PARTERIE ET VANNERIE
Très nombreuses également sont les espèces végétales dont les fibres, plus grossières, de la tige ou des feuilles, trouvent leur emploi dans les divers produits manufacturés de la sparterie, de la vannerie, de la corderie.
En tète se place une plante de la famille desCyclanthées :
Le Garludovica palmata Uuiz et Pavon, de l'Amérique centrale, dont les feuilles servent à la confection des chapeaux dits « de Panama », auxquels leur finesse et leur légèreté assurent des prix très élevés dans le pays même de leur confection.
Puis toute une série de Palmiers :
Le Borassus flabellifer, ou talipot des Hindous (renier ou rondier), dont les feuilles superbes en forme d'éventail fournissent une fibre employée en sparterie, corderie. Le Livistona ^sinenais donnant une fine paille à chapeaux
PRDDtlITS DU RKONK VEnETM.
mployona maintenant iiii îonkiii (fig 138).
Fig. 139. — Vécét.itcun uu R.*piir\ (.-(11.' oricnlair dp Madagascar).
l.eRaphiapeduDcuUtaBcauvijis,dcMadagascar,granil et heaii palmier pouvant atteindre 15-18 mctrea de hau-
teur,' qu'on rencontre en masaire serrés dans, les basfonds de l'Ile. Après le caoulctiouc, ce sont les fibres textiles extraites de la feuille de ce palmier qui constituent l'article d'exportation le plus sérieux de Madagascar : elles figurent annuollemcnt pour une quantité de 4.000 tonnes, valant plus de 2 millions de francs. Ce palmier est, à l'instar du cocotier, un arbre providentiel.
Les pétioles des feuilles, qui mesurent souvent plus de 5 mètres de long, sont employés par les Malgaches comme chevrons<lecouverluredc leurs cases, monlaiit» d'échelle, barres de lilanzanes. etc.; le bourgeon central, cuit ou cru, est un excellent chou palmiste. La sève du tronc fournil une boisson rafraîchissante, et les nervures principales des folioles servent à Faire des nasses pour les pêcheurs. Enfin, l'épiderme supérieur des Jeunes feuilles non épanouies fournit des lanières très souples et très résistantes qui. soifrneusement lavées el séchées au soleil.
entrent dans la fabrication des chapeaux et sont exportées en Europe ea fortes quantités (fig. 140). L'horticulture les emploie eomme liens,, sous le nom de rabane, et les indigènes en iont des étoffa du même nom, très appréciées. Une autre espèce de Rapkia^ le A. vinifera Palisot de Beauvois, plante saccharifère aussi, est exploitée pour ses fibres sur la côte occidentale d'Afrique eC surtout en Guinée.
Dans les tics de TOcéanie, les indigènes retirent une paille fine, pour la confection des chapeaux, des fibres de la tige florale du Pia, le Tacca pinnatifida Forster, dont le rhizome leur fournit également une sorte d'arrow-root.
Beaucoup de palmiers sont exploités pour la ûbre dure, appelée piassava, employée dans la brosserie : tels sont VAtlalea funifera Martius, et le Leopoldinia piassaba Wallace du Brésil, le Caryota urens Linné ou Kitoul^ de l'Inde, etc.
L'enveloppe fibreuse et épaisse de la noix de coco sèche est très exploitée en Extrême-Orient, sous le nom de coir^ pour la fabrication des cordes.
Le palmier nain, Chamœrops humilis, très abondant dans la zone littorale des provinces d'Oran et d'Alger, y fut longtemps un obstacle au défrichement des terres. Il est exploité aujourd'hui pour la préparation du « crin végétal » dont l'Algérie exporte annuellement dans les 40.000 tonnes, d'une valeur de 4 millions. Ce crin est fourni par la fibre des feuilles, récoltées et vendues aux usines par les Arabes. La filasse est tressée en longues cordelettes, et utilisée dans la bourrellerie, la matelasserie, la corderie, l'ameublement, etc. On en distingue deux sortes : le crin blond qui est le produit brut, et le cnn noir, d'un prix plus élevé. Le bourgeon central du palmier nain est comestible. La feuille sert encore à tresser des ouvrages de sparterie, soit seule, soit associée aux tiges de cette plante, si utile et si caractéristique do lAlgérie, qui est \alfa.
