LE POIVRE
Historique. — Caractères bolauiques. — Culture. — Récolle et rendement. —
Commerce. — Poivres longs.
Historique. — Le poivre, Piper nigrum Linné, de la famille des PipéracéeSy est produit par une liane ligneuse qui s'enroule autour de ses supports. II est originaire de rinde. Son nom français évoque celui de ce Pierre Poivre dont la grande figure de « colonial )» utile, mérite de nous arrêter un instant. On ne trouve ni son nom, ni sa biographie dans les dictionnaires scolaires.
Poivre naquit à Lyon, en 1719; il étudia les sciences naturelles et, après être entré aux Missions étrangères, partit à vingt ans pour TExtrême-Orient. H fut fait prisonnier deux fois par les Anglais; un boulet lui emporta le bras à Batavia. Rentré en France en 1745, après avoir
I! deuxième fûts pimr l'Asie oriejitale afiij d'y reniiilir
en quelque sorte comme ministre du roi de France, une double mission, politique et économique. Il réussit, en effet, à établir des relations commerciales entre la Franco et la Gochinchine et parvint à se procurer et à transporter à l'île de France, au prix de mille difficultés, les quelques plants d epices qui furent l'origine de leur culture dans nos colonies. A son retour, les Anglais le firent prisonnier une troisième fois. Mais il eut ensuite la satisfaction de donner toute la mesure de sa valeur, de son activité et de sa probité. Gouverneur de IMIe de France et de Bourbon, de 1767 à 1773, il en répara les désastres et jeta les bases de leur prospérité future. Ce grand colonial mourut en 1786, dans sa maison de campagne sur les bords de la Saône, où il avait passé les dernières années d'une vie singulièrement agitée, mais bien reriïplic.
Caractères botaniques. — La liane enracinée se fixe à son tuteur ou appui par des racines advenlives aériennes, sans être parasite eep(Midant, car on ne pourrait pas, dans ce cas, lui offrir des tuteurs morts. Toutefois, la question n'est pas encore entièrement élucidée.
Le poivrier a les feuilles alternes, acuminées, très vertes, palminervées (fig.87). Les inflorescences forment des épis de 7 à 10 centimètres de longueur, opposés aux feuilles. Les fruits sont des baies dont la réunion, de 20 à 50 par épi, forme des grappes pendantes. Rondes et faiblement charnues, les baies vertes rougissent à la maturité; récoltées avant la maturité, elles noircissent à la dessiccation et se couvrent de rides un peu saillantes : c'est le poivre noiry formé de la graine avec son péricarpe adhérent. Le poivre blanc, par contre, est débarrassé de son enveloppe et ne représente que la graine seule. Oi\ l'obtient en faisant macérer du poivre mûr dans de l'eau de mer, ou de l'eau de chaux, et en frottant les grains desquels se détache alors le péricarpe. Un autre procédé consiste à laisser fermenter les baies pour les piétiner ensuite.
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Le poivre blanc n'est donc pas, comme on le dit plaisamment quelquefois, du poivre qui a fait un voyage à travers le tube intestinal des oiseaux. Le poivre noir est d'autant plus lourd et moins parcheminé qu'il est plus mûr.
Les principes actifs du poivre sont : un alcaloïde appelé pipérine, une huile essentielle très odorante et une résine à saveur brûlante.
Le poivre noir est plus piquant que le blanc, mais celui-ci est plus aromatique.
L'importance de la culture du poivre en Indochine sollicite un exposé succinct des principales règles de culture.
Culture. — Plante des régions chaudes et humides, le poivrier se plait dans les terres riches en humus, sans eaux stagnantes, au bas des côtes montagneuses. Les grands vents, les trop fortes pluies et les longues sécheresses lui sont préjudiciables. Sa culture est exigeante et demande des soins constants.
La plantation, ou poivrière^ est établie par boutures, rarement par semis, car les pieds de boutures rapportent à la troisième année et ceux de semis, à la sixième ou septième année seulement.
Voici comment les Chinois opèrent à Hatien, grand centre de production, sur la côte du golfe de Siam, au Cambodge.
Mise préalable des boutures en pépinière pour enracinement. Repiquage, en novembre et décembre, après les pluies, dans des trous de 30 à 40 centimètres, à 2 mètres de distance en tous sens, soit 2.500 pieds à l'hectaro.
On accompagne chaque pied d'un tuteur mort, pieu de 2 à 3 mètres de hauteur en bois de diverses espèces, choisies parmi les bonnes résistantes à la pourriture, aux termites, etc. et parmi lesquelles, avec le palétuvier, on emploie maintenant beaucoup une sorte d'EucalyptuSy le niaouli cajeput {Melaleuca Leucadendron Linné) de la basse Cochinchine (û^. 88).
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PRODOITS D[T nëCNR VRIIKTAI.
