LA VIGNE
La vigne sous les tropiques. — Vigoes saurages. — Viticulture en Algérie et
en Tunisie.
La Vigne [Vitis vinifera Linné), de la famille des Ampélidacées, a donné naissance à toutes les variétés ou cépages cultivés en Europe : ceux d'Amérique appartiennent à d'autres espèces : V. riparia, rupesiris, labruscaf cordifolia, etc.
La vigne et le vin apparaissent à l'aurore de l'époque historique : « Noé commença à devenir un homme des champs, planta la Vigne, but du vin et s'enivra », nous dit la Genèse.
Nous n'entreprendrons ici ni la description de la vigne qui joue un si grand rôle dans notre agriculture métropolitaine, ni celle de sa culture et de la vinification, ce qui nous entraînerait hors des limites que nous nous sommes tracées. Qu'il nous suffise de rappeler que la teneur en alcool des vins est corrélative de la teneur en sucre du raisin. Les vins naturels contiennent de 5,5 à 15 p. 100 en poids d'alcool ; au delà de cette proportion, ils ont été alcoolisés après fermentation.
La possibilité de la culture dépend du climat et la qualité du produit : du climat^ du 8ol et du cépage.
La vigne peut croître dans les pays tropicaux, mais elle y donne de mauvais produits, parce qu'il n'y a pas de période de repos pour elle dans ces régions et qu'elle y pousse tout en boiSy à cause de la vigueur de la végétation. A force de soins coûteux, un petit vignoble put être créé au Cap Saint-Jacques, en Cochinchine, mais il dut être abandonné au bout de quelques années ; on a pu y manger des raisins délicieux, mais ce sont des exceptions. A Hanoï, quelques amateurs soigneux ont de beaux ceps dans leur jardin, dont les fruits sont acceptables. Mais il ne faut pas insister pour une culture en grand lorsque le climat n'est pas comparable au climat tempéré, et celui-ci ne peut guère être espéré dans nos colonies intertropicales que par des effets d'altitude.
Il existe dans quelques-unes de nos colonies : le Haut Oubanghi, le Soudan, la Cochinchine, des vignes sauvages rattachées au genre Cissus, mais dont l'intérêt est nul en ce qui concerne l'utilisation de leurs fruits. L'une d'elles, le Vitis cochinchinensiSy porte des grappes qui pèsent jusqu'à 2 kilogrammes, mais le jus en est acide et peu abondant.
En Algérie, la vigne réussit partout dans la région du Tell, surtout sur les collines et dans les plaines du lit'
PLANTES ALTMfiNTAIRKS : FRUITS i55
loral. C'est à l'invasion phylloxérique en France qu'est dû le développement du vignoble algérien. En 187i, sa superficie était seulement de 40.000 hectares ; elle s'étend aujourd'hui sur 125.386 hectares (1909). La production annuelle, dans cette même période, a passé de 200.000 hectolitres de vin à 8.229.000 hectolitres (en 1909). En Tunisie, la récolte du vin atteint environ 300.000 hectolitres, En 1909, la France possédait 1.625.629 hectares de vignes produisant 54.445.860 hectolitres pendant les bonnes années.
On désigne sous le nom de mistelle, un mélange de moût de raisin et d'alcool. La mistelle sert de base à la préparation de toniques alcooliques, de vins apéritifs, etc. C'est uniquement l'Algérie qui en approvisionne la France. 11 en est exporté annuellement une moyenne de 150.000 hectolitres valant environ 4 millions de francs.
Par contre, l'Algérie ne fabrique et n'exporte que de mininies quantités de vins de liqueurSy bien que cette industrie pourrait être florissante sur les points où la température élevée permettrait de pousser la maturité du raisin.
Comme en France, on lutte contre le phylloxéra à l'aide de porte-greffes américains sur lesquels on greffe les cépages réputés.
L'Algérie et la Tunisie possèdent, sux leur littoral, des expositions privilégiées pour la production du raisin de table de primeur. Le Chasselas de Fontainebleau y mûrit habituellement dans la première quinzaine de juillet et quelquefois dès la fin du mois de juin; il peut être exporté avec grand avantage sur les marchés du Nord. L'exportation de raisins de table d'Algérie est d'environ 40.000 quintaux.