LE COTON
llia|gru|ue. — Baliniqus. —
Kapteea, .«ritlit. — Candilioi»
da croisaanee. - Collan Ml.
- Cullur.. Engrui- - Soin.
■I.L>diei. - Prépintiim. - EmpJola. — ProducUoD et
Fig. 123. - COUPB TBANSVER8ALE
KN PBOJeCTlflN a'OK TISSU CORTICAL.
cotoDui^rea.
•u milieu du pirendijine libtrien l ot du
Les cotonniers ap-
partiennent, botanique-
ment. au genre Gossypiu
\m. de la famille des Itialmcées.
Historique. — Le coton était connu des anciens Grecs et Komains. et te cotonnier cultive en Éjryptc dès le v" siècle avant notre ère. Sa culture parait plus ancienne encore au Pérou et dans flnde. Ce sont là. d'ailleurs.
d'une pari, l'Asie méridionale el, d'autre pari, l'Amérique du Sud, les pays d'origine des deux espèces les plus répandues en culture aujourd'hui. Le mot de coton provient des Arabes qui, sous le nom de Kutn^ ont propagé la culture de l'arbuste autour de la Méditerranée.
L'industrie en Europe s'est emparée du coton vers la seconde moitié du xviii® siècle seulement, bien qu'on y reçût déjà beaucoup de tissus de coton provenant de l'Inde. La première toile de coton fut fabriquée en 1772 en Angleterre. En France, le coton en laine fit son apparition pendant la première moitié du xvni° siècle^, alors que vers le milieu du règne de Henri IV déjà, il figure ])our la première fois dans les actes de la corporation des drapiers de Rouen. D'abord importé d'Orient sous forme de fils de coton, la préparation du précieux textile ne tarda pas à se réaliser dans la région de Rouen. Vers 1780, on y comptait 20.000 fileuses qui produisaient, à l'aide du rouet, plus de 3.000 tonnes de coton filé.
Les premières machines de filature furent introduites en Normandie, en 1784. Elles venaient d'Angleterre, sous forme d'un outillage perfectionné, imaginé dix ans auparavant par un Français, Roland de la Platière.
Le tissage consommait dès lors, et au delà, toute la production des filés normands.
La fabrication des toiles de coton et des tissus de couleurs variés dits « Rouenneries », des toiles imprimées en couleur dites « Indiennes », fut florissante pendant la fin du xvui® siècle. Les pays de production du coton étaient alors : le Levant, la Macédoine, Cayenne, Surinam, la Guadeloupe et la Martinique. L'Inde, rÉgvpte et les Etats-Unis n'en exportaient guère. Aux Etats-Unis, où la culture a pris, depuis, une extension considérable, le cotonnier était cultivé dans des Etats du Sud (Virginie, Louisiane, etc.) dès le commencement du xvin® siècle, plus tard seulement dans les autres parties, puisque, en 1774, un ballot de coton venant de l'Amérique septentrionale fut confisqué à Liverpool parce que. disait-on, le cotonnier n'y existait pas (De Candolle). Les Chinois
n'ont connu pl oullivc le cotonnier qu'au ix'ou x« aièflc (If nnlriî ère.
Jusqu'à lii (fiif rre de Sécession, en 1860, les Étals-Unis l'-laiont maitrcs du marché du colon dVxportation : c'était le rèjriie du colon — cotton is King. A cette époque.
l^ig. 12t. — A. Bnit.NciiE DE coTONNiEH {Goss'jpîum hirsalU'ii).
(D-.pr*» do J«.ville.)
B, Graine ue cotonnier, en coupe verticale.
rindc profita habilcmimt de la crise pour conquérir sa place, suivie par l'Australie et l'Eg'ypie. Nous verrons loul à l'heure où nous en sommes à l'heure actuelle.
