LE SORGHO ou GROS MIL
Historique. — Deflcriplion. — Variétés. — Culture. — Usages.
A cette même famille des Graminées dont nous venons d'examiner deux représentants de grande importance culturale, appartient une autre plante qui joue un rôle capital dans la vie économique de certains pays, comme plante alimentaire : le sorgho.
Il existe plusieurs sortes de sorghos ou gros milSy que certains botanistes ont érigées au rang d'espèces, mais que l'on s'accorde à considérer comme étant de simples variétés d'une espèce unique : VAndropogon Sorghum Linné ou Sorghum vulgare Pers.
Historique. — De CandoUe admet, par déduction, l'indigénat du sorgho dans l'Afrique équatoriale, à l'époque préhistorique, avec transmission à l'Egypte, à l'Inde et à la Chine : cette céréale était connue dans rinde au commencement de Tère chrétienne; elle est mentionnée en Chine au iv<» siècle. Elle est surtout cultivée dans les parties chaudes et sèches de l'Afrique où elle sert souvent de base à l'alimentation des Noirs,
PLANTES ALtIIENTAIRBS : CEREALES
ce qui permet de dire en quelque sorte qu< est & l'Afrique ce que le riz est à l'Aaie.
Description. — Le sorgho est une grande herbe Annuelle dont le port rappelle celui du maïs et qui peut
Pig. £0, — SoHGuo.
A. Sorgboinr fiei iSorghum imlgare I><n0. — B. l'orme de lipinicDlïdunDrgho 1 BurN. (•« HO Tniil, b. — C. Sorgho cammun. — 0. Sorgho de l'Iiide: d. ion IruiL — B. Sorgho penché ï piuicula TOmenéa.
alteindrejusqu'âi mètres de hauteur (fig. 20). Les feuilles sont allernes, longues, rubanées, à moitié inférieure dressée et à extrémité infléchie, acabres sur les bords. L'inflorescence est terminale : c'est une panicule ramifiée, lâche ou plus ou moins ramassée selon les variétés. Les ramificalions de Iroisième ordre portent 2 ou 3 épîllcts
uniflores dont 1 ou 2 sont ordinairement mâles ou stériles, l'autre étant hermaphrodite et donnant un grain (caryopse) de 4 à 5 millimètres de long et d'une largeur un peu moindre, entouré de ses 2 glumes, plus ou moins développées, qui la recouvrent entièrement ou seulement en partie. Ce grain varie de forme et de coloration; il peut présenter les nuances comprises entre le blanc, le jaunâtre, le rouge et le noir; les glumes elles-mêmes peuvent être jaune paille, rougcâtres ou noires.
Variétés. — On connaît une centaine de variétés, mal définies, aucune étude botanique sérieuse n'en ayant été faite. On peut les grouper de la manière suivante : 1® Panicule lâche, caryopse inclus dans les glumes. a) Axe principal de la panicule court : rameaux secondaires longs, var. technicum (Sorgho à balais) ;
5) Axe principal allongé, var. saccharatum (S. sucré). 2^ Panicule dense.
Caryopse inclus :
a) Panicule dressée, var. vulgare.
b) Panicule penchée, var. cemuum.
Caryopse dépassant les glumes : var. Doura.
Le Sargho à balais {A. Sorghum, var. technicum) est une grande plante à panicule très développée, à rameaux secondaires longs, rigides ou plus ou moins élastiques, dressés ou infléchis. Le grain, complètement revêtu par les glumes, est jaunâtre. Comme son nom l'indique, cette variété sert surtout à la confection de balais (inflorescence dépouillée de ses graines). Ses grains ne sont guère utilisés que pour la nourriture des volailles. On en connaît de nombreuses variétés cultivées dans le midi de la France (principalement dans les régions d'Orange et de Carpentras), mais surtout en Italie, où existent les sortes les plus estimées.
Le Sorgho à sucre (A, Sorghum, var. saccharatum; Sorghum saccharatum), désigné aussi sous les noms vulgaires de Sorgho des Cafres, Imphy^ est une grande plante
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à panicule lâche, dîfTuse, à grain arrondi, lisse, blanc ou noir, luisant, revêtu par les glumes. Cette plante est cultivée pour son grain alimentaire, bien que de qualité inférieure, et comme plante fourragère. On peut tirer, de sa tige, du sucre qu*elle renferme en assez grande abondance. Sa culture en Amérique, comme plante saccharifère, est de plus en plus abandonnée, parce que insuffisamment rémunératrice par suite de la difficulté de séparer le sucre cristallisable du sucre incristallisable qu'elle contient dans une forte proportion.
