LA CANNE A SUCRE
Origine. — Botanique. — Variétés. — Conditions de vôgélalion. — CuUuro. — Récolte. — Rendement. — Maladies et ennemis. — Extraction du sucre. — Usages du sucre et sous-produits. — Pays producteurs. — Canne contre betterave. Lutte économique.
Origine. — La canne à sucre est originaire, croit-on, de l'Asie méridionale, d'une région située entre la Cochinchine et le Bengale. Les Chinois la connaissaient au début de notre ère et le monde gréco-romain savait que les Indiens suçaient une sorte de bambou (calamus) qui leur donnait du sucre (aaccharon) , dont le nom de sarkora, en sanscrit, est devenu sukkar en arabe. Les pèlerins des Croisades en rapportèrent de Palestine. Les Arabes, au moyen âge, en propagèrent la culture en Egypte, en Sicile et en Espagne d'où, au xvi<* siècle, elle fut successivement introduite aux Canaries et au Brésil. Elle atteignit la Guadeloupe et la Martinique vers 1650, puis la Béunion ; plus tard, autour de 1800, elle gagna les autres colonies françaises par la variété dite « de Bourbon ».
Denrée de luxe pendant le moyen âge, le sucre ne devint un article de consommation accessible que lorsque, vers la fin du xvu° et au début du xvin® siècle, la Hollande, puis nos villes de Rouen et d'Orléans reçurent des Antilles et du Brésil des envois de sucre brut que des raffineries transformèrent en sucre épuré, en leur donnant celle forn»e en pain conique si longtemps particulière au « pain de sucre ».
PLANTES SACCHARIFËRBS
Sous le premier Empire, la hetleravc entra en lutte contre la canne 91 sucre. La politique s'en mêla, et on sait quelle repercussion économique lointaine, durable, aiguë encore, cette lutte a value à nos colonies et à la métropole.
Fip. 113. — Canne a sucre {Saccharum officinarum L.). A. Pied de canne à 8ucre. — B. Pleur d'un épillet. — C. Bouture à 3 bourgeons.
- Botanique. — La canne à sucre, Saccharum officinarum Linné, est une f^rrande herbe vivace, de la famille des Graminées (iig. H3).
D'un rhizome vivace partent des tiges aériennes hautes de 2 à 5 mètres, couronnées d'un panache ou panicule, la « flèche », de 30 centimètres à 1 mètre de longueur.
La graine avorte généralement et lorsqu'elle se forme, elle est si petite, que la plante a été longtemps considérée comme stérile.
La tige est noueuse, portant les cicatrices des feuilles tombées, et chaque nœud est marqué d'un bourgeon formé à l'aisselle. L'intérieur de la tige est plein, rempli d'un tissu aqueux chargé de sucre. Les feuilles sont finement dentelées, les médianes longues de 1 à 2 mètres, avec une petite ligule garnie de poils; celles de la base se fanent et tombent pendant la maturation.
Variétés. — Décrire les innombrables variétés de cette plante, serait une œuvre de patience inopportune.
La seule Nouvelle-Calédonie en possède une soixantaine et chaque région culturale en accuse de nombreuses. Il est uiilc, néanmoins, de ne pas ignorer les noms des variétés les plus répandues et les plus réputées.
Afin de les différencier par un signe extérieur, on les a divisées en trois groupes ': i^ les cannes rouges, brunâtres ou violettes; 2° les cannes blanches, jaunes ou verddires ; 3<* les cannes rayées (Cordemoy et Dclteil).
Nous en retiendrons les suivantes : a) La cannede Chine. Couleur jaune brun ; petite taille ; peu juteuse, mais très rustique et résistante aux maladies. Beaucoup cultivée dans rinde et en Indochine.
6) La canne dite chinoise, différente de la précédente. Appelée aussi canne de Penang, très cultivée dans la presqu'île Malaise. Caractérisée par un enduit poussiéreux qui recouvre la tige d'un revêtement cireux (remède contre la furonculose) ; feuilles munies de poils irritants ; juteuse, à bon rendement.
c) La canne de Bourbon. Couleur verdàtre ; tiges très longues, souvent couchées ; riche en sucre. Appelée aussi canne d'Otahiti.
d) Canne Guinghan. Tige jaune, à raies violettes. Grande, robuste, riche; épuisante.
e) Cannes de Batavia. Nombreuses et diverses, dénom-
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mées par la coloration et les rayures de la tige. Répandues partout.
f) Canne éléphant de Cockinchine. Grosse, tige verdàtre, peu sucrée.
g) Canne noire de Malaisie et de la Réunion, île Maurice. Rouge foncé, déteint ; très dure.
h) Canne Jamaïque ou canne bleue (couleur des jeunes bourgeons), très résistante à la sécheresse et aux parasites. •
Conditions de végétation. — La Louisiane et, jadis, l'Espagne au nord, le Natal au sud, indiquent les limites de la culture industrielle en latitude. L'altitude ne semble pas devoir dépasser 500 mètres. La canne est une culture de plaine, au voisinage de la mer, sans être cependant côtière.