Botanique. — Les cotonniers, ou Gossypium, sont des plantes heriwcées ou subarborescent ea, de culture annuelle ou mulli-annucllc ; ils atteignent, en culture, de 1 à 2 mètres de hauleur et une espèce, le cotonnier arborescent (G, arboreumi, monte à la taille de S à 6 raè- 1res. Les feuilles sont palmafi-loboes.ayant de 3à7 lobes; les fleur», prandes, son! blanches, jaunes ou purpurines, munies à la base de 3 bractées vertes, dentelées
3S2 l'aODUITS DU RKGNE VéGÉTAI.
cl accrpscentos. Le fruil est une capsule qui s'ouvre
en 3-5 valves eonicnanl chiieuae des graines plu» ou
moins nombreuses, recouvertes de poils légumentairr!< :
le eototi (fig- 125). Suivant les espèces elles variétés, ces
poils sont de longueurs dîflé-
rentea. souvent accoiiip<4-
gnés d'un duvel plus lin et
feutré, adhérant au tégument
de la graine : le brin, ou
duvet, et qui persiste après
l'enlèvement du colon.
La graine, anguleuse ou arrondie, contient une huile employée dans l'aljmenlnt ton et dans l'industrie.
Pig.iSB.-FwiTFBïGBAisEG EspécoB. VarféWs. — Ccr-
i>u coTDNNiEtt. taines espèces sont herba-
cées et peuvent être cultivées comme plantes annuelles dans la zone subtropicale ; d'autres, plus ou moins arborescentes ou vivaees, ne donnent de bons résultats que dans la région intertropicale.
Les botanistes se heurtent encore à des diRtcultés pour la distinction des espèces, au point que certains savants, comme Todaro. arrivent à en admettre jusqu'à 54 alors que d'autres, comme Bentham et Hooker. n'en reconnaissent que 2. Les variétés sont nombreuses comme on peut s'y allendre pour des plantes aussi anciennement cultivées dans des conditions de milieu très diverses.
Nous noua en tiendrons pratiquement â 'la connaissance et à la reconnaissance rapide de G espèces, difTcrenciées par leurs caractères principaux apparents. Pour plus de commodité, ces caractères différentiels sont réunis ci-après en un petil tableau à clef dichotomique. Le premier caractère, les dinienaions des feuilles, correspond aux deux ffroupenients f,'éof,'raphiqiiea ; les cotonniers d'Amcnquv et ceux iVAsie.
PLANTES TKXTILBS 363
Espèces américaines :
Gossypium hirsutum Linné,
— barbadense Linné,
— perumanum Gavanillcs.
Espèces asiatiques :
Gossypium herbaceum Linné,
— arboreum Linné.
Nous prenons les autres caraclères différentiels dans la couleur des fleurs qui sont jaunes rougissantes, blanches ou rouges; ensuite dans la constitution du poil et du duvet de la graine, soit que celle-ci ne porte que du poil long sans duvet, soit qu'elle retienne à sa surface un duvet adhérent, verdàtre ou blanc. Nous obtenons de la sorte le tableau suivant :
Face inférieure pubescente, recouverte de poil grisâtre. Pleurs généralement blanches, p , l Poil long et duvet. G. hirsutum. ivranaes. i pg^g inférieure \ (Groupe / , . Fleurs ffé- J ^^^^^^^ séparées, américain) j Semenrifu- ^ àarbadense,
nés. Poil long, ( ^'«*"^« agglomérées.
sans duvet. ) 0. perumanum.
Plus [ Fleurs généralement jaunes. Poil et duvet
petites. \ verdàtre. Arbuste. G. herbaceum.
(Groupe i Fleurs généralement rouges. Poil et duvet
asiatique). \ blanc ou jaunâtre. Arborescent. G. arboreum.
La classification botanique, d'autre part, admet
groupes comprenant :
1® Les espèces dont les graines sont recouvertes de poils tous de même longueur (G. barbadense et G. peruvianum) ; 2*^ celles dont les graines portent du poil long et du duvet (G. hirsutum, G. herbaceum et G. arboreum).
Les industriels qui, eux, ont à s'occuper du produit et non de la culture, ont une classification plus simple à leur usage. Ils divisent les cotons en 2 grandes catégories : lescotons longue soie et les cotons courte soie, suivant la longueur du fli. De celte façon, les G. hirsutum et hei'baceum qui donnent des a courte soie », se trouvent réunis, ainsi que les G. barbadense ci arboreum qui donnent
361 PRODUITS DU RÈGNE VBr.ÉTAL
des « longue soin d, «ans ogardtt pour la ji^ôographic cl les pays de produrlioii.
