BT FRUIT DU CAFÉIER
Climat et sol. — Bien que plante tropicale, le caféier d'Arabie n'aime pas les très hautes températures. Dans les régions intertropicales, il se plaît dans les conditions
Kr. 70. — C\FÉ Maragogipe (atteint par l'Hemileia}. cl les; montagnes ou les plateaux, toujours à une cer-
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tainc alUtude au-dessus de la mer. Les caféières des plaines basses donnent des produits généralement inférieurs et la plante vient surtout bien vers 600 ou 800 mètres d'altitude et jusqu'à plus de 2.000 mètres, en pays de relief. ACeylan, par exemple, les plantations ont pu naguère s'établir entre 200 et 1.700mètres; dans l'Inde, sur les Nilgherries, on en trouve à 2.000 mètres el au Venezuela ils prospèrent jusqu'à 2.278 mètres. Au Brésil, les meilleures récoltes sont obtenues entre 600 et 1.000 mètres. Nos remarquables caféières de l'Indochine, des provinces de Tuyen-Quang et de Ninh-Binh au Tonkin, sont à une altitude beaucoup moindre (à moins de 200 mètres), mais elles récupèrent par la latitude du lieu les conditions thermiques que leur donne, ailleurs, Tallitude.
Si la possibilité de cette culture dépend ainsi de caractéristiques thermiques, il est difficile pourtant de les déterminer par des limites de températures annuelles moyennes — qui d'ailleurs, en général, ne renseignent pas beaucoup, puisqu'une moyenne peut être obtenue par des amplitudes théoriquement sans limites — mais on admet les limites de températures annuelles moyennes de 15-25*' C. Les minima y sOnt plus déterminants que les niaxima, parce que des abaissements fréquents ou prolongés à moins de -f- 5° C. rendent la culture du caféier illusoire.
La pluviosité de la région est une autre déterminante, mais non absolue. Le caféier est cultivé à Java où il tombe 3 mètres d'eau par an, et en Arabie où la sécheresse, souvent, oblige à des irrigations. La moyenne de l"*,30 d'eau annuelle estimée nécessaire n'est donc qu'une expression théorique. Les meilleures conditions sont celles d'une- saison tropicale pluvieuse avec répartition des pluies, de façon à ne pas avoir une saison prolongée d'absolue sécheresse.
En ce qui concerne le sol, il faut qu'il soit perméable et profond — 1™,50 de profondeur au moins — car les racines du caféier sont pivotantes et elles n'aiment pas
rencontrer un sous-sol dur qui les arrête, les oblige à se pelotonner, et finalement compromet la croissance de la plante.
Le sol meuble argilo-sablonneux, alluvionnaire, riche en humus convient bien. On augmente sa richesse par l'apport d'engrais appropriés dont la composition sera déterminée par l'analyse chimique du sol. Les sols volcaniques, comme ceux de Java, donnent d'excellentes cultures.
Conduite des cultures. — L'aménagement d'une caféière diffère suivant le choix du terrain auquel on s'est arrêté. D'une façon générale, on aura choisi une situalion à l'abri des vents violents, sur une pente de coteau, en sol profond et riche. Ce sol peut être vierge, couvert de forêt ou de brousse, ou bien avoir déjà été mis en culture différente.
Dans le premier cas, le défrichement par la hache et le feu ne fait pas table rase de toute la végétation arborescente. 11 reste d'abord les grosses et très volumineuses souches des arbres abattus, parfois énormes, et dont l'extraction serait fort onéreuse ; il suffit de les tuer par le feu pour les empêcher de jeter des pousses nouvelles abondantes et qui pourraient appauvrir le sol aux alentours. Mais il convient généralement aussi de ménager la conservation, d'espace en espace, d'arbres entiers, à feuillage plus ou moins léger, qui constitueront Vombrage nécessaire à la future caféière. La plupart des plantations, en pays tropical, sont ombragées lorsque l'exposition, l'altitude, l'ardeur du soleil le commandent ou lorsque la sécheresse relative du climat active Tévaporation du sol. Ailleurs, les conditions étant différentes, les caféières sont laissées en plein soleil (fig. 71). C'est ainsi qu'on n'ombrage généralement pas au Brésil.
L*ombre protectrice assurée de la sorte ne doit cependant pas être épaisse : c'est pour cela que Ton choisit des espèces à feuillage découpé et à branches horizontales
Fig. 73. — CAFÏtiiiB 4 Tahatave (18 mois}.
n les choisit l'^çalcmcnt parmi les plantes dont ic's ne sunl pas lrii|) fiivaliissanli'S t-l ipii [irou-
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draient au aol la nourriture destinée au eafêier qu'elles protègent. 11 les faut robustes aussi pour résister à la force des vents.
Lorsque les arbrea-abria n'existent pas naturellement, il faut les créer. Le choix des espèces se porte de prélérencc sur celles qui ont une croissance plus rapide t(iie
le caféier, sans alteindre des dimensions trop fortes, et dont le feuillage découpé donne une ombre atlénnéo ((ig.72}.ParniileHL^9umine(«ea,au premierchcf: Albiziia, Inga, CxUalpirtia, Cassia, Acacia, Pîtiiecolobium, etc., ou bien des n lilas du Japon o.jtfe/ifl AzeUarach, Cedrcla, des Erylhrina {dadap des Javanais, madré del cacao des Espagnols), ou bien, comme dans certaines de nos cafcières du Tonkin où on donne à ces arbres en même temps une valeur économique, des Aleuriles, abrasins ou bancoaliers, dont la graine fournit une huile commerciale très appréciée (fig. 73). Souvent, en allendant que ces arbres-abris
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aient acquis une hauteur suffidante, les jeunes caféiers sont abrités par des bananiers.
Quand les plantations sont exposées à des coups de vent violents, bien que passagers, on leur aménage de distance en distance des haies en coupe-vents, pour lesquelles une bonne espèce est lé GreviUea rohusta.
Il convient de faire remarquer que ces indications sont le fruit de longues expériences et de multiples observations comparatives. Rappelons-nous l'existence de cette merveille qu'on appelle le jardin botanique de Buitenzorg, avec son annexe S* Land Planientuin de Tjikeumeuh. Il y a là des laboratoires spécifiques, dus à Tinitiative privée, dont nous chercherions vainement les similaires ailleurs. N'oublions jamais que la méthode scientifique doit toujours primer le hasard de l'observation empirique et ne raillons pas la lenteur prudente et calculée du « savant ». La moindre amélioration d'une grande culture, grâce à des indications garanties par l'expérience, se traduit sûrement par des millions de plus-value.
Semis. — Voici notre terrain prêt à recevoir les jeunes pieds de caféier. Ceux-ci ont été obtenus préalablement de semis en pépinière.
Rarement, les pieds de culture sont pris à la fortune des récoltes en forêt, ou des plants échappés de culture. Ces plants sont appelés sauvageons (Antilles entre autres) et se développent facilement autour des plantations où les graines s'égarent et viennent spontanément; ces graines perdent d'ailleurs assez vite leur faculté germi* native. C'est ainsi qu'en Annam, aux environs de Quangtri, on vous parlera d'un délicieux café « sauvage » que le hasard peut vous faire rencontrer dans la brousse ou la forêt. Ce sont effectivement des pieds qui ont atteint une hauteur respectable, échappés d'anciennes plantations établies par les missionnaires, et qui ont été abandonnées depuis.
Mais, comme le fait justement remarquer M. Jumelle, ces pieds sauvageons donnent des plants d'âges différents