'r.ANTBS TEXTILRS
L'Alfa, Siipa Unaciisima Linné, l'e^parto des Anglais, est une grande herbe vivace, A rhizomes ramcux Tormant des souches compactes. Ses fcuillpsalleignent jusqu'à 1 mètre (le longueur cl persistent au moins pendant deux années. Los jeunes pousses se développent au
pousses fanées de l'année précédente. Plate et rulianêe pondant la saison des pluies, la feuille s'enroulo sur ses bords pendant la saison sèche et prend l'apparence d'un jonc à limbe dur, cylindrique, terminé en pointe acérée. La longueur de la feuille et la présence de nombreuses fibres résistantes assurent à celte plante ii usape industriel trosvar ((ig. 141).
L'aire de dispersion de l'alfa est assez étendue dans son habitai méditerranéen. On le rencontre non seulement en Algérie, en Tunisie et au Maroc, mais encore dans le Sud de l'Espagne. En Algérie, il croit dans le Tell inférieur et jusque dans la région désertique; sa présence est surtout aliondanle sur les Hauts-Plaleaux, et dans la province d'Oran, ses peuplements sans discontinuité ont valu a des régions entières le nom do a mer d'Alfa B. On évalue à 5 millions d'hectares la superficie occupée par celte planio en Algérie,
L'alfa peut venir aussi dans les forêts de pins et de chênes verts, mais seulenienl dans les terrains secs. Il
400 PRODUITS DU RÈfiNK VÉGRTAI.
n'existe pas dans les régions où la chute moyenne annuelle des pluies dépasse DO centimètres.
Les terrains d'alfa appartiennent soit à TÉtat, soit à des communes, ou à des particuliers. Ceux de l'État et des communes font l'objet de concessions moyennant redevance.
La feuille pourrait être exploitée presque toute Tannée ; cependant, les « alfatiers » sont astreints à l'observation d'un règlement d'exploitation, édicté par un arrêté du gouverneur général en 1908, déterminant l'époque de l'arrachage qui est celle de la maturité complète, au mois do juillet. Le meilleur mode d'arrachage consisterait à la récolte des feuilles séparément, à la main gantoléo (pour éviter les blessures); mais l'ouvrier, allant vite en besogne, se sert le plus souvent d'un bâtonnet autour duquel il enroule une touffe de feuilles et, par traction saccadée, arrache des souches entières, au grand détriment de la repousse.
Les feuilles d'alfa, parfois trempées préalablement dans l'eau de mer, sont ensuite séchées, triées, réunies en paquets ou en balles pressées, et livrées à l'industrie indigène ou au commerce. Brutes, elles peuvent servir à la nourriture des chevaux et des chameaux ; préparées, elles servent à la confection d'objets de vannerie et de sparterie ; après rouissage à l'eau douce et « piquage », c'est à-dire battage au maillet, elles entrent dans la fabrication de cordages, lapis, nattes, etc.
Mais l'alfa est demandé surtout pour la fabrication de pâte à papier. Avec le produit de première qualité, on fait du papier à cigarettes et de la papeterie de luxe. Le papier d'alfa est souple, soyeux, résistant, transparent, d'une grande pureté. A poids égal, il est plus épais que tout autre papier ; il prend bien l'impression et convient pour les éditions de luxe et les belles gravures.
Les fibres d'alfa n'entrent pas seules dans la fabrication du papier; elles sont généralement mélangées à une trame solide et constituent une matière de remplissage, dont la proportion peut atteindre les trois quarts de la pâte.
