leur nourriture de la farine raclée des pétioles des feuilles.
Le Musa textilis Née, ou Bananier textile, n'est cité ici que pour mémoire, car il est cultivé exclusivement pour ses fibres (Abaca ou Chanvre de Manille). Nous en parlerons plus longuement ailleurs.
Culture. — Les bananiers peuvent vivre dans les pays où la température moyenne est de 18<» G. et ne s'abaisse pas au-dessous de zéro; mais c'est dans les régions à température moyenne d'au moins 22^ G., avec faibles écarts, qu'ils donnent les meilleurs résultats. Dans les pays les plus chauds» on peut les cultiver jusqu'à 4 200 mètres d'altitude ; leur végétation est moins bonne à une plus grande hauteur.
Leur multiplication se fait à l'aide des rejets qui se développent sur la souche.
On établira la bananeraie sur un emplacement découvert, aéré, mais à Tabri des vents violents. Le sol sera meuble, profond, fertile, car le rapport énorme du bananier en fait une plante très épuisante.
Les rejets ou drageons doivent être détachés avec précaution de la plante mère et plantés de manière à ménager un espace de 3 à 4 mètres entre eux. On a ainsi de 1.000 à 1.500 bananiers à l'hectare, pouvant donner 3 à 4.000 régimes dont le poids atteint 50.000 à 70.000 kilogrammes.
L'entretien des bananeraies consiste, dans les pays où les pluies sont suffisantes, à détruire les mauvaises
herbes et les rejets surabondants qui épuiseraient inutilement le sol. Dans les pays moins pluvieux, il est nécessaire d'irriguer pendant la saison sèche.
Les régimes sont obtenus dix-huit mois environ après la reprise des drageons. Après la récolte, exécutée à la serpe, on coupe les troncs qui ont porté fruit et qui, de ce fait, sont voués à l-a mort. Les repousses donnent la récolte suivante.
Les apports d'engrais sont nécessaires et aux Canaries, l'emploi des engrais chimiques est entré dans la pratique courante.
Une bananeraie bien entretenue peut durer une vingtaine d'années.
Emplois. — On connaît l'emploi de la Banane-Figue ou Figue-Banane et de la Banane de Chine comme fruits de dessert. L'usage s'en est répandu ajuste titre dans les pays extra-tropicaux et il n'est pas douteux que le chiffre de la consommation continuera à s'accroître.
La banane proprement dite est au contraire un véritable légume. Pour les consommer, les fruits doivent être récoltés avant la maturité, alors qu'ils sont encore verts et que l'amidon qu'ils renferment n'est pas encore transformé en sucre. Dans cet état, la pulpe contient environ 65 p. 100 d'amidon, 3 p. 100 de matières azotées et 1 p. 100 de sucre.
Ce fruit est consommé rôti, cuit à l'eau, avec la viande ou le poisson.
On peut conserver les bananes en les coupant en lanières ou en rondelles et en les desséchant au four ou au soleil ; on peut aussi les dessécher, puis les pulvériser, pour obtenir le produit connu sous le nom de farine de banane, préparée surtout dans l'Amérique centrale. La farine de banane est maintenant introduite dans l'alimentation des enfants et des adultes de constitution faible; on peut en tirer une eau-de-vie ou utiliser, pour cela, directement la banane coupée en morceaux.
Certaines exploitations récollent non seulement les fruits, mais emploient les troncs industriellement (surtout à Java), pour l'extraction d'une fibre que des machines spéciales préparent en vue de la confection de tissus et de cordages. Nous verrons qu'une espèce particulière, le M. textilis, est cultivée exclusivement comme plante textile.
Le tronc haché du bananier donne un fourrage apprécié des Bovidés et des éléphants.
Commerce. — C'est aux États-Unis que la consommation des bananes a pris le plus de développement. Les Antilles et l'Amérique centrale : la Jamaïque, Cuba, le Nicaragua, la Colombie, le Honduras, les îles Hawaï, le Costa-Rica sont les principaux pays producteurs. Des bateaux spécialement aménagés à cet effet y embarquent des régimes pour les transporter aux États-Unis. En 1907, la récolte des bananes au Costa-Rica a été d'environ 10 millions de régimes. Le nombre des bateaux qui ont chargé des bananes à Port-Lemon (Côsta-Rica) a été de 400 en 1906; 102 navires et 7.000 employés ont assuré ce service de transport.
Aux États-Unis, la vente des bananes dépasse annuellement 400 millions de francs. Après ce pays, c'est l'Angleterre qui consomme le plus de ces fruits (7 millions de régimes en 1907). En France, la vente s'accroît d'année en année : en 1890, le nombre des régimes importés était à peine de 600; il était de 6.000 en 1895 et a atteint 350.000 en 1907.
Les Canaries possèdent de très importantes bananeraies exclusivement plantées en bananier Johnston {Musa chinensis) ; ce sont elles qui alimentent en partie les marchésT européens. En 1907, les ports de Las Palmas et de Ténériffe ont exporté près de 2 millions et demi de régimes valant 45 millions de francs.
Gomme on le voit, il y a là un article de commerce important, qui peut se développer considérablement avec le concours entendu des compagnies de transports.
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Elles ont intérêt à accueillir ce fret par des installations spéciales que Toutillage frigorifique rend maintenant moins onéreuses. Les Antilles, la Réunion, la côte occidentale d'Afrique pourraient trouver ainsi un nouvel élément de commerce rémunérateur.