Lu longueur moyenne du fil varie, en effet, du simpltr au diiublo, ol e'i, dans corlaines variétés du G. barbadetise (Sea ûlanrf, Urésit, Egypte] clic allcinl cl dépasse i centimètres — jusqu'à 7 centimètres dans la variété « Griflin b — elle n'en atteint pas 3 dans la G. herbaceum. La largeur * aussi, à laquelle l'industrie attache de limportance. varie de l/lOO* a 37/100» de millimètre. Les coiialantes de dimenflions de la variété étant connues, il devient possible à un technicien expérimenté <1c la reconnaître à ces caracU-ristiqucs. Suusla loupe, le poil de coton apparaît comme rubané, par 'aplatissement de sa forme cylindrique (fig. 126). Le G. barbadense, ou cotonnier des Barbades, est originaire des Antilles.
Plante vivace de (".SOà 4 mètres de haut, à tige glabre et fleurs jaunes tapj jjg p,!^ ohécs de rouge A la base des pétales. DB COTON 8o«ï C'est cctte espèce dont les variétés ont L4 LOUPE. fait, pendant longtemps, la fortune des
Etats méridionaux de l'Amérique du Nord et notamment la variété « Sea island », ou « Géorgie longue soie >. Son coton est abondant, résistant, soyeux, de couleur blanche, mesurant de 35 à 75 millimètres de longueur. Une variété est cultivée en Egypte sous le nom de n coton Jumel a dont le fil est couleur jaune-brun pâle. Le colonnier des Barbades est surtout cultivé aux États-Unis (Géorgie, Caroline du Sud et Floride) et il a été întroduil en Egypte et à la Héunion. Des essais de culture en Algérie et dans le midi de l'Europe n'ont pas été très heureux.
Le G. peruvianum est appelé aussi a cotton pierre » ou Kidney cotton à cause de l'adhérence de ses graines. Cultivé dans l'Amérique du Sud, au Pérou cl au Brésil, on le
PLANTBS TEXTILES 365
trouve encore aux Antilles, en Egypte, en Chine méridionale, etc. ^
Le G. herbaceurriy qu'on identifie souvent botaniquement avec le 6. hirsutum, est originaire de l'Inde. Plante annuelle ou vivace, ce cotonnier fournit les cotons « courte soie » dont le poil adhère assez fortement à la graine. Les États-Unis en ont de nombreuses variétés locales parmi lesquelles à signaler : VUpland, le coton Louisianey Nouvelle-Or léanSy etc. Il en existe une variété à coton jaune, le Nankin. Il est cultivé dans l'Inde, en Chine, Indochine, Australie, sur la côte d'Afrique et en Europe méridionale.
Le G. arboreum, originaire de l'Afrique (Guinée et région du Nil), est une plante ligneuse, de 4 à 6 mètres de haut, à coton très adhérent. Les cultures sont peu étendues. Ajoutons que les cotonniers « longue soie » sont plus délicats et plus tardifs que les « courte soie » et, de ce fait, se font volontiers, et de plus en plus, supplanter par ceux-ci dans les cultures.
Conditions de croissance. Cotton belt. — Les limites de la zone coton nière [cotton belt) en Amérique sont estimées à Sô'* de latitude nord et sud. Le coton d'Asie, plus rustique, peut être cultivé jusqu'au 45*^ degré de latitude nord (Turkestan). Définir les conditions thermiques nécessaires par des moyennes de température annuelle, soit 16**, soit 20** — ce sont les chiffres admis dans les deux cas — n'est ni caractéristique ni déterminant, les moyennes, encore une fois, n'étant pas très indicatrices sans limite de minima. On peut cependant faire intervenir le calcul des sommes thermiques, à condition qu'une partie de la somme ne soit pas donnée par des températures trop basses prolongées. Le cotonnier préfère des répartitions de températures égales et la récolte, aussi bien que le début de la végétation, se trouvent perdus par les gelées du printemps ou de l'automne.
