LE CAFÉIER
Ilisloire. — BoUniquo. — Le caféier d*Arabie. — Variéiés. — Climal el sol. — Conduite des cultures. — Semis. — Kécoltc et rendements. — Préparation du café. — Maladies du caféier. — Caféier de Libéria. — Coffta. rohiusta; C. congensis ; C. Humblotiana. — Production et commerce. — Sortes commerciales. — Propriétés.
liO caféier, écrit forl justement de Gandolle, est dans l'agriculture tropicale un équivalent de la vigne en Europe et du thé en (^hine.
Il est d'origine africaine, poussant à l'état sauvage en Abyssinie, au Soudan, en Guinée et au Mozambique. De nombreuses espèces nouvelles ont clé trouvées, dans les dernières années, en Afrique occidentale, à Madagascar, aux Coniores. Linné a donné à l'espèco la plus connue le nom de Coffea arabica, peu approprié parce que ec n'est pas en Arabie qu'elle a été trouvée à lelat sauvage.
Histoire. — Ce grand produit colonial mérite une rapide notice historique.
Le nom de Café lui vient, dit-on, du nom égyptien ou oriental de Cave ou Cahoua sous lequel il était connu, dans ce pays, en 1596; peut-être le nom dérive-t-il de Ca/fa, en Abyssinie, région où le caféier pousse à l'état sauvage.
Les croisés ne connurent pas le café bien que l'usage en était répandu en Perse, à cette époque. De Perse, il se répandit dans le monde oriental et musulman, vers 1400. Le caféier fut transplanté de la haute Abyssinie auYemen, au xiv** siècle. Une légende — il y en a de nombreuses à
ce sujet —prétend que des chèvres apprirent à un moullah arabe les vertus du café parce que, les ayant vues manger des cerises de caféier, elles en parurent être plus vives et alertes, il les imita donc et en ressentit les mêmes effels. La légende, sans prétention à la véracité, est à citer cependant pour rappeler ce fait, certain et fréquent au début de Thumanité consciente et spéculative, du choix que les bêtes firent faire à Thomme des plantes utiles, alimentaires, à mettre en culture.
Quoi qu'il en soit, le caféier vivant ne fut connu en France que sous Louis XIV, en 1714, par un pied envoyé, couvert de fruits, au grand roi par le Jardin botanique d'Amsterdam qui en avait reçu lui-même, en 1690, de Batavia où le caféier venait d'être introduit d'Arabie. Le café avait, à cette époque, de nombreux détracteurs encore. En 1667 cependant, Paris eut son premier « café » ou établissement dans lequel on débitait la boisson de ce nom.
Le précieux arbuste fut déposé dans les Jardins de Marly et multiplié dans les serres du Jardin du Roy, c'est-à-dire le Jardin des Plantes d'aujourd'hui. De là, il prit son chemin vers nos colonies. Un marin, du nom de de Clieu^ s'est constitué un titre de gloire peu banal en cette circonstance. Cet enseigne de vaisseau avait emporté, à destination de la Martinique, en 1720, 3 pieds de caféier. L'eau venant à manquer, l'équipage fut réduit à la ration congrue : un verre par jour pour chaque officier. De Clieu partagea la sienne avec ses caféiers : deux périrent-, mais le troisième fut sauvé, et c'est de ce pied, planté à la Martinique, que descendirent non seulement les plantations, si florissantes depuis, de nos colonies américaines, mais également celles du Centre- Amérique et du Brésil.
Les Hollandais l'avaient introduit à Surinam en 1718; en dépit d'une jalouse protection, de la Motte-Aigron, gouverneur de Cayenne, en eut quelques pieds en cachette, en 1725, et les multiplia. En 1718 aussi, la Compagnie française des Indes l'introduisit à l'île Bourbon.
184 l>RODUITJ Dd RÈGNE VÉGRTAL
Le précieux arbusle a fait fortune dans le inonde : la consommation du caTé, annuelle et mondiale, est estimée à plus d'un milliard de kilogra
BoUnlqoe.
différeneiccs, (
- Deux espèces "partaj^enl les ci
rincipales, nettement ires : le Ceffea arabica Linné et le C. tiberica Hiern. D'autres se créent actuellement une part d'emploi dans les plantations : le Co/fea tleiwphylla Uon. et le C. robusta. Nous étudierons d'abord le caféier dans son espèce type, le C. arabica.
Café d'Arable. ~ Arbrisseau de la famille des Rubiaeiet, toujours vert, dune hauteur ne dépassant guère 6 mètres.
Feuilles opposées, ovales, portant à l'aisselle des groupes de llcurs blanches, odorantes [fig.68). Le fruit est une drupe ou baie, d'abord verle, puis jaune, enfin rouge, rappelant la cerise, A la section d'une de ces cerises, on trouve d'abord une enveloppe extérieure, pulpeuse et mucilagineusc à l'état frais, d'un goût sucré q^uand la cerise est mûre. Cette enveloppe juteuse brunit ou noircit en se desséchant, se ratatine et devient la coque (fig. 69).
L'intérieur est occupé généralement par deux noyaux accolés par leur surface plane, chaque noyau enveloppé
PLANTES ALIMBNTAIRBS : STIMULANTES
d'un tégument parcheminé, jaune clair à la dessiccation, qu'on appelle la parche.
Dans ce tégument se trouve le grain ou fève de café, lui-même recouvert d'une très mince pellicule brillante, la toison d* argent (silver fleece).
Des deux fèves accolées par leur surface plane, à sillon, une souvent avorte : alors le seul grain restant se recroqueville, s'arrondit et donne cette sorte connue dans le commerce sous le nom de caracoli.
Variétés. — Le café arabica présente un certain nombre de variétés dont quelques-unes, en dehors de la forme et de la qualité de leurs grains, se distinguent par la couleur de la cerise, qui est, par exemple, jaune dans Vamarello du Brésil, et blanche dans le leucocarpa de Sierra-Léone. Une des variétés les plus répandues est le caféier Leroy de la Réunion, à branches courtes et feuillues, d'aspect trapu et arrondi. Nous Tavons vu si fertile, en Annam, que les branches cassaient sous la charge des fruits et qu'il a été abandonné de ce fait.
11 est appelé aussi Bourbon pointu à cause de Tacumination en pointe de sa graine.
A citer encore le caféier du pays, de la Réunion, dont les graines ovales donnent le café rond du commerce, et le Maragogipe du Brésil qui a de grandes et larges feuilles, est très vigoureux et donne un gros rendement (fîg. 70).
Fifç. 69. — Fleur