Le grand nombre de ses variétés ne lient pas la possibilité de la culture à des conditions strictes, mais les optima sont donnés par 23^ C de température moyenne annuelle; i mètre à 1™,50 de hauteur de pluies; un sol riche, meuble, profond, moyennement humide. Elle ne saurait prospérer dans une région dont la température moyenne tombe au-dessous de 10<> G, ou bien, dont les pluies abondantes, la température étant élevée, ne laissent pas place à une saison sèche. L'Algérie, par contre, même si la température limite y était favorable, ne pourrait cultiver la canne industriellement, à cause de la prolongation de la saison sèche ; aussi la canne n'y est-elle que plante fourragère. En Egypte, la canne supporte, peu longtemps il est vrai, de 2 à 3 degrés audessous de zéro, et plus de 40 degrés au-dessus.
La fertilité du sol s'épuise rapidement par cette culture qui ne lui restitue que ses déchets de feuilles. Il faut donc lui venir en aide par de la fumure ou des engrais minéraux, nitrates, phosphates, etc. L'engrais vert, sous forme de culture d'arachides, d'indigotier, ou d'autres légumineuses, donne de bons résultats.
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Culture. — La canne se miiUiplie par boutures, rarement par semis [seedlings) et nous savons que beaucoup de variétés ne fleurissent et ne fructifient pas.
Les boutures sont prises sur les pieds de canne les plus robustes et les plus sains, coupées en morceaux de 2o à 30 centimètres dans la moitié supérieure du pied, et comprenant plusieurs entre-nœuds portant des bourgeons.
Ces boutures sont plantées, soit dans des trous faits à la houe, soit dans des sillons tracés à la charrue : troiÂcUson ou sillonnage.
Pour les uns ou les autres, la distance habituelle entre les pieds est de 1"*,25 à 1™,50 en quinconce, soit environ 4.000 pieds à l'hectare.
Le terrain, bien dessouché, débarrassé des anciens rhizomes de canne qui sont brûlés, est bien ameubli par des labours croisés f« hacher en grand » aux Antilles) et les boutures sont couchées dans les sillons ou les trous, ou bien placées obliquement si le terrain est moins sec {ùg. 114).
On leur donne de suite un bon viatique d'engrais approprié, et on recouvre de terre.
Pendant le développement des pieds, il faut sarcler, biner, rabattre la terre sur les racines superficielles et épaillery c'est-à-dire enlever les feuilles sèches delà base dont la pourriture crée un terrain propice aux maladies parasitaires.
La canne mûrit au bout d'un an à dix-huit mois, suivant les variétés et les conditions régionales. Dans les conditions les plus favorables, la récolte a lieu onze mois après la plantation. On n'attend pas la floraison pour faire la récolte ifig. 115).
La maturité se reconnaît à la dessiccation des feuilles; la tige ne s'allonge plus, devient lourde, et lorsqu'on la frappe, elle rend un son sonore, de mat qu'il était auparavant. Le suc est devenu glutineux.
Les cannes sont coupées au ras du sol. Comme le rhizome est vivace, il en repousse de nouvelles tiges arri-
1 DU RÈGNE VKaiÎTAL
vanl à leur tour à niaturiié à une nniiée de dislance, et ainsi de suite. II faut une copieuse application d'engraia. On cite des plantations (Centre-Amérique) de quinze à vingt ans. La première réculte est dite deplaiU ou de cannei vierges; les autres derepoutse.
Pig. 115. — Une c
Il est plulùl rare de récolter au delà de la deuxième tcpousae, le pourcentage en sucre décroissant considérahlemenl après la troisième récolte. On renouvelle alors la plantatiun, ou bien on la laisse soit en jaclière, soit en culture de sidération, ou en assolement, pour lui redonner une nouvelle force.
