LE MAIS
Historique. — Description. — Principales variétés. — Culture. — Ennemis de la culture. — Rendements. — Emplois et usages. — Pays producteurs.
Historique. — Le Mais (Zea Mays Linné) appartient à la famille des Graminées. C'est une des plantes les plus précieuses au double titre de céréale et de plante fourragère, et on la trouve aujourd'hui cultivée dans tous les pays chauds et tempérés chauds.
Bien qu'on ne l'ait jamais rencontrée à l'état franchement sauvage, on s'accorde à lui donner comme patrie l'Amérique méridionale. Au moment de la découverte de l'Amérique, le maïs jouait un rôle capital dans l'agricullure de vastes contrées s'étendant du Pérou jusqu'au delà du Mexique, alors qu'il était inconnu sur les autres continents. Les auteurs anciens, comme Garcias Laso delà Vega, qui ont parlé de l'agriculture péruvienne; les découvertes d'épis et de grains de maïs, appartenant à un très grand nombre de variétés, dans les sépul-, tures incasiques de la période précolombienne et mises en lumière par MM. de Hochebrune, Wittmack, Wiener, Gostantin et Bois constituent des preuves évidentes de l'origine américaine de la plante.
Le maïs fut apporté en Espagne par Christophe Colomb, en 1493, lors de son premier voyage, mais c'est seulement en 1535 que les premiers essais de culture en furent tentés dans ce pays. A la fin du xvi° siècle, il passa d'Espagne en Italie, puis en Turquie, d'où le nom de blé de Turquie donné à cette céréale.
Description. — Le maïs est une herbe annuelle.
FLAKTBS ALlUEKTAiniS : CBRiiALES Sli
monoïque, à tige robuste pouvant atteindre de 50 centimètres à i mètres de hauteur et même plus, munie de nœuds ou renflements dont les inférieurs produisent des racines adventives [fig. 16). Les feuilles sont alternes, longues, larges, rubanées, retombantes. Les fleurs mâles sont disposées en panicule terminale, composée d'épillets à deux fleurs contenant deux étamines. Les fleurs femelles sont groupées en épis à l'aisHelle des feuilles moyennes, épis sur lesquels elles constituent des épillets biflores, segsiles, pressés les uns contre les autres autour d'un axe épais en forme de cAne. Des deux fleurs de chaque épillel, l'une est stérile; l'autre, fertile, possède un ovaire surmonté de deux styles très longs et très fins, communément désignés sous le nom de stigmates. Chaque épi est enveloppé
par des spathes. ou feuilles mem- Fig. 16. -Tioe bem*!». braneuses,qujles
recouvrent entièrement et d'où s'échappent des styles filiformes qui retombent , en oITranl l'aspect d'une barbe pendante. Chaque ovaire donne naissance à un grain de mais, qui est un caryopse Pig.n.— CoïPE Cruil sec indéhiscent), à ovule adhéd'un oHtiN !>■ rent aux parois de l'ovaire (fig. 17). *•*''■ On connaît plus de 300 variétés de
"é^alï^n" """'^ 1"' diO'èrent les unes des autres par la taille des plantes, la croissance plus ou moins rapide (deux à sept mois), la forme des épis portant un plus ou moins grand nombre de rangées de grains, la forme, la grosseur, la consislancc. la cou-
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leur des grains, qui peuvent être blancs, jaunes, rougea, noirs, unicolores ou panachés (fig. 18).
Prlneipales Tanétés. — H*T$ A BBC (maïs pointu) (Zra Mayi, var.
rostrata), à grain jaune, moyen, à extrémité terminée en point« crochue.
Haïs tbhdhgs, très farineux, sans enveloppe cornée. Ce sont les plus importants en industrie; ils donnent une excellente farine. La variété Tuscarora a le grain d'un blanc mat, gros, aplati; dans la variété Caragua [M. dent de cheval ; m.
géant) le grain est blanc, gros, aplati, déprimé; la plante atteint une grande taille et sa végétation rapide la rend précieuse comme fourrage vert.
Haïs ddr3. Les variétés de ce groupe ont un grain à enveloppe cornée, dure ; ils sont moins farineux, mais ils se conservent plus longtemps sans perdre leurs qualités et se défendent mieux contre les insectes.
Fig. )8. — ÉPI DE mis *'*'* socHÉ (M. doux), à grain
enfudit. ridé, blanc ambré, sucré, non fa-
rineux. On consomme l'épi comme légume, avant maturité. On le cultive aussi comme fourrage vert.
Maïs enveloppé IZea Mays, var. tunicata), à grains
entièrement revêtus par les glumes fortement accrues.
