‹ Les produits coloniauxChapitre 79 sur 199 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Plusieurs de nos colonies, comme d'ailleurs leurs voisines étrangères, possédaient jadis, dans la culture des plantes tinctoriales, une source de richesse appréciable. Cette source est tarie, ou à peu près, depuis que la découverte des couleurs chimiques, d'aniline, dérivées des sous-produits du goudron de houille, a imposé celles-ci à l'industrie par leur variété et leur prix, sinon par leur supériorité. Le rocou et le bois de campêche ont dû battre en retraite, l'indigo est menacé et, jusqu'en France^ la garance, le pastel ont dû disparaître devant le triomphe des produits de laboratoire.

11 en reste cependant assez dans nos colonies pour leur reconnaître une valeur économique et nous obliger à ne pas les ignorer.

Les substances tinctoriales, très nombreuses, peuvent être d'origine animale, comme celles que donnent la cochenille, le kermès, le Cartoia de la laque, etc., ou d'origine végétale, tirées soit de la racine ou d'un tubercule (garance, curcuma, cunao), du bois (campêche, cachou), de l'écorce (bois jaune, palétuvier), des feuilles, fleurs ou fruits (badamier, henné, rocou, dividivi), soit de l'ensemble de la plante, à la suite de pï'éparations spéciales (indigo, orseille).

Ces substances sont solides, cristallisables ou résineuses ; elles subissent l'action de la lumière et de l'oxygène de l'air, à la longue décolorante. Les unes, plus longtemps résistantes, sont dites « solides » et couleurs de

« bon OU de grand teint » (indigo, garance, cochenille, cachou, noix de galle) ; les autres, plus fugaces, sont dites couleurs de « faux ou de petit teint » (campèche, curcuma, rocou). Solubles la plupart dans l'eau, elles s'unissent plus facilement aux fibres et tissus d'origine animale comme la laine et la soie, qu'aux fibres végétales, parmi lesquelles le coton les retient plus fortement que le lin et le chanvre. L'indigo, le cachou, le curcuma adhèrent directement ; d'autres, pour se fixer, ont besoin d'un mordant préalable que l'industrie choisit parmi les oxydes métalliques (sulfate de fer ou de cuivre, aluns, etc.), mais qui modifient généralement la teinte fondamentale ; c'est l'opération du mordençage, précédée elle-même du premier apprêt : lavages à l'eau ou au carbonate de soude que le tissu à teindre doit toujours subir, afin d'être débarrassé des impuretés qui s'opposeraient à sa complète imprégnation par la matière tinctoriale.

Il faut distinguer la teinture des étoffes, qui doit pénétrer profondément toutes les fibres, de l'impression sur étoffes, destinée à teindre un côté ou une partie seulement du tissu. Une des plus curieuses associations de ces deux opérations est représentée par l'industrie javanaise des sarongs, teints sur dessins à la cire, imprimés ou tracés fort artistiquement à la main.

Parmi les substances tinctoriales naturelles, une des moins atteintes encore, bien que menacée par les colorants artificiels, est l'indigo.

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