Le Sorgho commun (A. Sorghumy var. vulgare) est très répandu en Asie et en Afrique; il en existe de nombreuses variétés. Son inflorescence est dressée, compacte; ses grains sont sphériques, enveloppés par les glumes, de coloris variés.
Le Sorgho penché {A. Sorghum, var. cernuum, Sorghum cernuum) présente tous les caractères du S. commun; mais son inflorescence, au lieu d'être dressée, est retombante, Taxe qui la supporte étant recourbé en forme de crosse. Le grain est gros, globuleux, d'un beau blanc. On le trouve dans les mêmes régions.
Le Sorgho Doura [Doura, Dari) [A. Sorghum. var. Doura) rappelle beaucoup ceux des deux races précédentes; sa panicule est compacte, dressée; mais les grains, au lieu d'être enveloppés par les glumes, sont presque à nu, globuleux, de couleur variant du blanc au rouge foncé. C'est à ce groupe qu'appartiennent les sorghos les plus estimés pour l'alimentation de l'homme. La composition chimique du Dari montre qu'il possède une valeur nutritive intermédiaire entre celles du riz et du maïs:
Analyses chimiques du Dariy d'après M. Grandcau :
Matières protéiques i0,2 9,8
Cellulose 1,7 2,5
Matières amylacées 7i,3 67,5
Graisse 3,i 3,3
Cendres 2,6 \J
Eau ti.l 15.2
PRODUITS COLOMAUX. 5
Culture. —La principale qualité du sorgho est de s'adapter aux climats secs et l'on peut dire que, sans lui, beaucoup de régions asiatiques et africaines, comme certaines parties du Turkestan et du Soudan, seraient inhabitables. Il résiste à la sécheresse en enfonçant ses racines profondément en terre (à plus d'un mètre); aussi exige-t-il un sol meuble et profond. Comme, d'autre part, il redoute les eaux stagnantes, il en résulte que son meilleur terrain est l'alluvion, avec teneur suffisante; en calcaire.
Les conditions de végétation sont à peu près celles du mais, sauf que la plante demande un peu plus de chaleur (elle accepte les climats plus tempérés lorsqu'on la cultive seulement comme plante fourragère). Les opérations culturales sont semblables. On sème en poquets de 2-4 graines, en lignes et parfois à la volée, comme en Algérie où on compte 25 kilogrammes de semence nécessaire pour un hectare ensemencé à la volée, et 18 seulement au semoir. La durée de la culture varie de trois à cinq mois suivant qu'il s'agit de variétés hâtives ou tardives. En Algérie, on sème en avril et on récolte en août.
Au Sénégal et au Soudan, les opérations normales comportent l'incendie des herbes sur place, en juin, au commencement de la saison des pluies. Les graines sont placées dans des trous de 8 à 10 centimètres de profondeur, à distance de 30 à 40 centimètres, et quelquefois dans des sillons. La récolte est faite en saison sèche (novembre ou décembre). En certaines régions, -comme le Sandougou. on fait deux récoltes, l'une sur terres hautes, l'autre sur alluvions de rivière, après le retrait des eaux.
A Madagascar (côte ouest), on sème en novembredécembre; aux Antilles, en juin.
La récolte est moissonnée à la mainet battueà la main, à la machine, ou, comme en Algérie, piétinée sur aire par des bœufs. Le rendement moyen y est de 10 à 20 quintaux à l'hectare, mais il varie beaucoup.
Le sorgho cultivé comme plante fourragère peut donner deux coupes ; il ne faut pas attendre que les feuilles deviennent grandes et dures.
Usages. — Le principal emploi du sorgho ou gros mil réside dans la préparation du comcous, bouillie d'un usage si répandu que le sorgho peut être considéré, après le riz et le blé, comme le grain le plus consommé dans le monde. Le commerce en est réduit parce que les indigènes consomment eux-mêmes leurs récoltes.
Au Sénégal, on prépare avec le sorgho, une sorte de bière nommée pouh.
On peut évaluer à 25.000 hectares la superficie consacrée à la culture du Bechna (nom arabe du sorgho blanc) en Algérie (principalement en Kabylie], donnant un rendement moyen de 140.000 quintaux métriques, d'une valeur d'environ deux millions de francs. Le Bechnay en arrière-saison, atteint la valeur du blé ; il sert à préparer la galette et le couscous des classes aisées. Le sorgho noir, ou Dra^ constitue la nourriture du pauvre. On le donne aussi aux animaux.