C'est par ces exigences que le cotonnier est une plante de culture de plaine où les sautes de températures sont
moindres, ol particulièrement de climat marilime^^ la mer étant le régulateur par exoellence de la température. 1-e plus beau coton, le Sea Uîand, est recollé dans les îles des côtes de Géorgie et de la Floride, baignées dans le Gulf Stream, la salinité de l'atmosphère y exerçant peutêtre aussi une action, qui n'est cependant pas encore considérée comme certaine. Les belles récoltes du Turkestan sont obtenues dans un sol de loesSy avec une assez forte teneur en chlorures.
Quoi qu'il en soit, le cotonnier est fils du soleil; il craint les pluies froides persistantes, et l'abondance des pluies à travers toute sa période de végétation. Il les craint surtout après l'ouverture de ses capsules et la sortie du coton, que la pluie détériore sans rémission. Ciel clair le jour et nuitées humides avec beaucorup de rosées : ce sont là les meilleures conditions. Là où les pluies tardent trop longtemps, il faut avoir recours aux irrigations (Egypte, Turkestan). Les inondations sont funestes au cotonnier.
1-e sol doit être fertile, perméable, profond. Le cotonnier a une racine pivotante qui atteint 30 à 50 centimètres chez le cotonnier d'Asie et jusqu'à l™,20-^"»,50 chez celui d'Amérique. Le meilleur sol est une terre meuble argilo-calcaire ou argilo sablonneuse, grasse, riche en humus, comme les alluvions du Mississipi et du Nil, ou le loess du Turkestan. Nous en avons d'excellents dans les régions alluvionnaires du Niger et en Indochine, où nous trouvons également, comme dans rinde anglaise, les latérites rouges, ou terre des MoU. C'est d'ailleurs vers ces régions que se porte lefforl actuel de la culture cotonnière française.
Culture. Engrais. — La culture du cotonnier est vite épuisante. Jadis, lorsque les terres disponibles étaient abondantes encore, la culture se transportail d'un terrain épuisé à un terrain vierge; aujourd'hui, il faut, ou mettre de lengrais, ou laisser reposer la terre, ou alterner les cultures. Kn Kgypte, on ne fait du coton que tous les trois
ans sur 1^ même terrain, les deux années intermédiaires étant prises par des cultures de rotation, légumineuses ou blé. Les légumineuses, nous le savons déjà, sont d'excellents reconstituants du sol et très bonnes aussi comme engrais vert. On restitue aussi au sol une partie de la récolte cotonnière, tiges, feuilles et, comme engrais excellent, mais pas toujours abordable, les tourteaux faits avec les graines du cotonnier, après expression de l'buile.
Ailleurs, on emploie des engrais azotés ou minéraux appropriés, suivant analyse du sol, des cendres, de la vase des marais, etc.
La préparation de la culture commence par l'ameublissement du sol au moyen de plusieurs labours (dont lo premier profond, à 50 centimètres) et autant de hersages. Sur les terrains où il faut assurer, soit l'écoulement, soit l'amenée des eaux, et sur lesquels on ne sème pas à la volée, on aménage ensuite les billons ou les rigoles intermédiaires, à une distance moyenne de t™,20.
La plantation sur billon peut se faire : i^ en lignes — sillons au sommet du billon dans lesquels on dépose les graines.de façon à ce que les plants levés, puis éclaircis, se trouvent à une distance de 40 à 60 centimètres les uns des autres; 2^ en poqiicts, c'est-à-dire en trous à celte même distance, dans lesquels on met 4 ou 5 graines qui lèvent et dont on ne garde que le plant le plus robuste, le mieux venu.
Il y a donc, avec le semis à la volée, trois modes d'en semencemcnt, mais celui à la volée est le moins employé (Chine) à cause de multiples inconvénients, et surtout de l'éclaircissage. L'écartement final des plants doit d'ailleurs correspondre à leur taille, ceux d'un développement plus faible pouvant être plus rapprochés.
Les semences doivent être d'origine sure et de première qualité. Les levées mélangées font plus tard des hybridations qui déprécient la récolte devenant inégale.
La graine pousse ses cotylédons au-dessus du sol, huit à douze jours après le semis.