La canne h sucre étant très épuisante, on ne doit donc pas élalilir une plantation nouvelle sur un terrain
Fi):, lis, — RficoLTE DB LA CANNE A aiicRE (Uuyano hollenduisp].
arroscoB avec l'eau dérivée des canaux d'irrigation de rizière. Tout le pays est divisé en districis d'irrigatiiiii piiHScdanl leurs prises d'eau, Imrragéa, écluse» etc., et le !<ouvernemenl n'accorde une nouvelle ciince.ssiou pour une plantation de canne qu'au solliciteur à menu- (le prouver que la quantité d'eau nécessaire A sa plantation pourra èlre prélevée sur le débit des ranaux, sans causer de préjudice à la populalion indigène.
Récolte — La récolte se fait en lin de saison séuho, car ia maturation e( la formation du sucre s'opèrenl sur-
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tout pendant celte saison. Étant donnée la durée de la végétation; l'établissement d'une plantation ou canneraie se règle donc, dans les divers pays, sur cette échéance. 1^ récolte utilisable est celle de la tige nue, débarrassée de ses feuilles et de son extrémité dans laquelle la teneur en sucre est très faible. On ne transporte à l'usine que les liges ainsi nettoyées et étètées (fig. 116).
Rendement. — Les chiffres des rendements à l'hectare sont accusés comme très variables et il n'en sau- . rait en être autrement, étant donné les sols, les conditions de culture et les différences d'engrais. Voici des chiffres de Java :
Poids des cannes récollées, par hectare cultivé ; movenne : 98 tonnes.
Poids du sucre de 1<"* jet [hoofdsuiker] par hectare : moyenne : 9 3/4 tonnes.
Rendement de la canne en sucr-e de l^"" jet par hectare; moyenne : 10,21 p. 100.
On y accuse des maxima de plus de 115 tonnes.
On cite aux Havvaï des récoltes de 15 à 16 tonnes de sucre à l'hectare.
Nous croyons que ce sont là des chiffres exceptionnels et nous admettrons, sur la foi de spécialistes avisés, le chiffre de production moyenne de canne nette, de 40 à 50 tonnes à l'hectare, donnant 4 à Stonnesde sucre.
De nombreuses analyses ont démontré que la richesse saccharine de la canne varie de H à lo p. 100, c'est-àdire, et le fait est à remarquer, que cette richess(» reste plutôl inférieure à celle de nos meilleures variétés de betterave à sucre.
Maladies et ennemis. — Avant de suivre la canne à travers les appareils de l'usine — rapidement, car la saccharose peut se transformer en partie en glucose, ou sucre interverti — constatons que celte culture est une des plus exposées aux atla<|ues de nombreux ennemis du règne animal et du règne végétal.
PLANTES SACCHARIFÈRÉS 3?5
Les Pcils, les crabes de terre, les fourmis sont à redouter, sans qu'on dispose de moyens pratiques pour les détruire ou les éloigner. La mangouste a été introduite naguère aux Antilles en vue de la destruction des rats ; mais, on raconte que le remède risque de devenir aussi grand que le mal, à cause de la multiplication de l'animal qui s'attaquerait maintenant aux animaux de basse-cour. Les chiens ratiers, préconisés, ne suffiront certes pas à la besogne.
Parmi les insectes déprédateurs, nous trouvons des borers comme celui du caféier, dont les chenilles creusent la tige de la canne en galerie et déterminent l'acidification du jus; des pucerons, et des vers blancs; souvent aussi des nématodes des genres Heterodera et Tylenchus dont les dégâts peuvent devenir très sérieux.
Parmi les maladies cryptogamîques, la canneraie peut redouter la morve rouge, la ruelle, la pourrilure rouge, la pourriture des racines et surtout la maladie brune due à l'envahissement de la tige, à mi-hauteur, ensuite vers le bas et le haut, par un champignon microscopique, le Trichosphœria sacchari, qui détermine des taches brunes et fait crever l'épiderme, après avoir épuisé le tissu de la plante. Souvent ces affections se superposent, en ce sens que la plante, épuisée déjà par les attaques des parasites animaux, ouvre des portes d'entrée et offre moins de résistance aux atteintes des champignons.
