LE JUTE
BoUtniquc. — Culture. — Préparation. — Commerce.
La fibre textile qui porte ce nom — très vieux, dérivé du sanscrit — est produite par deux espèces du genre Corchorus, de la famille des Tiliacées : le Corchorus capsularis Linné et le C. olUorim Linné. Les deux espèces sont originaires de rinde et pénétrèrent vers l'Ouest, jusqu'en Kurope, fort anciennement, non comme textile, mais comme légume (« corite potagère» ou « mauve des Juifs »), car on en consommait, comme aujourd'hui encore, les feuilles cuites, en Egypte, en Italie et en Crète.
Botanique. — Les Jutes sont des plantes annuelles, herbacées qui atteignent jusqu'à 4 mètres de hauteur, à tige simple à la base, se ramifiant un peu vers le sommet. Les feuilles sont alternes, ovales-lancéolées, dentées, très faciles à reconnaître par les prolongements filiformes des deux premières dents de la feuille (fîg. 130).
Opposés aux pétioles et aux feuilles se trouvent les fruits, qui sont des capsules sèches contenant des graines très petites, nombreuses dans l'espèce olitorim, et moins
Fig. 130. — Le JDTi (Coi-chonis captularù).
iionl li-s fioiix espèces, (;lonl pyliniiriqneB cl loupa c C- olitorius ffîtluliulciix, cmirls ilmia le C. ctipsu-
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laris. Cette dernière espèce atteint aussi une tailic plus élevée que raulre. Dans l'Inde, on distingue une trentaine de variétés de jute.
Culture. Préparation. — Les conditions de végétation des deux espèces sont peu différentes. Le C. capsularis vient de préférence dans les terrains élevés. Le meilleur - sol pour le jute est un terrain humide ou plutôt frais, argilo-sablonneux, comme ceux que présentent les alluvions découvertes des rivières ou fleuves à inondations temporaires. Ajoutons de suite que le jute craint les trop fortes pluies, et surtout les inondations, quand il est jeune, les supportant assez bien plus tard.
On sème à la volée, en mélangeant les graines avec du sable à cause de leur petitesse, ou bien au semoir en lignes, puis on éclaircit. La végétation est rapide et les tiges sont bonnes à couper trois ou quatre mois après le semis, au moment indiqué par la floraison, sans attendre la fructification. Plus tôt, en effet, la fibre est plus belle de couleur et plus fine, mais moins résistante; plus tard, elle est plus forte, mais plus grossière.
La coupe se fait à la serpette ou à la machine (Amé-rique), plus ou moins au-dessus du sol, suivant la qualité à obtenir. Au Bengale, certaines variétés sont même arrachées avec la racine et mises à sécher grossièrement, entières, pour servir en sparterie, comme les brins de saule en Europe. Les bottelées de tiges sont mises en javelles sur le champ pour faner pendant quelques jours, puis débarrassées de leurs feuilles et de leurs petites branches; elles sont portées ensuite au rouissage, c'est-àdihc à leur immersion dans de Teau stagnante (fig. 131).
Le rouissage par la rosée, ou dans l'eau courante, pratiqué en certains pays, est moins égal et plus aléatoire.
Les tiges de jute, réunies en faisceaux ou bottelées d'égales longueurs, sont plongées dans l'eau d'une mare, le gros de la tige en bas, d'abord, ensuite toute la tige, maintenue immergée au moyen de pierres et de planches. Elles y restent, suivant la température de
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l'eau (qui ne doit être ni jours à quelques senuùn
détache facilement du boia; à ce moment, le rouissage est suffisant. L'eau de la m&re est devenue très malodorante: on s'en aert d'ailleurs comme d'un engrais el
Fig. 131. — Mise au houimaob de» ticbs du jvte (Tonkin).
clic est délélcre aux poissons. Elle ne servira qu'à uti seul rouiRsagc.
Lorsque la tige est o point, l'écorce fibreuse peut en être détachée aisément à la main, pour être lavée ensuite dans l'eau courante et séchée au soleil.
Commerce. — Le jute, plante de pays chaud et de climat chaud et humide, est surtout cultivé dans l'Inde. au Bengale, où il est une t^orte de spécialité, monopolisée comme le coton l'est aux Ètals-Unis. C'est de là que lui vient le nom de « chanvre du Bengale ».
On a essayé de le cultiver en grand, au Tonkin, sur l'initiative tenace de la maison Saint frères qui est, comme on le sait, une grande marque de France pour les tissus de jute. Mais, tout en y venant très bien, la plante a rencontré des conditions économiques de culture qui la mettent au deuxième plan (main-d'œuvre et épuisement rapide du terrain sans engrais). Les indigènes en cultivent de notables superficies, pour la consommation locale des fibres. Il y aurait pourtant grand intérêt à ce que nos rizeries fussent affranchies du marché de l'Inde, où elles sont obligées d'acheter annuellement pour quelque 6 à 7 millions de francs de sacs de jute {gunnies), servant au transport du riz. En 1902, la France a reçu de l'Inde 180.000 tonnes de jute d'une valeur approximative de 50 millions. La fibre est travaillée en tissus, tapis, toiles cirées, moquettes, cordes, velours, tresses^ toiles d'emballage, etc. Cette industrie, surtout florissante en Picardie, occupe en France plus de 50.000 ouvriers.
Le grand marché du jute est Calcutta, où fonctionnent une trentaine d'usines et plus de 20.000 métiers à tisser. La production moyenne de l'Inde dépasse 1 million de tonnes de jute. L'industrie française en consomme environ 100.000 tonnes.