D'après ce qui précède, l'époque du semis doit être réglée sur celle de la récolte qui doit absolument se faire en saison sèche. De plus, les jeunes plantes sous les tropiques ne doivent pas être exposées aux pluies violentes ni aux sécheresses. 11 n'y a donc pas d'époque ûxe pour tous les pays, ni même pour des régions à climat différent d'un même pays (Annam, Cambodge).
Soins. — Les soins doivent être incessants, ce qui exige deg sarclages répétés et des binages, car il faut que la cotonnière soit très propre. L'éclaircissage en ligne ou en poquelsse fait définitivement, lorsque, parmi les jeunes pieds ayant une trentaine de centimètres de hauteur, le plus vigoureux s'accuse pour être maintenu.
Au moment où le cotonnier, vers son troisième mois, a atteint une hauteur suffisante, on Vécime, c'est-à-dire qu'on enlève le sommet de la tige pour l'empêcher de pousser en hauteur et l'obliger à développer des branches latérales. Ces branches latérales, à leur tour, sont arrêtées en les coupant à la longueur d'environ 40 centimètres, généralement un certain nomi)re de fois, pour les maintenir à ces dimensions. On butte légèrement après chaque taille.
Récolte. — Dans les meilleures conditions, la récolte peut commencer quatre mois après les semailles; généralement, elle commence dans le 5® ou le 6® mois. L'époque en est déterminée par l'ouverture des premières capsules. Le choix de la variété, très hâtive, hâtive, moyenne ou tardive, doit correspondre à la durée de la saison favorable. En Amérique, on attend que la quantité à récolter soit suffisante pour donner 25 kilogrammes à la journée de travail d'un ouvrier. Ajoutons de suite que cette quantité peut aller jusqu'à 50 kilogrammes; mais l'ouvrier doit être très habile pour arriver à 75 kilogrammes.
Les capsules ne s'ouvrent pas toutes à la fois : il y a donc plusieurs cueillettes qui se prolongent, suivant les variétés et les pays, pendant des mois. La récolte des
dernières capsules est de qualité inférieure à celle des précédentes. La récolte doit se faire par un temps sec lorsqu'il n'y a ni rosée ni pluie. Le coton mouillé perd considérablement de sa valeur.
La capsule éclatée, ouverte, ayant mis à nu son contenu, la touffe cotonneuse est enlevée à la main, le plus complètement et le plus proprement possible, puis enfouie dans un long sac que porte l'ouvrier, avec une pochette latérale dans laquelle, s'il est. consciencieux, il mettra le coton taché ou détérioré.
11 est important que les capsules soient bien mûres. Elles lâchent alors assez facilement leur contenu et il n'est pas nécessaire de les couper avec des ciseaux, ce qui est une grosse perte de temps et de force de transport .
La récolle, transportée au magasin, y est étendue sur des claies — il faut éviter le sol à cause des impuretés — où elle séchera à fond, à l'ombre, dans un endroit sec et bien aéré, quelquefois pendant plusieurs semaines, s'il le faut.
La siccité est à point lorsque la graine craque sous la dent. Il s'agit ensuite de séparer le coton, le poil, de sa graine, c'est-à-dire de ïégrener. Avant de suivre la récolte dans cette opération, jetons un coup d'oeil sur le rendement de la cotonnière.
Rendement. — Le cotonnier, plante annuelle ou vivace suivant le climat, est le plus souvent traité en culture annuelle, c'est-à-dire qu'on renouvelle les semis à chaque culture. Dans certaines régions, et pour certaines variétés, bien entendu, on le cultive en plante vivace, le même pied pendant plusieurs années (Egypte, Texas), ce qui diminue, il est vrai, les frais de culture, mais également les rendements au delà de la deuxième année. Le rendement de celle-ci est généralement supérieur à celui de la première année, dans les régions tropicales.
Voici quelques chiffres. Aux États-Unis, les rendements moyens à l'hectare varient beaucoup suivant les conditions locales : de 200 à 400 kilogrammes.