Une des maladies les plus redoutables de la canne à sucre est le gereh de Java, qu'on a cru pouvoir identifier avec le root disease de la Barbade ou la pourriture des racines, et qui semble due à une affection bactérienne. Elle fit son apparition, en 4884, dans l'ouest de Java d'où elle gagna rapidement l'île entière. La cause du mal n'est pas nettement définie encore (Congrès de Samarang en 1889), mais on soupçonne l'emploi abondant des engrais d'en favoriser la genèse et le développement. Certaines variétés, comme Louzier, Manille, Fidji résistent à la maladie, mais ne sont, par contre, pas très riches en sucre. On les cultive cependant à Java, associées à la
variété Chéribofiy moins résistante, mais au jus beaucoup plus riclie. Pour obtenir des plantes moins exposées aux attaques du serehy les planteurs de Java font venir leurs boutures des parties montagneuses du centre de l'île. On a cherché aussi à créer des variétés métis de croisement, à la fois riches en sucre et résistantes à la maladie. C'est ainsi que les variétés Chéribon et Fidji ont donné une canne métis qui jouit d'une grande faveur auprès des planteurs, sans toutefois que son immunité soit bien prouvée. Ailleurs, comme à Maurice (M. Bonâme) et aux Antilles anglaises (le D' Morris), des efforts intéressants sont faits pour obtenir, par semis, des variétés résistantes à la maladie. Notons aussi que Java possède une station expérimentale spéciale pour l'industrie sucrière et que cette utile institution est due à l'initiative privée. Les Hollandais nous donnent, encore ime fois, aux Indes néerlandaises, des exemples remar- (juables de méthode et de savoir-faire en matière d'exploitation agricole coloniale.
Pour combattre ces diverses affections parasitaires, l'application, sur de grandes superficies, des méthodes de soufrage ou de pulvérisations fongicides rendrait le procédé fort onéreux ; aussi faut-il faire surtout de la prophylaxie en veillant à la propreté des plantations et prendre ses précautions dès le début, en ne mettant en terre que des boutures en quelque sorte désinfectées, c'est-à-dire assainies par immersion préalable dans des préparations cupriques ou arsenicales, ou par un enduit de pétrole.
Extraotion du sucre. — Pour obtenir le jus sucré delà canne, on soumet celle-ci au broyage dans des moulins plus ou moins perfectionnés, actionnant des cylindres, soit verticaux et en bois (systèmes indigènes), soit horizontaux, en fonte. Le liquide ainsi ol)fenu. le vesoM, est conduit par des rigoles dans des récipients ; il reste la partie ligneuse et fibreuse de la canne appelée bagasse, qui servira de combustible ou d'engrais.
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Jetons un rapide coup d'oeil sur la suite des opérations.
C'est d'abord la carbonatation ou défécation du vesou, afin d'en éliminer un premier groupe d'impuretés. A cet effet, le liquide est presque saturé de chaux, puis porté à rébullition dans des chaudières à serpentins et à vapeur, ensuite traversé par des courants d'acide carbonique qui précipitent la chaux. Cette opération étant répétée deux fois, la liqueur claire est décantée dans un bac et passée sur *des filtres chargés de noir animal. Les matières troubles sont soumises à l'action d'un filtre-presse pour en extraire tout le jus utilisable.
La concentration des jus ainsi épurés est obtenue par une évaporation rapide, dans un appareil appelé a tripleeffet » (chaleur, circulation, vide), composé de caisses ou chaudières traversées par de nombreux et fins tubes en cuivre, dans lesquels circule le jus à l'état de sirop.
Le sirop passe, de là, dans des cuiseurSy grandes chaudières à serpentins et à vapeur, dans lesquelles des quantités successivement de plus en plus fortes de sirop commencent à déposer des cristaux de sucre, au milieu d'une pâte sirupeuse encore.
Les masses cristallines de sucre formé sont placées ensuite dans des turbines, dont l'action de centrifugation énergique les débarrasse des restes de sirop adhérents. Les masses sirupeuses restantes sont reprises pour de nouvelles cristallisations, jusqu'à épuisement. On obtient ainsi successivement : le sucre de 1®^ de 2* et de 3® jets, et il reste, finalement, une matière noirâtre et visqueuse qui est la mélasse. Celle-ci est employée en distillerie, dans l'alimentation du bétail et la fabrication, entre autres, du pain d'épice.
Récapitulons : broyage, carbonatation, concentration, cuisson, turbinage.
On obtient de la sorte un sucre brut, teinté en roux ou en jaune paille, contenant encore beaucoup d'impuretés et qui est le sucre de cassonade (« castonade » de nos ménagères). Sur les marchés indigènes, on le voit se
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dresser en tas coniques plus ou moins noirs ou bruns, toujours rendez-vous de myriades de mouches.
Car, depuis la primitive extraction, par le paysan, sous la paillote, jusqu'à l'outillage de nos usines modernes, il y a nombre de gradations auxquelles correspondent les qualités du produit et les pertes subies en sucre non extrait de la mélasse.