PLANTES TBXTILES . 401
L'Algérie et la Tunisie ont exporté, en 1907, 129.043 tonnes d'alfa d'une valeur d'environ 8 millions de francs. En 1908, l'Algérie, à elle seule, en exporta pour 6 millions et demi.
Sur ces quantités à l'exportation, la France ne reçoit qu'une faible partie, 6.192 tonnes en 1907; le reste est pris presque entièrement par l'Angleterre et surtout l'Ecosse. En Algérie, ce sont les deux ports d'Arzew et d'Oran qui exportent les plus fortes quantités d'alfa.
Il parait assez singulier de voir la France, qui est grand pays producteur de papier et achète annuellement à l'étranger pour une dizaine de millions de francs de pâte de bois, délaisser, en apparence, une matière première aussi importante, au profit de l'industrie étrangère. Les procédés de fabrication sont connus, et les défauts du papier d'alfa, un peu teinté, ne sont pas plus grands que ceux du beau papier de chiffon. On explique cette anomalie parla différence des prix des matières premières employées dans la fabrication de la pâte, et qui seraient plus élevés en France qu'en Angleterre, tels notamment les prix des charbons, des soudes et du chlore. Mais il est possible, et souhaitable pour le développement de cette richesse dans nos colonies nord-africaines, de voir l'industrie papetière en France se retourner vers la fibre d'alfa, lorsque la raréfaction de la fibre de bois aura rapproché les prix de revient.
On appelle paille de Christophine, des rubans d'une paille très fine, d'un jaune brillant, extraits de la tige d'une plante, appelée chayote ou chouchou aux Antilles et à la Réunion, où elle est très abondante. C'est le Sechium edule Swartz [Cucurbitacées] dont le fruit comestible est utilisé comme les courges. La plante pousse dans les terrains frais et humides et se multiplie au point d'envahir lescultures environnantes. L'extraction du ruban de fibres se fait sur les entre-nœuds des tiges fendues en long, choisies jeunes, par simple raclage du tissu, après immersion dans de l'eau de savon. L'opération peut être faite
PRODCiTS COLO?(IAUX. 26
par des enfants et même des infirmes. La repousse des rejets eât très rapide. En 4908, la Réunion a exporté 75 tonnes de paille de choucfwu recherchée en Europe pour la fabrication de chapeaux de luxe.
A cette même famille des Cucurbitacées appartiennent les Luffa, sortes de courges qu'on fait macérer dans l'eau pour en retirer ce tissu fibro-spongieux, connu sous le nom d' « éponge végétale ».
Dans l'industrie de la sparterie, les joncs (Cyperus) jouent un rôle considérable. Notons seulement la fabrication au Tonkin, et principalement dans la région de Phat-Diem. des nattes dites de o Hong-kong », article de commerce sérieux que nous achetons sous ce nom, et de cette provenance indirecte, dans les magasins de Paris. Il en est de même d'ailleurs des cannes dites de « Hong-kong », originaires, pour une très grosse part, de nos provinces tonkinoises et nord-annamites. Ces cannes sont faites do la tige d'un élégant petit palmier, le Rhapis flabelliformia L'Héritier, qui peuple abondamment certaines brousses.
Faut-il ajouter que le bambou, celte superbe graminéo aux formes si variées, participe à une infinité d'usages industriels et utilitaires. Cette plante est véritablemenl providentielle. Les Chinois appellent le bambou le « Sage » : il est pour eux l'emblème de l'homme droit, constant et mesuré dans ses actes et ses paroles. Ses Uvsages en construction, menuiserie, transport, sparterie, vannerie, petite et grande industrie, etc., sont innombrables,jusque dans l'alimentation, car sesjeunespousses lendres sont comestibles; son pollen abondant supplée parfois à la disette de la farine et son feuillage est une nourriture pour les bestiaux. 11 trouve a présent un emploi utile dans la fabrication de la pâle à papier.