Haïs Cozco, variété géante, à épi énorme, dont les
grains peuvent atteindre presque ia grosseur d'une fève.
C'est le plus volumineux de tous les mais. Il en existe
fl4^
tlnloi d« fuc et d« proill. a. Dent de ibeiil. Gésol C p»- — c. CiDqiuDliDe rODge. — d. HaTi i bec poinlu. Boliila. — /. Violat>lci«de Bolirie. — a. Cmcoblinr:. — h Corn). ~. i. Cuico muge ttt\é.
des variétés à grain blanc, rouge et panaché. Ce grain non corné, à pellicule très fine, est très farineux et d'excellente qualité. Le mars Cuzco n'est guère cultivé qu'au Pérou, son pays d'origine {fig. 19).
Maïs fulminant (Pop Corn), à grain sphérique, très farineux, nacré; placé sur une plaque de fer chauffée à point, ce grain éclate avec un bruit sec, mettant à nu son contenu blanc, floconneux, neigeux, comestible.
On peut dire que chaque pays possède maintenant ses variétés de maïs. On peut ciler parmi celles de rindochine, le maïs géant, de l'Annam et des Mois. Un des plus connus est le M. Cinquantini, d'Italie, à petits grains, qui est très cultivé; et le M. Petit CôtoUf introduit de la Réunion, qui donne de très bons résultats au Tonkin.
La farine de maïs est, après celle de l'avoine et du mil, la plus riche en matières grasses que fournissent les céréales; elle vient en 3® ligne, après l'avoine et le froment, comme valeur nutritive, ainsi que le montre l'analyse moyenne suivante :
Eau 10,04
Cendres 1,22
Huile 5.20
Hydrates de carbone 70,69
Cellulose 2.09
Albuminoïdes 10,46
Culture. — Le maïs demande de la chaleur et de la lumière, un sol profond, meuble, fertile. Il n'est pas très exigeant en ce qui concerne la nature minéralogiquc du sol; les terrains alluvionnaires lui sont particulièrement favorables. H est très sensible aux engrais. Le maïs cultivé comme plante fourragère peut être semé à la volée; lorsqu'on le cultive pour son grain, on exécute le semis en poquets disposés en lignes, de manière à ménager une distance de 50 centimètres à 1 mètre entre les poquets, selon qu'il s'agit de variétés à faible
PLANTES ALIIIEirrAIRBS : CBRéALES 59
OU à grand développement. Chaque poquet reçoit cinq ou six grains et, après germination, lorsque les plantes ont 12 à 15 ceniimètres de hauteur, on ne conserve que trois d'entre elles par poquet, en supprimant les autres. Quelque temps après, on butte légèrement en ramenant la terre au pied de chacune des plantes pour provoquer le développement des racines adventives.
Lorsque les épis femelles ont été fécondés, il y a lieu de supprimer la partie supérieure de la tige qui les surmonte et qui donne un excellent fourrage vert très recherché du bétail; les maïs, après cette opération, mûrissent plus rapidement leurs épis.
Les épis étant murs, on les détache de leurs spathos et on les épie à la machine; les grains à conserver pour la consommation gagnent à être légèrement torréfiés. Ces grains seront placés en lieu sec, à l'abri des rongeurs qui en sont très friands.
En pays tropical, on peut faire jusqu'à trois récoltes de grain par an, avec assolements appropriés; l'irrigation est nécessaire pendant la saison sèche, mais l'humidité excessive du sol est nuisible au bon développement de la plante.
Ennemis de la culture. — Parmi les principales maladies qui attaquent le maïs, on peut citer : le charbon du maïs dû à un champignon parasite, VUstilago Maydis, qui attaque les bractées des fleurs femelles, les paniculesdo fleurs mâles et les tiges elles-mêmes, déterminant de grosses tumeurs qui détruisent une partie des récoltes ; \di Touille du tnais et du sorgho [Paccinia Sorghi, P. Maydis), qui se présente sur les deux faces des feuilles, sous forme de taches pulvérulentes arrondies, elliptiques ou ovales, brunes, dont la poussière est constituée par les spores du champignon.
Rendements. Emplois et usages. — Le rendement varie selon les variétés cultivées et selon les pays. En France, en terre fertile et bien cultivée, le maïs gros jaune
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peut donner de 35 à 45 hectolitres de grain à l'hectare ; en Italie» dans les terres arrosées, on atteint jusqu'à 80 hectolitres. Le maïs blanc donne un rendement inférieur de 1/5. Le maïs quarantain produit de 25 à 30 hectolitres.