Beaucoup d'usines modernes emploient maintenant, à la place des cylindres broyeurs de la canne, les cuves à diffusioiiy en usage dans les sucreries de betterave et par lesquelles on extrait, comme l'indique le mot, le sucre par voie humide et de macération, avec moins de perte dans les résidus.
Nous ne suivrons pas le sucre à travers les raffineries qui le prennent à l'état de cassonade, et le rendent à l'état de pains de sucre, ou de « sucre à la machine ». I.eurs opérations sont, sinon compliquées, du moins nombreuses, et nos raffineries appartiennent syrtout à la métropole. Les procédés d'épuration sont d'ailleurs similaires à ceux qu'on vient d'indiquer.
Usages du sucre et sous-produits. — Base de la fabrication de l'alcool, le sucre — il est utile de le rappeler — est un aliment hydrocarboné dit « respiratoire » ; il a des propriétés antiputrides, d'où son usage pour la conservation des produits alimentaires et leur « salage ». Notons que le sucre candi (obtenu par cristallisation lente) de la canne à sucre est seul à servir pour le sucrage des vins de Champagne.
Les sous-produits les plus importants de la canne sont : le rhum et le tafia.
Le rhum est obtenu — ou devrait l'être — du vesou de la canne et le tafia, de la mélasse. Mais le commerce des spiritueux semble ne pas s'arrêter toujours à ces distinctions, et sont qualifiés parfois de rhumSy des tafias ou d'autres alcools préparés qui n'ont sans doute jamais vu les colonies.
Nos rhums viennent de la Martinique qui possède les
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terroirs les plus réputés (Saint-James, Macouba, etc.), de la Guadeloupe et de la Réunion aussi. La production de nos colonies est de 20 millions de litres qui ne suffisent pas à la consommation nationale.
La Jamaïque fournit à l'Angleterre ses meilleurs crus.
Ce sont également la Martinique et la Guadeloupe qui nous fournissent du ^a/îa, produit moins fin, mais qui a ses amateurs. Son prix moins élevé et son innocuité relative l'ont fait adopter^ comme on sait, par la marine, comme tonique populaire.
La mélasse est entrée dans l'alimentation des bestiaux auxquels on donne de la paille mélassée.
Pays producteurs. — Voyons d'abord les chiffres de la production mondiale, pour le sucre de canne et le sucre de betterave. Voici deux statistiques, à sept années de distance :
Sucre de canne . . (.042.000 tonnes. 7.450.000 tonnes. Sucre de betterave. 6.8*8.000 -- 6.8tt4.000 —
Total. . . . 10.890.000 tonnes. 14.404.000 tonnes.
Si tant est que ces statistiques sont comparables, la production mondiale aurait progressé de plus de 3 millions de tonnes, la plus large part du progrès revenant à la canne à sucre. Mais il faut être prudent en matière de statistiques lorsqu'elles ne sont pas établies par les mêmes personnes, sur des données concordantes. Quoi qu'il en soit, et en prenant pour exacts les chiffres de la campagne 1908-1909, nous trouvons, pour la canne à sucre, l'échelle suivante des principaux pays producteurs :
Indes Anglaises 2.150.000 tonnes.
Java 1.250.000 —
Cuba 1.175.000 —
IlesHawai 430.000 —
Louisiane et Texas . ... 310.000 —
Ouant à nos colonies, voici doux chiffres juxtaposés pour rexportation : •
Martinique 35.000 tonnes. 36.000 tonnes.
Guadeloupe 41.000 — 33.000 —
Réunion 35.000 — 40 000 —
La Guadeloupe a subi le contre-coup de la crise sucrière, mais elle parait actuellement se ressaisir et sa production de rhum s'accroît en raison de la baisse des prix du sucre. Elle présente ce fait, en apparence anormal, que nous l'avons déjà constaté pour certains riz d'Extrême- Orient, de recevoir du dehors et, dans respèce, de France, des sucres en poudre, après avoir vendu hâtivement les siens au début de la campagne.
La Martinique ne suit pas l'exemple de ses voisines
étrangères qui améliorent leurs cultures et leurs moyens
de production. Malheureusement, les nombreuses r/iume-
. ries localisées à Saint-Pierre ont subi le triste sort de
celte cité.
La Réunion se laisse également, à ce point de vue, distancer par sa voisine Maurice, où la culture de la canne à sucre est l'objet de recherches scientifiques remarquables.