370 pnODCITS DU IIÈGNE VEGETAL
Dans l'Inde, ce rendement moyen est moins cicvé : on l'estime autour de 180 kilogrammes. Nous pouvons admellre éKalemenl ce chiffre pour nos cotonnieres du Cambodge et de l'Annam.
Il est entendu que cette quantité est celle du coton bruf égrené, qui nest que le tiers du poids de la récolte, fil cl tcraine réunis. Comme rendement valeur argent, il faut donc ajouter au prix de la récolte en iil de coton ou . coto.> en laine «, le prix de ihuile à retirer de la graine et celui des tourteaux qui sont faits avec les résidus.
Maladies. — l-e cotonnier est exposé aux atta(|ues de nombreux iii-
chenilles.borers.
pucerons, punaises, sans compter lesmaladiescryptogamiques.
Son ennemi le plus redoutabln es! la chenille de lAWiax!/Jino(fig- 127), sœur du ver àsoie;eliedévorc la feuille et l'insecte se multiplie xylina {Noctuidéel . en masse s'
Fin- Xil. -
Dont 11 ehcDille dévore 1 d'gpttii Soiober. — A. Cliei — B, PspiUoii. — C. Œuf.
secticidi
!0in de le
la face inrérieurc
détruire par des pulvérisations in- > feuilles.
Préparation. — On appelle égrenage lopcralion qui consiste à séparer mécaniquement le fil de coton de la graine à laquelle elle adhère plus ou moins solidement Les Indigènes, les petites exploitations familiales, se servcnl encore piirlout aujourd'hui d'un petit instrumonl
appelé cbourka (de son nom indien), ou manganello ce Italie, ou rotler gin en pays anglais (fig. 128).
L'appareil conaisle simplement en deux cylindres ot rouleaux horizontaux en bois, tournant sous l'effort d'uni manivelle à bras; le fil engage dans leur intervalle es arraché, passe d'un côté et la graine reste de l'autre.
Cet instrument primitif, à rendement lent, au surplus
donnant un coton en laine très emmêlé, fut en usage en Amérique même dans les grandes exploitations Jusqu'en 1792, époque à laquelle È. Whitney inventa l'égreneuse A scies, le saw-gin. (Les égreneuses de coton s'appellent ffiu en pays de langue anglaise.)
La machine est composée, en principe, d'un cylindre de 80 à 90 scies circulaires très rapprochées qui, dans un mouvement de rotation rapide, arrachent le poil de la graine qu'on leur présente au lond d'une trémie. Le colon arraché renconire. sous le cylindre à scie, un cylindre à brosses i\\ii lo détache des scies.
Le saw-gin fit rapidement fortune et il est encore
aujourd'hui l'engin le plus répandu pour régrenagc du coton courte-soie. On lui trouva Tinconvénient de déchirer le coton longue-soie et il fut remplacé, pour ces variétés, par une égreneuse à laminoirs dont la plus connue est le MaC'Carthy gin.
Elle se compose, en principe, d'un cylindre horizontal tournant, en cuir, qui engage le coton entre son rouleau et une plaque métallique appelée « docteur », où le fil rencontre une autre plaque en mouvement faisant office de batteur qui détache la graine et la projette dehors, alors que le coton est entraîné par le cylindre. Nous omettons les détails du mécanisme.
L'intérêt considérable à posséder des engins perfectionnés n'a cessé de stimuler les inventeurs. Des concours de gins ont été organisés et on considère aujourd'hui, d'après Semler, comme une des meilleures machines, celle qui fut primée dans l'Inde, sous le nom de a Double Mac-Garthy roller cotton gin » de Platt.
A l'époque où fut introduite l'égreneuse mécanique, vers le début du xix'^ siècle, l'Angleterre manufacturière inventa la fileuse et le métier mécaniques. Ce fut une révolution économique extraordinaire.
L'égreneuse à scie, comme unité, remplaça le travail de 360 unités de main-d'œuvre et dans le rayon d'action manufacturière de l'industrie du colon, les trois machines associées se substituèrent comme unité collective à 2.200 ouvriers (Semler). il y a là matière à méditation, à une époque comme la nùtre, où, en présence de la difficulté de recrutement ou de l'instabilité de la maind'œuvre indigène, nous voulons faire bénéficier les grandes cultures des progrès du machinisme agricole.
