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LES CANNELLES

Le Canuellier de Geylmn. — Cullure et récolte. — Le CAonelUer de Chine. La GânneUe en Annam. — Le Cannella alba.

La cannelle provient de l'écorce de plusieurs plantes appartenant à la famille des Laurinées. Ces plantes sont originaireSj les unes des forêts de Ceyian, les autres des forêts de notre Indochine.

Les deux espèces exploitées surtout sont : le Cannellier de Ceylan et le Cannellier de Chine.

Le Cannellier de Ceylan. — De son nom botanique : Cinnamomum zeylanicum Nées ; est principalement cultivé dans l'île de ce nom.

La culture en est relativement récente : elle remonte à l'année 1770, époque à laquelle un colon, du nom de deKoke, y fit des plantations qui réussirent à merveille, inaugurant ces o jardins » de cannelliers qui se multiplièrent ensuite et firent une partie de la fortune de l'île. Aujourd'hui encore, on visite à Colombo les célèbres Cinnamom Gardens, transformés en parc et but de promenade.

Les anciens employaient la cannelle à la fois comme parfum et comme encens; ils la recevaient des Phéniciens à qui les Arabes l'apportèrent de l'Inde.

Le C. zeylanicum est un petit arbre à feuilles toujours vertes, opposées, très reconnaissables à leur nervation â 3 nervures principales palmées (ou 5) et à leur parfum caractéristique sous l'écrasement. Les inflorescences terminales ou subterminales sont en grappes de petites fleurs jaunâtres, ou blanchâtres, qui donnent une petite baie rappelant le fruit du laurier. L'écorce est jaune pâle, plus verdàtreque la denrée sèche du commerce (fig. 96).

Culture et récolte. — Le produit étant l'écorce des tiges et des branches de l'arbre, il s'agit d'en obtenir le plus de ramifications possibles. On coupe donc l'arbre à sa première récolte; il repousse en nouveaux rejets ot acquiert bientôt une forme buissonnante.

Fig. 9(1. — Cannbllirh de Cevl^n {Cinnamomum leylani

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PLANTES ALIHENTAIKES : ÉPICE» 26t

mcnl enlori'és. Lorsque les racines advenlives se sont développées autour de la lésion annulaire, on coupe en aval et un transplante la branche détachée dans sa moite de terre. Il Taut cnsuilc arroser froiiuemment. Le meilleur terrain est l'ulluvion sablonneuse des

cours d'eau, charfjée d'Immus. L'arbre vient depuis les bords de la mer jusqu'à plus de 1.000 mètres d'altitude.

La première récolte, ou coupe, se fait quatre ans après le semis; on coupe à ras du pied d'où il repousse des rejets qu'on peut couper deux ans après et continuer ainsi indéfiniment. On estime que les vieilles plantations sont les meilleures.

La récolte et la décorlication se font à réj)o<[MC de la saison des pluies, en mai et octobre à Ceylan. A cette

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époque, en effet, la tige, gorgée de sève, laisse détacher le plus facilement son écorce du bois.

Les branches sont coupées lorsqu'elles ont de 4 «,50 à 2 mètres de longueur. La récolte de la cannelle est faite à Ceylan par une main-d'œuvre spéciale, et les peleurs forment la caste des Chaliyas, Les entre-nœuds de la branche sont incisés circulairement dans le voisinage des nœuds, puis battus avec un maillet en bois.

Une incision longitudinale reliant les incisions annulaires permet ensuite de détacher le cylindre d'écorce du rameau. Ce travail doit être fait avec des couteaux en cuivre, le fer noircissant au contact du tannin.

Les écorces détachées sont mises à sécher pendant une journée.. pui« grattées superficiellement pour en enlever le liège, ensuite remises à sécher pendant vingtquatre heures et livrées au triage.

Suivant leur taille et l'assortiment, elles sont emboîtées les unes dans les autres et ainsi livrées au commerce, en bottelettes de l'épaisseur du petit doigt (fig. 97).

La meilleure cannelle de Ceylan est lisse, de couleur jaune clair, mince, souple donnant des esquilles à la cassure. Sa saveur aromatique, un peu sucrée et chaude, lui vient d'une huile essentielle; elle renferme aussi de Veugénol que nous avons déjà rencontré dans le giroflier et qui se trouve surtout dans les feuilles. On en retire, par distillation, une essence particulière, différente de celle que l'on obtient de la distillation des résidus d'écorce : c'est la véritable essence de cannelle. Les racines contiennent également du camphre.

On distingue à Ceylan quatre variétés principales de cannellicr. Dans toutes, les parties médianes des branches sont les plus estimées.

Le rendement en écorce augmente avec l'Age ; le rendement moyen à l'hectare est de 170 kilogrammes décorées.

La culture du cannellier tend à disparaître entièrement de nos colonies. La Cuyanc n'en fait plus, la Réunion et la Martinique l'abandonnent. Par contre, notre

Indochine retire de l'exploitation du cannellier un joli profit qui va en grandissant.

L'importance de cet article de commerce nous engage à nous y arrêter un instant.

Le Cannellier de Chine. — La cannelle dindochine est d'une espèce botaniquement différente de celle de Ceylan. Elle est dite cannelle de Chine et appelée, par les botanistes, Cmnamomum Cassia ou C. Loureiri. Retenons en passant ce nom patronymique : Loureiro, missionnaire espagnol de la fin du xvm« siècle, s'appliqua avec ardeur à l'étude de la flore de l'Indochine ; il nous en donna un livre qui fait encore autorité.