A Mayotte et DépendanceSy la culture et l'exportation fléchissent.
\j Indochine dispose d'un marché largement ouvert en Extrême-Orient: mais elle y est fortement concurrencée par les sucres de Java et des Philippines. Ses sucres titrent 82*^ en movenne.
La culture pourrait y être considérablement étendue, et surtout améliorée au point de vue des bonnes variétés à introduire et d'un meilleur outillage, car il nV existe jusqu'à ce jour aucune sucrerie européenne, ni rhumerie.
Cependant, jusqu'en i903, dale de la nouvelle législation sucrière promulguée à la suite de la Conférence de Bruxelles, elle exportait sur France plus de 2.000 tonnes
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par an, et près de 5.000 tonnes sur Hong-Kong. Depuis lors, et par suite de la suppression des primes, l'exportation sur France est tombée à zéro et le chiffre de 1908 sur Hong-Kong est de 6.8H tonnes, en augmentation de près de 2.000 tonnes sur celui de i903. Le commerce est maintenant entièrement entre les mains des Chinois qui offrent les prix qui leur conviennent. La mesure fiscale internationale a donc arrêté l'essor de cette culture dans notre colonie.
Madagascar a des cultures de canne, mais peu d'exportation.
Tahiti el la Nouvelle-Calédonie fabriquent du sucre et du rhum pour l'exportation. La production en Guyane et dans les Établissements français de llnde est insignifiante.
Canne contre betterave. Lutte économique. — Cinquante ans après la découverte du sucre cristailisable dans la betterave, en 1797, la première fabrique ou sucrerie fut installée en Silésie. C'était à l'époque où les Anglais dominaient la situation intercoloniale de la France avec ses colonies, et notamment les Antilles qui lui fournissaient alors son sucre en abondance, mais ne pouvaient le faire parvenir qu'au prix de droits exorbitants prélevés par les Anglais.
Napoléon l®^ poursuivant dans ses conséquences le blocus continental, favorisa la nouvelle industrie sucrière de la betterave; des usines et des raffineries se fondèrent (la première à Passy, par Delesserl). Mais la levée du blocus continental les remirent désarmées devant la concurrence du sucre colonial, bien que le sucre de. betterave jouissait d'un important dégrèvement fiscal. En 181*6, à la Restauration, fut inauguré « le pacte colonial » qui permit aux sucres bruts de nos colonies de venir se faire raffiner dans la métro})ole, moyennant l'obligation, pour elles, de s'approvisionner dans la métropole de ses articles industrialisés et manufacturés. On sait que les principes du « pacte colonial » sont toujours plus ou moins en vigueur, et qu'ils pèsent plus ou moins lour-
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dément sur le développement économique des plus riches de nos colonies.
Cependant, la betterave se rebiffa si bien qu'on lui appliqua un droit de consommation : les partisans de la canne avaient été jusqu'à demander l'expropriation des sucreries indigènes et l'interdiction de semer de la betterave.
La production allant en augmentant, le droit de consommation fut maintenu, au bénéfice du fisc, mais limité à une quantité maximum de la production, le surplus pouvant se faire exporter au bénéfice du commerce. En 1891, TAllemagne, la première, inaugura le système bizarre des primes à l'exportation. Elle fut suivie par fous les pays producteurs et il se produisit alors ce phénomène naturel, bien que paradoxal, que ces pays, renchérissant sur la quotité de la prime, faisaient payer à leurs consommateurs nationaux une denrée indigène plus chère que ne la payaient les consommateurs étrangers, en l'espèce les Anglais, qui ne pratiquaient pas notre système douanier protectionniste à l'importation. 11 faut ajouter que ces primes à l'exportation étaient accordées aussi bien aux sucres issus de betterave, <ju'â ceux qui, des colonies, venaient se faire raffiner en France.
Ces jeux de primes finirent par excéder les pays en concurrence ; ils entrèrent en pourparlers pour une réforme commune et de leurs efforts sortirent, en 1903, les décisions de la Convention de Bruxelles. Les primes à l'exportation sont désormais supprimées et. du même coup, les droits de consommation ont pu être réduits.
Ce régime nouveau a modifié considérablement les conditions du marché des sucres et, par répercussion, celui des sucres coloniaux. En ce qui concerne l'Indochine, par exemple, le courantdes transactions sur cette denrée en a été complètement détourné de la métropole : il se dirige actuellement entièrement vers la Chine et l'Extrême-Orient, au seul bénéfice des commerçants et intermédiaires chinois.
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