L'histoire culturale et industrielle du colon aux Étals- Unis est un des exemples les plus frappants et les plus entiers d'une révolution économiqne, où la machine collective a remplacé la main-d'œuvre individuelle.
Le colon égrené est nettoyé, puis mis sous presse, pour être comprimé en balles rectangulaires d'un poids variant de 50 à 200 kilogrammes.
Emplois. — Nous ne suivrons pas le coton en laine à travers les cardeuses, les filatures, les métiers, etc. Nos colonies sont d'ailleurs loin d'être encouragées par la métropole industrielle, jalouse de ses débouchés, à créer des usines cotonnières et de tissage qui lui feraient concurrence.
Les graines du cotonnier donnent, par pression, 18 à 20 p. 100 d'une huile comestible et blanche, après épuration : elle est employée en mélange avec l'huile d'olive, ainsi que dans l'industrie savonnière. Des résidus on fabrique des tourteaux, très recherchés comme engrais.
Le coton, plongé dans un mélange d'acide sulfurique et d'acide azotique, se convertit en pyroxyline, explosif qui a l'apparence de l'étoupeetqui porte encore les noms de nitro-cellulose, de fulmicoton. Les alcalis agissent énorgiquement sur le coton à basse température ; ils lui donnent la propriété de prendre des mordants et des couleurs. Cette action fut reconnue, en 1844, par un chimiste français du nom de Mercier, et on appelle aujourd'hui mercerisage une opération qui donne au coton, au moyen de la soude et par une action mécanique, un brillant très soyeux.
Le fulmicoton, dissous dans un mélange d'alcool et d'éther, fournit le collodion. Associé au camphre et à l'alcool, le fulmicoton produit le celluloïde qui, fortement comprimé, se laisse travailler comme l'ivoire ou lécaille. Cette composition entre également dans la fabrication de la soie artificielle. En ajoutant à la pâle de celluloïde de l'huile de ricin, on obtient le linge dit « américain ».
Produotioii et commerce. — En 1904. la production mondiale du coton était estimée à près de 3.300.000 tonnes, d'une valeur approximative de 3 milliards 400 millions de francs.
En 1908, le chiffre de la production mondiale est eslinu'' entre 5 et 6 milliards de francs, dont 4 milliards pour
Jes seuls États-Unis. Les États-Unis, en effet, après la dépression de la culture cotonnière à la suite de la guerre de Sécession, ont rapidement repris le dessus et leur production est maintenant voisine des 2/3 de la production mondiale. Viennent ensuite l'Inde anglaise, pour environ 15 p. 100; la Chine pour 8 p. 100 et l'Egypte pour un peu plus de 7 p. 100; les autres pays producteurs (Asie Centrale, Pérou, Brésil, etc.) ne figurent que pour
I à 2 p. 100 de la production mohdiale.
On voit par ces chiffres combien l'Europe est tributaire, pour cette importante matière première, de l'Ainérique du Nord, et lorsque l'on considère que ses nombreuses manufactures de coton en sont réduites à escompter, à la fois, la réussite des récoltas aux États- Unis et à devoir lutter contre les industries similaires, de jour en jour plus importantes, dans les pays de production même de la matière première, c'est-à-dire les États-Unis, on comprend le sens et la portée des efforts faits par les pays d'Europe manufacturiers, pour se soustraire à la tyrannie de cette situation économique.
La Russie est entrée la première dans cette voie en créant, dans ses possessions transcaspiennes et centralasiatiques, des plantations de coton très étendues qui lui fournissent maintenant la plus grosse proportion de son coton en laine. Nous avons vu naître ces cultures, do 1880 à 1886, dans le Bokhara et le Turkestan et, déjà en 1903, l'Asie Centrale est arrivée au chiffre de production de 61.000 tonnes, augmenté depuis. Ce résultat est dû en majeure partie au chemin de fer transcaspien qui, (le purement stratégique qu'il était dans l'esprit de ses promoteurs, est devenu une voie commerciale inattendue, au point que le matériel est maintenant insuffisant pour transporter les balles de coton que le rail a, pour ainsi dire, fait naître le long de son ruban de fer.