5 pipds sont recouverts de lerro ol de
Fig. 88. — l'usTATius DE poivBiBiiR (Cochim-hine|. res nn''la[if,'(''es. (jui enn^ililiient cénornlcmenl pat
Le poivrier demande d'ailleurs une fumure répétée et, par cela, onéreuse. La meilleure est évidemment le fumier de ferme, mais elle est rare dans un pays sans litière de stabulation, et les Chinois la remplacent par le fumier de buffle qui est plus acre et, principalement, par de Tengrais de crevettes et de déchets de poissons. Ils emploient également, beaucoup, divers tourteaux, notamment de graine de cotonnier et d'arachides.
Il convient d'attirer l'attention sur la valeur des déchets de poisson, très employés au Japon et insuffisamment mis à profit en Indochine où les grands lacs du Cambodge sont très poissonneux et pourraient donner cet engrais en quantités considérables.
L'emploi des tuteurs appelle aussi quelques remarques parce que telles poivrières, ou régions, emploient des tuteurs morts et tels autres des tuteurs vivants (Inde, Malaisie). On préfère comme tuteurs vivants les arbres à feuillage léger: acacias, érythrines, faux cotonnier, etc. qui tamisent la lumière, sans trop donner d'ombre. Cependant, les avis demeurent partagés encore et il y a sans doute hi, comme dans beaucoup de pratiques de culture, préconisées avec trop d'intransigeance, des conditions locales à faire entrer en ligne de compte et que l'expérience comparée arriverait à mettre en lumière si on s'appliquait à la faire. Mais, en matière d'expériences culturales et agronomiques tropicales, le plus grand nombre demeure à faire.
Il est utile détèter les tuteurs vivants en même temps que la liane, afin de développer les rameaux latéraux inférieurs.
Récolte et rendement. — La poivrière doit se défendre contre de nombreux ennemis. Aussi les planteurs fontils une consommation de plus en plus forte de solution de nicotine qu'ils obtiennent par l'infusion de côtes de tabac et qu'ils répandent à Taide de pulvérisateurs.
La plantation de boutures bien conduite raj)porle à la troisième année, celle de semis, à la septième seulement.
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Une poivrière peut durer une trentaine d'années, mais, comme le meilleur rendement lui revient entre cinq et vingt-cinq ans d'âge, on a intérêt à ne pas la conserver et à la renouveler à la décroissance de son rendement. Dans les limites de cet âge, un pied de poivrier rapporte de 4 à plus de 2 kilogrammes de grain, le maximum autour de quinze ans. Un pied, en bon terrain, peut donner par an, en deux récoltes, de 5 à 8 kilogrammes de grain.
La baie s'annonce à maturité suffisante (quatre mois après la floraison) lorsque les premières grappes commencent à rougir. On récolte toutes les grappes ensemble ou, quelquefois, grain à grain pour le poivre blanc. On fait généralement deux récoltes, la grande et la petite (pendant la saison sèche en Cochinchine).
Les grappes égrenées, pour le poivre noir, sont séchées au soleil où on les brasse pendant quelques jours, ou bien, plus rapidement, à la manière chinoise, on les plaçant dans un séchoir sur des dalles chauffées à feu doux.
Commerce. — Les sortes commerciales de poivre sont dénommées d'après leur port d'exportation : Penang, Tellichéry, Saigon^ Singapour, Batavi/iy etc. Le commerce estime les poivres lourds bien que le grain plus léger renferme souvent plus de principes actifs. Le poivre concassé, ou moulu, prête à de grossières sophistications : il peut contenir jusqu'à 60 p. 100 de grignon d'olive et le poivre en poudre, toutes les poussières et impuretés qui lui ressemblent.
Les principaux pays producteurs du poivre sont : la presqu'île Malaise, les Indes néerlandaises, THindoustan, la Cochinchine et le Cambodge, le Siam, Bornéo, en négligeant la petite production de Maurice et de l'Afrique occidentale.
La production totale peut être évaluée à près de 40.000 tonnes, mais il y a des fluctuations annuelles et locales assez fortes. En ce qui concerne la production
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çt le commerce indochinois, ils sont aujourd'hui beaucoup moins lucratifs qu'il y a une dizaine d'années, alors que la surproduction n'avait pas encore amené la mévente et la baisse insoutenable des prix.
Avant 1893, la Cochinchine n'exportait que quelques centaines de tonnes de poivre noir. En 1893, une loi de protection douanière intervient, portant détaxe des droits à l'importation dans la métropole pour le poivre de notre colonie, et le chiffre monte rapidement à 1.000 et 1.500 tonnes. Des plantations nouvelles furent alors créées qui, arrivées cinq ou six années plus tard à leur bon rendement, élevèrent rapidement le chiffre de la production à plus de 5.000 tonnes disponibles. Or, le marché métropolitain n'absorbe en moyenne que 3.000 tonnes environ et encore, sur ce chiffre, y a-t-il une petite part de consommation de poivre étranger (il passe à tort pour être supérieur au nôtre). Cette situation amena la pléthore du marché, et la mévente eut sa répercussion sur la culture qui, dans les dernières ahnées, fut- en partie abandonnée par des planteurs à moitié ruinés. Ainsi d'ailleurs se règle naturellement le jeu de la surproduction et de la mévente, et s'établit l'équilibre commercial. Les prix du poivre, de 30 à 32 piastres le picul qu'ils obtenaient il y a dix ans, étaient tombés à 16 et 17 piastres il y a deux et trois ans, à Saigon, couvrant à peine les frais de culture.