La cannelle de Chine est l'écorce d'un arbre originaire des montagnes de l'Annam et du nord du Tonkin-Chine (Kouang-Toung et Kouang-Si). On le trouve bizarrement dispersé jusque dans le Laos. En Annam, la région productrice la plus étendue et la plus fertile va du Quangnam au Quang-ngaï. Le principal marché est Tramy, centre très riche, mais très malsain, dans le voisinage des tribus Mois qui se livrent à la culture du cannellier et en recherchent les pieds sauvages. La denrée y est connue sous le nom générique de Que.

La plante est un arbuste qui peut cependant, vieux, atteindre 6 et 7 mètres de hauteur. Il est reconnaissable à sa feuille longue, à 3 nervures, et à son port élégant. La cuUure est faite par les Mois en tour de case, jardins soigneusement entretenus. Les Annamites sont trop paresseux pour s'y adonner. Elle leur rapporte bien, cependant, car ils se contentent d'exploiter le Moi. Parfois, dans la forêt, on rencontre de vieux arbres solitaires, dont la découverte fait la fortune du découvreur, la cannelle de ces pieds adultes ayant une valeur considérable. Dans la forêt aussi, les Mors établissent des plantations en groupes de 20 à 50 pieds ; ils font soigneusement lâchasse aux nombreux ennemis de leurs cultures.

La Cannelle en Annam. — L'histoire de l'exploitation de la cannelle est assez curieuse ; elle a eu des réper-

eussions économiques inattendues puisque, d une mesure fiscale inopportune, a dépendu le sort de la pénétration annamite dans l'intérieur de l'Annam.

Voici comment. Le roi Minh-Mang donna le monopole du commerce de la cannelle àson frèreKien-An. Celui-ci fit instituer les charges de lanh-mai ou « chargés du commerce », comme ses représentants, commis à la défense de la frontière qu'il était défendu de passer sans autorisation spéciale. Cette autorisation n'était donnée qu'à des lai'buoriy ou « patrons du commerce », qui allaient, pour le compte des Intih-mai, exercer un trafic très lucratif chez les populations sauvages. La pénétration colonisatrice des villages annamites, commencée déjà, fut ainsi arrêtée au profit d'un monopole.

Les Chinois, les plus lésés dans l'afTaire, surent, avec leur astuce et leur savoir-faire connus, se plier vite à la circonstance. Les lai-buon devinrent rapidement leurs agents, plus que ceux des lanh-maiy parce qu'ils recevaient des marchands chinois avances et pacotille d'échange.

Lorsque l'Administration voulut, il y a quelques années, organiser la régie des cannelles, elle se trouva, non devant des trafiquants annamites, mais devant des créanciers chinois.

Une expédition de récolte dans l'intérieur, par les UdbuoJiy dure quelques semaines. C'est alors en village moï liesse et grande fête où sont vidées force jarres de vin de riz. Le trafiquant profite volontiers de l'ébriété du vendeur pour conclure son marché. Lorsque le Moï, dégrisé, s'aperçoit de son marché de dupe, il prend plus d'une fois son arc et sa lance, s'entoure le corps de bandes de linge pour se protéger et fonce sur le premier village annamite à sa portée afin de se venger sur ses habitants. On voit d'ici ce qui se passait avant que nos postes avancés de milices y mirent un peu d'ordre.

La cannelle la plus estimée est celle de la province de Than-Hoa. C'est une denrée si précieuse, qu'elle se paie réellement à prix d'or, quinze à vingt fois plus cher que les autres. La cour de Hué eiireçoit, en manière de tribut.

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la quantité de 2 cân et demi (1^,750) par les trois châus (cantons) muongs où on la trouve. Elle n'y est nulle part cultivée, mais récoltée sur les arbres sauvages de la forêt. Lorsque le roi d'Annam en désire plus que son tribut, une expédition est organisée par les Muongs et quand Tarbre est découvert, sa valeur est estimée par les mandarins, mettons à 50 ou 100 barres d'argent, lorsqu'il en vaut 500 ou 600. Comme rarement une parcelle du prix officiel d'achat arrive jusqu'aux Muongs qui l'ont découvert, ceux-ci ne sont point empressés à participer à pareille exploration.

Par ailleurs, le commerce de cette précieuse cannelle est clandestin.

L'écorçage de ces cannelliers se fait au moment de la montée de la sève. L'arbre est incisé longitudinalcment sur le tronc, jusqu'à iO-20 centimètres du sol, en plusieurs quartiers qui sont divisés par des incisions transversales et enlevés ensuite à' l'aide d'une spatule en corne ou en os. Même opération sur les branches.

Les plaquettes fraîches sont fixées sur des planchettes de bois pour les empêcher de se recroqueviller, ce qui ferait exsuder l'essence ; puis séchées au soleil, mises en paquets et livrées au marché où elles subiront un tri, par qualités, après diverses manipulations.

Parmi les quatre sortes usitées, le Quê-Kép est la première : elle se vend de 700 à 800 piastres le picul, à Hong- Kong. La cannelle royale du Tanh-hoa atteint jusqu'à 2.000 piastres le picul, soit plus de 800 francs le kilogramme.

La culture du cannellier de Chine devrait être beaucoup plus répandue en Indochine, bien qu'elle ne rapporte qu'à la septième année. La pléthore du marché n'est pas à craindre, puisque la Chine en absorbe toutes lesquantitées offertes, non seulement comme condiment, mais surtout comme produit pharmaceutique. 11 n'y a pas d'ordonnance de médecin chinois sans cannelle.

Les quantités de cannelle d'Annam exportées à Hong- Kong sont moyennement de 120 tonnes, et Texportalion

totale de 330 tonnes, valant près de 2 millions de francs. Le marché français consomme surtout de la cannelle de Ceyian, mais achète de plus en plus celle de TAnnani, bien que le goût diffère un peu, rappelant la coriandre. Le Canella alba Murray, employé en médecine, provient d'une Canellacée des Antilles.

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