II y a là un exemple et un enseignement. Un chemin de fer de pénétration est plutôt comparable à une seringue à injection vivifiante qu'à une cannelle mettant un ton-
PLANtES TEXTILES 375
neau en perce. C'est un principe à v méditer lorsqu'il s'agit de négocier et de faire accepter des emprunts pour la construction de chemins de fer aux colonies, vers un hinterland à richesse latente.
Associations cotonnières. — Successivement, l'Angleterre, TAllemagne et la France ont essayé — elles continuent leurs efforts — de conquérir leur indépendance cotonnière vis-à-vis des États-Unis. Ces efforts sont dus à l'initiative privée, secondée par l'intérêt officiel. En Angleterre fut fondée la BriUsh CoUon Growing Associatiofiy en Allemagne le Kolonial wiHhschaftliches Komité, et en France se constitua V Association cotonnière coloniale.
En ce qui nous concerne, l'importance de l'œuvre de l'Association française s'affirme lorsque l'on considère que, jusque dans les dernières années, l'industrie française a travaillé annuellement environ 205.000 tonnes de coton, d'une valeur de 255 millions de francs et que, dans ce chiffre, nos colonies ne figurent que pour une importation de 2.000 tonnes environ. Elle reçoit 450.000 tonnes de coton en laine des États-Unis, 25.000 tonnes d'Egypte et 20.000 tonnes de l'Inde anglaise.
L'importance de la filature en France était accusée, en 1850, par environ 3 millions de broches. Aujourd'hui, on en compte 6.150.000, soit : 2.180.000 dans le Nord, 2.130.000 dans les Vosges (filatures très développées depuis la perte de l'Alsace) et 1.750.000 en Normandie.
Nos colonies productrices de coton, en quantités notables, sont actuellement l'Indochine et l'Afrique occidentale, notamment le Dahomey. On peut y îjjouter, pour de faibles quantités encore, Madagascar, le Soudan, l'Océanie. Cependant, les échantillons produits par nos anciennes colonies, où le colon était cultivé il y a plus de cinquante ans, sont qualifiés de superbes.
Nos possessions africaines n'ont donné, en 1909, que 239 tonnes de coton, dont 136 parle Dahomey (92 en 1907). Cette même année, les colonies africaines allemandes ont
donné à l*exportatton i .029 tonnes : soit 510 tonnes par le Togoland et 519 par le Deutsch S. W. Âfrika. il est vrai que ces résultats ne sont pas obtenus exclusivement par les entreprisés privées.
L'Indochine, avec ses deux zones cotonnîères, Tune au Cambodge, l'autre dans le Nord-Annam (Thanh-hoa), a fourni à l'exportation, en 1909 — année la meilleure — 7.581 tonnes de coton brut (en laine et non égrené) dont la très grosse partie va en Chine et au Japon. Le chiffre le plus élevé de son exportation sur France fut de 924 tonnes, en 1906.
Viennent ensuite, pour des quantités de quelques tonnes à 50 tonnes : le Soudan, la côte des Somalis, les
Etablissements français de l'Océanie et Madagascar.
L'Algérie fournissait, en 1907, une trentaine de tonnes de coton. Les cultures paraissent s'y développer autour d'Orléansville, où l'on plante, en terres irrigables, la variété milafifi d'Egypte et autour de Philippeville, où des essais encourageants sont faits en terrains secs, avec la variété Mississipi d'Amérique- Le premier moulina huile de coton en Algérie vient d'être installé à Orléansville.
Il est incontestable que la culture du coton pourra être développée dans nos colonies, en suivant l'exemple du Dahomey et du Soudan. L'action de l'Association cotonnière s'exerce par des subventions, des distributions de graines, des envois de machines (égreneuses et preâses) et l'organisation de stations d'essais et de champs de démonstration. Mais il faut également que cette action soit secondée, comme nous le disions plus haut, par l'étude approfondie des divers cotton belUy c'està-dire des régions reconnues le plus aptes à recevoir la culture cotonnière, avec des variétés appropriées.