Les pouvoirs publics étaient intervenus et interviennent encore pour protéger nos poivres contre la concurrence de leurs' rivaux. Ceux-ci, en dépit de la détaxe de 50 p. 100 dont profitent les nôtres, se font accepter à des prix équivalents, à cause de leurs frais de production moindres et surtout d'une main-d'œuvre moins onéreuse.
Actuellement, le régime est celui de la limitation du bénéfice de la détaxe à une quantité maxima, fixée annuellement à 3.000 tonnes, représentant la capacité d'achat moyenne de la métropole.
L'administrateur, autant que le planteur et le négociant, a plus d'une fois à se préoccuper de questions de
capacité d'achat des marchés : elles appellent toute son attention et on voit, par cet exemple, quelle importance peuvent acquérir les données sur la culture et les possibilités d'exploitation.
Poivres long^. — Nous ne citerons que pour mémoire l'existence, dans le commerce, de poivres dits longs parce qu'ils sont en [grappe ou épis de grains très serrés. Ce sont, entre autres, le Piper officinarum C. D. C. et le Piper longum Linné, le premier de Java, le second de rinde. A signaler aussi un poivre dit des Achantis en Afrique tropicale qui, sous le nom de poivre de Kissy, fut naguère adopté au Soudan pour la consommation des troupes.
l'imonls forts cl itiincnls doux. — Pimouls « qualro épices ». — Poivre mani-
guollc. — Poivre de Guiuéo.
Il faut éviter l'abus des piments. Aux Antilles, à la Héunion, les Européens en font une consommation considérable. En Afrique, on en fait la base de la sauce au couscouss et le felfel est une denrée de consommation que des caravanes entières transportent, en chapelets de gousses sèches enfilées à des ficelles.
Les piments proprement dits sont produils par des plantes de la famille des Solanées, appelées du nom générique de Capsicum. Ce sont des arbustes de 30 centimètres à 1 mètre de hauteur auxquels cependant la culture, chez certaines variétés, peut donner une taille de plus de 2 mètres.
Les fleurs sont petites, blanchâtres; le fruit est une baie un peu charnue, de coloration vive, rouge, jaune, blanche, de taille et de forme extrêmement variées (fig. 89). Le princij)e Acre, brûlant (alcaloïde et résine, capsa'icine et capsicine) e.st logé surtout dans le placenta auquel s'attachent les graines.
La hauteur de l'arbuste (il y en a d'annuels et de
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2s), la taille du Truil, 8» coloriUion, sa lormc (ronde, ovale, allongée, bosselée, etc.), donnent de nombreuses variétés de piments connus aoue des noms pittoresques, aux Antilles, par exemple.
On peut les diviser en deux groupes ; les annuels [Capiieutn annuum Linné), et les vivaces ou arbustira {Cap- SKum frutescens Linné) qui peuvent durer deux ou trois ans.
A cdté des variétés de piments [orti, on cultive, surtout dans le ilidi de l'Europe, des pimeiils doua, gros, verts, sans âcreté trop prononcée, de sorte qu'on les mange en salade ou cuits, comme légumes.
La culture des piments est facile:
c'est celle des plantes polagèrea A repiquer. La récolte peut commcn- ^i"- *"* 7 ''.''"^''^■ cer trois mois après le semis.
Une autre sorte de piment, d'origine botanique très différente, ligure dans le commerce et dans nos colonies sous le nom de Qualre-épices ou Toulcépice. Ce nom lui vient de son arôme qui rappelle à la fois celui des quatre épices classiques : la cannelle, leclou de girolle, le poivre et la muscade. Ce sont de petites baies rondes, de la grosseur d'un pois, rugueuses, brunes rougeàlres. Ulles sont produites par des espèces du genre Pimenta {!'. officinalis Lindiey et acrig Kosteletzky) appartenant â la famille des Hyrtacées et qui poussent en beaux arbres pouvant atteindre une dizaine de mètres de hauteur.
Le fruit est cueilli avant lu maturité et séché au soleil.
La Jamaïque est à peu près seule â en produire pour lexportation ; elle en livre aimuellcment au commerce plusieurs milliers de tonnes.
On trouve encore, très répandu sur la côte occidentale d'Afrique, le poivre maniguet^e ou n graine de paradis o {ATOomum Melegueta Itoxb.) dont se servent les indigènes
et qui est exponté aussi en Angleterre. Enfin, le « poivre de Guinée » est fourni par un arbre de la côte occidentale d'Afrique, le Xylopia œthiopica Richard dont la pulpe des fruits possède une saveur piquante et aromatique.