Le grain de maïs est surtout employé en industrie ; la France en importe chaque année des quantités considérables pour la fabrication de l'alcool après saccharification de l'amidon et la fermentation du moût sucré. On l'utilise aussi en brasserie.
On peut, aussi, extraire du sucre de la tige et tirer de l'huile du grain, pour l'alimentation et l'industrie. Le grain est de plus en plus utilisé pour l'engraissement de la volaille.
Les tourteaux servent à l'alimentation du bétail. Les axes des épis dégarnis de leurs grains et imprégnés de résine sont vendus comme allume-feux sous le nom d'allumettes landaises . Les spathes séchées servent à l'emballage des fruits, à rembourrer les paillasses, etc. ; les plus fines sont utilisées en Amérique du Sud et aux États-Unis comme enveloppes de cigarettes, etc. On peut extraire de la feuille une fibre textile.
Les conserves de jeunes épis de mats sucré, au sel ou au vinaigre, sont de consommation courante aux États- Unis; cette variété y est considérée comme une véritable plante potagère.
La farine, connue dans le midi de la France sous le nom de farine jaune, sert à Talimention de l'homme, soit en bouillies épaisses {gaudes), soit en pâte bouillie (polenta), soit en pâles cuites au four {miliasse) ; on peut en faire du pain en l'additionnant de farine de froment. Le rancissement de la matière huileuse contenue dans le grain est une cause de détérioration de la farine, plus prompte que celle du blé. On retarde cette altération en conservant les grains sans les moudre. Les grains à enveloppe dure sont naturellement d'une conservation plus facile.
Comme nous venons de le voir, les emplois du maïs sont extrêmement nombreux et ils placent cette plante au nombre des plus utiles qui soient connues.
La culture du mais comme plante fourragère est en outre des plus recommandables ; elle permet, en effet, d'obtenir, au moyen de semis successifs, un fourrage abondant, d^excellente qualité, très recherché des animaux. A Madagascar, le maïs Caragua ou Dent de cheval, semé très serré, en sol bien fumé, à raison de 150 à 200 litres de graines par hectare, a donné des récoltes variant entre 30.000 et 50.000 kilogrammes de fourrage.
Pays prodacteurs. — D'après de Gandolle, les limites de culture du maïs sont : en Europe, le 50® degré de latitude nord; en Amérique méridionale, le 40® degré de latitude sud ; en Amérique septentrionale, le 54® degré de latitude nord.
On évalue à 93.163.000 tonnes la récolte mondiale du maïs en 1908, mais ce chiffre est certainement très inférieur à la réalité, car il est difQcile d'apprécier la production des pays non exportateurs.
En France, le département des Basses-Pyrénées est celui qui produit le plus de maïs (1.500.000 hectolitres) ; viennent ensuite la Haute-Garonne, les Landes, le Tarn, la Dordogne, le Lot, etc.
Dans le cours de cette même année, les États-Unis ont produit 72.055.577 tonnes (ils ont exporté 2.336.148 tonnes en 1907).
La Uépublique Argentine vient après les États-Unis, comme principal pays exportateur : 1.756.000 tonnes en 1908.
La Roumanie a produit 2.103.000 tonnes, sur lesquelles elle en a exporté 910.000. La Russie méridionale a exporté 1 million de tonnes en 1907; la Bulgarie 249.000 tonnes la même année. On peut évaluer à 1.600.000 tonnes la production de l'Inde anglaise.
La France consomme des quantités considérables de maïs : 427.600 tonnes en 1907 ; 244.300 tonnes en 1908, qu'elle importe surtout de la Roumanie et de la République Argentine; mais certaines de ses colonies tendent à prendre une place de plus en plus grande parmi ses
fournisseurs. C'est ainsi que Tlndochine a exporté, en 1909, 93.000 tonnes de mais, valant plus de 11 millions de francs, sur lesquelles le Tonkin revendique à lui seul les deux tiers. Ce chiffre a fléchi en 1910 (84.280 tonnes) à la suite de conditions météorologiques défavorables. D'autre part, M. A. Chevalier a signalé récemment le développement considérable pris par la culture du maïs en Afrique occidentale, et principalement au Dahomey. Alors qu'en 1903 il ne s'exportait pas un grain de maïs de cette colonie, les expéditions sur les marchés d'Europe, faibles d'abord, ont été en augmentant d'année en année pour atteindre 20.000 tonnes en 1908. On évalue à 400.000 tonnes l'exportation probable du Dahomey, du Togo et du Lagos réunis, pour l'année 1910.